‹ Une mine de souvenirs: pour être exploitée par mes chers compatriotes sous la protection de Marie ImmaculéeChapitre 2 sur 22 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Extrait du cahier de ma- -goeur

ERSNE soyez. pas surpris, ami lecteur, de voir un tel titre à la première page de mon livre. J'avais une soeur qui avait été longtemps maîtresse d’école pour aider pa-

pa à me soutenir au collège. De-.

venue mére d’une nombreuse famille, elle a dû s'éloigner de la paroisse natale dans .… le but d’établir ses enfants autour d’elle. Un . jour elle.me demanda d'écrire la vie de la famille pendant notre énfance. “Je vais voir, dit-ellei.$i tu m’aimes encore” Quelqu’un a extrait un chapitre du cahier que je- lui ai envoyé, il y a une quarantaine d'années.

Chère bonne Julienne,

‘Tu n’es plus sur les bords du ruisseau

” qui a charmé notre enfance; tu t’ennuies.

dans l'exil où le dévouement fa conduite avec tes chers petits enfants, Tu veux avoir un peu de gaieté de la part de.ton petit frère que tù aîmes tant et à qui tu as déjà

été si: utile. Tu me demandes’ un récit et tu

veux que ce récit soit de ton cher Zacharie, de ton Carie pour qui tu as fait si longtemps la classe non pas dans.le rang qui n’était pas débouché, mais à des enfants qui étaient bouchés. La reconnaissance me fait un devoir de m’exécuter. Je vais écrire sur mon calepin, partout, dans les wagons, les bafeaux à vapeur, etc. Je te transcrirai cela * sur des feuilles volantes chaque lundi et, au bout de l’année, je f’enverrai mon cahier.

Je laisserai courir ma plume. Je ne me relirai pas, tu excuseras tout et je compte sur ta plus grande discrétion avec les étrangers. Entre les membres de la famille, il ‘n’y a pas tant-de soins à prendre.

Lorsque dans tes prières, en compagnie de tes petits enfants, le souvenir du pauvre pécheur qui te trace ces lignes se présentera à toi, ne le repousse pas, je t'en prie, car je vais faire tout mon possible pour te faire plaisir, mais c’est entendu que l’on va rire, pour le bon Dieu qui voudra bien garder fes enfants gais autonr de toi.

Quand ta migraine te prendra tu liras +

trois pages et tu seras guérie. Du moins c’est ce que je te souhaite de tout mon coeur. Tu es séparée de la famille: je vais toute la mettre autour de toi, car en racontant ma … vie il faut bien que je parle des- autres. Je

- vais parler : avec toute la naïveté d'un frère

” que tu ne livreras pas à des Jangues mali- . gnes. Puisse ceci faire plaisir à ton époux

que j'aime de tout mon coeur. Cormençons et rien que pour nous, car il y aura des choses qui ne seront pas convenables pour tout le monde.

“Le 9 mars 1845, le soleil brille d’un éclat particulier, jamais ces rayons ne furent plus purs. Il semblait, ce matin-là, .

concentrer fout son éclat sur une maiïisonnette de 32x26. Tout à coup lès astronomes sont déconcertés, ils constatent un phéno-.

mène étrange: sans cause connue, il y a une éclipse... je venais de naître... et le plus faible des deux astres avait dû céder pendant que la vieille Dominique Pauzé chantait à s’enrouer:

Dans le rang pas débouché I y a un petit enfant de né Avec un beau gros nez.

Tu t'en souviens,-toi: tu n’avais pourtant que six ans. Dans notre famille on est précoce. Ce fut aussi toi qui me donnas une des premières caresses: j’en porte encore sur la joue une marque grosse comme un pois qui, dit-on, me déguise, funeste ton-

* séquence de l'amour à l’âge de six ans. Les ‘voisines arrivèrent et s’extasièrent sur la . beauté de l'enfant. “Comme il ressemble à Julienne”, sa soeur, disait l’une, “Comme ‘a les dents.blanches”, disait Tautre.….

. Non, je me trompe, car on dit que je suis ‘venu au monde pas de dents comme tous "les aufres enfants, ce que j’ai beaucoup de F .

misère à croire; car j’ai coutume de faire exception. Comme je n’avais pas de cheveux, on trouva que j'avais le front bien développé et on assura que j'aurais toujours les oreilles petites. Le premier signe de vie que je donnai fut une grimace, puis un mouvement de langue comprimée, suivi d’un cri de douleur, ce qui fit dire à Fassistance qu’il m'en coûterait toujours de comprimer ma langue.

