Lettre aut. sig. de Victor Hug-o à Albert Caise; Guer
usé avec le talent de Juliette. Son système en avait fait ce qu'on peut lire en tête de iMarie Tudor. « Il est charlatan et cyclope, » disait de lui Philarôte Chastes \ Il avait vu Juliette de cet œil de €yclope-là.
nesey, juin 1866, 1 p. 1/2, in-12. — Catalogue dune intéressante collection de lettres autographes; Paris, février 1909, in-8, pièce n° 78. — Au môme Albert Caise, d'Hauteville- House, le 20 mars 1867, Victor Hugo écrivait : « Personnellement, je n'attache aucune importance aux questions généalogiques. » Victor Hugo, Correspondance...; p. 305. 1. Philarète Cliasles, Mémoires...; tome H, p. 14.
La maison ol molult Sainte-Bel vi:. klk du Mont-Paknassk, n" Il
Juliette fait sagement en renonçant au théâtre. — Son roman d'amour avec Hugo. — Elle quitte pour lui son prince russe. — On lui vend ses meubles. — Hugo fait reconnaître sa fille par Pradier, — Inquiétudes du beau-père de Victor Hugo. — Mme Hugo se résigne à la liaison. — N'a-t-elle pas des torts à expier? — Sentiments de Juliette pour elle. — Elle est cause que le rôti brûle chez le poète. — Examen de sa correspondance amoureuse. — Tendresse et lyrisme de ses lettres. — Deux exemples. — Singulier voyage à trois avec Célestin Nanteuil. — Nanteuil couche avec Juliette enfermé dans un sac. — Vers pittoresques sur Yvetot. — Juliette en voyage avec Hugo. — Curieuse lettre -sur la ville natale de la princesse Negroni. — La maîtresse et le mal de mer. — L'aventure de Hugo avec une femme de chambre anglaise. — Traits qui caractérisent et indiquent la rédemption amoureuse de Juliette.
L'expérience de Marie Tudor avait donc été, à regard de Juliette, concluante. Elle démontrait l'impossibilité de l'utiliser dans de grands rôles dramatiques et la condamnait à demeurer dans ces emplois de second ordre dont parlait Hugo. Il le
comprit, pour sa part, si bien, que, plus tard, ayant fait jouer Juliette dans les Burgraves^ il lui donna un rôle comportant un seul mot. Vers la fin de sa vie, l'illusion avait repris le dessus. A M. Jules Claretie qui, dans un feuilleton théâtral, avait rappelé le souvenir de la Juliette d'antan, il écrivait : « Je A^ous remercie pour la vaillante femme qui, à la gloire du théâtre, a noblement préféré l'obscurité du dévouements » Sous cette cendre chaude encore couvaient des flammes mal éteintes ! La gloire du théâtre ! Il y croyait encore ! Il imaginait le talent de Juliette à travers ce qu'en écrivaient ses amis, à travers les guirlandes d'éloges qui s'adressaient, par-dessus la femme, à lui, le poète. Mais quoi ! de savoir son jugement ainsi faussé faut-il demeurer surpris, alors qu'aujourd'hui, plus près de nous, un hagiographe a cru à ces éloges intéressés et à ces louanges de la galanterie? N'est-ce pas M. Louis Guimbaud qui écrit : « La vérité est qu'il paraît hors de doute que Juliette ait eu du talent et même beaucoup de talent ; mais la vérité est aussi qu'il est difficile, à la distance où nous sommes, d'imaginer et de définir la nature et les caractéristiques de ce talent^. » Juliette fut, peut-
1. Jules Claretie, La vie à Paris; 1883; Paris; s. d. [1884],. in-18, p. 240.
2. Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Drouet; La Contemporaine, 10 mars 1902, p. 261.
RÉDEMPTION AMOUREUSE A LA iMANlÈRE ROMANTIQUE 163
être, la seule à en juger sainement et à en décider avec sagesse. Elle le prouva en se résignant à cette « obscurité du dévouement » où elle trouvait, pour le présent, Famour.
