Paul Stapfer, Victor Hugo à Guernesey...; p
4. Comte Louis Gaveiis, Songe cVun Jour de printemps ; r Hymne à Waterloo; S. 1. [Bruxelles], s. d. ["avril 1911], in-8, pp. 18, 19. — Le même auteur assure que quand les fils de
1862, l'éditeur Lacroix offrit un banquet à Bruxelles en l'honneur du Poète, il y eut quelque embarras pour faire une invitation à Juliette. Sur la prière de Mme Hugo cette invitation fut faite, et la maîtresse prit place à la gauche du mari, tandis que la droite était occupée par l'épouse. Au dessert, Mme Hugo porta môme la santé de Juliette et ne dit qu'une phrase. « Et c'était exquis, » racontait Lacroix. « Elle y mit exactement ce qu'elle y devait mettre, sa pudeur, sa dignité fière, sa tendresse et sa mansuétude, et la clémence qu'elle accordait aux faiblesses du génie V » Clémence faite peut-être de quelque remords et de combien de regrets ? Mais à cette date, au bénéfice de Juliette elle n'avait plus longtemps à exercer. Ce fut en 1868, au cours d'un voyage à Bruxelles, que mourut Mme Hugo. Le jour même le Poète écrivait h Mme Chenay, sa belle-sœur.
Bruxelles, 27 août, 7 heures du matin [1868].
Ma pauvre Julie, ta sœur est morte. Cette chère bienaimée nous a quittés.
Victor Hugo venaient le visiter à Waterloo, ils dînaient dans la même pièce que Mme Drouet « mais à une table spéciale; aucun rapport n'existait en ce cas entre eux. » Chose possible à admettre, mais assez étrange, quand on sait qu'à Guernesey les fils Hugo dînaient au su de tous chez Juliette.
1. Adolphe Brisson, L'envers de la gloire ; enquêtes et documents inédits; Paris, s. d., in-16, pp. 28, 29.
Le 24 elle était admirablement bien, elle faisait avec nous, gaiement, le tour de Bruxelles en calèche. Avant-hier, 25. elle a eu une attaque; hier, 26, le docteur Allix, averti parle télégraphe, est arrivé. Consultation des médecins; le soir un peu d'espoir; ce matin, à six heures et demie, elle était morte. Je t'écris navré. Dieu recevra cette âme douce et grande dans sa lumière. Elle a maintenant des ailes. Nous, nous pleurons. Je suis accablé. Je t'embrasse tendrement, chère petite sœur. Nous t'embrassons tous. Hélas ! tu vas pleurer aussi *!
La douleur de l'époux, à ce moment, fut sincère et profonde. Ce n'est pas sans déchirement et sans Fangoisse serrant l'âme, qu'on se sépare de tout ce qui fut votre Aie, votre jeunesse, le radieux souvenir de la première gloire, pendant près d'un demi-siècle. L'amour mort, quelque chose crie en ces heures qui est plus fort que l'amour et fait explosion dans le cœur avec quelle poignante amertume! Et puis, ce cadaA^re qui s'en va en France, dans la patrie, ce cercueil que les dures lois de la proscription interdisent de suivre et de voir descendre à l'humide caveau où la n attire va reprendre la périssable dépouille!...
Alors il retourna à Guernesey, s'enfonça pour quelque temps encore dans les brumes et les vents de Texil. Fidèle, dévouée, tenace, il y retrouvait la tendresse de l'amante vieillie maintenant, mais