Je suis dans un magasin attendant un monsieur qui sera ici dans une demi-heure.

Jasons.

d’en étais rendu hier à ma langue, objet vers lequel je serai obligé de revenir souvent. Que veux-tu? C’est si beau d’avoir une langue cachée dans une bouche, ce qui fait qu’on ne peut pas en voir les défauts.

«* Comment donc connaïît-on ceux de la mienne? J'ai trouvé la réponse. Pour parler on se tient la bouche ouverte et j’ai peutêtre parlé assez longtemps pour que les assistants aient pu la voir; maintenant je parlerai la bouche fermée. Mais revenons au bébé que l’on portait au baptême le 10 mars, Les démons avaient soulevé une tempête; le soleil, celui que j'avais: éclipsé, voulait sé venger et laissa le froid dominer - le globe. : On battait des mains, on claquait .des dents, les thermomètres, cassaient, la tempête faisait rage, mais parrain. ef. mai

raine souriaient: ils avaient un soleil si près d'eux. Notre soeur Domitille, qui en changeant de nom sous la cornette religieuse n’a pas changé de'coeur, se vantaïit, cette journée-là, de lâcher la queue du chat. ‘

. Comment va-t-on l'appeler, cousin Israël? # —-Je ne sais pas, cousine Domitille.

‘’ —Je vais lui donner un nom qui sera pour lui une leçon. Je crois qu’il aimera à parler, car il agite sans cesse la :angue.

Appelons-le Zacharie et on lui dira que.son patron est devenu un jour muet pour avoir trop parlé. D'ailleurs, Zacharie veut dire mémoire du Seigneur, et je crois qu’il aura plus de mémoire que de jugement.

Et le parrain eut la faïblesse de dire oui. : : ‘

O philosophie des noms! Que je subis péniblement ta triste expérience. On

- me baptisa au milieu de grands cris: il'en

‘coûtait au diable de sortir. En passant,

remercions ensemble le bon Dieu de cette grande grâce. Je revins à la maison unbon

* petit chrétien accompli. J'étais d’une obéissance telle que les trois premières années je ne me rappelle pas être sorti de la maïson sans permission. Tu fus une des premières qui me berçèrent dans le “petit ber à Marie”

‘et'ensuite dans le “grand-ber à Philomène”.

Tu te rappelles le fameux accident de ma .

chute. Le ber chavira, et crac! Zacharie

eut les reins cassés. Heureusement que c tait loin de la tête. Celle-ci aura malheureusément son tour trop, %ite. Pendant 22 mois je criai sans arrêt êt, chose étonnante, mon gosier paraissait’ne pas se fatiguer, ma langue semblait/prendre de la souplesse ets’accoutumer pour plus tard à un exercice continuel qui devait moins fatiguer celui qui la possèderait que ceux qui en seraient la victime.

À quatre an$, tu en avais dix, je ne marchaïis pas encore. Faut-il te rappeler un triste souvenir? Je ne:parlais pas encore. Tu me dodichais, tu me faisais des questions et moi je ne. pouvais que répondre: bouillie. :

C’est là le premier mot que mes lèvres intéressées prononcèreñt: bouillie. Quelle humiliation pour un homme que d’être obligé de convenir que l’estomac le fit parler avant le coeur. Ne raconte jamais cet incident, car on dirait que je suis un homme bouilli et on pourrait appeler mes soeurs , des filles cuites. Tu vois-qu'il 7e ton intérêt. ot

Le beau mois de mai 1850 arriva, et avec lui la force que je dois à tes bonnes prières et à celles des autres, particulièrement de Philomène, la grande “priante” de la famille. On m'a assuré au couvent, et Domitille et Marie ont confirmé Favancé,

qu ’elle. reprenait toutes les- communions

- 12 7 : : ee rer

qu’elle avait manquées avant d’avoir l'âge de raison. . J’ai fait cela, moi aussi, mais au bout de quinze jours j'avais fini. La raison vient si tard chez quelques-uns!!!

. Mon homme arrive: il me semble qu’il n’y a pas une demi-heure que je te parle.

