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ne prête mon argent que par cent piastres. Jai trouvé à en placer à cette condition et je réclame les quatorze piastres que je t'ai prêtées. Notre jeune colon chercha dans la paroisse. Il trouva un ami prêt à l’assister qui n'avait pas d'argent, mais qui avait du grain. Je te vendrai mon avoine, lui dit cet ami intéressé ; tu pourras aller la porter au marché et payer ton avare. Qui fut dit, fut fait ; mais le jeune colon vendit son avoine moins cher qu’il ne l'avait payée. De plus, il n'avait que trois jours à lui pour rencontrer sa somme. Il vivait à treize lieues de Montréal et fit son voyage dans une tempête de neige. Son beau cheval à grelots d’argent prit {a gourme et en mourut. Il dut s’en acheter un autre, à crédit, bien entendu.

Douze ans plus tard, on voyait passer, dans le chemin, un père, à l'œil abattu, une mère et huit enfants qui sanglottaient à chaudes-larmes : ils venaient de dire adieu à leurs parents, adieu pour toujours. Ils s’en allaient au lac Supérieur.

# Quand on demandait quel était cet homme, on. répondait : l’homme aux grelots d'argent,

Perdre une terre, pour des grelots !

Un jeune homme vaniteux avait un cheval infirme pour lequel il avait acheté cloches et clochetles ; mon oncle Germain aimait à lui chanter :

‘ Si ton cheval boîteux est couvert de sonnettes, Pour attirer partout les regards des fillettes ; Elles s’entrediront qu'avec un bon battant

Ta caboche fêlée en ferait tout autant.”

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Un homme endetté fit un jour un voyage ‘ de ville ” pendant lequel, sa femme et sesenfants avaient souffert de la faim, Quand il revint, il avait sur le dos de son cheval des clochettes d'argent, Mon oncle lui chantait :

Quand ton cheval porte clochettes, Ïl jette au passant ce mot : dettes.

Peu de fleur et beaucoup de son, La faïn souvent dans la maison.

TOUCHE QUATRIÈME

Un colon en chapeau de soie el:en bottes de prunelle, É assis sur une souche.

Rien n’est plus beau qu’un habitant habillé en étotfe du pays. Dieu vous a donné une belle vocation, mes chers amis ; sans vous les rois mourraient de faim sur leur or. Soyez donc heureux de votre sort et restez ce que vous êtes : les hommes les plus utiles à un royaume; ne cherchez pas à vous déclasser, à tirer du grand, à porter à la bouche la pipe d’écume de mer, quand vous n’en avez pas le moyen. Mon oncle Germain disait : conservez l'esprit de votre état si vous voulez conserver Pétat de votre esprit. Rappelez-vous ce qu’on a dit de M. et Dlle Rangé-. voudéon. |

Un jour, un vrai patriote, s’il en fut un, demandait à un jeune homme qui était à atteler son cheval,

en chapeau de soie, pourquoi ne le voyait-on jamais porter de chapeau de paille ? Celui-ci, tout habitant qu'il était, répondit : (si mon oncle l’eût entendu ! il était mort) : “ ça a trop l'air habitant.” Me dire que j'ai l'arr habitant serait le plus grand éloge que je n’aie jamais reçu. Dans notre pays, pourtant si agricole, on lance ce mot partout comme terme de mépris, ce mot recueilli par nos gamins des rues qui viennent quêtier dans nos paroisses pendant l'hiver.

Avoir Pair habitant ! c'est avoir l'air d’un homme qui nourrit les autres, et je trouve que c’est beaucoup. Oui: soyez glorieux d’être habitants ; réjouissez-vous d'en porter les marques et dites vous tout bas : ‘ rira bien qui rira le dernier.”

Ceux qui ont de l'esprit et du jugement aiment à voir les habitants habillés du produit de leur lin et de la toison de leurs brebis. Cest sous cet accontrement qu'ils les estimeront davantage. Ils se diront en les voyant : voici un homme qui est à sa place, à la place où Dieu la mis, un homme qui veut laïsser quelque chose à ses enfants. Un. homme d’un grand cœur, occupant une des plus belles positions du Canada, jouissant d’une grande fortune, disait un jour aux habitants assemblés d’une paroisse : je vois quatre cents hommes ici présents qui ont chacun un chapeau sur la tête, bien entendu,de feutre, chapeau qui a coûté en moyenne une piastre et demie, ce qui fait six cents piastres de perdues pour la paroisse. Six cents piastres' ce n’est pas le chiffre, car pour les

payer, vous donnerez peutëètre la valeur de 1200. Vous avez pourtant de si belle paitle à côté de vous ; et dire que je suis le seul à porter un chapeau de paille, qui est le moins chaud de tous les chapeaux, et le plus convenable pour la saison d'été.

Ce grand patriote avait raison. Plusieurs de nos compatriotes se ruinent en voulant imiter ceux qui, n'ayant pas l'avantage d'être cultivateurs, sont oblisés de recourir aux produits étrangers.

Mettons nous en garde contre le désir de paraître plus que nous ne sommes. Nos amis les Irlandais et les Ecossais sont admirables sous ce rapport : on les verra habiter de misérables Chantiers pendant dix ans, on les verra mal vêtus, ne se nourrissant que de lait écrémé pendant des années entières ; mais une vingtaine d'années plus tard, on les verra prêter de l'argent à toute une paroisse, habiter un véritable palais, se nourrir somptueusement, et léguer une fortune à leurs enfants; pourquoi ? parce qu’ils ont compris la vérité de ce proverbe : rira bien qui rira le dernier. Quand le démon de la vanité viendra vous tenter, repoussez-le par la pensée qu’il ne faut pas manger son pain blanc le premier, Dans cette vallée de larmes, l’homme, qui à besoin de la souffrance, doit toujours manger un peu de pain noir; et malheur à celui qui attend n'avoir “ plus de dents pour s’en nourrir” Mon oncle Germain fredonnait:

Lorsque la soupe bout trop vite, Le bouillon sort de la marinite.

a 0 a) à TOUCHE CINQUIÈME.

TI va me payer ça !

Üùn jour j'étais aux Etats ; une famille canadienne sortit des chars à la gare de Manchester. Elle était composée de huit membres ; pas un d'eux ne parlait anglais. Ils voulaient se faire conduire chez M. un tel, que personne ne connaissait. L'homme demandait à tout passant s’il parlaït français, pendant que la femme et les enfants, tout tremblants, se tenatent autour d'un coffre. Ils paraissaient accablés de fatigue, presque mourants. L'agent de la gare est venu leur dire de ne pas gèner la circulation ; il leur parla comme on parle aux chiens. La femme se mit à pleurer, elle croyait qu'on voulait les envoyer en prison. Je m'avançai, fis ce que Je pus pour eux, demandai leur nom et m'embarquai de nouveau. À

De retour de mon voyage, Je visitai la paroisse que cette famille venait de laisser, et là j'appris Phistoire suivante : '

L'homme que vous avez vu, me disait-on, a été établi richement par son père. Il avait deux beaux biens et une belle maison près de l'Eglise, une femme pieuse et intéressée, qui travaillait jour et nuit; mais c'était un entêté. Il se crut une fois insulté par un co-paroissien : il va me le payer, se dit:il ; il courut chez l'avocat et intenta un procès pour prouver au

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monde entier que Pautre avait eu tort de le traiter # d'individu.?

Le procès passa par toutes les cours, dura deux à trois ans à chaque cour, à tous les termes de la cour ; toute la paroisse était transportée devant le juge ; chaque paroiïissien gagnant une à deux piastres par jour, nourri et logé. Sept ans plus tard, le procès fut jugé et ils furent tournés dos-à-dos, ayant chacun un avocat au côté; celui-ci disait tout bas: ‘Il va me le payer.” Huit mois plus tard, la terre de ce pauvre insensé était vendue par le shérif; il n’y eut pas assez d'argent pour payer toutes les dèttes, et ce malheureux partit pour les Etats, où il trouva un maître dur qui se disait à lui-même, en lui imposant le joug de l'esclavage : “ Il va me le payer. ”

Les chicanes ! voilà une cause de notre émigration ! Chaque paroisse compte uue dizaine de ses membres, ruinés par les procès. Dans ce pays ci, on a la manie de plaider, c'est à un tel point que nous en sommes devenus ridicules aux yeux des autres nations. On plaide pour des riens, à propos de bottes percées ? Que c’est triste de perdre une terre parce qu'un homme vous à promis dix minots de bonne avoine et qu'il ne vous en a livré que neuf!

Vous êtes toujours à vous plaindre des avocats qui ne vont pourtant pas vous trouver. On ne peut rencontrer un habitant sans qu'il vous définisse un avocat comme étant l’homme qui prend les intérêts de la veuve et le capital de l’orphelin ; mais pourtant

si vous laissiez les avocats tranquilles, ils ne vous troubleraient pas. Quand vous vous rendez chez l'avocat, votre cause est toujours bonne; vous avez dix témoins qui ont vu et entendu, et quand vient le procès, pas un n’a vu et pas un n’a entendu; puis les avocats mangent lamende et c’est vous qui la payez.

Nos vieux pères disaient: “* Le pire accord vaut mieux que le meilleur procès” Sur cent procès, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qu’on pourrait éviter, disait un aimable causeur, et le centième pourrait passer par dessus le marché.

Mais je vous entends dire : il y a, mon Père, bien souvent des injustices. Je ne le nie pas; maisil ya aussi un moyen bien peu coûteux d’avoir Justice: régler le différend par des arbitres qui ont de Pintelligence et de la conscience. Qu'est-ce qu’un juge ? Cest un homme qui a de l'intelligence et une conscience éclairée, rien de plus, et c’est assez. Il n’en manque pas dans chaque paroisse qui peuvent faire de bons juges, capables. de rendre justice à qui de droit, dans la plupart des causes. Pourquoi ne pas les prendre ? Votre curé serait un homme bien qualifié pour cela ; mais son ministère pouvant réclamer sa présence auprès d'un malade, au moment où vous en auriez besoin, il vaut mieux que vous vous adressiez toujours à d’autres. Vous êtes en trouble avec quelqu'un pour un marché ou autre chose, dites-vous alors: si je le poursuis, je serai jugé par.

un homme consciencieux etéclairé ; ma cause paraît claire, mais il est possible que je la perde : dans ce cas je suis ruiné. Il y a des gens ici, ou mieux dans la paroisse voisine, qui ne me connaissent pas ni ne connaissent celui qui m'a trompé; ils ne favoriseront pas l’un plus que l’autre; je vais demander à celui qui ne veut pas me donner ce que je réclame, de vouloir s’en rapporter à la décision de deux hommes que nous nommerons, chacun le nôtre. S'ils ne s'accordent pas, ils choisiront eux-mêmes un troisième arbitre ; tous trois ensemble jugeront notre cause, et on conviendra d’en passer parce qu'ils diront. Vous irez alors trouver l’homme de qui vous vous plaignez ; s’il a de l'esprit, il sera de votre opinion et en deux heures votre affaire sera jugée, sans frais et dépens. L’un aura perdu, la même chose serait arrivée en cour. Il faudra donc prendre le parti d’un homme sensé et se taire. C’est ce qui se fait aujourd'hui en Angleterre, daus les grandes maisons commerciales, où des sommes de cinquante à cent mille piastres sont réclamées. Les prétendants à cette somme prennent un juge en qui ils mettent leur confiance, lui exposent leur cause et reçoivent la sentence comme si elle venait d’un juge de la Cour Supérieure, puis celui qui perd, paie ; on se donne la main et on n’y pense plus.

N'est ce pas, mes bors habitants, que vous ne serez pas assez insensés pour vous ruiner pour une bagatelle ? Vous le regretterez toujours plus tard. Pre-

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nons garde aussi, nous qui ne plaidons pas, d’encourager ceux qui veulent faire des procès. Que de mauvais services, on leur rend! quelquefois même, et c’est ce qui est le plus triste, on donne de tels conseils à un ami, à un frère, à un enfant: va trouver un avocat, lui dit-on. Ah! si j'étais à ta place, je lui montrerais son catéchisme ! à coup sûr, ce ne doit pas être le catéchisme de la province de Québec !—L’ami, le frère, le fils vont en procès, se ruinent et ensuite ses conseillers sont les premiers à le traiter d'écervelé.

Mes bons habitants, allez demander conseil à votre curé ; il vous dira de traiter la chose sans aller en cour. Mon oncle Germain à tous les chicaniers disait :

Si tu vas à la cour pour une bagatelle, Par les deux bouts, non cher, tu brûles ta chandelle.

Dans mon comté, deux hommes s'étaient ruinés pour un procès à propos de seize pieds de clôture que ni l’un ni l’autre ne voulaient faire. Les chicaniers des deux paroisses s'étaient querellés pendant deux ans à l'égard de ce procès qui a fait grand bruit; la première fois qu'oncle Germain les rencontra, il leur chanta les quatre vers suivants :

Si vous allez en cour, pour perches de clôture, De la cheville, amis, vous aurez la torture.

On perce de gros pieux, chevilles on y pose, On vous met dans le trou ; voilà toute la chose.

DEUXIÈME PIPÉE

TOUCHE PREMIÈRE

Invitons du monde.

