I.K MARI DE LA FAV01UTE
seuls, et, grâce à sa fuite habile, ne tarde pas île faire ellemême rencontre du jeune Cinq-Mars.
Louise abandonnait sa main à Marillac, n'osant témoigner de son mépris en présence de mademoiselle de Ché- r merault. Mais elle se retourne et ne la voit plus. Elle veut retirer sa main : il la retient, aussi ému, aussi troublé qu'elle-
La comtesse promena sur I ii un regard effaré et s'effraya encore plus eu voyant cette grande émotion dont il paraissait agité. Elle tenta de nouveau de se dégager, et cette fois elle y parvint. Elle essayait de fuir à son tour, lorsque, précédé d'un éclair éblouissant, un premier coup de tonnerre retentit. Elle s'arrête, car le bruit de la foudre est pour elle une cause de terreur invincible. Par un mouvement machinal, elle s'est même rapprochée de son mari, qui, recouvrant quelque espoir, commence enfin sa justification.
Mais Louise haletante, un pied sur la route, les yeux fixés à terre, a collé ses deux mains à ses oreilles. Et comment les paroles de Marillac lui arriveraient-elles au milieu de ces mille échos de la forêt qui répètent les bruits du ciel? Chaque fois qu'il tente de parler, elle recule, et, chaque fois, un coup de tonnerre la lui renvoie plus pâle et plus tremblante. Elle semble n'avoir d'âme que pour comprendre la peur : Marillac, autant par pitié que par amour, essaye de la saisir entre ses bras, plutôt pour l'y abriter que pour l'y presser; Louise lève les yeux ; la terrible révélation du roi lui revient dans la pensée ; son aversion pour l'homme qui l'a vendue triomphe de sa terreur; elle le repousse, et, malgré une pluie glaciale, mêlée de grêle, elle part, eHe fuit, seule, et le front à peine abrité.
Un bruit de chevaux s'était fait entendre. Quelques officiers des chasses du roi traversaient le chemin où se tenait Marillac : il n'osa faire un pas, confondu, anéanti, en voyant l'effroi qu'il inspirait.
Sans chercher une route, Louise marcha au hasard, droit devant elle, suivant sans hésiter la chaussée rocailleuse qui déchirait sa légère chaussure, ou l'étroit sentier coupé de longs jets de ronces; elle poursuivit sa course, malgré les terrains fangeux, malgré la pluie qui redoublait et tombait comme en plaine à travers les légers feuillages du printemps, malgré le tonnerre qui grondait de nouveau. Elle marcha sans terreur au milieu de tous ces bruits qui tout à l'heure la glaçaient d'épouvante, sans fatigue sur cette route qui semblait se prolonger sans fin. Puis enfin elle se trouva devant le château, la tête brûlante et les membres agités par la lièvre.