‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 32 sur 61 · LE BAISER D UNE REINE · texte numérisé non relu

LE BAISER D UNE REINE

son pays, à demi couchée sur d'épais coussins de velours. Un long miroir de Venise, pivotant sur son pied doré, était placé devant elle : des rideaux de moire, rejetés en draperies sur leurs patères, permettaient au jour de pénétrer dans sa chambre à travers les petits carreaux plombés de la croisée.

Elle en fit ouvrir un des chAssis pour respirer plus librement l'air du malin qui la pouvait rafraîchir et soulager, et, froissant entre ses mains une lettre qu'elle venait de lire, partant tour à tour les yeux sur son miroir et sur la forêt de Saint-Germain développée devant elle :

« Elle a donc été bien mouillée ! commença-t-elle par dire.

— Qui, madame? demanda mademoiselle de Saint-Louis.

— Cette femme! répliqua la reine d'un ton de mépris. Quand sa promenade en forêt n'aurait eu que ce seul résultat, c'en est un déjà.

— Vraiment, dit mademoiselle d'Hautefort, Votre Majesté ne se montre guère pitoyable. On dit qu'elle est rentrée tout enfiévrée, la pauvre enfant !

— Vous prenez mal votre temps pour être bonne, ma mie. » Et, chiffonnant avec plus de force la lettre qu'elle tenait : « Je crois que Chémerault l'aime dans le fond de son cœur. Elle a bien pris sa défense hier an retour.

— Qu'importe la nature de cette amitié, dit mademoiselle de Saint-Louis, puisque l'effet en est favorable à Votre Majesté? Lui pouvez -vous reprocher, madame, d'avoir voulu opérer une réconciliation entre la comtesse et son mari? Si elle n'y a point réussi...

— La faute en est au ciel! interrompit mademoiselle d'Hautefort en riant.

— Oui, repartit la reine avec un soupir; mais c'était folie que de songer à cela. La comtesse a trop d'ambition dans l'Ame pour compromettre ainsi par une sottise le

2Wi l'SE MAITRESSE OE LOUIS XIM.

fruit de ses menées et de ses coquetteries. Il n'y faut plus penser. »

Puis, inclinant sa tète sur sa main, tandis que le coussin sur lequel son coude plongeait faisait ressortir la blancheur et la beauté parfaite de son bras, donnant à sa figura ce caractère de douceur qui lui était naturel, et à ses yeux une expression de prière :

« 11 n'y a plus que vous qui puissiez nous tirer de là, dit- elle en se. tournant vers mademoiselle d'Hautefort.

— Moi, madame ! ai-je donc un si grand pouvoir?

— Oui, ma mie, peut-être. »

Mademoiselle d'Hautefort vint aussitôt d'un air leste et joyeux s'agenouiller devant la reine, pour se trouver plus à portée de l'entendre; et celle-ci, de la main qui lui restait libre, jouant avec la belle chevelure de son amie, lui caressant ses blanches épaules :

« Certes, il n'y a plus que vous, reprit-elle en souriant. Celte femme, je la hais, je la redoute ; mais vous, ma bonne Marie, je ne vous crains pas. Vous m'aimez plus que jamais vous ne pourrez aimer le roi.

— Oh ! pour cela, c'est la vérité, madame. »

Et mademoiselle d'Hautefort baisa le beau bras qui était si facilement à sa portée.

« Eh bien, ma mie, il faut que vous veniez à bout de réveiller le penchant qu'il avait pour vous, et dont il semble encore donner parfois des témoignages.

— Toutes les saintes du paradis me soient en aide ! s'écria Marie d'Hautefort en se rejetant en arrière, les bras croisés, et s'asseyant sur ses talons. Mais, madame, on n'hérite point de son successeur? Un règne est déjà écoulé depuis le mien ; un autre commence : le moyen de faire lutter un amour mort et enterré contre ce jeune amour frais et dispos! Si le roi votre époux paraît encore m'honorer de quelques attentions, c'est pour mieux cacher son jeu. S'il me chante encore quelques-unes de ses chansons, c'est

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