Le Canadien est hospitalier, c’est une belle qualite, mais on a toujours les défauts de ses qualités. Les terres fortes sont une bonne ,chose, mais aussi les chemins sont plus vaseux que sur des terrains de sable. Soyez hospitaliers, bons habitants ; ayez un mot d'espoir pour ceux que vous ne pourrez assister, mais je vous en prie, ne “ fricotez” point trop. N’établissez pas cette coutume dans votre nouvelle colonie. Qu'un ami, qu'un parent vienne vous voir! très-bien ; mais pourquoi inviter toute une paroisse chaque fois que vous ‘faites boucherie” Vous venez d’engraisser un bœuf, un cochon, pour payer une dette, ou vous acheter ce dont vous avez besoin, pourquoi tout manger dans une soirée? Pourquoi mettre la table deux ou trois fois pendant la nuit ? Est-ce que ceux qui vous visitent, ne viennent que pour manger? Pourquoi ne pas servir sur votre

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table ce que vous vous procurez sur votre ferme ? Pourquoi tirer du grand seigneur, avoir de beaux services de vaisselle, des desserts magnifiques, des raisins, des amandes, des oranges, de la Charlotte Russe, des tartes à la Pompadour, et que sais je ? Je ne parle pas ici de la boisson, nous lirerons une touche sur ce sujet important.

Que de Canadiens ‘ ont mangé leur terre, ” Aa les repas. Il faut faire l'assemblée de Ia grosse gerbe, l'assemblée du jour de lan, l'assemblée du mardi gras; on voit toute une paroisse se promener pendant tout l'hiver d’un endroit à l'autre ; on va voir oncles, tantes, cousins, armette cost et armette cousines. On ord la moitié de son temps et on mange la moitié de sa récolte. Qu'on aille faire une veillée de temps à autre, la partie de cartes, parler de ses projets et de ses espérances: très-bien; mais que ce soit seulement une veillée. Qu'il soit convenu entre ceux qui se visitent de cette manière qu’on va pour les voir, pour leur parler, et non pour manger.

Une de mes parentes me disait un jour: ily a trois fois que je vais voir une de mes tantes, et je n’ai pu encore lui parler. Elle n’a fait que se promener de la laiterie au poële et du poële à la laiterie pendant tout le temps que nous avons été là.

Rappelons nous bien ceci : la politesse consiste à ne gêner personne, à mettre son monde à l'aise. Quelquefois, pour faire de la politesse, on forcera

quelqu'un de se mettre à table, bien qu’il vienne

d'en sortir: mais mangez donc? vous ne mangez pas ? tiens! encore une galette? un peu de ragoût? de la tête en fromage? Elle n’est pas méchante, vous allez voir; mais vous n'avez pas gouté de mon raisin, du raisin que j'ai acheté exprès pour vous autres ? Voilà toutes les sollicitations dont on accable un homme qui est plein jusqu’au menton.

On ne va pas vous voir seulement pour manger, on va vous voir pour vous voir ; alors restez donc à x parler avec nous, s’il se fait tard. que les visiteurs aient loin à aller, on leur offrira une bonne tasse de thé avec de pain, du beurre, un morceau de paté et voilà tout. [ls seront plus contents; quand vous leur rendrez leur visite, ils seront plus à laise.

Avant tout, ne vous endettez pas pour recevoir vos visites mieux que tous ceux chez qui vous avez été. Soyez polis, ne soyez pas extravagants. Il va maintenant être convenu entre vous tous que vous aurez assez d'esprit pour ne pas vous visiter dans le but de vous ruiner. Ecoutez mon oncle Germain, c’est encore un des conseils qu'il léguait pour héritage à son neveu qui mangeait à AU fricot un bœuf prêt pour le marché :

Si, trop poli neveu, dans tes repas de fête Tu veux manger la queue, épargne au moins la tête.

TOUCHE DEUXIÈME

Une touche sérieuse.

Je dois aborder un sujet qui me fait monter le

rouge à la figure, je Suis canadien et je suis à me demander: sont-ce bien de mes compatriotes, ceux

que je rencontre ivres tous les jours, chaque fois que de retour de mes missions sauvages, je foule le sol de ma patrie ? Sontils mes compatriotes ceux que je vois conduits par centaines à la prison ? Estil mon compatriote celui que j'aperçois à la barre du prisonnier, sous une accusation de meurtre ?' Est:l mon compatriote celui qui, par ses excès d’ivrognerie, vient de conduire une épouse dans la tombe ? Estil mon compatriote celui auquel ses enfants, en pleurant, demande du pain ,;et qui leur répond en brisant une bouteille à leurs pieds ? Est-il mon compatriote celui qui meurt ivre et dont âme... je m'arrête ici, à Dieu de parlér maintenant à cet homme qui est entré pour toujours... ouil pour toujours, dans la maison de son éternité 1! Oh! terrible jour de jugement général! |

S’il est une chose pénible pour celui qui aime son Dieu et sa patrie, c’est bien de voir les tristes ravages que le vice honteux de l’ivrognerie a faits dans notre société canadienne. Des milliers, dans vingt ans on pourra peut-être dire des millions, sont devenus escla-

ves dans un pays étranger parce qu'ils avaient d’abord

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été esclaves de l’ivrognerie dans leur propre paroisse. Que d’avenirs brisés ! que de biens vendus! que de familles ruinées! à cause de cette malheureuse passion de la boisson, et dire que c’est si méchant au goût |

Je viens, braves colons, vous demander une chose que vous ne me refuserez pas ce soir, que vous ne refuserez pas à votre mère, qui, les mains jointes, s’unit à moi pour vous supplier de ne pas devenir un ivrogne. Vous allez vous établir dans le bois. Les premières années ne sont pas à craindre, mais quand l’aisance apparaîtra, on sera exposé à ‘‘ fêter.” On ne devient pas ivrogne tout d’un coup ; on commence par trinquer avec les autres, puis on finit par trinquer seul. Tout le monde s'aperçoit qu'on est ivrogne alors et on est le seul à ne pas le croire. Tout dépend des commencements. Si, jeunes gens, vous commencez bien, dans votre colonie, tout finira bien; si vous commencez mal, tout finira mal. Je viens vous supplier ce soir de ne pas faire d’excès de politesse de ce côté Vous connaissez le caractère du Canadien, du cultivateur: laissé à lui-même, il devient rarement ivrogne, C’est le milieu dans lequel il vit, qui le perd.

. Nous disions que les Canadiens sont polis, trop polis quelquefois, et cet excès de politesse a fait Ie trois-quarts de nos ivrognes.

On achète une bouteille de liqueurs, un ami entre dans la maison, on lui présente un coup, puis deux,

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puis trois; on va chez lui, il se croirait déshonoré de ne pas rendre pareille politesse où plutôt grossièreté, car l'ami qui vient vous voir uniquement pour boire, n’est pas digne de votre attention, alors on fête, les amis s’'assemblent, et chacun d'inviter les autres. Chacun tent en honneur d’avoir de‘la boisson chez lui, on vote pour une auberge, et voilà une paroisse de trente ivrognes avérés et d’une centaines de trinqueurs, qui s’enivrent trois ou quatre fois lan, au jour de l’an, aux jours gras, dans le temps des exhibitions, des élections, des noces. On se bat, on se blesse, on fait mourir son cheval, on brise sa voiture, on jette une famille dans le chagrin, on perd son temps, son honneur, probablement son âme, à coup sûr, sa terre.

Prenez la résolution de ne jamais offrir un verre dé politesse à personne, ni d'en recevoir d'aucun. Vous êtes malade, vous prenez un coup, nous haussons les épaules en disant : il aggrave probablement sa maladie ; mais si vous vous borniez là, nous n’aurions pas à crier contre les désordres du jour de lan pendant lesquels se boivent tant de verres de politesse. Jeunes colons! je vous en supplie les mains jointes, n’établissez pas la coutume de vous traiter dans vos visites, car la terre que vous arrosez de vos. sueurs passera en des mains étrangères. Ayez assez d'esprit pour nous écouter au moins sur Ce point. Une fois la coutume établie de ne pas s’entretraiter, celui qui présentera un verre de politesse, passera. pour un grossier. Quant on n’a pas l'habitude de

boire, on n’éprouve pas le désir d’avoir des liqueurs. Regardez les fameurs : celui qui n’a jamais fumé, ne ne plaint jamais du manque de tabac. Il en est ainsi pour la boisson : vous ne souffrez point de n’en pas avoir ? n’en faites donc pas usage. Si vous commencez à présenter et à recevoir un verre, bientôt vous ne pourrez plus vous en priver et vous chercherez l’occasion de vous réunir avec des amis pour satisfaire votre passion de boire.

Comme je n’ai pas de sermons à vous faire sur ce sujet, que votre curé vous a développé sur toutes ses faces. je vous laisse ici en vous rappellant ces mots de St. Paul:

Les ivrognes ne possèderont point le royaume des cieux.

TOUCHE TROI IÈME

Touche plus sérieuse encore.

Mes braves artisans et habitants, je vous dirai tout bonnement que la plume me pèse plus en ce moment au bras que l’aviron de mon canot, qui pourtant me paralyse souvent ce membre. Je suis missionnaire au milieu de peuples barbares, qu’on appelle, quelquefois avec mépris, des sauvages, et pourtant je n’ai jamais eu encore à traiter le sujet que je vais commencer. |

Le Canada est pauvre, beaucoup de nos compatriotes sont en guenilles, beaucoup n’ont pas de pain pour apaiser leur faim; on travaille cependant, on sue sang et eau pour parvenir, on veut gravir La montagne au sommet de laquelle la prospérité nous tend les bras, et toujours une main invisible, mais de fer, nous retient dans l’ornière de la pauvreté, et du malheur. Pourquoi tant de travaux et si peu de résultats ? je vais essayer de vous le dire, en invoquant le secours de la Vierge immaculée, l’aide des chrétiens. |

Pourquoi ces feux, ces sécheresses, ces pluies nuisibles, ces gelées, ces grèles, ces vers, ces mouches, qui détruisent toutes nos moissons? Ne serait-ce pas par hasard le blasphème ? J'ai visité bien des pays; mais je dois vous dire, je puis parler franchement, moi qui suis Canadien, comme vous autres, que nous sommes un peuple bien avancé dans la ‘Voie du blasphème. Dans nos campagnes, nos rues, nos chantiers, on n'entend que blasphêires horribles. C’est à en faire dresser les cheveux sur la tête! On abaisse le ciel à ses pieds; pour assouvir sa rage, on se rend au Calvaire pour profaner le sang du Sauveur, on monte jusques sur lAutel du Sacrifice La Vierge Marie! à quila compare t-on ? Grand Dieu! est:ce possible qu'il y ait de tels monstres? est-ce possible que la terre ne. s’entrouve pas à linstant même pour engloutir ces misérables? Des quatre coins du Ganada, s'élève un nuage menaçant de blasphêmes

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pour attirer la colère de Dieu sur notre pays. Si une branche nous frappe, si un cheval nous contrarie, si la tempête nous arrête, si le froid nous gêne, au leu de s’en prendre à la branche, au cheval, on s’en prend au ciel, et dans sa furie, on maudit, à cœur joie, le Dieu qui nous a donné une langue pour lui demander nos besoins.

Le blasphème est une chose incompréhensible. De sa nature, il est le plus grand des péchés devant la foi, la plus grande des folies devant la raison. Il n’est pas dans la nature de l’homme d’être ingrat ; il n’est pas dans sa nature de prendre son couteau et de transpercer le cœur de celui qui vient de lui sauver la vie. L'homme veut être généreux envers son semblable, chose incroyable! il n’y a qu’envers son Dieu qu'il veut être ingrat!

Je suppose que la lune soit habitée et qu’un habitant de cette planète vienne nous visiter. Il entend à tout propos maudire avec intention certains noms. Il demande aussitôt à un habitant de cette terre : Quel est donc ce .Jésus qu’on maudit sans cesse ? estce un méchant homme ? cette Vierge dont on accole le nom à ce qu'il y a de plus dégradé, FRRÈBE l’ennemie de votre race ?

L’habitant de cette terre répondrait: ce Jésus dont on profane le nom est le Sauveur du genre humain qu’il a racheté de l'enfer; cette Vierge objet de leur mépris est sa mère et la nôtre.

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—Courez alors, reprendrait aussitôt cet étranger, courez leur dire ces choses ?

— Ts le savent, lui répondrait-on.

—Quoi, ils connaissent Celui qu'ils blasphément !

—Plus que cela, M. létranger, ils disent appartenir à sa religion. |

—Appartenir à sa religion! s’écrierait vivement l'étranger, vous m'en imposez, vous voulez*vous moquer de ma crédulité. Il n’y a pas de tels monstres dans lunivers. La bète des bois reconnait son bienfaiteur ; et l’homme, doué d'intelligence, le maudirait ?

L'étranger se retirerait, persuadé qu’on a voulu le tromper et que le blasphêème est une impossibilité.

Mes chers habitants, cet étranger aurait raison. Pour blasphémer, l’homme doit sortir de sa nature et se faire démon.

Pourquoi ce bléémangé des vers ? Blasphémateur, voilà ton œuvre!

