G. Michaut, Sainte-Beuve amoureux et poète...; p
comédiennes. Elle est peu connue la curieuse anecdocte de Victor Hvgo raconté ç^Vl on voit le jeune poète, entraîné par Soumet, à un souper chez Mlles Duchesnois et Emilie Leverd. La première était fort décolletée, ce qui gêna beaucoup le jeune Victor. Après souper on alla au spectacle. Ces dames firent au poète « mille agaceries » à cause « de son air grave et pudibonde » Le lendemain, encore frissonnant et épouvanté de cette soirée avec deux actrices demi-nues, il courut se confesser « fort sérieusement et avec tous les scrupules des examens de conscience » à Tabbé Lamennais. « Son gros péché fut les agaceries que lui avaient faites Mlles Duchesnois et Leverd-. » Il en eut bien d'autres sur la conscience depuis!
Donc cette espèce de quasi-mépris pour les comédiennes piqua Juliette au vif. Nous suivons ici la version suspecte de M. Paul Chenay. A l'en croire, elle se serait vivement plainte de ce dédain au foyer des artistes, se demandant comment faire pour attirer l'attention du poète. Elle posa la question à Planche, pour lors présent, à Planche,
1. La date donnée par le poète à ce souper est inexacte. !M. E. Biré qui l'a contrôlée et reconnue erronée en a, naturellement, joyeusement triomphé. « Le diner chez Mlle Duchesnois est un dîner fantastique! » s'est-il-écrié. Cf.
Victor Hugo avant 1S30...; p. 208. Comme si la date faisait ■quelque chose à la curiosité rétrospective de Fanecdote!
2. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie...; lomc II, pp. 46, 47, 48.
fameux par sa malpropreté, et Planche répondit : « 11 faut lui dénouer publiquement les cordons de ses souliers, les lui ôter et lui baiser les pieds avec admiration. » Et le beau-frère de Victor Hugo d'ajouter, avec circonspection : « Est-ce ainsi que se passèrent les choses à la première rencontre? Je ne l'ai jamais su positivement*. » Il eût jubilé, s'il eût pu lire certaine lettre de Juliette à son amant, où^ presque vingt ans après la première de Lucrèce Borgia, elle lui écrivait : « Tu es mon Victor aimablC;, puissant, imposant, doux, noble et sublime, dont je baise les chers petits pieds-. »
Du coup, Gustave Planche eût passé pour un prophète. C'était une beauté qui manquait à sa biographie. Cependant, sans que rien de décisif ne se fût encore passé entre Hugo et la princesse Negroni, eut lieu la première de la pièce. Le succès de Juliette fut flatteur. En périodes rythmées et galantes, Théophile Gautier l'enregistrait dévoticusement :
C'est dans le petit rôle de la princesse Negroni de Lucrèce Borgia, que Mme Juliette ajetéleplus vif rayonnement, constatait-il. Elle avait deux mots à dire et ne faisait en quelque sorte que traverser la scène. Avec si peu de temps et si peu de paroles, elle a trouvé moyen de créer