LEONE
cieux travail, s’avisa que le clinicien américain n’avait pas, dans la première partie de son étude, séparé les effets sur la pression artérielle du repos et du régime d’une part, de ceux des sédatifs nerveux d'autre part. Aussi, décida-t-il de reprendre cette étude sur un groupe d’hypertendus en les suivant pendant trois étapes thérapeutiques.
1° repos et régime, AATepostetorésimentisédatil nerveux
3° repos et régime + rhodanate de potassium.
Il se servit d’un rhodanate de potassium pur, et se basant sur les doses de Fineberg, il fit préparer une solution contenant 0 gr. 01 de rhodanate pur par goutte, et donna 30 gouttes de cette solution avant les repas du matin, de midi et du soir, soit 0 gr. 90 par jour. Il ne nota aucun symptôme d’intolérance même au bout de deux mois, sauf dans un cas, un léger coryza dont nous avons déjà parlé.
Comme sédatif nerveux, il choisit l’hydrate de chloral à petite dose (Martinet) : une cuillerée à café de sirop de chloral à midi et le soir, soit 0 gr. 60 d’hydrate de chloral par jour.
Voici le résultat qu'il rapporta dans Paris-Médical (4 juillet 1931)
« Résultats statistiques. — Nous avons suivi en tout 30 hypertendus ayant une tension artérielle maxima comprise entre 17 et 28 centimètres au Vaquez. Aucun de ces sujets ne présentait une azotémie supérieure à 0 gr. 60 par litre.
Nous avons arbitrairement admis, pour nous placer dans les mêmes conditions que les auteurs américains, qu’une chute de 3 centimètres de Hg sur la maxima ou la minima constituait un abaissement net de la pression artérielle.
Voici le résultat de nos expériences :
1° Chez nos 30 malades, un repos d’un mois, avec un régime surveillé et une ingestion réduite de liquide, a entraîné dans un tiers des cas un abaissement permanent de 3 centimètres ou davantage de la pression artérielle. Chez 20 malades, par contre, nous n’avons pas obtenu un abaissement aussi accentué.
2° Sur ces 20 malades résistant à la cure hygiénodiététique, l’administration quotidienne de 0 gr. 60 d’hydrate de chloral, pendant trois semaines, a, chez presque tous les sujets, déterminé une sensation remarquable de détente, et une amélioration certaine des troubles fonctionnels ; par contre, 4 seulement, soit 20 %, ont vu leur pression artérielle baisser sous l'influence de ce traitement, Cependant, par la
suite, en donnant la même dose de chloral aux 10 malades qui avaient déjà été améliorés par le repos et le régime, nous avons obtenu chez 8 d’entre eux une nouvelle chute de pression artérielle allant de 1 à 3 centimètres de mercure.
3° Parmi les 16 malades réfractaires tout à la fois au régime, au repos et au traitement sédatif, 15 ont accepté de suivre le traitement par le rhodänate de potassium. Pour 5 d’entre eux, l’échec de la médication à été à peu près complet ; mais 10 ont vu leur pression artérielle baisser de 3 centimètres ou davantage en deux à cinq semaines, soit 63,3 % de succès. Cependant, dans l’ensemble, les troubles fonctionnels ont été moins régulièrement améliorés que par le traitement sédatif.
« Discussion des résultats. —— Si l'on compare ces résultats avec ceux des auteurs américains, on constate qu’ils concordent dans l’ensemble.
En ce qui concerne les effets du rhodanate de potassium, nos résultats sont un peu supérieurs à ceux de l’auteur américain : 63,3 % d’abaissement de la pression artérielle chez des sujets non améliorés d'autre façon, contre 57 % à l’hôpital du Mont-Sinaï. Ce médicament, très peu toxique et très maniable, nous paraît donc mériter la place honorable que lui réservent les cliniciens américains dans le traitement de l'hypertension. ;
Notre étude nous a permis, de plus, de dissocier les effets de la cure de régime et de repos, de ceux des médicaments sédatifs du système nerveux chez nos malades. Cette distinction est absolument indispensable : on ne saurait en effet se montrer trop: circonspect dans l’appréciation des effets d’une médication quelconque chez les hypertendus.
« En conclusion, il nous semble qu’il y aurait avantage à procéder dans le traitement courant de la plupart des hypertendus comme nous Pavons fait dans un but d’étude. Nous pensons qu’en alternant par cures successives et intercalaires les médicaments spasmolytiques et sédatifs, puis les médicaments nettement hypotenseurs, tel le rhodanate de potassium, on pourrait obtenir, du moins dans un certain nombre de cas, un résultat clinique satisfaisant dans le traitement des hypertendus. »
Quelque temps après, Clapier (Paris Médical, 28 mai 1932), ne pouvait que confirmer ces résultats et apporta, en contribution, quelques remarques personnelles.
Tout d’abord, après avoir essayé toute la gamme des doses entre les doses faibles (0 gr. 10) de Gager, et les doses fortes (1 gramme) de Westphal, il jugea préférable de diviser la dose en trois prises quotidiennes, selon la méthode de Fineberg et Bénichou. Pour les cures de fond, il adopta les doses de 0 gr. 50 à 0 gr. 60 en trois fois, les doses de 0 gr. 90 ne devant être utili-
LDAD ARE
sées que pour une baisse importante et rapide de la pression artérielle.
Un de ses malades, nous j’avons déjà dit, prit 3 grammes par jour durant une semaine, sans autre incident qu’un peu d’acné.
Il ne fit état dans son étude que des observations d’hypertendus suivis depuis un an, délai qui lui parut indispensable pour juger des effets profonds de ce médicament sur la nutrition de ses malades. Il retint donc les résultats obtenus dans ces condi-
tions chez 45 hypertendus, non albuminuriques et non azotémiques.
Ce qui le frappa, comme les cliniciens américains et A. Bénichou, c’est le peu d'influence du rhodanate sur les malaises bien connus dont souffrent les hypertendus. D’une façon générale, les malades n’observent guère d'amélioration subjective dans les premiers temps, et il faut dans les premières semaines les avertir de cette particularité en attendant les étapes ultérieures où se font sentir les bons effets de la cure. Il est utile d’ailleurs d'associer, au début, un traitement spasmolytique et sédatif, et il crut préférable l’emploi de-ces cures simultanées aux cures alternées que recommande A. Bénichou.
Il n’insista pas sur l’action sur la pression artérielle qui est indéniable. Il obtint un abaissement de 2 à 6 centimètres des pressions maxima et minima chez un peu plus de la moitié de ses malades, après trois à six semaines de traitement, proportion semblable à celle indiquée par tous les auteurs.
Bien entendu, il entreprit toujours l’administration de rhodanate après un mois d'observation et de mise au repos et au régime. Les abaissements de pression observés sont donc bien imputables au médicament.
Ce qui le mit sur une voie nouvelle, c’est l’effet du rhodanate sur les manifestations cardio-aortiques de certaines hypertensions. À la suite d’une absorption prolongée de ce médicament, il observa une atténuation indiscutable du retentissement du deuxième bruit aortique chez la plupart de ses sujets améliorés. Et comme, dans certains cas, cette constatation clinique ne lui sembla pas suffisamment expliquée par l’abaissement des chiffres manométriques, il fit pratiquer systématiquement l’examen radioscopique de ses malades par plusieurs radiologistes. Or, fait très intéressant, dans un très grand nombre de cas, chez les hypertendus âgés, il obtint un éclaircissement incontestable des parois aortiques à la radio. Il n’aurait pas osé rapporter ces constatations faites cependant par des observateurs différents et dans