Si vous voulez réussir, jeunes colons, n’attirez pas la malédiction de Dieu sur vous et votre terre par d’abominables jurements, qui ne vous donnent rien en fait de jouissance.

Comme patriotes, nous voulons que notre pays soit prospère, évitons le blasphème, et nous deviendrons autre chose que les FAR d'écurie de nos voisins.

Le blasphémateur est détesté de tout le monde.

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On se rappelle qu’un anglais fit payer l'amende à un charretier qui jurait. |

Vous qui m'écoutez, j'ai une chose à vous demander. La première fois que votre réprésentant viendra parler en public, vous lui direz: M. le Membre, vous me représentez en chambre, c’est-à-dire, que vous tenez ma place, pour faire ce que je ferais moimême. Je vous ai donné mon vote avec mes Coélecteurs pour la session. Je vous paie bien; vous le méritez aussi, et je ne me plains pas de cela. Mais je viens vous demander de me représenter à l'égard. d’une nouvelle loi concernant le blasplême. Eu ce monde, les innocents paient souvent pour les coupables ; je ne veux pas que mon blé soit mangé des vers à cause de mon voisin dont les paroles font dresser les cheveux sur la tête. Je suis convaincu, M. le Député, qu’une loi de cette sorte fera plus pour la prospérité de mon pays que toutes celles qui ont été faites depuis plusieurs années. On dit, M. le Membre, qu’il en existe une, perdue dans les archives ; faites en une autre que le Ganada n’ignorera pas. On fait des lois contre les voleurs ; pourtänt Les blasphêèmateurs nuisent plus à une société queles voleurs; car ceux-là volent quelque fois quarante à cinquante piastres de la récolte de chaque habitant.

. À celui, ou à tous ceux qui voudront demander cela à leur membre, je promets de dire à leur intention une messe lorsque je serai bien loin d'ici au milieu de mes neiges du Labrador. De plus mes

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Sauvages réciteront cinq fois Motre Père, et cinq fois Je vous salue Murie pour leur obtenir une bonne mort, J’ai hâte de connaître quels sont ceux qui vont gagaer ces avantages ?

Que le blasphème disparaisse et notre beau pays ne verra pas les malheureux jours de la France.

TROISIÈME PIPÉE

TOUCHE PREMIÈRE

Le colon et ses enfants.

Mes chers habitants et artisans, vous êtes sur des terres ; le rang que vous habitez compte un grand nombre de maisons ; vous pouvez avoir des écoles, il faut songer à donner une instruction passable à vos enfants. Bien des pères se font illusion sous ce rapport, et laissent grandir leurs fils et leurs filles dans l'ignorance. Que d’enfants seraient aujourd’hui votre soutien et votre gloire s'ils eussent eu seulement un peu d'instruction. Dans nos campagnes, on oublie trop facilement que l'enfant peut apprendre, non seulement à l’école, mais à la maison. Pourquoi voit-on des enfants apprendre si bien à côté d’autres aussi ou presqu'aussi intelligents, qui restent sept et huit ans sur les bans de l’école sans apprendre à lire les prières de la messe, n1 à savoir signer leur nom ? La réponse à cette question est bien facile: les premiers ont des parents qui, Comprennant l'importance de l'éducation, stimulent l'ambition de leurs enfants

qui apportent à l’école, leur tête et leurs pensées ; les autres vont à l’école avec leur tête, sans leurs pensées. Ils s’asseyent sur les bancs, mais pensent au jeu, ils ont les yeux dans leurs livres, mais l’esprit dans Les tas de foin. Ils sont six heures par jour à lécole et au bout d’un an, savent à peine les lettres de Palphabet, les lettres qu’on apprend dans trois jours. On laisse à l’instituteur ou à l’institutrice le soin de tout faire, même de donner à l'enfant le désir d’apprendre, soin qui regarde certainement le maitre, mais aussi grandement les parents. Chien envoyé à la chasse à coups de bâton ne rapportera jamais rien. Vous voyez que votre enfant n'aime pas l’école, qu'il n’apprend rien, ayez alors recours à quelques moyens pour changer ses dispositions. Ecoutez ce dont je fus témoin cette année : J'étais à bord d’un gros bâtiment chargé de passagers. Un père avait un enfant de quatre ans qui s'amusait sur le bâteau, le père l’appela, prit un livre, lui montra la lettre “a” en Jui disant : regarde bien comment elle est faite ; tiens, vois-tu ? bon; maintenant suis mon doigt sur les lignes de cette page et à chaque lettre ‘‘ a” quetu reconnaîtras, tu auras un grain de raisin, et l'enfant de suivre le doigt de son père et de nommer les lettres a ” qu’il s’efforçait de trouver pour avoir un grain de raisin. Deux heures après sa petite main était pleine. Il s’en allait tout triomphant, puis une heure plus tard, il revenait cette fois-ci, sans que son père l’appelât: Papa! je viens gagner du raisin, où est ton livre ? Le père prenait le livre et lui indi-

quait la lettre ‘ b,” et l'enfant de nommer toutes les lettres “ b” qui se présentaient sous son petit doigt, et ainsi de suite. Quand nous arrivâmes à Terreneuve, trois jours plus tard, lenfant savait douze lettres et si bien que n’importe à quelle page du livre, il désignait de son petit doigt les lettres que son père lui avait montrées. D’autres fois le père prenait ses cartes, lui en mettait trois dans la main, les lui faisait compter, puis en ôtait une, lui demandait, combien il lui en restait, etc, ou encore prenait l’as de cœur, puis le deux, puis le trois, et l'enfant d’additionner le tout. Il prenait un dix, et demandait à son fils combien il y avait de petits cœurs de dépeints sur la carte et l'enfant de compter et de gagner sa poignée de raisin. Le père alors se tournait vers moi en disant : “ Hell be a business man, ” il va faire un homme d’affaires, mon petit garçon. Je me disais en voyant ce père qui comprenait l'importance de faire aimer l'étude à son fils: Si cet enfant eut été envoyé à l’école comme la plupart de nos enfants, à neuf ans, il en aurait moins su qu'il n’en apprit en trois jours à bord du bâteau par le moyen ingénieux que son père avait pris d’exciter son ambition par lPintérèt. RE

Mes chers amis, faites désirer à vos enfants d'apprendre quelque chose ; tou‘ est là : s’il v’uf apprendre, il apprendra ; s’il ne le veut pas, il ira à l’école, mais s’en reviendra gros Jean coinme auparavant. J'ai vu souvent des eutants aller à l'école pendant

longtemps, et leurs parents paraïssaient l’ignorer. Jamais une question à propos de leurs succès, jamais un mot de leur école. Les enfants arrivaient le soir, jetaient leurs livres dans un coin, sortent aussitôt, allaient courir les chemins ou jouer à la cachette dans.les granges, s’en revenaient quand il faisait noir, allaient se mettre dans les coins pour écouter les jeunes gens dire de mauvaises paroles, puis s’endormaient pour recommencer le lendemain: ia même besogne. Est:l étonnant qu'avec des parents aussi insouciants, un enfant de neuf ans ne sache pas signer son nom? Braves habitants, il faut que vous montriez à vos enfants que vous vous occupez de leur instruction. Qu'à chaque semaine, ils soient amenés un soir en votre présence et qu’ils vous fassent voir le travail qu’ils ont fait. Combien de pages ont-ils lues. Qu'ontils écrit. Ne font-ils rien autre chose que des barres depuis un an ? ou, bien ont-ils fait les zéros six mois, à la peine d’en mourir d’ennui ? Voyez à cela vous même. Entendez-vous avec le maître ou la maitresse. Vous me direz peut-être : mon Père, je ne sais pas lire. Cela ne fait rien ; vous avez une langue et des yeux et cela suffit pour montrer à vos enfants que vous vous intéressez à leurs travaux, vos enfants sont comme vous, quand on ne fait aucun cas de leur ouvrage, gela n’est pas de nature à les encourager.

Rappelez-vous que linstitutrice tient votre place à l'égard de vos enfants, alors il faut que ceux-ci la.

respectent. Ne soutenez jamais vos enfant; dan: ses désobéissances ou ses étourderies à l’école. Si vous avez quelque reproche à faire à l’institutrice, que votre enfant lignore, car sans cela, vous le gâtez pour toujours et il n’apprendra jamais rien. Il y a des enfants grossiers, effrontés, qui paraissent avoir été élevés,à l’étable, car ils n’ont que du fumier à la bouche, et dès qu’on veut sévir contre eux, on entend les parents faire feu et flammes pour avoir vengeance contre leurs maîtres. Pauvres parents! vous pleurerez plus tard; ces mêmes enfants que vous soutenez maintenant, vous riront à la figure, feront votre honte, et vous occasioneront bien des larmes. Il sera trop tard, l'arbre aura profité et 1l cassera plutôt que de dresser.

Ecoutez l’histoire suivante : Un homme mit son fils dans une académie de nos campagnes ; un jour cet enfant se mit dans la tête de rire du bon frère qui linstruisait, le frère voulut, bien entendu, Parrêter et sévir contre cette grossièreté ; le jeune élève prit son chapeau, lança un juron—il n'avait que quatorze ans pourtant—et passa la porte de la classe ‘en sifflant. Il se précipite dans la rue, rencontra de jeunes polissons, appuyés sur une clôture, les mains dans les ‘ poches,” une chique à la bouche, regardant pousser le grain des autres, et il leur raconta son bon coup. Ces jeunes grossiers, l’opprobre de notre race, le félicitèrent dans leur langage bas ; ‘‘ tu as bien fait, dit l’un, ne te laisse pas mener, il n’y a que

les bœufs et les chevaux qui se laissent mener.” “Si tu es bête, dit l’autre, tu n’es toujours pas cheval. Ces jeunes gamins qui parlaient ainsi, arrivaient pourtant des chantiers où ils avaient traîné ce qu’on appelle “ la chienne” Dans les chantiers, mes bons habitants, on fait des billois sur le sommet des montagnes où les chevaux ne peuverit monter. On fait alors un petit traineau qu'on appelle la “ chienne,” on y attache des cordes qui servent de menoirs; puis on y attèle les jeunes gens qu’on dompte d’abord, puis qu'on mène en. criant: prends garde que la chienne te monte sur le dos. Comme c’est beau d’être en chantier et de servir de cheval dans les endroits où le bourgeois ne veut pas risquer le sien!

Le jeune déserteur de l’école arrive chez son père au moment où la famille se préparait à diner. Il veut prendre sa place autour de la table, en commençant à raconter son histoire. Son père qui, plus heureux que son fils, avait le bonheur d’être Canadien, ordonna à cet enfant d'aller atteler Le cheval ; il n’y avait pas à regimber devant le poignet du bon homme ; le fils exécuta l’ordre du père. Celui-ci mouta dans sa bonne voiture, disant à son fils de marcher en avant de son cheval. Mais, mon père! dit l'enfant, je n’ai pas mangé. Ce n’est pas ici que tu dois manger non plus, répondit le père. En avant! entends tu? Le petit polisson, caquet rabattu, pataugea dans la boue jusqu’à l'académie, pendant que son père s’en allait seul dans sa grande voiture. En

passant près de sa maison de pension, l'enfant voulut s’arrêter pour manger. Ce n’est pas le temps de diner maintenant, dit le père, il est deux heures, tu dois être en classe. Arrivé devant le cher frère directeur, le père demanda une règle dont on se servait pour règler le papier. Il donna à son fils une bonne volée sur les mains, les épaules, sur le dos haut et bas, espérant lui trouver le cœur; puis il dit au cher frère qui avait été l’objet des moqueries de sor garçon de faire de même. Alors, s'adressant à son fils : Qu’as-tu à faire maintenant ? Le fils sanglotait mais restait muet. Le père, écoutez-bien, mes compatriotes ! le père tomba à genoux devant le cher frère disant : je vous demande pardon pour mon fils qui n’a pas pas assez de cœur pour le faire pour luimême. L'enfant humilié, confus, fut admis en classe, et demanda pardon devant tous ses compagnons. Il changea de conduite, fut un modèle de travail et de soumission ; doué d’une grande mémoire ‘ des faits et des mots,” d’un bon jugement, il brilla dans ses classes. Aujourd’hui il est à Montréal, en voie de faire fortune ; il est l’orgueil de son père auquel ïl doit tout. Si le père eut soutenu cet enfant dans sa rébellion en classe ; celui-ci était perdu, 1l serait aujourd’hui à mener la ‘ chienne ” dans les chantiers. Maintenant il est une des gloires de notre race et le grand bienfaiteur, je suis heureux de vous le dire, de nos missions sauvages. Depuis le commencement de cette histoire, il est, j'en suis certain, sur les épines. [Il craint peut-être que je ne le nomme. Nr

crains rien, mon cher Charles, je ne te nommerai pas. Pourquoi rougis-tu ? Il y en a bien des Charles dans le monde ? |

Apprenez de l'exemple de ce brave cultivateur à ne jamais soutenir vos enfants dans leurs étourderies, si vous voulez qu’ils vous soutiennent plus tard dans votre vieillesse. Envoyez vos enfants à l’école, ne les retenez pas, pour des riens, à la maison. Pourquoi votre fils, que je viens de rencontrer dans le chemin, ne vatil pas à l’école aujourd’hui, madame ? de: mandai-je un jour à une mère de famille. Il est allé chercher une quenouille chez sa tante Fanchette, monsieur, me repondit-elle : il y a dix ans de cela et son fils cherche encore.

