Edmond Biré, Victor Hugo après 1830...', tome II, p
3. Chose curieuse, ce fut entre les mains du préfet Delessert, mort à Passy, en 1858, que tomba le superbe exemplaire de Ronsard intitulé ; Les œuvres de Pierre de Ronsai^d, gentilhomme Vandosmois, prince des poètes françois, reveues et aug-
Dans la nuit qui précéda son départ, on se préoccupa de brûler tous les dossiers compromettants du gouvernement déchu. Tout en aidant à cet autodafé des petits papiers de la « mouche, » Alfred Asseline tomba sur un mince petit cahier, portant sur sa couverture deux lignes à l'encre rouge :
à classer.
Et il le glissa dans sa poche. Rentré chez lui il l'ouvrit et n'y trouva que deux pièces : « La première était la copie d'un procès-verbal du commissaire de police du quartier de la place Vendôme, constatant le flagrant délit de conversation criminelle, dans un petit buen-retiro, loué sous le nom de..., dans le passage Saint-Roch. » La seconde
méritées; à Paris, chez Nicolas Brion, 1609, in-fol., donné par Sainte-Beuve au Poète, avec cette dédicace : « Au plus grand inventeur lyrique que la poésie française ait eu depuis Ronsard, le très humble commentateur de Ronsard, Sainte-Beuve. » Sur les marges de cet exemplaire Alfred de Vigny, Ulric Guttinguer, Alexandre Dumas et quelques autres poètes encore, avaient écrit des poésies en hommage au maître. Lorsque Victor Hugo exilé fit vendre le mobilier et la bibliothèque de son appartement de la rue de la Tour-d'Auvergne, cet exemplaire fut cédé pour 750 fr. à M. Charles Giraud. De ses mains il passa, le 14 avril 1855, pour 900 fr., dans celles de Maxime du Camp, qui le recéda au préfet Delessert, dont la collection fut vendue le 27 avril 1895. Les libraires Leclerc et Cornuau se le firent alors adjuger pour 1000 fr, — Cf. E. Lemaitre, Le Livre d'amour; Sainte-Beuve et Victor Hugo.. . ; pp. 16, 17.
pièce était un ordre de la main de M. Delessert, le préfet, lui-même :
P. M. [Police municipale].
M**** m'attendra demain au château à Tissue du conseil; Fheure du conseil est dix heures.
Asseline raconta la trouvaille à Victor Hugo. Il la prit gaiement : « Je crois savoir, dit-il, qui était cet agent, chargé de surveiller les pairs de France. » Et son cousin jeta le petit dossier au feu. <( Cela ne fit pas beaucoup de fumée^ » On a vu que cela avait fait davantage de bruit. Quant à Mme Biard, elle avait été se réfugier rue Neuvede-Berry, au couvent des Augustines. Les six mois qu'elle y passa, ne le furent point de trop désagréable manière. Des religieuses de Tendroit, à en croire Mme Hamelin, elle disait un & bien inouï. » Ces dames venaient passer la soirée avec la recluse (( et choisissaient sous sa dictée les vers de Victor Hugo qu'on pouvait enseigner aux filles de quinze ans. )) D'où Mme Hamelin concluait : « Elles sont jésuites ^ » Au reste, c'était grâce à Mme Hame-
1. « Ici, dit Alfred Asseline, le pseudonyme qui désignait un Javert très décoré, attaché à la contre-police du Roi. » — Alfred Asseline, Victor Hugo intime...; p. 128.
