‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 9 sur 51 · VIVE VISITE AU COUVENT · texte numérisé non relu

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fort graves pour lui , comme il l'avait éprouvé précédemment.

Toute troublée de se voir ainsi admise en tiers dans la société d'un si haut personnage , et tant que dura l'entrevue , la jeune fille , les yeux timidement fixés à terre , les mains croisées sur sa poitrine , se tint debout , blanche , muette , immobile. On l'eût prise pour une statue , si aux mots obligeans que lui adressait le roi pour la rassurer , elle n'eût de temps en temps répondu par une révérence.

A la visite suivante (qui se fit attendre cependant), elle se montra moins décontenancée ; et lorsque Louis , en peine d'entretenir vivement la conversation avec mademoiselle de la Fayette, se trouvant moins contraint devant cette enfant, qui ne lui imposait aucune gêne , lui adressa la parole, elle lui répondit sans trop de honte , non sans esprit, et en accompagnant ses réponses de ce sourire joyeux et naïf qui donne tant de charme à la jeunesse.

La visite se prolongeant, Louis xiii se fatigua bientôt de la voir toujours debout devant

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lui. Il n'était pas en cour^ et le cérémonial du parloir ne lui semblait nullement exiger une si longue tenue de la position verticale. Donc , avec une courtoisie , qui lui était assez habituelle auprès des femmes^ il l'invita à s'asseoir.

Dans son ignorance des usages du grand monde, la jeune fille crut devoir, par respect, ne point déférer à l'invitation; mais le roi alors, se levant lui-même, et feignant, dans ses expressions et le son de sa voix, une sévérité, que ses yeux à moitié fermés et la contraction de lèvres démentait :

— Ne savez - vous point , mademoiselle , qu'un roi de France commande, même en priant 5 que ses politesses sont des ordres ? Puisque vous n'avez pas cru devoir obéir à ma première sommation , pour la seconde fois , et par toute mon autorité royale, je vous ordonne de vous asseoir !

La jeune pensionnaire , d'abord presque effrayée de ce ton , mais aussitôt rassurée par un regard de bonté , qui perçait à travers les cils rapprochés du maître, demi-intimidée , demi-

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enhardie , souriant , mais ouvrant encore des yeux étonnés et indécis , autant émue de crainte que de satisfaction^ se laissa glisser sur un siège auprès de mademoiselle de la Fayette, et, pressant entre ses bras celui de son amie, rieuse et confuse , cacha sa tête blonde dans le sein de la noble fille , après avoir furtivement jeté sur le roi un coup-d'œil malicieux.

Ce fut dans ce moment que , pour la première fois , le fils de Henri IV remarqua combien elle était jolie 5 et il se surprit à contempler, avec admiration, son front, si pur, de dix-sept ans, où les passions n'avaient pas encore laissé la plus légère empreinte , ses traits charmans , sa taille fine et flexible, l'enjouement de son regard, qui se devinait encore sous sa paupière abaissée, et ce caractère de naïveté virginale qui, comme une harmonie de formes, se répandait sur toute sa personne.

Il put alors comparer à loisir ces deux têtes de femmes, rapprochées l'une de l'autre; la peau brune de la reUgieuse , ses vêtemens sombres , son regard triste et fatigué , faisaient ressortir

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encore mieux la carnation rosée , l'œil vif et animé , le costume élégant , la pose molle et gracieuse de la jeune pensionnaire.

La pauvre la Fayette n'était plus là que l'ombre au tableau ! Et le roi en lui-même en fît la réflexion.

Enfin, après un moment de silence, pendant lequel chacun des trois acteurs de cette scène garda son attitude : lui, l'œil toujours fixé, à travers la grille du parloir, sur ces deux jeunes femmes, dont l'une reposait encore à demi penchée dans les bras de l'autre , qui la contemplait avec un sourire presque maternel :

— Quel est votre nom? demanda -t-il à la jolie fille.

— Louise, répondit celle-ci, en relevant tout à coup sa tête et en la secouant légèrement, pour faire reprendre aux boucles de sa chevelure leur position naturelle.

— Louise ! répéta le roi. — Et s'adressa»t à mademoiselle de la Fayette : — Vous aussi, portez le nom de Louise !

— Je me nommais Louise dans le monde ,

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