Sachez, mes chers habitants, faire aimer l’école à vos enfants ; suivez-les de près et accordezleur, comme récompense d’avoir appris à lire pendant l'hiver, une belle visite chez leur bonne tante qui reste ‘ là-bas, là-bas, où l’on voit ces beaux clochers le long du chemin et des grandes maisons avec des galeries tout aux alentours.”

Mon oncle Germain était sans pitié pour ces parents qui, ne pouvant eux-mêmes corriger leurs enfants, veulent que les autres leur parlent toujours en wants de soie ”. Il disait en se pinçant les lèvres :

‘4 Si ton petit enfant, déjà grand polisson,

Est maître dans l’école ainsi qu’à la maison, Fremtle, trop lâche père, et crains que tu ne cueilles, Sur ta face, plus tard, des trèfles à cinq feuilles.”

TOUCHE DEUXIÈME

Peu d'éducation fait grand bien.

Nous venons de démontrer qu’un enfant qui va à l’école sept ans, et qui ne sait rien, est un lâche, et que ses parents le sont encore plus que lui. Jene comprends pas qu'un enfant ne puisse signer son nom après deux ans d'école. Je mets le temps bien loin Remarquez bien ceci : “apprend à lire et à écrire qui veut.” J'ai connu un vieillard, M. Antoine Lajoie, Pun de nos héros de 1812, qui apprit à lire à l’âge de soixante et douze ans; pourquoi? parce qu’il Pa voulu; la chose est bien simple. Il y a quelques années, on promenait dans nos villes, un singe qui signait son non. Il aurait appris cela dans un an sans même aller à l’école, en restant seulement dans la maison de son maitre, homme zélé pour l'éducation des animaux, mais dont le fils ne sait pas écrire. Un Anglais eut un oiseau qui, a force de répétition, se plongeait le bec dans l'encre et écrivait son nom ; butor, et tout butor qu'il était, il fut exempt d'appeler des témoins pour faire sa marque, lors de son contrat de mariage avec Demoiselle Héronne. Après de telsfaits, je ne vois pas pourquoi mes compatriotes, pleins d'intelligence comme ils sont, seraient incapables de signer leur nom, chose si importante maintenant qu’on ne peut plus se fier à ia parole des gens. Est ce si difficile après tout ? Mou oncle Germain se fit écrire la première lettre de son nom de baptème, puis son nom

de famille tout au long, sur un morceau de papier, chaque soir, il prenait son ardoise et tâchait d’imiter l'exemple. IL avait trente ans, car il n’y avait pas d'école de son temps. En huit jours, il signait son nom à la perfection : maintenant, dit-il, que je sais signer mon nom, je puis me marier, Car se marier sans savoir signer son nom n'est pas digne d’un hommed’esprit. Que diriez-vous, mes bons habitants, d’une loi qui obligerait de savoir lire et écrire avant de se marier? Je crois qu’une telle loi aurait un grand effet sur l'éducation de la jeunesse. Mais comme l’Eglise, à laquelle seule appartient le droit de faire des lois touchant le Sacrement de mariage, ne trouve pas l’idée bonne, nous allons la retirer pour revenir à notre oncie Germain qui apprit à lire à force de travail. Il jouit maintenant d’une bonne éducation, écrit bien une lettre d’affaires et ne pouvant faire de la poësie, 11 s'est mis dans la tête de faire des rimes de bon sens, dans le but de changer des choses qui n’ont ni rime ni bon sens.

Sa petite instruction lui sert maintenant à égayer les personnes du voisinage, et il repète souvent : peu d'instruction fait grand bien. À Pappui de sa maxime, il raconte l’histoire suivante :

ll ne faisait que commencer son instruction.

Comme il était habitant et qu'il voulait être habillé en toile, —il avait tant d'esprit, mon oncle |—il semait beaucoup de lin, ce qui fait qu'il avait beaucoup de graine à vendre. Les habitants des alentours le

voyant faire de l'argent et s'habiller sans s’endetter, l'imitèrent ; et, chaque année, semaient beaucoup de lin. Une année, dans l'automne, voulant vendre sa graine, mon oncle écrit à Montréal, la lettre suivante: —il ne savait pas encore sa grammaire. ‘“ Mesieu, jé bocou de grenne de lain, on me di que vous en acheté, volé-vous me di: comen vous la paié” La lettre est bien courte, comme vous voyez; il reçut du marchand la réponse suivante : ‘ J’acheterai toute la graine de lin que vous m’apporterez à raison de deux piastres le minot, jusqu’au 8 octobre.”

Mon oncle aussitôt courut toute la paroisse, et neuf jours plus tard, il avait cent quatre-vingts sept piastres dans sa bourse, toutes ses dépenses et son temps payés. Il finissait son histoire en disant : “Et voilà ce que c’est que de savoir écrire, et d’avoir du style ! ?

Pour encourager ses enfants à apprendre à lire, il leur racontait ceci : un hommeétait revenu des Etats depuis deux ans. Il reçut deux lettres de ses ais qui demandaient de leur envoyer les quinze piastres qu’il leur devait. Notre homme se faisait lire les lettres, mais ne répondait pas. 1l en reçut une troi. sième comme la maîtresse d'école passait, il l'ippela et en présence de sa femme et de ses enfants, elle lut ceci: ‘ Mon-ieur, il y a déja deux lettres que je vous écris et je n'ai pas recu de réponse ; si je vous avais connu aussi ingrat. je n'aurais pas déboursé les quinze plastres que vous me devez, pour vous sortir

de prison.” Quel coup de poing dans la figure d’un homme qu’une telle lettre lue par une autre personne! Et voila ce que c’est que de ne pas savoir lire !

Ainsi donc, mes bons habitants, il faudra au moins savoir lire et écrire, jeunes ou vieux, on peut apprendre à signer son nom en huit jours, il n’y a qu'à s’y mettre. Une lettre n’est pas plus difficile à faire qu’une marque et huit lettres, pas plus difficile que huit marques. Quant à vos enfants, n’attendez pas qu'ils sachent la grammaire pour les faire écrire. Lorsque votre enfant a son ardoise dans ses mains, dites-lui: écris-moi ceci: il fait froid ce soir, j'ai vendu douze minots de pois aujourd’hui, etc., etc. Insistez auprès de l’institutrice pour que vos enfants écrivent à la dictée. Ils feront d’abord beaucoup de fautes, mais pourvu qu'ils écriverit de manière à se faire comprendre, c’est un grand point de gagné ; la grammaire viendra ensuite, je dis plus: c'est le meilleur moyen de lapprendre.

Ainsi, mettons-nous à l’œuvre pendant les longues soirées de l'hiver et de printemps ; que chacun sache au moins signer son nom. Mon oncle Germain faisait honte auxsjeunes gens qui parlaient de se marier et qui n'avaient pas eu assez de vingt ans pour apprendre à faire huit ou neuf lettres; il aimait à leur chanter d’un air narquois en faisant allusion à quelque maligne.

Tu veux done, mon garçon, commencer le ménage, Et n’écrivant pas mot, vivre dans l'esclavage ;

Car ta femme dit-on, par coups de main divers Tire très-bien sur lèvre, un accent de travers, Et sait caliner d’un jet, sa belle âme perplexe En imprimant sur tête uu accent cireouflexe Pourra même au besoin, d’un doigt accoutumé Ecrire lestement poiut final sur un é.

TOUCHE TROISIÈME

Pourquoi attendre à vingt ans pour avoir de l'esprit ?

Mes chers habitants, s’il y a une chose pénible pour l’homme, c’est de perdre par sa faute un beau bien qu’il possédait, surtout si c’est un bien qu’on peut partout apporter avec soi, sans être plus chargé. Presque tous vos enfants, maintenant reçoivent de vous un bien de cette nature et la grande moitié d'eux le perdent par leur faute. Que d'enfants qui sortent de l’école, pouvant écrire une lettre et lire dans n'importe quel livre et qui à vingt quatre ou vingt-cinq ans, loxs de leur mariage, ne savent plus * signer leur nom, ni lire les prières de la messe. Ils regrettent alors le temps perdu, mais n’ont plus le courage de le reprendre pendant les longues veillées d'hiver. Perdre son temps d’une manière inutile et souvent criminelle depuis l’âge de treize ans jusqu’à celui de vingt-quatre, quelle folie! quel crime! Voyez les passer ces jeunes gens de quinze à seize ans, dans leurs petites voitures à ressort, conduisant

un grand cheval efflanqué, les mains pendues dans les guides, moins souvent pour retenir l’animal que pour l'empêcher de‘tomber; entendez-les crier aux autres fous qu’ils rencontrent: nous, nous allons veiller par en haut et les autres de répondre : nous, nous allons veiller par en bas; puis en disant cela, chacun de donner un coup de fouet à son cheval qui fait un saut et retombe à la même place. Ils appellent cela faire la vie de garçon en seigneurs, préparation prochaine à la vie de famille en quêteurs. Jamais ils n'auront un livre, jamais ils n’écrivent un mot, et ils oublient bien vite le peu qu'ils savaient. Leurs doigts ne sont jamais tachés d'autre encre que le jus d’une écœurrante chique qu'ils ont constamment à la bouche. Quelle honte de perdre le temps le plus précieux de sa vie pour un jeune homme qui a cependant une beile intelligence !! Quand mon oncle Germain chantait :

Qui dit: pas fin est notre Canadien, Ne s’trompe pas, rien que d’un petit brin ;

il exceptait toujours les jeunes gens de cette sorte.

Jeunes gens quim'écoulez ! vous avez pourtant un bon cœur et une belle intelligence, permettez-moi de vous le dire, sans vous vanter; d’ailleurs, vous de vez vous être aperçus que ceci rest pas mon défaut, Eh bien, mettez vous à l'œuvre. Vous avez quitté l’école, mais n’abandonnez pas la lecture, au lieu de dépenser quatre à cinq piastres par année inutile-

ment, achetez vous quelques livres comme ‘Les Anciens Canadiens ”, “ Les Canadiens de l'Ouest ”, livre si intéressant, le “ Pélerin de Ste. Anne ” ouvrage bien chrétien ( Charles Guérin ”, “ Jean Rivard ”, livres que vous aimerez de tout votre cœur, et beaucoup d’autres. Ces livres ont été écrits par des Canadiens, qui, selon votre expression, le sont de corps et d’âme, voulant dire par là, je suppose, qu’on peut être Canadien de corps sans l’être d'âme. Je n'avais jamais bien compris l'exactitude de cette définition d’un vrai Canadien, apprise sur les genoux de ma mère, avant l'affaire Guibord. Un homme né en Canada est un Canadien de corps et s’il vit sans plus se soucier de son âme que son chien, c’est alors un chien, et non un Ganadien d'âme. Est-ce cela que vous vouliez me dire, maman ?

Mais revenons à la lecture. Lisez un journal d’agriculture, la Gazette des Campagnes, par exemple, que chacun devrait avoir dans sa maison. Lisez seulement quelques pages chaque soir, et, à quarante ans, vous serez un homme instruit. Ne lisez pas en perroquet, tâchez de comprendre, et faites vous expliquer le mot que vous ne comprenez pas. Ceux qui parleront d'agriculture, emploieront des mots communs pour bien se faire comprendre. En.

dehors des mots, dont vous vous servez chaque jour dans votre langage, il y en a si peu que nous comprenions généralement. Que veut dire appréhension,

qui signifie crainte? demandaiton à un jeune

es

homme qui iisait, il répondit qu’il comprenait la première partie : après, mais qu'il ignorait l’autre.

Il y avait une fois dix enfants autour de moi: je tenais en main un article qui traitait d'agriculture: Que veut dire terre argileuse ? mes enfants : Silence sur toute la ligne ; il y en avait parmieux de seize ans. Celui qui fut plus près de la définition, me dit: ‘ C’est quand ça glisse sous le pied et qu’on manque de tomber, monsieur.” Qu’estce qu’une plante à racines pivotantes maintenant ? Tous restèrent muets à exception du même qui m'avait déjà répondu: c’est quand ça pivolte, c’est-à-dire que ça tourne comme les soleils dans le jardin chez nous.

