‹ Une maîtresse de NapoléonChapitre 27 sur 44 · LIBERTÉ. ÉGALISÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ. ÉGALISÉ

Je vous prie , Citoyen, de vouloir bien me faire rhonneur de venir souper chez moi quartidi prochain , 14 nivôse , et d'avoir la bonté de vous y rendre entre huit et neuf heures

Vous jugerez convenable , j'en suis sûr, de vous interdire tout babilletaent provenant des manufactures anglaises , et de marquer pAT là les sentimens qui vous a^niiuent dans les drcotistances présentes.

Vous voudrez bien ne pas oublier do présenter , en. entrant , cette leUre : elle tiendra lieu de Billet^ mais ne pourra servir que pour une personne. ^

Une invitation à souper de Talleyrand.

joue à Saint-Gloud devaat la Cour (1), et elle peut sourire à l'Amant d'hier. Sa rivalité avec Duchesnois, elle-même, touche à sa fin. En 1807, elle est virtuellement terminée. Après avoir triomphé de sa rivale, d'une manière éclatante, et qu'on ne

(1) Une de ces représentations fut troublée par un incident que Mirecourt conte en ces termes, vol., cit., pp. 44, 45, 46 :

« Une actrice singulière et tout à fait inattendue vint, une fois, au théâtre de Saint-Cloud, prendre part à la représentation. C'était en juillet, la chaleur était insupportable. On avait laissé toutes grandes ouvertes les fenêtres de l'orangerie. Soudain Talma tressaille et s'interrompt dans une tirade. Son oreille vient d'être frappée d'un bruit étrange. Il voit passer devant ses yeux une chauve-souris, qui, après lui avoir frôlé la joue de ses ailes membraneuses, et sans doute attirée par l'éclat des diamants de Mlle George, va tourbillonner cinq ou six fois de suite autour de la tragédienne éperdue. Celle-ci pousse un cri de frayeur et manque de s'évanouir. Le mammifère volant passe la rampe» visite la salle entière, plane au-dessus des illustres spectateurs, et descend du côté de l'impératrice, qui jette à son tour des cris d'effroi, et le chasse à coups d'éventail. Notre insolente bête ne se déconcerte pas. Elle va tour à tour présenter ses hommages aux dames d'honneur, aux duchesses, aux maréchales, aux baronnes, qui la repoussent en agitant leurs écharpes. Puis elle retourne encore à Mlle George, puis elle revient à Joséphine. C'est un tumulte impossible à rendre. Le vainqueur de Marengo se tient les côtes dans un accès de fou rire. Pour venger ces dames, il rend un ordre d'exil, séance tenante, contre toutes les chauves-souris habitant Saint-Cloud. Les jardiniers de l'orangerie sont chargés de l'exécution du décret. » — La lettre de George à Talma, que nous reproduisons p. 271 est relative à cet incident.

saurait lui contester, elle lui laisse le champ libre. Ce furent alors, pour celle-ci, des succès dont le péril était absent. En 1809, ce fut Hector ; en 1815, Jane Graij \ en 1817, Germanicus \ en 1820, Marie Stiiart ; palmes que l'absence de George rend faciles à cueillir. Mais de cette lutte à Taurore de sa carrière, elle semble toujours avoir gardé une sourde rancune, un mécontentement que rien n'apaise, latent. On la voit écrire au baron Taylor pour se plaindre des tragédies médiocres qu'il monte ; de l'oubli de celles où elle a des rôles ; du Comité dont on l'écarté. Elle donne des conseils : « Vous parlez quelquefois, Monsieur le Baron, d'intrigues et de la difficulté de gouverner les coulisses, où donc n'y a-t-il pas d'intrigues ? mais la manière de les dominer c'est d'être ferme, d'apprécier les talents et de donner le mouvement à l'opinion publique dans l'intérêt de l'art, lorsqu'on a comme vous les journaux à sa disposition et de ne pas sacrifier un sujet à l'amour-propre des autres ». Et elle demande deux tragédies nouvelles et son admission au Comité, sinon... Sa lettre de démission est prête (1). Elle ne démissionne cependant pas ; court la province en d'interminables et successives tournées ; fait 5/i7 fr. 51 de recettes

(1) Trois pages in-4, datées du 30 janvier... Catalogue d autographes Noël Charavay, février 1907, n° 65.

en 1832 (1). Depuis 182/i, elle est souffrante. Ecrivant au nouveau caissier de la Comédie- Française, Vedel, Talma dit : « Et cette pauvre Duchesnois, comment va-t-elle ? Quand sera-t-elle en état de reprendre son service ? L'opération qu'on dit qu'elle a subie m'inquiète. Nous n'avons point de ses nouvelles et nous ne savons que penser (2). » Elle reprend son service jusqu'au l'"" novembre 1829. Le 9 janvier 1832 se donne sa représentation de retraite. Vieille, décharnée, horrible spectre d'une grâce caricaturale, elle y paraît. C'est la suprême fois que Paris lui accordera l'aumône d'un applaudissement. Le 8 janvier 1835, elle meurt, rue de la Tour-des-Dames. Lugubre et pauvre enterrement, obsèques sur lesquelles l'oubli drape son crêpe gris.

C'en est fini d'elle. Tout entière elle est morte, ne laissant qu'un fils qu'une balle perdue frappera

(1) Henry Lyonnet, Dictionnaire des Comédiens français {ceux d'hier), fasc. 37, p. 586. — Sa situation de fortune n'était déjà plus très brillante. Nous avons vu une lettre d'elle, de 1816, adressée à une aubergiste pour lui demander le prix de sa pension et de celle de sa femme de chambre pour un séjour qu'elle projettait de faire. Elle s'y déclarait forcée d'aller à l'économie parce que sa fortune n'était plus la même qu'autrefois. Catalogue d'autographes Victor Lemasle, n° 88, juillet 1908 ; pièce 665.

(2) Lettre datée de Lyon, 15 octobre 1824, collection de Manne. Publiée pour la première fois dans la Revue des documents historiques, t. V, pp. 93 et suiv. (1878).

LA FLMME QUI COUCHA AVEC L EMPKIiEUR 261)

en terre étrangère (1). Rien ne demeure d'elle, qu'un nom retenu par l'Histoire parce qu'il s'opposa à celui de George, et une relique sinistre, une main momifiée qui, offerte à la Comédie-Française, en 189/i, par M. Eugène Talion, président de la Gourde Lyon, fut refusée par elle (2). Gette main, sèche et lugubre, où dort-elle aujourd'hui ? A quels

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