‹ Une maîtresse de NapoléonChapitre 33 sur 44 · MAISON DU ROI · texte numérisé non relu

MAISON DU ROI

Paris, le H septembre 1821.

Je m'empresse de vous prévenir, monsieur, que le Roi, par ordonnance de ce jour, a bien voulu autoriser la demoiselle George Weymer à jouer sur le second Théâtre- Français. Vous voudrez donc, en conséquence, lui donner connaissance de cette décision, ainsi qu'aux comédiens sociétaires de ce théâtre, pour que les conditions de l'engagement contracté entre eux et la demoiselle George puissent être mises à exécution.

J'ai l'honneur d'être très parfaitement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le Minisire secrétaire d'Élal du département de la Maison du Roi,

Marquis de Lauriston.

Il ne reste à la Comédie-Française qu'à s'incliner et à rOdéon qu'à se réjouir.

George y débute le l*^"" octobre dans une soirée triomphale. Tous ses admirateurs se sont donné rendez-vous ce soir, dans la salle où Gentil, après Picard, tente la fortune théâtrale. Cette soirée, c'est pour George, un rappel de ses triomphes passés, de ces soirées du Consulat et de l'Empire où la salle se soulevait pour elle, où le parterre se battait à sa gloire et où l'applaudissement souverain, du maître et de l'amant, tombait de la loge officielle. Ce soir d'octobre on la retrouve

belle encore, dans la splendide maturité de ses trente-quatre ans. Toute la beauté s'épanouit en elle. Elle n'a qu'à paraître... La salle est à ses a^enoux et Duchesnois vaincue une fois encore. Pourtant cette année théâtrale ne lui fournira pas l'occasion de durables succès, de rôles éclatants. Le 26 avril 1822, tout le succès va à elle dans Attila^ tragédie de H. Bis, sur l'exemplaire duquel le poète peut, avec raison, écrire cette dédicace : « D'Attila, je vous fais hommage, que dis- je ^ offrir"^ Je vous rends votre ouvrage (1). » De même pour les Macchabées, le l/i juin, succès d'un soir sans lendemain.

La seule représentation qui retienne en 1822, c'est celle qui est donnée, le 28 avril, à son bénéfice sur la scène de l'Opéra. « Le ministre de la maison du Roi, le général Lauriston, note-t-elle dans le sommaire de son manuscrit, me fit obtenir une représentation à l'Opéra. » M. Lyonnet dit que Talma y parut dans le Néron de Brilannicus, George, au contraire, observe : « Talma, Lafon, ne pouvaient y paraître, et l'on donna l'ordre de jouer Britannicus !... » On y eut une révélation piquante : George jouant la comédie. Dans le deuxième acte du Mariage de Figaro, elle joua

(1) Cet exemplaire, portant le n° 4 du Catalogue de la vente Tom Harel, fut adjugé douze francs.

lo rôle de la comtesse, à côté de Perlet, de Gauthier, de Jenny Vertpré et de Bourgoin. « Nous sommes très mauvaises, » confesse-t-elle. A cette représentation, Mme Mainvielle Fodor (George écrit : Mauville Photor) chanta le Billet de Loterie. Recette superbe (1).

C'est Tannée où Gentil, sentant le terrain lui manquer, cède TOdéon à Gimel, qui, de colonel de dragons, devient directeur. Au moment où disparait l'homme qui a rendu George à Paris et Paris à George, il n'est peut-être pas inutile de savoir ce qu'il pense de sa pensionnaire. Chacun des artistes de sa troupe possède sa fiche signalétique, tant pour la conduite privée que pour le talent. Le tout s'intitule, sur un registre :

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