Un prêtre racontait un Jour: j'entre dans une maison, je vois sur la table un article qui portait en titre : “ aux habitants.” Je fis lire un enfant, il commença: Les principes fertilisants—arrêtez ! qu'est-ce que veut dire ce mot? L'enfant me regarda avec de grands yeux, puis jeta un coup d'œil sur sa mère qui vint à son secours: ce n’est pas celui-là, monsieur, qui a été au collége, c’est son frère Arthur ; sil était ici, il vous répondrait vite, car il a étudié le latin, lui. Jusques à quand, enfants des hômmes | parlérons-nous grec devant les Romains ? Je ne veux pas dire, mes chers habitants, que votre language soit le meilleur; mais je crois qu’il serait bon de vous expliquer ce que vous n'avez jamais été à même de connaître. Veillez à ce que vos enfants apprennent chaqur semaine, la signification, le sens de

quelques mots qu’ils ne savaient pas auparavant. Je connais beaucoup d'anglais qui donnent douze mots par semaine à apprendre à leurs enfants, c’est-à-dire, deux par jour ; à la fin de l’année, ça leur fait la jolie somme de six cents mots et au-delà dont ils retiennent au moins la moitié. Dites à votre institutrice de montrer à vos enfants le sens de : importations, exportations, transactions, principes nutritifs, éléments hétérogènes (que voulez-vous! le mot est un peu baroque, mais vous ouvrez rarement un livre d'agriculture, sans qu’il vous crève les yeux, c’est du grec tout pur celui-là!) phosphate, percentage, dividende, etc., etc. Si on enseignait chaque semaine aux enfants quelques mots inusités, ils comprendraient bientôt tout ce qui peut s'écrire dans un livre, non pas comme celui ci, mais même bien écrit. On me dira peut-être : quand on les fait lire, on leur explique les mots difficiles; oui, je le sais, et j’ajouterai même que souvent cette explication est plus difficile que le mor. D’ailleurs, ce qui passe par une oreille une fois, sort par l’autre; mais que l'oreille et l’esprit de cet enfant soient frappés, pendant chaque jour de la semaine à différentes reprises, de la signification du même mot, donnée toujours de la même manière, alors il deviendra familier avec ces noms qui l’effraient d’abord, s’il ne peut les écrire correctement, s’il ne peut même tous les dire, quand il les entendra, il aura au moins l'avantage de les comprendre. Vous, amis qui m’entendez, vous auxquels on n’a pas montré ces choses, demandez en au moins

l'explication à votre sœur qui a été au couvent, et qui sait bien sa langue française.

Maintenant, de la lecture passons à l'écriture. Vous avez treize ans vous savez écrire; prenez garde d'oublier une chose si importante. Ecrivez chaque semaine. Faites comme ce jeune canadien, vrai fils d’un habitantqu'il était; je vous présente cet Edmond pour modèle. Il tenait un journal de tout ce qui arrivait à la maison. Rien de plus intéressant que ces notes écrites chaque soir ou au moins chaque dimanche. Il vint à écrire avec une grande vitesse, et d’une manière bien lisible. Il y avait des fautes de grammaire, mais on n’attendait pas de lui qu’il sût la syntaxe. Ecoutezle: premier de mai: Nous avons semé trois minots de blé, terre un peu fraîche. On apprend la mort d’Arestide Bruyère, qui s’est noyé, le 13 avril, en haut Canada. Chez Charles Cas mir, on fait b: iptiser un petit garçon.

, Deux de mai: semé 5 minots de pois. Notre moutonne noire est morte, Caïllette a vêlé aujourd’hui. Mon oncle Benjamin et ma tante sont ici ce soir, ma tante s’en va demain au service de sa sœur qui est morte d’un cancer.

Trois de mai, dimanche : La petite Pottevin a été publiée premier et dernier avec le petit vide bouteille. M. le Curé a dit qu’il fallait faire le mois de Marie dans les familles, pour ceux qui ne pouvaient venir à l'Eglise, etc., etc. Voici la manière dont il tenait son journal. Il y fut fidèle pendant neuf ans

sw”

et vous ne sauriez croire tout le service que ce cahier a rendu au rang où vivait ce cher Edmond. Toutes. les discussions de la paroisse venaient se terminer sur une page du cahier. Chaque jour, on venait demander à Edmond de regarder sur ses notes pour voir en quelle année, une telle était morte, en quel temps les semences avaient commencé deux ans auparavant, quel âge avait ‘la pouliche du petit Chause” Il était olorieux de ce cahier qui ne lui avait rien coûté et qu'il avait commencé pour se perfectionner la main. Pourquoi ne feriez vous pas de même, braves jeunes gens ?

De plus, écrivez vous-même vos lettres. Il y en a qui savent écrire d’abord, et n’écrivent jamais une lettre. Ils vont perdre une journée pour la faire écrire par une autre, tandis qu'ils peuvent le faire bien mieux eux mêmes. Je ne parle pas ici de la grammaire. Quelques-uns nous disent: j'écrirais bien mais je ne sais “ comment commencer.” Tiens! mais on commence par écrire ce qu'on veut dire! c’est bien simple, n’est ce pas ? Il y en a qui veulent toujours commencer par : Je mets la main à la plume pour te faire assavoir. Beau dommagel que vous ne mettiez pas la main à un bâton pour lui faire assavoir de vos nouvelles. La personne à laquelle vous écrivez, sait bien que c’est la main que vous | mettez à la plume, alors pourquoi le lui dire. D’autres qui ont lu des modèles de lettre qui ne sont pas modèles du tout, ne sont pas contents, s'ils ne mettent

AL Cp

pas en tête une grande phrase : “ C’est avec un sentiment de joie, mêlée de tristesse que je l’écris: de joie parce... puis ils méditent pendant une demi1heure, afin de savoir pourquoi ils ont de la joie, et une autre demi-heure, dans le but de connaître la cause de leur tristesse. Ensuite, ils disent ce qu'ils voulaient dire d’abord. Alors, pourquoi ne pas commencer par là tout de suite; ce serait bien plus simple. dJ’ai lu une fois un modèle de lettres pour les habitants, une lettre, je vous assure, ‘ qui parlait bien.” La voici: ma chère sœur. C’est moi, Jules qui t’écris. Nous sommes tous bien, excepté Marie qui a mal à la gorge un peu, je lui dis que c’est parce qu'elle parle trop Maman travaille toujours beaucoup, la chère mère! Papa fait le train à la grange, et moi je charrie le bois pour l'hiver prochain. Il y a déjà trois pieds de neige dans les champs. L'hiver est assez beau, il n’y a pas de maladie. On a déjà

deux vaches de vèlées et deux poules qui pondent, :

Qu Pattend pour te faire manger une omelette. Nous parlons de toi souvent et maman surtout. Viens nous voir bientôt, je me laisse pousser les cros cet hiver, et on me dit que je suis joli garçon. Toujours ton frère qui P’aime.—JuLes. |

Il est vrai que je m'entends bien peu en style, mais j'ai trouvé que c'était une belle lettre d’habitant; cette lettre avait coûté à Jules un quart d'heure de travail. N’at-il pas mieux fait que de s'être creusé la tête, pour trouver un sentiment de

joie et un sentiment de tristesse. On écrit comme on parlerait à la personne qui aura à lire notre lettre. Faites cela, mes chers jeunes gens, et vous n’oublierez pas votre savoir en écriture. Ecoutez bien l’histoire suivante :

Il y a vingt-trois ans, il y avait deux jeunes enfants à une école de St. Jacques de l’Achigan, dans le. comté de Montcalm. L'un était dissipé, l’autre était grave : l’un était moi, l’autre était lui, c’est à-dire, mon compagnon. Lequel des deux était le dissipé ? Devinez sans rire ?......y êtes-vous? Si vous n’y êtes pas, j'y suis io: L'un avait la mémoire des mots, l'autre, la mémoire des faits. Quant au jugement, je n’en parle pas, vu que l’un pensait en avoir plus que l’autre et l’autre plus que l’un; lun et l’autre, dans ce cas-ci comme dans bien d’autres, faisaient deux,—seuls écoliers d’une même classe, en sorte que quand l’aûtre était le premier de la tête, l’un était le premier de la queue. Tls vivaient, ou disons mieux, nous vivions en grande amitié tous deux. Je lui pardonnais bien gaiment d’être toujours le premier de la tête. Il avait plus de talent que moi, beaucoup plus, mes bons habitants, soit dit en toute franchise et sans me vanter le moins du monde. Nous nous séparâmes, moi pour aller au collège, lui pour se rendre aux Etats Douze ans plus tard, j'aperçus dans les chars où je me trouvais une figure qui ne m'était pas étrangère. On s’entreregarde, je le regarde, je Le reconnais à l'éclair de son regard —c’était

l'autre de ma classe, c'était mon compagnon-d'école. Quelle poignée de main! Quels souvenirs du passé ! ge lui demandai de m'écrire et de me donner toujours son adresse. Je ne sais plus écrire, ditiL Quoi | toi qui savais ta syntaxe sur le bout de tes ongles! Oui, moi qui te baltas en classe, je n'ai pas écrit, je crois, depuis que j'ai quitté l’école. Mais tes lettres ? Je les ai toujours fait écrire par d’autres, je ne savais comment écrire cela. Je le regardais avec étounement ; il était pourtant le même, son œil n’était pas éteint, sa belle intelligence s’y montrait, 1l avait encore son haut et large front, son nez aquilin, ses lèvres malignes et ses cheveux frisés. Il avait encore la repartie vive, et de l'esprit jusqu'au bout des doigts—poutant 1l ne savait plus écrire et à peine savait-il lire! Je plaignais son sort en me disant: que de mulliers de jeunes gens dans notre Canada sont comme luil! Que de milliers perdent un beau bien qu'ils avaient acquis pendant sept à huit ans de travail ! Jeunes gens qui m’écoutez, il est temps que vous songiez à avoir de l'esprit avant vingt-cinq ans, car vous courez risque de ne jamais en avoir !!! Le tout dit par un cœur qui vous aime.

pete. 235 = TOUCHE QUATRIÈME.

À propos de Croquemitaine.

La touche précédente a été un peu longue, je l'avoue ; mais quand on commence à vous parler, vous nous écoutez avec tant d'attention, qu’on ne sait plus quand finir. D'ailleurs l'éducation dont nous nous entretenons est une chose si importante qu’il faut bien toucher un peu fort si l’on veut que le char de l'instruction avance. (Celle-ci, j'espère, sera moins longue, je dis: j'espère, je ne le sais pas encore.

Dans notre Canada, mes chers habitants, il y à, me dit-on, beaucoup de fous et beaucoup de folles. Quand fon compare le nombre des aliénés de notre Province avec celui d2s autres contrées, 1l paraît que le chiffre n’est pas à notre avantage, ici je ne vous dis pas toute la vérité, vous auriez honte. Heureusement que nous avons pour nous consoler Paxiome : ‘les extrêmes se touchent ; ” sans cela, impossible de résister aux calculs qu’on met sous nos yeux. La cause ? je n’en sais trop rien ; y aurait-il des crimes d’une nature dégradante qui seraient inconnus ailleurs que dans notre Canada ? Je n’en sais rien. Il ne nous appartient pas de juger. Dieu jugera. Ki nous appartient de ne parler que de choses qui tomben: sous nos yeux et qui sont propres à faire de nous, un peuple d’imbéciles.

Dans notre Canada, pays de neige, il y a plus de

réclusion qu'ailleurs, dans nos compagnes. Les enfants sont moins accoutumés que bien d’autres à voir des étrangers et des choses étranges.

Maintenant, vous savez que la peur fatigue beaucoup le cerveau, surtout dans le jeune âge. Vous savez qu’elle rend fou. Chacun de vous peut apporter un exemple à l'appui de cet avancé. Pour moi, je connais un homme qui a été entrainé par des billots dans une chüûte et des rapides à travers lesquels il fut pendant une heure, voyant la mort à chaque instant, sans cependant, recevoir une égratignure. Quand il parvint au rivage, il était fou et il l'est encore.

Tous nos canadiens savent ces choses, et cependant élèvent les enfants au milieu des loup-garous, des bêtes à grande.queue, des croquemitaines qui mangent les petits enfants, et des prêtres qui coupent les oreilles, prêtres bien surpris de:se trouver en telle compagnie. Voyez ce petit enfant qui a la belle qualité d’être enjoué et actif. Il promet beaucoup pour lavenir. Il a le malheur de courir dans la maison quand il n’y a personne de malade. Quel péché pour un enfant de courir ! Alors la mère lui parle de Croquemitaine, de demi Carème et que sais-je ? à la nuit-tombante, regardez cet enfant ; vous ne le reconnaissez plus ; sa tête s’agite en tous sens, il regarde dans tous les coins, il ne veut plus lâcher la jupe de sa mère ; ilest pour des heures avec la fatigue d’une contention d'esprit extraordi-

naire, il ne peut s'endormir, sans qu’il y ait quelqu'un qui veille sur lui pour croquer croquemitaine. Il grandit ainsi, et à quinze ans, ne peut entrer seul dans une grange, le soir; à quinze ans, à l’âge de la vigueur, ce jeune homme a déjà un cerveau fatioué, vieilli ; l'âge de l'énergie est passée pour lui et vous le voyez flâner toute la journée, regardant, comme nous avons dit, pousser le grain des autres. Ces frayeurs détestables ont encore des effets plus sérieux chez les jeunes filles Que de maladies | que d'accidents, que de morts ont été occasionnés par ces peurs subites. Toutes ses mascarades qui se font dans notre pays sont condamnables, du moins, de la manière qu’elles se font. Ici on ne fait pas comme dans les autres contrées ; tout consiste à surprendre son monde. On se précipite masqué dans les maisons, épée à la main. épée de bois, si vous voulez, mais que je crois être l’épée d’un Hercule. De là, des cerveaux affaiblis pour la première génération et des fous pour la seconde. De plus, rien d'aussi fécond en mauvais résultats, que cette habibitude de menacer les enfants de la colère du prêtre. Le prêtre est le réprésentant de Notre Seigneur qui disait : Laissez venir à moi les petits enfants. Quand le prêtre passe dans le chemin, les enfants devraient courir au devant de lui. Qu’arrive-t-il cependant ? Le prêtre entre, les enfants vont se cacher sous les lits, crient à perdre la tête, et à la faire perdre aux autres. J’ai moi même été appellé auprès d’une enfant malade, agée de neuf ans, qui perdait connais-

ss

sance, toutes les fois que je m’approchais d’elle. La mère lui disait : il ne te coupera pas les oreilles, ne crains pas; rien n’y fit, elle mourut sans se confesser et pourtant deux différents prêtres tentèrent l'essai.

