LES A-COTÉS DE « MARIE TUDOR
Comment Juliette est devenue la maîtresse du poète. — LeS' « souliers dénoués. » — Succès de la comédienne dans la princesse Negroni. — Le bal masqué du mardi gras 1883,
— La première nuit d'amour de Hugo et de Juliette. — Souvenir brûlant qu'il en garde. — La fable d'Alexandre Dumas : Mme Hugo a jeté Juliette aux bras de son mari. — Les querelles autour de Marie Tiiclor. — Chute de la pièce.
— Responsabilité de Juliette. — Ironiques et cruels com^ mentaires des journaux. — Mlle Ida, maîtresse et femme d'Alexandre Dumas. — Efforts de Hugo pour faire entrer Juliette à la Comédie-Française. — Une ruse échouée. — Son illusion sur le talent de sa maîtresse. — Elle est la victime de ses habituelles métaphores.
Le 2 février 1833 devait avoir lieu, à la Forte- Saint-Martin, la première de Lucrèce Borgia. C'est à Mlle George qu'il était donné d'incarner l'âpre et tendre figure de l'empoisonneuse. A côté d'elle, lumière dans la nuit du drame, fleur de sourire au milieu de tous ces rugissements de haine, devait
s'épanouir la figure de la princesse Negroni. C'était à Juliette que le rôle était échu. « L'auteur ne trouvait pas le rôle de la princesse Negroni digne d'être offert à Mme Drouet, écrit un biographe. Harel exposa ces scrupules à sa belle pensionnaire, qui prit une voiture et se rendit chez l'auteur. Elle lui demanda le rôle et l'obtint ^ » Est-ce là la vérité? On ne sait.- Toujours est-il que voilà la version de Juliette corroborée par lïugo. La suite est plus sujette à caution. De fait, elle met en jeu l'origine des relations amoureuses des deux amants. Comment s'ébauchèrent-elles? Jusqu'alors, soit à Clarion Delorme^ soit à Hernani^ soit au Roi s'amuse^ Victor Hugo était demeuré assez indifférent aux comédiennes. « Les propos grivois, les provocations quelconques avaient été sans effet sur lui, » dit son beau-frère 2. Et, scrupuleux analyste de cette période de la vie du poète, M. G. Michaut a pu écrire ; « Nulle part je n'ai rien vu qui nous autorise à lui prêter une maîtresse avant 1833 ^ » Il était alors plus encore sous la domination amoureuse d'Adèle que sous cette sorte de crainte superstitieuse et religieuse que lui inspiraient, au temps de son adolescence, les
1. Richard Lesclide, Propos de table de Victor Hugo...; p. 67.