Je ne sais plus où j’en étais rendu. Je ne sais qu’une chose: c’est que je parlais de moi. Il fait si bon à cette pauvre nature de ‘ parler d’elle!l! Espère un instant, je vais . relire quelques lignes. Bien,’ Ty suis, j'en étais rendu à l'usage de la raison, ce qui pourrait faire croire à quelques-uns que j'étais déjà vieux alors. Pour enlever tout doute, disons qu’il n’y avait que six mois que je marchais, mes jambes ayant été plus précoces que ma tête. L'un de mes premiers souvenirs d’enfance est un éloge que Von me fitt Pauvre moi humain! Qu'il prend tôt racine dans l’homme, et je crois - aussi dans la femme, soit dit sans 5 malice,

ma petite soeur. -

Je me rappelle donc qu'étant tout petit, je faisais des fours dans le sable. Joseph, . Didace et Marcel essaÿaient chacun de faire le leur et n’y parvenaient point. :Moi, plus jeune, mais dont les idées étaient déjà tournées vers’ les choses pratiques, disposai si ‘ bien mes petites harts rouges en demi-cercle que je réussis du premier coup. Céline =. passa près de moi et dit: “Tiens, regarde | 18 ar

donc Zacharie, c’est le plus fin de la bande”. Ces mots, “le plus fin de la bande”, restèrent gravés dans mon esprit, et je ne sais si jamais ils en partiront. Mon frère Joseph crut trouver une explication de ma supériorité dans le fait que j'avais plus faim qu'eux, plus faim et plus ‘fin, d’après lui, n’étaient pas synonymes. En effet, dans ma naïveté, je croyais que le four fait, je pouvais y faire cuire de la bouillie. Mon illusion ne dura pas longtemps, car tu pas-.

sas par là et d’un coup de pied tu gâtas toute ma cuite. ë

Je me rappelle aussi que c’est toi qui me montrais mes prières quand marraine était occupée, et qu’une fois tu me donnas une tape parce qu’un beau matin je ne voulais pas prier le bon Dieu avant d’aller voir un petit mouton dont Céline et Lucie annonçaient la naissance à son de trompette. . Maman fut obligée d’intervenir: je.

me: résignai à m'’agenouiller, mais après chaque Notre Père, au lieu d’Ainsi soit-il, je terminais invariablement: “Est-ce que j'irai voir le petit mouton?” Enfin la prière’. est faite. Je pars, je cours, je vole, tu me suivais en ballon. La porte. de la bergerie s’ouvre, je me précipite à travers lé troupeau, je cherche un petit mouton. Mon empressement étonne les. brebis, mes cris . Jes.effraïent, et les voilà qui partent toutes

: en peur, qui se ruent les unes sur les autres, :

: 14 - co

et voilà le pauvre ra, au milieu de la mêlée. - Il crie, se démêëne, mais vlan! le voilà sur le dos et vingt-cinq moutonnes prennent sa poitrine/pour une botte de paille. Terappelles-tu? Ah! oui, tu le racontes souvent, dans/quel état j’étais quand tu m'as trouvé. Je’ me relève tout à coup :

avec un habit fleuri de toutes sortes de couleurs ef une grosse botte de païlle dans

les cheveux. Et/je n'avais pas vu le petit -

mouton, et je/ne voulais plus le. voir.

Céline, toujours bonne comme aujourd'hui, me Papporta de la grange pour . calmer mes pleurs trop abondants. Après :

l'avoir soigneusement considéré, je pousse cêtte phrase qui a tant fait rire Lucie et elle, petites soeurs gentilles à croquer:

“Allez-vous-en, je ne veux pas voir le petit mouton. Je ne le verrai pas!” Et le petit mouton’ devenu gros fut vendu dans l’été deux piastres. Il en valait mille pour les services qu’il m’a rendus!

Que de réflexions j'ai faites pendant ma vie à propos de ce petit mouton! N’en ‘est-il pas ainsi de toutes nos joies mondaines? On.part, on court, on vole, pour voir le petit mouton. On rit des joies des en- /, Fants, mais est-ce que les mondains ne sont / pasles pires enfants? les plus gâtés de tous? / À quoi aboutissent tous les désirs qui n’ont pas Dieu pour fin? On part, on court, on veut à tout prix voir le petit mouton, puis 36,

on s’en revient dégoûté, en disant: “Je ne veux plus voir le petit mouton”. L’ambitieux court après les honneurs; dès qu’il les” possède, il s'ennuie, L’avare, avec son trésor, meurt de faim. Le mondain cherche les plaisirs: il part, il court, il vole, puis dès qu’il croit avoir saisi ce qu’il entrevoyait, il s’écrie: “Oh! moi, je n’irai plus voir le petit mouton!!l” | |

Notre âme, faite pour Dieu, ne supportera sans murmure que les joies de Dieu. Celles-ci seulement sont durables: on veut sans cesse les renouveler, notre souvenir les poursuit toujours, notre oeil, l’oeil de l'âme, ne cesse de les contempler, car il les voit incrustées en Dieu, resplendissantes de beauté et.de fraîcheur.