Nous aurions mille choses à dire encore sur ce chapitre, mais j'ai promis d’être court, j'achève cette touche en vous disant: prenez garde aux fous de notre pays, dont un certain nombre est aux loges.

TOUCHE CINQUIÈME

Je m'ennuie chez nous.

Mes braves habitants, vous aimez vos enfants, je le sais, mais permettez moi de vous dire que vous avez une drôle manière de le leur montrer; je ne parle que de la généralité. Vous vous plaignez que vos enfants n'aiment pas à rester à la maison, qu'ils paraissent s’ennuyer avec vous. J’aime à croire qu'il y a quelquefois de enfants dénaturés, qui ne sont. Canadiens ni de corps, ni d'âme, mais avouez que certains parents irritent leurs enfants pour des riens, et leur rendent le séjour de la maison insupportable. Ayez ceci pour principe: quand Dieu n’est pas fâché contre votre enfant, pourquoi le seriez vous? On voit quelquefois des enfants tapageurs qui ont un peu trop de sang Canadien dans les veines, et l’on.

voit leur mère sévir contre eux plus sévèrement que s'ils étaient des blasphémateurs ou des ivrognes. Que de fois j'ai rougi pour certains parents n'ayant pas la patience chrétienne de supporter leurs petits enfants qui ne faisaient pourtant pas de mal! Vous voulez, dites-vous, que votre enfant aime la maison. Soyez alors les premiers à vous rendre aïimables envers eux. Bien souvent on traite son enfant comme on ne voudrait pas traiter un étranger; on lui lance à la figure tous les mots grossiers, répétés seulement par la canaille des rues. Excusez ces paroles, mais je crois bon d’en dire quelques-unes. Tète de cheval, tête de pioche, petit damné, gros bœuf, petit. CO... (un autre coq que celui de la grange) mon petit.…..mon petit vér...…..mon petit vli...……… mon petit vlan. On épuise le vocabulaire des charretiers, puis une tape par ici, un coup de pied par là, et cela du matin au soir. Ajoutez à cela que s’il répand une goutte d’eau sur le plancher, (quel crime !) bien souvent sans qu’il y ait de sa faute, il est certain qu'il en a pour le moins deux heures à se faire disputer, et à ‘* se faire arracher la laine sur le dos.” Comment voulez-vous que votre enfant aime la maison, après de telles choses ? Il est heureux de trouver un occasion de décamper, et d’aller se cacher dans les granges avec de méchanis compasnons. Le séjour de la maison l’ennuie, il est malheureux— chose triste à dire—près de son père et de sa mère. Faites-vous aimer de:vos enfants, ne les groudez pas pendant un mois pour des riens.

Ali

J'étais un jour chez mon oncle Germain Lacasse dit Cassé, une de ses filles pourtant bien prudente, échappe par terre une terrine, et dans sa surprise, s’'écrie: ‘bonté divine! j'ai cassé la terrine! et mon oncle Germain de répondre : divine bonté! la terrine cassée! et tout fut dit.

De plus, respectez vos enfants si vous voulez qu'ils vous respectent et se respectent entr’eux. J’entrai une fois dans une maison ; les enfants étaient seuls, le père étant dans le champ, la mère à la laiterie. Quels enfants grossiers! Entendez-les se disputer ; j'ai honte, mais je crois utile de vous rapporter quelques unes de leurs paroles. Je ne sais s'ils étaient Canadiens; toujours est-il qu'ils parlaient comme un bon nombre d’entre nous autres. “ Vas-tu Vôter d'ici, toi? vlan! une tape. Je m'ôterai si Je veux, mon damn. Lt situ ne te tais pas, je vais te Dadier la gueule avec des plures de pataque.” Reviens-y pus, tu vas baiser ta grand'mère, mon cheval, puis un crachat à la figure, puis les chaises, les bâtons, tout marchait. Le plus vieux de ces enfants n'avait que douze ans et pourtant je tremblais, javais peur. Cependant vous m'accorderez que je nai pas l’air bien peureux. Un homme qui a vu les forêts, et l'ours blanc du Nord, à un pen de Demoiselle Rangévoudeon dans les yeux. Suis-je dans une caverne de brigands? me demandai-je? La mère arriva au moment où un petit garçon, le poing levé sur Sa petite sœur de six ans, s Hs rt: tn pou

gros bœuf, s’écrie la mère; puis les pieds et les mains commencèrent à jouer sur le corps de son petit ‘ gros bœuf” L'enfant se rebiffa, puis faisant une grimace à sa mère, lui cracha à la figure en la maudssant. Ne maudis pas comme ça, mon petit maud..... regardez donc! il sacre bien! ce petit Sdie.e CO petit Cra, ce pet vlinn. 286... Q'éneRiorr où a t-1l pris Ça, je vous demande, à son âge? puis se retournant vers moi, elle ajouta: Je vous assure que c’est dur d'élever une famille, allez! je crois que mes enfants sont pires que les autres ; c'est un enfer continuel dans la maison. Elle se trompait peu, et le premier démon de l'enfer de cette maison, n'était-ce pas elle qui par ses exemples, avait formé les autres à le devenir ? Ces enfants là vont grandir le fumier à la bouche, puis ils passeront vite au blasphême. Ce sera justement eux que vous rencontrerez plus fard ivres, et causant du désordre dans les chars, les bâteaux à vapeur, les assemblées, etc. Ils ne se respecteront pas, car leur mère a été' la première à les abrutir, à leur enlever le respect qu'ils se doivent à eux mêmes. Vous les verrez plus tard, ces enfants, dans le triste état dans lequel j'en ai vu quelques-uns cet automne. Quel opprobre pour notre race! Ils étaient quatre-vingts qui revenaient de leur voyage annuel. Ils étaient presque tous ivres et tenaient cependant encore en main, chacur

ane bouteille. Le fumier, le blasphème, tout ce qu’il

y à de plus bas et de plus criminel sortait de leur

bouche. J'entendis là des chansons qui me firent

dresser les cheveux sur la tête. Un étranger me dit: ‘ Quel tas de vauriens! heureusement que je les comprends peu.” Deux doigts de rouge me couvrirent la figure; puis je me laissai aller à mes réflexions, comme si j'eusse été seul au milieu de la forêt, je me disais : D’où vient donc qu’un si grand nombre de nos jeunes gens ont si peu de respect d'eux-mêmes? D'où vient qu’ils ne peuvent s’assembler une dizaine, sans se salir la bouche dans un fumier impur? D'où vient que, dès qu'ils sont loin de leur paroisse, de ceux qui les connaissent, ils pensent qu’il n’y a plus de Dieu pour eux? - D'où vient qu’à trois lieues de leur “ place ”, ils paraissent n'avoir plus d'autre ambition que de se faire remarquer comme blasphémateurs, ivrognes, voyous, diseurs de mauvaises paroles et flâneurs de rues ? J’en ai trouvé, me disais-je, de ces jeunes gens sans pudeur, partout, dans les hôtels des Etats, dans les chars, dans les chantiers, dans les manufactures, dans les villes, dans les campagnes, dans le Golfe, et disons-le, dans les maisons. Le respect dû à nos Eglises, ne les retient pas même, je les ai vus se pousser, se tasser en riant, les polissons ! pour empêcher ceux et surtout celles qui voulaient se rendre à leur banc de le faire, je les ai vus au moment le plus solennel de la messe, se passer des chiques de tabac de l’un à l’autre. Je les ai vus ces jeunes gens tellement abrutis qu’entr'eux ils se faisaient gloire de leur crime et n’ayant pas meme la rougeur de la honte pour abriter un bassesse. D'où vient donc

une si étrange conduite ? Une pomme gâtée, me disais-je, gâte toutes les autres, et un corrompu corrompt tous ses compagnons. S'il y a des jeunes gens mal élevés par leurs parents, il y en a, et c’est le grand nombre, qui reçoivent d’eux beaucoup de conseils et peu de mauvais exemples. D'oû vient que leurs enfants sont de si grands vauriens? Le voici peut être : ces enfants ne restent pas à la maison dont le séjour leur est devenu insupportable. Ils y passent une partie de la journée à contre-cœur, en sortent pour s’attrouper avec d’autres petits compagnons, et la pomme gâtée gâte les autres. Ils commencent alors à aimer les sorties, à se faire valoir auprès de leurs camarades et en devenant le plus effronté, à passer pour le plus futé de cette canaille.

L'éducation domestique, c’est-à-dire, mes bons habitants, l'éducation que l’on prend à la maison, estelle ce qu’elle doit être ?—A vous de répondre. Respectez vos enfants, ils vous respecteront ; d’ailleurs, bon gré mal gré, faites vous respecter. Qu'il est honteux de voir des enfants couper la parole à leurs parents, ‘ ce n’est pas vrai; vous avez menti, vous ne savez pas ce que vous dites.” À la table, ces enfants grossiers sont rois et maîtres, choisissant pour eux ce qu’il y a de meilleur ; j'en ai vu de ces enfants rester tranquillement assis pendant que leur mère le seau au bras, s’en allait chercher de l’eau au puits, je les ai vu prendre leurs ébats sur une chaise, en présence de vieillards debout; je les ai vus, quand ils char-

roient leur engrais sur la terre, entrer dans la maison, dégoutants de malpropreté, se mettre à la table, Les mains pleines de fumier, y appuyer des coudes qui s'étaient posés auparavant sur un tombereau, cela en présence de leur père et mère, qu'ils ne respectent pas plus qu’ils ne se respectent eux-mêmes.

De plus, mes chers amis, faites-vous écouter de vos enfants; et pour y réussir n’attendez pas qu’ils soient grands. Un enfant qui est maître à trois ans, l’est toujours. Il demande son chapeau pour faire.‘ prom promme ” et au temps le plus pressé, on passera des journées entières à le promener sur la galerie. Il demande tout ce qui lui passe par la tête, et on lui accorde tout ce qu’il demande. On attend qu'il soit grand pour l'en priver. Tllusion! trois fois illusion! Refusez-lui ce qui n’est pas juste : à la première fois, il pleurera longtemps, la deuxième fois, une demiheure de moins, la troisième, il ne fera que rechigner, la quatrième, aussitôt que vous aurez dit non, il n’y pensera plus. De plus, quand vous aurez commencé une fois à dire “non” pendant un quartd’heure, au moment de gagner sur l’entêtement de votre fils, ne finissez pas par dire ‘ oui,” je vous en prie. Un simple “non,” dit bien doucement à un enfant de trois à quatre ans, vous épargnera bien des coups de bâton, et sur son dos et sur le vôtre. Il fauten finir avec cette touche, je regrette cependant d’être si pressé ; que de choses j’aurais à vous dire sur ce sujet, Sachons, en finissant, que l’homme est ce que l’édu-

cation le fait, c’est-à-dire, qu'un italien parle Pitalien parce que sa mère lui parlait italien; si elle lui eût parlé Anglais, il parlerait Anglais.—Ecoutez mon oncle Germain : |

Les enfants et le sucre, en un moule on façonne, Ame bonne ou méchante à fantaisie on donne ;

Si je prouonce nou eu français aujourd’hui,

C’est que maman jamais, ne disait yes, mais. ... oui.

TOUCHE SIXIÈME

Que j'aime à rester chez nous.

Que j'aime à rester chez nous]! s’écriait un petit garçon de douze ans, assis auprès d’une table, près de sa mère. Je m'ennuie à mourir quand je ne suis pas ici, maman, répétait-1l Et moi, aussi, je m'’ennuie quand tu n’y es pas, répondait la mère; as-tu fini ton thème? oui, maman. As-tu fait la règle que ton père l’a donnée à propos des grains de blé? Oui, maman. Mais, mon enfant! tu es savant à ton âge, savoir combien il faut de grains de blé pour faire le tour de la terre. Ton père va être content. Maintenant que ton ouvrge est fini, tu aimerais peut-être à faire une partie de cartes? Les yeux de l’enfant brillèrent. La mère appela deux de ses filles et ils se mirent tous quatre à jouer au beau jeu de quatresept. L'enfant trépigna de bonheur pendant une

heure et eut la chance de donner une vilaine à ses sœurs. Le lendemain, ce petit garçon demandait à sa mère: va-t-on jouer aux cartes encore ce soir? On verra cela, mon enfant ; si tous tes devoirs sônt faits, je ne vois pas pourquoi on ne jouerait pas; il n'y pas de mal à cela. Et l'enfant de travailler. Get enfant devenu grand se rappelle aussi qu'un jour son père lui apporta de Montréal un livre de petites histoires amusantes. [l le lui donna, à condition que lenfant racontât chaque soir une des anecdotes qu’il aurait lues. Quelquefois, le soir arrivé, l'enfant voulait lire l’histoire plutôt que de la raconter ; son père s’y opposait, disant : ferme le livre et racontela, toi-même. L'enfant commençait alors au milieu du grand silence de la famille. D’abord les histoires furent courtes, puis elles devinrent plus longues ; trois-mois plus tard, il les racontait mieux que le livre. Il est venu, par là, à acquérir une grande mémoire des faits. Souvent son père lui donnait des calculs. Quand je marche, je fais 30 pas à la minute, deux pieds chaque pas; j'ai 50 ans, j'ai marché trois heures en moyenne chaque jour, combien de pas aije fait dans ma vie? L'enfant pendant une heure, dévorait son ardoise, et présentait le résultat de son travail, disant à tous ceux qui entraient dans la maison: Papa a fait tant de millions de pas dans sa vie, c’est moi qui ai trouvé cela. Ces calculs formaient le jugement de l'enfant (*) et l’attachaient à la maison.

