‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 29 sur 61 · LE MARI DE LA FAVORITE · texte numérisé non relu

LE MARI DE LA FAVORITE

marques de son repentir que sur les preuves de- son innocence.

Lié d'amitié avec Cinq -Mars, le comte était facilement devenu le confident des amours de celui-ci avec mademoiselle dé Chémerault.

« Vous devriez, lui dit un jour Cinq-Mars, me procurer l'occasion qui me manque d'un tête-à-tête avec ma princesse. Elle est l'amie de madame de Marillac ; accompagnez-les une fois toutes deux ; votre présence m'autorisera à vous rejoindre comme par rencontre, et je me charge du reste.

— Tout cela n'est encore facile qu'en projet, mon maître, lui dit Marillac un peu embarrassé. Attendons quelques jours. J'ai une idée en tête! Je puis voir votre divinité, et peut-être arrangerai- je l'affaire mieux que vous ne pensez, pour vous comme pour moi. »

C'est en conséquence de cet arrangement fait avec mademoiselle de Chémerault, qu'aujourd'hui Marillac, tour à tour agité de crainte et d'espoir, l'œil aux aguets , l'oreille aux écoules, se trouve dans cette partie retirée de la forêt de Saint-Germain, où Cinq-Mars ne doit pas tarder à le rejoindre.

Dans ce même moment, mademoiselle de Chémerault et madame de Marillac, suivies seulement d'une vieille demoiselle de compagnie de la comtesse, se promenaient le long de cette magnifique terrasse bâtie par Henri IV, et d'où la vue se perd sur les campagnes environnantes et sur les mille ' détours de la Seine. Elles côtovaient ainsi la forêt, se rendant, seulement dans un but de distraction, au jardin du Val, situé à l'extrémité de la terrasse.

Louise retrouvait sa sérénité en causant avec son amie, dont les propos légers et frivoles la distrayaient, etramenaienl forcément le sourire sur ses lèvres, quand celle-ci, à peine à mi-route, s'arrête, et, se retournant vers la vieille fille qui les suivait ;

« J'ai oublié mon mouchoir el mn bourse, lui dit-elle ;

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obligez-moi d'aller à mon logis et de les demander à ma chambrière. Nous vous attendons ici en nous reposant. »

La demoiselle de compagnie s'inclina, regarda sa mai tresse ; et, ne recevant point de contre-ordre, elle partit.

Elles étaient là depuis quelques instants, toutes deux assises sur un banc, jouissant du grand air et de la solitude, causant des visites d'installation qui devaient avoir lieu le soir chez la reine, et du pèlerinage à la chapelle de Sainte- Geneviève, annoncé pour le lendemain, quand mademoiselle de Chémerault se plaignit soudain de l'éclat du soleil qui lui fatiguait la vue, et proposa de se réfugier à l'ombre, sous les arbres de la forêt. La comtesse lui fit observer que des nuages arrivaient de tous côtés, et ne tarderaient pas à modérer ce vif éclat de lumière qui l'importunait; que même, dans la crainte d'une de ces averses subites, communes au printemps, peut-être serait-il prudent de regagner le château. Sa compagne rit beaucoup de cette crainte, et eu fit des moqueries.

Cependant les nuages allaient toujours s'amoncelant. Madame de Marillac ne disait plus mot, attendant presque avec résignation la pluie qui devait justifier ses prévisions. Bientôt mademoiselle de Chémerault fut entièrement de son avis, et prétendit même avoir déjà reçu quelques gouttes sur la figure. On n'avait plus le temps de retourner sur ses pas. Elle ouvrit l'avis de se diriger sur-le-champ vers la maison du garde, située non loin de là, et d'y chercher un abri. Louise s'épouvanta d'abord de se risquer ainsi, • deux femmes dans la forêt; mais son amie, moitié la rassurant, moitié l'entraînant, y entra avec elle, se chargeant de la conduire.

Elles n'avaient pas fait cent pas que tout à coup, au détour d'une allée, un homme se présente. C'est Marillac! H prend Louise par la main, bénissant tout haut l'heureux hasard, et tout bas mademoiselle de Chémerault. Celle-ci, feignant un grand effroi à sa vue, se sauve, les laissant

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