Alfred Asseline, Victor Hugo intime...; p
LE ROMAN Dl^ SAIiNTE-BEUVE ET DE "Sl""^ VICTOR HUGO 8Î>
que Mme Hugo est allée rendre visite à des tantes et à des cousines^ dans un couvent d'Ursulines, à Nantes, et « Sainte-Beuve, présent aux scènes du couvent, avait aussi les larmes aux yeux^ » Cela Hugo le sait-iP? Sait-il aussi que, le 15 juin 1837, Sainte-Beuve a pu écrire à son ami Ulric Guttinger, que Mme Hugo était malade et quïl en était bien inquiet? « J'attends toujours avant de partir et je file mon câble aussi lentement que je puis. Je partirai pourtant ^ » Donc elle le voit. Mais ces dates, ce sont des points de repère livrés par le hasard. H y a des faits plus graves, pour démontrer la
1. Lettre de Pierre Foucher à sa sœur, 3 août 1835. — Alfred Asseline, Victor Hugo intime... ; p. 60.
2. Il y a justice à citer, sur ce point, ce qu'écrit dans son remarquable ouvrag-e M. Gustave Simon, Le roman de Sainte- Beuve; Paris, 1906, in-8°, p. 255 : « Sainte-Beuve eut [pendant ce voyage] pour Mme Victor Hugo les attentions les plus respectueuses et pour sa fille la plus tendre sollicitude. Il redevint le frère qu'il était autrefois. Elle le mande à son mari, et, — voici la preuve d'innocence la plus forte qu'on puisse attendre d'une honnête femme, — elle ajoute : « Quand tu seras à Paris, je te prierai, mon ami, de lui écrire quelques lignes de remerciement pour ses soins. » Je crois que M. Gustave Simon a attaché beaucoup d'importance à cette phrase, et d'autant plus que, plus loin, p. 256, il croit pouvoir assurer que le « prétendu amour d'Adèle » pour Sainte-Beuve, nullement sensuel, un peu sentimental à peine, lui tint « presque tout dans la tête. » Mais n'est-ce point assez? Cela ne suffîtil pas pour faire comprendre les raisons du détachement de Victor Hugo? C'est ce seul point que nous plaidons ici pour légitimer la liaison avec Juliette.
3. Catalogue d'une très précieuse collection de lettres autographes ; Paris, février 1907, in-8, pièce n» 131, p. 36.
continuité des relations entre Fauteur du Livre d'amour et la femme que cette publication a dû si violemment outrager.
Le 3 septembre 1835, Sainte-Beuve écrivait à Béranger :
Il se prépare ici une saison assez littéraire, assez poétique même : nous allons avoir dans une quinzaine un
volume lyrique de Hug-o; il y aura des vers d'amour
Les beaux vers comme les siens, je n'en doute pas, couvriront et glorifieront le péché ^ .
Plus explicitement il parlait de ces vers, quelques jours plus tard, le 26 septembre, à Victor Pavie :
Il y en a beaucoup à cette belle Dalila^. Il accommode tout cela comme il peut et à la chinoise avec l'amour conjugal des Feuilles d'automne, qu'il ne veut pas rompre officiellement. Mais il y aura éclat, je pense, et curiosité maligne très en jeu, lors de cette publication^.
Il n'y eut point éclat, et la seule curiosité maligne en jeu lut celle de Sainte-Beuve. 11 s'agissait du recueil qui parut, le 27 octobre 1835, sous le titre de Chants du Crépuscule, et qui contenait
1. C.-A. Sainte-Beuve de l'Académie française, Portraits contemporains, nouvelle édition revue, corrigée et très augmentée; Paris, 1869, in-18, tome I, p. 139.
2. « Jamais, quoi qu'en dise Sainte-Beuve, elle [Juliette] n'a joué le rôle de Dalila. )) Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Drouet; La Contemporaine, 10 mars 1902, p. 273.