‹ Une mine de souvenirs: pour être exploitée par mes chers compatriotes sous la protection de Marie ImmaculéeChapitre 3 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mes souvenirs d’enfance -

Le ÎE premier souvenir d’enfance qui :

2» se présente à ma mémoire est __ celui-ci... . 2.

Un bon matin, je me réveille au bruit des couteaux résonnant sur les assiettes. La famille,

composée alors du père, de la mère et de huit enfants, était à déjeuner, ce qui se faisait tous les jours de bon matin. Je sors de ma .couchette, je me glisse. à terre, puis je me traîne à la table, demandant ma petite chaise-haute avec les cris impérieux ‘ d’une autorité qui ne souffre pas de retard. : Ma marraine, ma soeur et future religieuse, m’enlève dans ses bras en disant:

“Viens donner à manger à ton âme avant de nourrir ton corps.” Ma réponse fut négative. Mes pieds et mains se tordaient sous l’étreinte des bras de ma soeur; mes petits yeux lançaient des éclairs qui se perdaient dans un nuage de larmes. Mes joues ‘rougies étaient défigurées par la colère; més lèvres s “élargissaient et laissaient apparaitre deux dents précoces, seul ornement de .

ma mâchoire. Je ressemblais à un petit monsire.

= ss :

Ma soeur me mit dans mon lit en disant: “Quand tu seras défâché et que ton visage paraîtra celui d’un chrétien, je viendrai prier avec toi et tu mangeras la bonne soupe au lait que maman a faite” Puis’ elle s’éloigna.

Mais mon orgueil n’était que blessé, il”

n’était pas mort. Je sortis de la tranchée de ma coucheîte et me mis en frais de gagner le front pour prendre rang parmi les combattants armés de couteaux et de fourchettes. Ils paraïissaient décidés à gagner une victoire complète avant de cesser le

__ combat. Avant d'arriver au champ de ba-

”taïllé où je devais briller par mon courage, je fus arrêté par ma soeur qui, de nouveau, me prit sur l’un de ses bras et de l’autre m’appliqua quelques tapes sur un endroit choisi par elle-même.

: Elle me mit dans mon lit, me couvrit d’un beau petit couvre-pied à courtes-pointes qu’elle avait fait expressément pour moi et, sans mot dire, elle. alla continuer son déjeuner. Je pleurai longternps: je versai d’abord des larmes de colère, puis celles d’un suppliant; à la fin ce n’était plus que les sourds gémissements d'un vaincu.

Ma marraine vint me faire visite dans

le retranchement de mon orgueil; froissé, se pencha sur ma couche, me donna un gros baiser en disant: “Viens, je vais t'aider à

faire ta prière au bon Dieu”. Elle m’aida.

à me tenir à genoux, je fis ma petite prière. “Viens manger ta soupe au lait, maintenant.” . Quelques jours plus tard je m’éveillai encore au temps du déjeuner. J’entends le ‘ bruit des assiettes...

—-Marraine! Marraine! ma prière!

‘- Je rendis les armes les mains jointes - entre celles de ma soeur.

Depuis lors j’ai fait bien des réflexions

aù sujet de ce petit incident que je considère

Fun des plus importants àu point de vue

de la formation de mon caractère: l’or--

-— gueil n'avait pas cu le dessus. Mais je me

suis aperçu plus tard qu’il n’avait été qu’af-

faibli; il a encore dans la suite donné de

nombreux signes de vie.

Les premières impressions que l'âme d’un enfant doit recevoir sont celles de'son

devoir envers Dieu. Ces impressions, qu’on .

- ne s’y trompe pas, restent gravées dans la

mémoire. J'étais bien jeune alors, et ce

fait, à plus de 72 ans de distance, est aussi

frais à ma mémoire que s’il fût arrivé hier.

--L’enfant est un étre enseigné. Si ses’ parents le laissent s’enseigner lui-même, ce :

fils de notre orgueilleuse mère Eve, au lieu de chercher les hauteurs, descendra dans les

bas-fonds de la: désobéissance, de l’insulte, .

du mépris des auteurs de ses jours et de son : Dieu. Hi recherchera naturellement ce qui ce son esprit et son corps. : Il ne pourra

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mme fe

“exercer aucune contrainte salutaire sur luimême. Il sera un enfant gâté, un jeune ‘homme gâté qui fera à 20 ans, ses quatre volontés comme on lui a permis de les faire à 3 ou 4 ans.

‘I y en a qui s’irritent de voir : punir un enfant. Lisons ensemble ce que: dit l'Esprit-Saint, qui s’y connaît mieux dans l’éducation des enfants que certains philosophes de nos jours. |

“La crainte du Seigneur est le commen-.

cement de la Sagesse.”

“Mon fils, ne méprise pas la correction de Jéhovah... car Jéhovah châtie celui qu’il aime comme un père châtie Venfant qu’il chérit.”

“Celui qui -ménage la verge hait son ls, mais celui qui l'aime le corrige de bonne heure” (Le livre des Proverbes.)

Remarquons bien ces dernières paroles: “le corrige de bonne heure”, c’est-à-dire qu’un père cherche à déraciner du coeur de son petit enfant, né méchant, les pousses de J’orgueil, de l’envie, de la colère, de la gourmandise, de la paresse, avant qu'elles n'y prennent racine.

La crainte de là justice de son -père indiquera chez l'enfant un commencement de sagesse...

Concluons en disant que. si vous voulez que votre enfant vous aime et soit votre gloire dans votre vieillesse, faites pour le

jardin de son coeur ce que vous faïtes pour votre champ: arrachez les mauvaises herbes si vous voulez avoir une bonne récolte de joie, fruit de votre travail sur votre € eDfant, sur un fils chéri.

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