2. Alfred Asseline, Victor Hugo intime...; pp. 126, 127, 128, 129.
3. Lettre à la date du 18 juillet 1846. — André Gayot, Une ancienne muscadine; Fortunée Hamelin...; p. 260.
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lin que la charmante coupable devait de connaître les douceurs de cette captivité conventuelle. Au lendemain du constat d'adultère elle avait été enfermée à Saint-Lazare. « Je voulais arracher à Blard une main-levée pour commuer Saint-Lazare en Sacré-Cœur, » écrivait Mme Hamelin. « Il bondissait de rage, ses cornes se dressaient sur sa tête; je lui dis gaiement : « Mon voisin, il n'y a que les rois et les cocus qui aient le droit de faire grâce. Prenez le beau côté de la chose. )) Ma foi, il éclata de rire et envoya le pouvoir à maître Fayol, son avocate )> Ce porta bonheur aux Augustines. Mme Biard mit ce couvent à la mode. (( Il ne suffit plus aux femmes malheureuses, amoureuses ou battues », pouffe ce mauvais garnement de Mme îlamelin-. Yiel-Castel, cependant, conte que Mme Biard fut condamnée à un an de prison pour adultère, et qu'à sa sortie de la geôle, elle fut recueillie dans l'hôtel môme de Victor Hugo^ On peut demeurer sceptique, et il est fort possible que le délicat, honnête, pur et irréprochable Yiel-Castel se soit gaussé ici, — comme souvent, d'ailleurs, — de ses lecteurs.
1. Lettre à la date du 6 septembre 1815. — André Gayot, Une ancienne muscadine; FoiHunée Hamelin...; pp. 247, 243.
2. Lettre à la date du 20 novembre 1846. — André Gayot, Une ancienne muscadine; Fortunée Hamelin...; p. 261.
3. Comte Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III... ; tome I; p. 168.
Mais il ne faut pas trop se hâter de crier à Finvraisemblance. On voit Mme Biard demeurer fort longtemps en relations avec Victor Hugo, jusque vers la fin de TEmpire, donnant dans la littérature et les journaux de mode, sous le nom de Léonie d'Aunet, ce qui a, sans doute, autorisé Edmond de Manne à écrire, dans son Dictionnaire des anonymes, qu'on « attribue généralement la majeure partie de ses livres à l'auteur de Notre- Dame de Paris^. » On peut douter que Victor Hugo ait eu tant de loisirs à si mal occuper. De fait, la chose paraît bien peu croyable, d'autant plus que la médiocrité des productions littéraires de la dame dispense de la recherche de cette douteuse et contestable paternité. Cependant il ne se désintéressa pas de sa conquête de 1845, et la lettre que voici montre qu'il la recommandait auprès de ses éditeurs, notamment Lacroix, qui publia les Misérables :
Enghien-les-Bains, 9 septembre 1863.
Monsieur,
J'ai tenté plusieurs fois de vous rencontrer à Paris et le hasard ne m'ayant pas favorisée, je viens vous prier de
1. « Cette dame, femme d'un peintre lyonnais, avec lequel elle a parcouru des pays lointains et observé des mœurs curieuses, brille peu, dit-on, par le talent d'écrire. On attribue généralement la majeure partie de ses livres à l'auteur de
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m'attendre demain jeudi de cinq à six heures ou de m'assignev un rendez-vous dans la journée de vendredi. Pas plus tard, car je suis obligée de revenir à la campagne vendredi pour dîner.
Je désirerais vous remettre moi-même la lettre ci-jointe, je vous l'envoie afin qu'elle vous fasse pressentir le genre d'alYaire dont je veux vous entretenir. La saison est précisément celle où il faut s'occuper des journaux de modes, la fin de l'année étant pour tous l'époque des réabonnements. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
LÉoxiE d'Aunet.
66, rue Neuve-des-Petits-Champs^.
Lettre à laquelle Boichot, le secrétaire de Lacroix, lui répondait le lendemain :
10 septembre 63.
Madame,
Je vous accuse réception de votre honorée d'hier et je vous informe que M. Lacroix est parti pour Bruxelles. Il va revenir dans une dizaine et ne manquera pas de vous écrire et de fixer le rendez-vous que vous lui demandez. En attendant je lui remets votre lettre et le petit mot de M. V. Hugo.
Recevez, etc. A. B-.
D'autres bribes des papiers de Lacroix nous
Notre-Dame-de-Paris. » — Edm. de Manne, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes ; p. 381, cité par Georges d'Hexlli, Dictionnaire despseadony mes ;PaviS, MDCCLXXXVII, in-18; p. 18.