Dis à tes petits enfants, chère soeur, que toute la vie n’est qu’un petit mouton qu’on veut voir ét un petit mouton qu’on ne veut plus voir.

Grands et petits voient tour à tour les déceptions succéder aux espérances, la tristesse à la joie. Oh!'"si jeunesse savait, si vieillesse pouvait”. [En Dieu seul seront nos joies. - Vers Dieu seul convergeront nos désirs. Maïs je vois que mon petit mouton.

est sorti de la bergerié et qu’il fait entendre. ses bélements du haut d’une chaire de phi- © losophie. Avouons que c’est bien drôle | pour un mouton de son âge! .. | ‘ - 36 |

Je suis à parler d'accidents. Te.rappelles-tu la moitié de mes accidents? La tête cassée à 8 ans: c’est bien jeune pour se fêler la tête. Comme tu as pleuré quand.‘ je me suis jeté la jambe dans un chaudron-- : de savon bouillant; quand je me suis fait deux pieds à la même jambe avec une grande hache. Tu étais absente quand je me suis planté dans le pied un prunier avec ses branches et ses prunes, Quelles prunes amères? As-tu gardé ce fameux morceau qui était resté dans le pied quatre mois?

-. Je te l'avais envoyé quand tu étais à Saint-

Alphonse. Comme tu as souffert quand on

‘ma extrait un cancer de la poitrine, quand je me suis brisé trois côtes; quand, pour la deuxième fois, je me suis cassé la tête et que j'ai été dans le royaume des génies incompris pendant une demi-lune. Je me rappelle que tu m’es demeurée fidèle et que tu disais que je ne serais pas toujours fou, que je reviendrais à mon état normal. En ceci je dois te dire que ton coeur généreux avait faussé pour la. première fois le jugement.

Quelle ‘anxiété n’as-tu pas éprouvée quand on est venu avertir la famille qu’une bûche m'avait tué au bois des écoliers. Inutile de te dire que je n’étais pas mort, puis- ‘ que je vis encore. Quel coup terrible! La

moitié de la cervelle de partie, et dire que

je ne m'en suis pas aperçu. N'est-ce pas 1 oo

toi, petite maligne, qui dans ta charité, pen. dant une vive discussion, fut la première à m'en avertir? Comme on a ri après que nos deux natures vives- eurent jeté leur feu!

Tu priais beaucoup pour moi pendant toutes ces épreuves. Je ten remercie de tout mon coeur. Mais il y en a une surtout qui pleura et pria beaucoup. ‘Vingt fois déjà son nom est venu sous ma plume et je ne voulais pas l'écrire; je ne voulais pas ouvrir une plaie qui n’est pas encore bien fermée. Ah! bonne mère! du haut du ciel où vous êtes, vous jetez encore votre regard de tendresse sur vos enfants, ces enfants que vous avez tant aïmés.. Priez encore pour eux, ils sont à lutter dans le chemin pénible de la vie; faites qu’ils se rappellent vos bons exemples et vos sages conseils .et. que, fidèles à la promesse que tous vous ont faite sur votre lit.de mort, ils soient toujours tous de bons chrétiens et des enfants de Marie.

Qu'elle était bonne, notre mère! n’estce pas Julienne? Comme elle l’a aimé, son petit Zacharie! Te rappelles-tu quand j’eus le bonheur de chanter ma première grand’messe en sa présence? Comme elle pleura!

Te rappelles-tu, soeur, qu’au diner, elle

‘s’écria: “Mon Dieu! maintenant je puis mourir en paix!” Oh! bonne mère, permettez que dans ce récit je supprime votre nom.

. Le coeur de votre Julienne est semblable :

Lu 18 :

au vôtre, et ces notes he seraient plus qu’un .

sujet de larmes pour votre enfant. Bonne

mère, protégez-nous du haut du Ciel!

Bonne Julienne! Je suis dans un pres-

bytère et à chaque instant j’entends dire:

Julienne, viensici! Je crois toujours te voir “

apparaître. dans la porte du réfectoire. Je

regarde: Mon doux! quel désappointement-

chaque fois. Non! mille fois non! ce. n’est pas toi, D'abord cette Julienne a un petit nez tout court. Ce n’est pas toi. Elle est grosse et grasse. Ce n’est pas toi. La cou-

leur de ses. yeux annonce de la neige pour.

