‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 74 sur 145 · Paul Ghenay, Victor Hugo a Guernesey ,..) p · texte numérisé non relu

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paraissait dans le Moine, de Fontan, élucubration dont on nous a conservé ce plaisant et déconcertant résumé :

L'inflexible moine Ambrosio n'est plus le même depuis qu'il a vu la belle Antonia : Mathilde, sa maîtresse, son génie malfaisant, promet de lui faire posséder celle qu'il convoite; elle invoque Satan qui entre avec accompagnement de flammes de bengale et de coups de tam-tam. Satan est orné de g-riffes et de cornes, comme dans les Contes de la. Mère VOie; il tire de son pourpoint roug-e un parchemin, rouge aussi, sur lequel il inscrit le pacte fatal que signe Ambrosio. Le moine s'introduit alors chez Antonia pendant son sommeil, l'enlève et tue le frère de la belle. A l'acte suivant, Ambrosio est dans un palais splendide; une foule de seigneurs et de femmes encombrent les salons; il est à table et chante une chanson triste; il n'a pas le cœur à la joie. Ces gentilshommes, ces nobles dames, ce cardinal en robe rouge, qui viennent s'incliner devant lui, sont autant de diables qui se moquent de sa puissance. L'heure fatale a sonné, Satan vient réclamer sa proie. Duel entre le moine et Satan *

Il paraît qu'en ce moment le public se fâcha. Etonnant! Il avait pris cette féerie pour un drame! Dans le Jeune prince, de Merville, le 7 juillet, Juliette lui succéda, puis^ le 3 août, dans V Homme au masque de fer, d'Arnould et Fournier. Le 29 septembre, elle créait la Catherine II, d'Arnould et Lockroy, et l'année suivante, en 1832,

1. Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Dr ouet ; La Contemporaine, 10 mars 1902, pp. 261, 2(52.

regagnait la porte Saint-Martin, pour jouer Teresa, dans Teresa^ d'Alexandre Dumas et Anicet Bourgeois, et, le 17 janvier 1883, la marquise, dans Jeanne Vaubernier\

A cette époque, elle habitait un somptueux appartement au numéro 35 de la rue de l'Echiquier et était entretenue par un prince russe fort hbéral, propriétaire de mines en Sibérie 2. Cela ne sent-il point fort le prince Caprasti ou Cafrarti, du croquis de 1849 trouvé si immoral par M. Biré? De même, en certains points, le langage imagé et libre de Zubiri ne se rapproche-t-il pas de la déclaration faite par Juliette, dans une lettre à Hugo, en octobre 1835 : « Je suis emportée, violente, mal embouchée, ceci n'est pas tout à fait ma faute et je n'en veux prendre qu'à moitié la responsabilité, d'autant plus que dans mes violences il y a autant de peur que de mauvaises habitudes d'éducation ^ » Qui douterait que Juliette n'a point quelque peu posé, — mettons en buste, — pour l'amoureuse et fantasque créature du croquis D'après nature? En tout cas, c'est quelques traits de sa physionomie qu'on retrouve dans ces pages,

1. Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Drouet; La Contemporaine, 10 mars 1902, pp. 260, 261.

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