Il est, en effet, peu niable qu'à cette époque Juliette fût passionnément amoureuse de Hugo. Une fois encore on retrouve quelque cbose d'elle dans la Zubiri des Choses vues. On y voit cette fantasque créature lâcher son prince Cafrarti pour un peintre sans le sol. Ici on voit Juliette lâcher son prince russe pour un poète peu fortuné. Ce fut, évidemment, à l'instigation de Hugo que la rupture eut lieu. A peine est-il besoin de souligner le mouvement de délicatesse auquel il obéissait. Sans récriminer, Juliette s'y soumit. Elle renonça donc aux magnificences et aux libéralités de son entreteneur. Mais elle avait compté sans ses créanciers, race sans pitié aux belles créatures assez bénévoles pour se laisser prendre aux rets du véritable amour. Sous la forme des recors, ils se présentèrent au bel et somptueux appartement de la rue de l'Echiquier. Pour échapper au scandale de la vente de ses meubles, JuHette quitta Paris et se réfugia chez une tante en Bretagne. Ce ne fut que par cette fuite que Hugo connut la vérité. Il n'en était pas encore à lepoque des droits dauteur fabuleux et légendaires qui ruinèrent quelques éditeurs; ses ressources étaient larges, sans doute, mais non au
point de lui laisser commettre de brillantes folies. Il réunit quelque argent et intéressa Pradier en faveur de la petite Claire. Pradier s'exécuta, reconnut l'enfant et lui assura l'éducation. Les deux amants de Juliette, réconciliés sur ce terrain, se lièrent d'amitié. On voit, le 21 décembre 1848, Hugo assister avec Cavaignac, Alphonse Karr, — un troisième amant ! — et quelques autres à un dîner, paraît-il, qui « n'avait rien de politiques » mais où la politique fit tous les frais de la conversation-. Ainsi sauvée du lamentable naufrage de la basse prostitution théâtrale, JuUette Drouet s'installa à proximité de la place Royale, rue du Pas-de-la- Mule, entre la place des Vosges et le boulevard Beaumarchais. L'amourette prenait la voie de la liaison. Aussi le beau-père de Hugo commença-t-il à s'inquiéter. Le 27 juin 1833, il écrivait à sa sœur :
J'ai hésité à vous prier à me tenir au courant d'une chose qui me revient souvent en tête, à cause d'Adèle.
1. Edmond Biré, Victor Hugo après 4830... ; tome II, pp. 149,
2. C'est à la même époque que Pradier écrit à Victor Hugo pour lui demander son appui afin d'obtenir du gouvernement de 1848 une des statues des généraux tués pendant les journées de juin. « Vous êtes, lui dit-il, le seul qui me restez, cher Victor, vous me pardonnerez donc, j'espère, mon importunité. » Le passé de Juliette, on le voit, n'avait créé aucun différend entre les deux hommes. La lettre ci-dessus a figuré au Catalogue d'autographes Noël Charavay, n^ 412, décembre 1910, pièce n^ 68949, offerte à 10 fr.
Vous savez, cette dame, la belle dame de la Porte-Saint- Martiii, qui, dans ses projets de réforme, a quitté son grand appartement pour un plus modeste, la princesse Negroni, enfin, cela donne-t-il toujours des inquiétudes à Adèle? Où en est la conversion de la princesse? Je voudrais bien que la liaison qui continuait lors de mon départ se terminât, et que ce fût à la satisfaction de ma fille. Il est bien entendu que tout ce que vous m'écririez sur ce chapitre serait de vous à moi seulement*.
Pierre Foucher, qui ne s'entendait pas toujours avec son gendre*, fut rassuré par les nouvelles qui lui parvinrent. Dommage que les détails donnés par la lettre de sa sœur nous soient inconnus ! « Mille remerciements de vos détails sur la princesse Negroni, lui écrivait-il le 9 juillet suivant. Je suis bien aise qu'Adèle soit tranquille et qu'elle ne démente pas sa conduite ^ » En effet, dès les premiers mois de la liaison, on voit Mme Hugo se résigner à l'iné-