‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 109 sur 145 · Gustave Rivet, Victor Hugo chez lui... ; p · texte numérisé non relu

Gustave Rivet, Victor Hugo chez lui... ; p

récompensa en lui donnant le flacon d'encre qui avait servi à la rédaction de l'œuvre. Sur l'étiquette de la fiole, il griffonna :

La bouteille d'où sortit Napoléon le Petit.

Des mains de Juliette, le flacon passa, par la suite, à un proscrit de marque : le docteur Melchior Yvan, descendant de Yvan qui fut des médicastres de l'Empereur, — l'Autre, celui de 1805 et 1815. Cet Yvan, que Hugo appelait « mon bon et cher collègue % » usa de l'amnistie pour regagner la France, de compagnie avec la fiole. Il passa au service du prince Napoléon, lequel, un jour, vit la curiosité chez lui. De force, il s'en empara, et, ainsi, la bouteille d'encre de Napoléon le Petit acquit droit de cité dans la ville où la police faisait, avec diligence, la chasse au volume-.

1. Lettre à Luthereau, à Bruxelles; Jersey, 15 août 1852. — Victor Hngo, Coj^respondance...; p. 171.

2. Richard Lesclide, Propos (Jetable de Victor Hugo... \ pp. 251-254. — Pons, un des secrétaires de Sainte-Beuve, a conté cette anecdote sur Yvan : « Ch. R..., rédacteur d'un important journal, avait pour femme une romancière de mérite, sorte de clair-de-lune de Mme Sand, mais plus jolie qu'elle. Un de ses amis, — c'est toujours un ami ! — le docteur Melchior Yvan, que tout le Paris du boulevard a connu, s'en éprit et la lui enleva. Cela mit entre eux un peu de froid. Non, certes, que le mari le prit mal; il disait, au contraire, à qui voulait l'entendre : « Qu'a donc Melchior contre moi? Il ne me salue plus! Est-ce parce qu'il m'a soufflé ma femme?

Ce premier séjour de Juliette Droiiet à Bruxelles ne fut pas de longue durée. Je ne sais si elle accompagna Victor Hugo lors de son départ, le 31 juillet 1852, mais il y a apparence. Nulle part, à ce propos, on ne trouve piention d'elle. La prochaine publication de Napoléon le Petit devait rendre, en Belgique, à la fois délicate et difficile la situation de Victor Hugo. Il prit le parti d'éviter les complications certaines delà franchise violente de son langage contre l'Empire, et, le 31 juillet 1852, accompagné de son fils Charles, qui, peu de mois auparavant, l'avait rejoint en exil, il quitta Bruxelles. Arrivé le lendemain à Anvers, il s'3^ embarqua à bord du paquebot Le Ravenshourne, à destination de Londres. Malgré la pluie battante,

S'il savait combien je lui en suis reconnaissant ! » N'allez pas traiter le propos de cynique. Il avait grandement raison, ce mari! J'ai pu voir moi-même combien sa résignation couvrait de prudence. A quelque dix ans de là. ayant été envoyé chez Mme Ch. R... par Sainte-Beuve, qui élait son compère (ils avaient tenu ensemble le fils Buloz sur les fonts), j'eus grand'peine à la reconnaître. La muse, dont j'avais jadis admiré l'éclat et les charmes, fort appétissants, ma foi! dans leur opulente maturité, n'était plus qu'une ruine. Figurezvous un gros nez en bec de corbin et deux mèches de cheveux grisâtres cachant mal le ravin des tempes, avec un menton en galoche; l'oiseau de paradis était métamorphosé en chouette. Ma commission faite, Yvan voulut me reconduire. Il était encore vert et passait pour courir le cotillon. Tout le long du chemin il s'efforça de m'insinuer qu'il n'y avait plus entre lui et son ex-maîtresse que des rapports d'amitié et de confraternité littéraire. Cela m'était "bien égal; mais il parais-

sur le quai plein d'une odeur d'îles et de voyages, face à cette Tète-de-Flandre qui, au delà du flot bondissant, jaillit, parée de verdures ployées au vent marin, toute la proscription s'était rangée. 11 y avait là Dumas, en éclatant gilet blanc, Gharras, Etienne Arago, Deschaneî, des amis belges, des poètes, comme André Van Hasselt, dont d'harmonieuses strophes devaient chanter cet adieu au voyageur parti vers l'inconnu de l'exil.

Victor Hugo, arrivé à Londres, n'y demeura que quelques heures. Le 5 avril il débarquait à Jersey, et, provisoirement, prenait gîte à l'auberge de la Pomme d'Or. Sept jours plus tard, il s'établissait à Marine-Terrace, sur la plage de George Town% pour ce séjour de près de quatre ans-, pendant lesquels, comme d'un Sinaï enveloppé des mugissements des ouragans, fulguraient les éclairs de ses philippiques et les radieux blasphèmes de ses visionnaires condamnations ^

sait tenir fort à me convaincre. Son insistance avait à la fois quelque chose de comique et de triste..., » — A.-J. Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues. . . ; pp. 83, 84, 85.

1. L'adresse exacte était : St. Lukes, 3, Marine Terrace. — Lettre de Victor Hugo à Luthereau, à Bruxelles; Jersey, 15 août 1852. — Victor Hugo, Correspondance... ;.p. 171.

2. Une coquille typographique m'a fait dire dans mon étude La genèse d'un livre des « Misérables, » dans Victor Hu^o, Waterloo, Napoléon..., p. 71, que ce séjour de Hugo à Jersey fut de 10 ans. Il y arriva le 5 août 1852 et en partit le 31 octobre 1855.

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