Minute autographe, 1 p. in-8, en notre possession
en eussent côrtainement appris davantage sur les dernières années de la vie de cette maîtresse oubliée de Victor Hugo. Mais, dispersés aujourd'hui, ce n'est plus que du hasard qu'il faut attendre leurs posthumes révélations. Léonie d'Aunet mourut relativement jeune, à Tàge de cinquante-neuf ans, en 1879. Elle pouvait emporter avec elle dans rôterneile nuit, l'image de son amant de naguère déjà haussé à Fimmortalité de sa gloire.
Quant à lui, ayant toujours Juliette dans son ombre, se souvenait-il encore de l'équipée de ses quarante-trois ans allègres? Se souvenait-il encore des menues peccadilles que l'épouse et la maîtresse, rivalisant de mansuétude, lui avaient pardonnées depuis? Car, môme en exil, àGuernesey, « quelques vieillards se rappellent l'avoir vu passer dans les rues de Saint-Pierre-Port, les mains derrière le dos, (( l'air d'un fou, » mais ils en parlent sans respect, à cause d'histoires voluptueuses dont Hugo était, paraît-il, le triste héros ^ » Mais n'était-il point de la race de ces grands et charmants coupables, toujours pardonnes à cause des trésors d'amour libéralement répandus autour d'eux, de ce geste auguste qu'il a coulé dans le bronze d'un de ses vers immortels?
1. Albert Lantoine, La maison de Vexil; La Plume, numéro du Centenaire; Victor Hugo par les collaborateurs de La Plume; n« 309, l^'' mars 1902, p. 304.
Le respect de l'amour chez Hugo. — Le sens de la délicatesse. — « A vos pieds.... » — Un quatrain à Mme Doche. — Relations de Victor Hugo et d'Alice Ozy. — Le passé amoureux d'une jolie comédienne. — Quatrain de Théophile Gautier et autre quatrain de Victor Hugo. — L'héroïne de D'après nature. — La fin de la belle Alice. — La bonne troublante de Guernesey. — Petite jalousie de Mme Victor Hugo. — Eve chassée du paradis de l'exil. — Un autre roman d'amour inconnu de Victor Hugo. — La jeune et mystérieuse Claire. — Deux lettres d'amour. — Les jolies solliciteuses de la vieillesse. — L'aimable protocole. — La blanche princesse polonaise. — Le cœur de l'homme est un rosier qui peut porter plusieurs roses.
L'aventure de l'adultère contée, peut-être est-il bon de jeter maintenant, en guise de conclusion, un coup d'œil sur la Tie sentimentale et amoureuse du poète en marge du mariage et en marge de sa liaison avec Juliette. Sa femme et sa maîtresse, certes, il les a beaucoup et tendrement
aimées, à des titres divers, mais il n'a point uniquement aimé qu'elles. Dénombrer ces passantes aux routes de son cœur est une tâche malaisée, qui peut convenir aux curieux de la chronique scandaleuse, mais qui est un peu superflue à qui prétend écrire de la psychologie de l'homme. Toutefois, certains exemples aideront aux nuances du tableau, et d'autant mieux que partout Victor Hugo se révèle pareil, apportant dans l'amour ce respect de Tamour, cette politesse de grand ton qui a permis de dire de lui qu'il « était un gentleman parfaitement poU^ » Règle de sa conduite littéraire, il a de môme voulu cette règle pour sa conduite privée. Impossible de lui découvrir la tare de la grossièreté. Il a le sens admirable de la déhcatesse, de lurbanité, distantes avec ses ennemis, charmantes et affectueuses avec ses amis — et amies. N'est-ce point lui qui a écrit que « la courtoisie et la politesse sont romantiques-? » Cela à vingt-deux ans! L'âge mûr venu, il n'a point changé. Sa courtoisie a grand air; sa politesse a belle figure. C'est la grâce française alhée à je ne sais quoi de chevaleresque qui est du