() Avis à qui de droit. Ag

Cest chez son père qu'il était le mieux. Pourquoi ? parcequ’on lui avait rendu le séjour de la maison agréable. Ayez ceci pour principe : je veux que mom enfant soit mieux ici qu'ailleurs.

YOUCHE SEPTIÈME.

Quelle est cette jeune fule si sage ?

Entrez dans cette maison : voyez comme tout esk propre et bien balayé, les murs sont bien blanchis, la corniche bien époussetée, le poële bien miné; vous respirez dans La maison un air pur; dans les chambres votre odorat ne vous dit pasque l'air y est renfermé, depuis l’époque à laquelle les, chassis doubles ont été inventés ; les enfants sont proprement vêtus. Depuis la cave jusqu'au grenier, tout est dans un ordre parfait. Vous appelez un enfant; il vient à vous aussitôt, il se tient devant vous, sans se manger les doigts quand vous lui parlez, il vous répond : oui, monsieur, non monsieur; voyez entrer Ce jeune homme dans la maison : comme il va aussitôt au bassin se laver le visage et les mains, avant de se mettre à table. Tous les enfants de cette maison sont respectueux à l'égard de leurs parents ; “oui papa,” “non maman,” sont toujours leur réponse. Et quelle est donc cette

jeune fille si sage, que vous apercevez occupée si attentivement à son ouvrage? Cette jeune fille est la sœur du jeune homme qui vient d'entrer, et des petits enfants sibien élevés, auxquels vous venez d'adresser la parole, cette jeune fille est l'enfant de cette mère qui autrefois passa trois ans au couvent. Ce dernier mot explique tout. Son père était habitant, il savait que sa fille devait épouser plus tard un habitant ; il fit le bonheur des religieuses en lui disant qu'il ne voulait pas que son enfant apprit le piano, mais toutes choses devant être utiles à sa fille plus tard. Sous les soins éclairés des bonnes sœurs, cette fille grandit dans l'esprit du travail, de la modestie, du respect dû à son Dieu, à ses parents et à ellémême. Elle apprit à conduire un ménage avec économie, et vous la voyez aujourd’hui à la tête d’une famille nombreuse et sage. Voyez comme ils sont bien tous polis! bien élevés! C'est la fille du couvent d'autrefois qui a fait tout cela, parce qu’elle a suivi les conseils reçus dans cette édifiante maison. Si elle ne les eût pas mis en pratique, elle serait aujourd’hui une écervelée, comme bien d’autres, et tous ses enfants aussi Voyez nos bonnes et grandes dames : comme elles sont polies! comme leurs enfants répondent bien aux questions qu’on leur fait! . Voyez-les venir vous faire visite, quand vous êtes malades ; regardez toutes les précautions qu’elles. prennent pour vous mettre à l’aise ; elles sont richement habillées, leur état le leur permet, vous n'avez

rien à dire. Elles ne s’endettent pas pour acheter

males à Mare

leurs habits; faites comme elles. Voyez-les écouter avec attention la pauvre mendiante qui vient leur exposer ses besoins. Elles tâchent de la consoler, déposent une aumône dans sa main, puis, si le trottoir est étroit, se jettent dans la boue, pour laisser passer cette pauvre vieille. Vous voyez que ce n’est pas Demoiselle Rangévoudeon, qui, elle, s'était déclassée. Voyez ces dames pieuses à la tête de nos bazars et de toutes nos bonnes œuvres, dont elles ont appris à connaître le mérite, dès leur bas âge. Elles communient souvent, n'aiment ni les bals ni les plaisirs, font de la musique dans leur maison pour égayer leur époux, leurs enfants et leurs amis, et voilà tout.—Oh! comme disait mon oncle Germain :

—t Qu'on est heureux d’être—non pas élevé— mais bien élevé!” ”

TOUCHE HUITIÈME

C’est mon fils qui a chanté la messe.

Mes braves habitants, donnez à vos enfants une bonne éducation domestique, c’est le commencement; si vous avez les moyens, c’est-à-dire, si vous travaillez et êtes bons chrétiens, Dieu vous réserve peut-être la consolation d’avoir un fils prêtre. Je vois, mères de famille, qui m’entendez, que ces dernicrs mots vous ont impressionnées. Mon fils

prêtre! le cœur vous bat avec force devant cette espérance. Elevez bien votre enfant, et, de l'espérance, Dieu le voulant, vous passerez à la jouissance. Vous trouverez des colléges partout. On vous a parlé de la vallée du lac St. Jean, et je suppose, jeune mère de famille, que votre époux est un colon de l'endroit. Ge que je dis pour une place, je le dis pour les autres. Les chars passent au milieu de la vallée où vous êtes; ils conduisent à Chicoutimi, ville naissante, mais d’un grand avenir, si un chemin de fer passant par le Nord, ouvre à la colonisation la belle vallée du lac. Vous avez un enfant de douze ans, qui a encore la candeur dans l’âme et de l’intelligence au front. Vous l’envoyez au séminaire en beaux habits d’étoffe du pays. Il vous en coûte peu, une bonne vieille Nanon tenant maison de pension pour les écoliers, fera cuire pour sept à huit. piastres par année, les mêmes vivres qu’il aurait mangées chez vous et que vous Ini avez envoyées. Pour vingt-quatre à trente piastres, il recevra du collége léducation et Le logement, de sorte qu’en déboursant bien peu d'argent, vous donnerez un beau bien à votre fils. A chaque vacance, il viendra déposer à vos pieds les récompenses obtenues. A la fin de ses études, il jouira, selon lexpression d’un aimable causeur, d’une science aussi profonde que les eaux de son Saguenay et aussi haute que les montagnes qui l'entourent. Il prendra un état de vie; l’expérience nous montre que les fils instruits des cultivateurs font le plus souvent des prêtres. Votre fils en.

D Go

fera un. Oui! vous aurez un prêtre dans votre famille grâce à un système peu dispendieux d'éducation. Vous laisserez les impies rire de ce qu'ils appellent nos petits séminaires de campagne. Quelques-uns vous diront peut-être de mettre seulement vos filles au couvent, et ne pas mettre vos fils au collége, pour en faire des canailles qui scandaliseront plus tard toute une paroisse. Mes chers amis, écoutez vos évêques qui vous recommandent d’instruire vos filles et vos fils A cette fin, ils multiplient les couvents et Les colléges à la campagne. S'il y en a qui doivent mettre leur fils aux petits séminaires, c’est bien à coup sûr, vous, mes chers cultivateurs; un enfant de la campagne qui tremble jusqu’à dix-huit ans, à la vue d’ur prêtre, ne serez pas un pétroleux à quarante ans.

Un beau dimanche”au matin, les cloches de lEglise sonnent mieux que de coutume, à l'oreille d’une mère, au moins. Il y a foule dans les allées, les jubés sont combles. Un jeune prêtre se présente à l’Autel, des milliers de regards se tournent vers lui, pendant que dans la foule, une mère essuie sur sa figure, de grosses larmes de joie, versées par un cœur prêt à se rompre. À la fin de la messe, cette mère pieuse, agenouillée devant l'autel de La Sainte Vierge, . murmure une prière : “ maintenant, mon Dieu, je puis mourir en paix.”

La messe finie, on donnera au jeune prêtre de chaleureuses poignées de main, on le félicitera de

son beau sermon et on entendra une bonne vieille tante Zoé s’écrier : “ Dire qu’il pleuraït tant petit, et maintenant c’est lui qui fait pleurer les autres!”

Plus tard, votre fils aura une belle cure et vous irez demeurer avec lui. Puis, en le regardant, je vous permets de dire: Et voilà ce que c’est que d’avoir une bonne mère |!

TOUCHE NEUVIÈME

Ces jeunes-là, on ne les comprend plus.

Comme nous sommes à parler d'éducation, par-

Jons un peu de langue. Dequelle langue nous servons-

nous maintenant, pour exprimer nos pensées? (EL m'est pas question ici des missionnaires sauvages, qui parlent cinq à six langues dans un même baragouin). Parle-ton le français ou langlais, ou ni l’un, ni autre ? On entend chaque jour nos vieux pères dire : ces jeunes-là, on ne les comprend plus. En effet, on commence à introduire un grand nombre de mots étrangers dans notre langue. Je parle ici du peuple, m'étant pas de taille à juger les gens instruits. On me dit cependant, que quelques uns sont à faire, à laide de mots français, pris isolément, un langage à part qui aura le mérite de ne soulever aucune discussion à propos de leurs discours, pour la bonne raison que, dans cinquante ans, ils ne seront compris

‘par âme qui vive sous la calotte des cieux” Nos

voyageurs des Etats, des chantiers, de la mer,

apportent chacun sa part de langage étranger. Nos

jeunes gens qui reviennent des Etats nous parlent de

water, de ryder, de faire des pichup dans la rues aussi longtemps que la shoppe ne runnera pas. Ils entrent dans nos magasins pour acheter trois belles yards de black cloth noir pour faire un coat. Nos gens des chantiers se font gloire d’être assez tough pour passer slich dans les rapides les plus rough. Nos marins qui.se promènent en boat jusque dans les rues de Québec ont beaté tous les autres capitaines, à l’aide d’un square sail, en allant on goose wings ; au dernier voyage, quand ils ont envoyé le let go the anchor, une goëlette qui avait le Brandy pot, en même temps qu'eux, fit encore deux tack avant d’ancrer assez haut pour avoir son swinj quand le tide tournerait. D’autres font des trips de car dans les rues et smoke la pipe sur le £op en haut. Je vous vois me regarder avec de grands yeux, mes bons habitants ; vous avez l’air de vous dire: comme il sait bien le sauvage! Si je sais le sauvage, je connais aussi tous les langages canadiens. Je viens de parler un jargon que ni les Français ni les Anglais ne comprennent, jargon qu’on entend bien souvent de nos jours en Canada. Quand j'ai parlé de swing et de tide, expressions des marins, les gens ‘‘d’en haut” qui m'écoutent, se dirent: Comme ils parlent mal, ces gens d’en bas! Quand j'ai parlé de tough et de rough, les

sens ‘d'en bas” ont éclaté de rire en disant: ces Montréalais! comme ils sont contents de parler anglais.

Dans l'hiver pendant lequel j'ai parcouru nos chantiers de l'Ottawa, j'ai rencontré un jour un Canadien qui me dit avoir cassé le runner de sa voisure. Parlezvous Anglais, monsieur ? lui dis-je. Oh ! oui, mon père, les deux langues sont pour ainsi dire althe same pour moi. Comment les Anglais appellent-ils un runner dans leur langue, s’il vous plait? Oh mon père, ils appellent ça runmer comme nous autres, ils n’ont pas de mot pour cela.

Voilà où nous en sommes rendus! depuis quinze ans, il s’est introduit dans notre langue, près de deux cents mots, qu’on ne connaissait pas auparavant, et si nous ne faisons pas attention à cel envahissement, dans trente ans, nos grand'pères, du haut du ciel, ne comprendront plus nos prières. Il est vrai qu'il ya des mots anglais qui non pas de correspondants en français, mais ils sont plus rares qu'on ne limagine. Il est à désirer que vos erfants aient une liste de toutes les expressions anglaises usitées, avec la trajuction française en regard ; Ce serait un moyen 2fficace de conserver notre langue, notre belle langue parlée par tous nos pères et par’tous les gens d'esprit.

Nous aurions cependant peu à faire pour rester de yrais français par la langue. Retrancher deux cents mots et en corriger une centaine, voilà tout,

mes bons habitants. Sachez que vos filsinstruits au,

ront une lutte plus forte à livrer pour demeurer ce que vous êtes; d’abord, le cercle de leurs mols esl plus étendu ; ensuite ils savent l'anglais aussi bien que le français, quoiqu'’ils le prononcent moins bien. Alors, malgré eux, en disant des mots français, ils donnent à leurs phrases une tournure anglaise, ce qui en fait de l’'Algonquin ou du Naskapis, comme celui que je vous parlais il y a un instant.

