IJ5 BAISER D'UNE REINE
pour une autre qu'il les compose. Croyez-moi, les douze travaux d'Hercule n'étaient rien en comparaison de celui que vous me proposez !
— Vous vous méprenez, Marie. Je crois que vous avez toujours été son seul amour véritable. 11 n'a d'abord fait choix de mademoiselle de la Fayette que par dépit. Et, malgré cette autre, je crois que vous pouvez encore beaucoup, si vous' voulez ; et il faut vouloir je vous en
prie.
— Je ferai mon possible, madame, puisque vous l'exigez, dit mademoiselle d'Hautefort d'un air gaiement résigné. Mais, pour Dieu, ma bonne maîtresse, si je n'en viens pas à bout, comme je le crains, ne vous désespérez pas trop à ce sujet. lie roi n'a sans doute pour madame de Marillac. que ce goût innocent et passager qui l'a tenu pour mademoiselle de la Fayette et pour moi.
— Non ! celle-ci peut obtenir plus de pouvoir sur son cœur et sur ses sens, car il la voit sans cesse en secret ; puis il l'a mariée... Au surplus, que m'importe l'innocence de ses goûts? ne s'agit-il donc pour moi que d'une affaire de vanité d'épouse? Ne suis-je point reine et mère? et n'ai-je plus rien à redouter de mes ennemis? Cette femme leur est acquise, je n'en saurais douter.
— Mademoiselle de Cbémerault assure le contraire, répliqua mademoiselle de Saint-Louis ; la comtesse n'a point une idée politique dans la tète. C'est ainsi qu'elle en parle.
— Chémerauhv! Cbémerault! répéta la reine avec une sorte d'aigreur. Chémeraull elle-même peut-être !... » Elle n'acheva point sa phrase et, reprenant la lettre placée sous un de ses coussins, parut vouloir tout à coup changer le sujet de la conversation. « Voici un message, dit-elle, écrit en langage narquois, qu'on m'a fait officieusement passer ce matin ; il a été trouvé sur l'escalier même du cardinal, à Ruel. L'écriture en est déguisée; mais voyez, ma mie, si elle vous est tout à fait inconnue ; je ne le crois.
Mademoiselle d'Haulefort prit le papier et le lut. Une personne affidée de la reine y rendait compte au cardinal, dans ce" langage de convention que parlaient Sirois et la Chenaye, de ce qui se passait chez Sa Majesté. La liseuse hésitait à nommer la personne à qui l'écriture semblait appartenir, lorsque mademoiselle de Chémerault entra vivement, annonçant le roi, dont la visite, à cette heure, ne laissa pas que d'étonner. •
Mademoiselle dllautefort, qui tenait encore la lettre, jeta un regard singulier sur mademoiselle de Chémerault, et s'abstint de prononcer le nom de celle quelle voulait désigner comme auteur de cette correspondance.
Mais la reine devina son silence, et, apostrophant la nouvelle arrivée :
« On m'a affirmé, Chémerault, que vous éliez au cardinal. Je n'en veux rien croire; néanmoins, rappelez-vous que, si la preuve m'en arrivait, maigre toute sa puissance sur la volonté de son maître, il ne vous sauverait pas de ma sévérité 1 ! *
1 V Aurore a obligé Céphale Madame d'Haulefort a obligé le
à commander à Pluton de ne se roi à commander à la Chenaye de
mêler plus de ses affaires avec ne se mêler plus de ses affaire*
Y Aurore. V Aurore croît être ruinée avec elle. Madame d'Haulefort croit
dans l'esprit de Céphale par les être ruinée dans l'esprit du roi
mauvais offices que YOracle lui a par les mauvais offices que vous
fails. Procris y prend part, et est lui avez f.iits. La reine y prend
si mal satisfait de YOracle, qu'il ne part, et est si mal satisfaite de vous,
se peut davantage, etc. qu'il ne se peut davantage, etc.
Procrié a dit au Bon-Ange : « Je La reine m'a dit, etc. sçai bien que vous êtes l'espion de YQracle;mù» soyez assurée que, si je le découvre jamais,' rien ne fut si maltraité que vous le serez. »
(Ultres de mademoiselle de Chémerault, trouvées dans la cassette de M. le cardinal, après sa mort.)
[Recueil de pièces historiques et curieuses, t. V de la Vie du cardinal de Richelieu, par Lcclerc.)