Je lendemain. Ce n’est pas toi. Je te l’assure; veux-tu que je te dise tout? Elle n’a pas l’air fin ou fine, comme tu voudras. (Le Ministre de l’Instruction publique a déclaré

qu’on peut mettre fin ou fine; quand même :

la personne ne le serait pas.) Qui aurait l’impudence. de dire que c’est ma soeur? et encore la soeur qui m’a fait l’école et que

j'ai appelée maman une fois, mais pas ‘

- deux: je m'en souviens, moi.

Tu le vois, je suis toujours le même, toujours. un enfant vieux de 36 ans et

bientôt 37 ans, c’est-à-dire dans un an; .

et 38 dans deux ans. Tu vois que je sais

encore mes règles et que j'ai bien mé-.

. rité mon accessit d'arithmétique, le fameux accessit que papa entoura. d’un cadre de

paille dorée pour prouver aux générations .

futures que son enfant de 15 ans savait que

deux et deux font quatre.

Je confesse et quand la pratique languit, je sors de mon confessionnal pour te parler. Il est si doux de parler à une soeur

- qui est si complaisante. J'en étais rendu à°

mon fameux temps de collège. Le souvenir

‘ de ces années est si vivace que.le bout des

doigts m’en pétille. Cher Monsieur Churn! Te rappelles-tu l’heureuse impression qu’ ’ te fit quand sa face d'étoile filante ou même d'étoile filée;-déroula pour la la première fois de. m'avoir cherché le © coeur si bas, toi qui‘ m'as toujours dit que si j’en avais un, il se trouvait sûrement dans la poitrine. Que d'épisodes se pressent sous ma plume à ce mot de collège!. Mais je les ai rabâchés si

souvent qu’il suffit de prononcer: collège,

pour que tu puisses famusér-deux jours.

Tu as bien ri quand jé t'ai raconté ma réponse sur la cause d’une guerre entre la France et l'Autriche: :

—Ce n’est pas tout de connaître les & événements de l’histoire, Messieurs, il faut en chercher la cause; c’est ce qu’on appelle la philosophie de l'histoire. : Lacasse, quelle fut la cause de la guerre dont nous parlons?

__—Cest, parce qu’il ; en avait-un qui

- voulait battre. l'autre...

La réponse était si juste qu *élle provo:

qua des applaudissements de fou rire par-

mi mes confrères.” Dans ma naïveté, je ..

croyais que notre professeur me décernerait

. D nn mens à

le titre de philosophe en histoire, mais il me décerna autre chose. Il prit son mar-

tinet: “Viens ici, mon farceur, nous allons”

tous deux mettre ta théorie en pratique.”

Et il me donna la volée pour confirmer la * justesse de ma réponse. Il y a vingt ans de cela, et plus je vieillis, plus je crois que je méritais le titre de docteur en histoire.

Les orgueilleux potentats de ce monde sont comme tes deux voisins: l’un veut bat- ‘tre l’autre. Ces nouveaux Assuérus ont des

chariots d’or acquis des sueurs des pauvres, -

". les amis de Jésus. Ils ont des armes perfec-*

tionnées par les progrès de la barbarie mo-

derne qu’ils appellent civilisation. On se .

. vante d’avoir inventé dernièrement une arme qui peut détruire d’un seul coup 200 personnes. On va en inventer d’autres, “maintenant que la civilisation anti-charitable, anti-catholique, trouve plus glorieux d'inventer des machines dont le seul but est de tuer du monde en masse que de trouver un remède pour combattre l’effrayante mortalité des "enfants de.nos villes ou de tuer les vers qui margent le blé. Et dire,

ma Soeur, que tout cela est le fruit du pé- :

ché: désobéissance: à Dieu, désobéissance aux lois de Dieu, aux enseignements de ‘ PEglise catholique qui depuis déux mille

ans combat contre la civilisation satanique -

dont Caïn fut le premier tyran.

Ts Eu Lo 1 : . :

Dis bien souvent à tes enfants d’éviter le péché. S'ils doivent être des victimes de la civilisation moderne, du moins ils auront remporté la victoire sur elle en sauvant leur âme, ce pourquoi ils ont été créés. Qu'ils ne se battent que contre le démon et ses pareils, et qu’ils y emploient toute leur force. Ù

, Te souviens-tu de la büûche d'érable, de

la bûche dé merisier et de la büûche La- | casse? Dans quel état était cette pauvre

tête avec $a longue cicatrice qui paraît en-

core et son vide partiel qui ne se remplit

qu’en dix-huit mois, bien que j’eusse si près

.de moi des personnes qui avaient de la cer- ‘velle à vendre.

Je suis appelé au parloir..,.

C’est. tout.ce-qüe mon supérieur a pu - se prôcurer du cahier de ma soeur.

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