Ecoutez ce que me disait, il y a trois ans, un Comte français, que j'ai rencontré dans mes voyages. Il venait de faire un tour de chasse. et emportait dans lAnjou, une tête d'ours qu’il n'aurait pas donnée pour tout l'or de la Californie. Il avait choisi ses compagnous de chasse à la Rivière du Loup et était tout surpris de voir qu'ils parlaient si bien le français, après tant d'années d'absence, ajouta-til ; ils n’ont que quelques expressions vicieuces, mon père, comme : l'ours ‘ aurait mouru si ….…” C'est effrayant, comme c’est beau

Avec moi, ils ne se sont servis que de mots français, sachant que je ne parlais pas anglais, puis il ajouta : (je l'ai trouvé bien malin, les paroles sont textuelles) les gens instruits comme vous, (s’il y a quelques personnes instruites qui sont venues ici ce soir pour m'écouter, je les prie bien de l’excuser) savent tous l'Anglais, je vois; car j'en ai rencontré un bon nombre, et je n'ai guère compris plus que les deux tiers de ce qu’ils m'ont dit en français; cepen-

dant on peut toujours deviner, à quelques exceptions près, ce que vous voulez dire.

Ces paroles sont tombées sur moi comme une bombe. Je n'aurais jamais cru, qu’on pût s’anglifier sans le savoir, ou mieux, parler “ anglais en français.”

Je ne fais ici aucun cas de ceux qui ont été élevés par une mère canadienne, et qui paraissent avoir honte de parler notre langue, croyant faire un bon coup en nous répondant en Anglais. Rougir d’une. langue que tous.les gens d'esprit voudraient savoir, n’est pas marque de finesse! Mon oncle Germain disait de ceux-là : laissez les faire ; le plutôt ces. vauriens-là oublieront complètement notre langue, le mieux ce sera pour l’honneur de notre race! Mon oncle, pourtant si doux, se fâchait comme vous voyez, en touchant cette corde. Il avait à ladresse de ces impudents des mots qu'il avait pourtant bannis de son langage. L’expérience lui'avait prouvé que les vers qu’ils leur chantait, en faisaient rougir un grand nombre et changeaient leurs dispositions. Il leur chantait, devant ses égaux seulement, en frappant du pied :

Que l'Anglais parle anglais, je l'écoute et l’admire, Que le Ture parle ture, je n’ai rien à redire.

Mais que le Canadien, d’un sot orgueil rempli, Vienne nous annoncer qu'il veut parler ‘“ yankee, ” Rouge alors de colère, à ce fat je répète :

Parle singe ou cheval, si tu veux, grosse béte!

Une pipée en nous amusant.

Comme il se fait tard, il faut songer à partir. Nous ne nous laisserons pourtant pas, sans rire un peu, car un Canadien qui est triste, morose, ne riant plus est, dit-on, reviré; et le mendiant aux deux chapelets nous a.nullement donné l'envie de devenir des Canadiens revirés. Ecoutez l’histoire d’une clôture.

Dans une de nos campagnes du Canada, dans un endroit appelé ‘le rang pas débouché,” à cause du chemin qui, à l’une de ses extrémités n’est pas continué, naquit un petit garçon qui, sans avoir une vaste intelligence, n’était cependant pas bouché. Le bruit de la cascade du ruisseau au bord duquel il vit le jour, fut l'indice d’une vie qui ne devait pas se passer sans chûte. En effet, on le perdit presque dans une tempête de neige en le portant au Baptême à neuf mois, il se cassait Les reins ; à quatre ans il ne marchait pas encore. Dans un espace de vingt ans, il se brisa la tête trois fois, en deux morceaux chaque fois, se cassa trois côtes, une jambe. se fit six orteils et deux chevilles dans le même pied, qui donna plustard l’hospitalité à un prunier dont le tronc fut assez hardi pour passer pardessous et sortir pardessus ; on lui enleva un chancre, il laissa une partie de sa langue sur une grand’hache gelée, et pour se ré chauffer il égara sa jambe dans un chaudron de savon bouillant. Et tout cela du côté gauche—il en est resté gaucher—ajoutez à l’'énumération, des ma-

fadies bien cruelles, maladies de toutes sortes et fièvres detoutes les couleurs. Ça a presque l'air d’un conte. Ge qu'il y a de plus étonnant c’est qu’il assure lui-même—et je ne sais pourquoi on ne le croirait pas—qu’il n’est pas encore mort. de l'ai souvent vu, je le vois encore tous les jours, sa santé est bonne, il paraît dispos et lécer. A quatre ans, il ne parlait pas ; à cinq, il lisait les livres de la bibliothèque ; à huit, faisait sa première communion ; à dix, était le premier de sa classe, premier de la tête ou de la queue, comme vous voudrez—car il était seul, ayant pris les devants sur ses compagnons. Deux mois plus tard, il se cassait la tête pour la première fois. Alors comme Perrette: “adieu, veau, vache cochon, couvée.” Et voilà ce que nous sommes dans les mains du bon Dieu! Qu'avez-vous que vous r’ayiez reçu, dit St Paul : rappellons nous toujours | ces paroles, et peut-être on s’exemptera de se casser la tête,

phE MAN

Mais je ne vois pas de clôture dans tout ceci : ve- nons-en au fait. A l’âge de onze ans, cet enfant eut pour institutrice une de ses sœurs. On peut donner à la sœur d’un jeune homme qui a eu tant d’accidents, le nom de demoiselle Cassé. L’enfant se dit alors avec beaucoup d'humilité qu'il en savait aussi long que sa sœur. Il prit le parti de faire le mutin, En arrivant à la classe, dès qu'il fut appelé, il répondit aux grands éclats de rire de ses petits compagnons qui ne juraient que par lui :oui, maman;

comme de raison, maman ; c'est juste, maman.

Prends tes livres et passe la porte, grossier. Oui, maman, répondit l'enfant, et ïil disparut. Sortir d’une maison est chose facile, mais comment renrer dans une autre sans son certificat ? L’enfant n'eut pas le courage de se rendre à la maison paternelle, il prit la clef des champs, passa la journée dans les bluets à se noircir la langue, en attendant qu'un autre lui noircit les doigts. Le soir, il fallut revenir, Il ne revint pas seul ; toute la famille de madame la Frayeur l’accompagnait. Il entre dans la maison sans dire maman cette fois-ci Oh !hor reur | Une grosse hart de merisier est placée près de la cheminée. Ses yeux le trompent-ils ? Elle paraît, à elle seule, remplir le coin à bois. D'une voix bien douce, son père lui dit: viens manger, mon enfant- Tiens, ma fille, ditil à la maman ” de l’école, va lui chercher de la crème, il doit avoir faim, cet enfant. ‘Ce qui commence bien, finit quelquefois mal,” se disait le petit écolier, en regardant la hart:

apporte-lui aussi des confitures, du sirop, lui qui.

aime tant cela ! On me donne maintenant du jus d'érable, se disait l'enfant ; on me servira peut-être au dessert du jus de merisier. Il fit son repas sans se souvenir pourtant d'avoir mangé. Le chapelet et la prière dits, l'enfant voulut disparaître ; quand une voix l'appelle : viens ici, ce n’était pas la voix de la ‘ maman ; ” c'était bien celle du père. L'enfant

eut ordre de s'asseoir à deux pouces toc au plus de:

la hart. On dit qu’il n’était pas gros, de temps à

autre il est bon d’ajouter foi aux on dit. Le père parlait.

—Tu ne veux donc plus aller à l’école, mon enfant ?

—-L’enfants’empressa de répondre en se mettant les doigts dans la bouche. Si tu ne désires plus y aller tu n’as qu'à me le dire, mon fils.

—Eh ! bien, mon papa, il me semble que je sais maintenant tout ce qu'un homme peut apprendre. (que l’humilité est une belle vertu dans un enfant!)

— Très bien, répondit le père, joyeusement, tu veux faire un habitant, n'est-ce pas ?

— Oui, papa ; c’est un habitant que je veux faire.

—Eh! bien, mon enfant, tu vas prendre la terre d’un arpent et demi. Tu commenceras demain à travailler, remarque bien, à travailler.

— Oh! pour cela, ne craignez rien, papa, je vais travailler comme deux hommes. (à onze ans, c’est beaucoup promettre.)

— Va te coucher maintenant, mon fils, dorsbien ; à demain.

L'enfant joyeux bondit de son siége, la hart alors n'avait que trois pieds; il gagna son lit.

Le lendemain matin, à trois heures, une voix se fit entendre : mon fils! à l'ouvrage! IL n’y avait pas à regimber. Ecoute, il y a vingt-cinq arpents de clorure à aire... 2.2 | |

©. — Combien d'arpents ? papa. ;. 1e —Vingtcinqg! estu sourd? et de plus, fingt-cinq

arpents de fossé à creuser; (il ne comptait que par vingt-cinq,) dépêche:toi et pars tout de suite.

Arrivé à la clôture, car enfin nous y sommes arrivés, l'enfant trouva les perches pesantes, l’ouxrage n’alla pas vite jusqu'au déjeuner, il se flattait qu'on devait l'appeler. Bernique! Une petite chaudière de fer blanc apparut sur le coteau à patates. Le père ne voulant pas faire perdre un temps précieux à son fils, lui apportait son déjeuner. Hâte-toi, dit-il, que je m'en aille. Le petit mntin était de taille à se mesurer quelques instants, il saisit la chaudière, mangea deux bouchées, et en petit philosophe, se mit à la clôture. Le père examina son ouvrage, rien n'était bien fait, il fallait tout recommencer. Il fallait masser ” Les pieux ou piquets, on apporta à l’enfant une “ masse ” aussi grosse que lui; à l’aide d’un banc, il se mit à l’œuvre ; à dix heures, sa philosophie commença un peu à perdre de sa logique ; les bases en étaient moins solides. [Il voulut se reposer : à l'ouvrage, lui crie t-on, de loin. Il continua. À midi, point d'appel ; l'enfant n’ose se rendre à la maison, car la hart de merisier était encore là et elle avait pu profiter dans l’avant-midi. Tout-àcoup, la petite chaudière apparait sur le fameux coteau à patates. Le père est souriant, s’assied à côté de son fils, parle d’affaires et d’autres, lui demande, écoutez bien, ce qu'il prétendait semer le printemps suivant sur sa terre. L'histoire ne dit pas si l'enfant rougit, espérons-le cependant. Le père partit L’en.

dé

fant, les ampoules aux mains poursuivit son ouvrage. fl fit bien des réflexions, il crut qu’il était plus facile de sauter pardessus les clôtures que de les faire. La fatigue le surmontait, il se soutenait à peine. Le petit philosophe, différant de son confrère, disait: ‘“ je pense que je n'existe pas.” Le petit orgueil était vaincu. (Puisse-t-1l ne pas revenir!) Il alla se jeter aux genoux de son père, demanda de retourner à l’école; le père ne voulait pas, l'enfant supplia, le père réfléchit et dit : C’est bien, retourne à l’école, mon enfant; je vais t’essayer encore une fois, mais souviens-toi que la clôture n’est pas finie. Va demander pardon à ta sœur, et demande lui bien humblement si elle veut te reprendre. L'enfant obéit, se rendit à l’école, la tête basse, se jeta à genoux, fit ses excuses, et fut admis au bout du banc. Aux questions qu'on lui fit, il répondit: oui, mademoiselle Cassé ; certainement mademoiselle, avec beaucoup de plaisir, mademoiselle. La ‘“ maman” n’était plus à l’école ; mais il y avait un fils obéissant et soumis, qui poursuivit ses études plus tard et dont les parents furent contents.

Considérez maintenant ce que serait devenu cet enfant, s’il n'avait pas eu un père de génie. Il ne serait pas retourné à l’école, aurait couru les chemins avec de petits compagnons, et se serait gâté. IL serait aujourd’hui probablement à travailler, quelque part, dans quelques mines pour lesquelles il a toujours eu un fort penchant. Voyez le moyen admi-

rable dont son père s’est servi pour changer ses dispositions. Il eut pu battre son fils et l'envoyer à Pécole, mais ce fils y aurait été avec sa tête, sans ses pensées, comme on a dit. Le génie du père vit que Ja détermination de retourner à l’école devait venir de son fils. ‘ IL faut que je lui fasse désirer de nouveau d’aller à l’école,” se dit le père, et quelques perches de clôture lui réussirent mieux que sil lui eût donné un dessert de jus de merisier. Voilà ce que c’est que d’avoir un père d'esprit et de bon sens, Oncle Germain s’amusait beaucoup aux dépens de ce petit écolier à la clôture, et lui répétait souvent :

L’écolier ignorant de la belle aventure,

D'une hart de merisier et d’un bout de clôture, Voulant jeter l’insulte à sa sœur l’instruisant,

: Faisant le rodomoud, s’esquivant eu siffant, Fera bien de savoir, par l’un de mes neveux, Ce que l’on doit penser de la clôture à pieux.

Une autre histoire à propos du même jeune homme qui a eu comme vous voyez, bien des accidents dans sa vie.

On était en élections, c’est dire assez clairement qu’on en était au temps le plus chaud de‘l’année, c’est-à-dire, dans le mois de janvier. Le jeune homme à la clôture, vit que tout le monde, parlait. Ilse regarda, vit qu'il était du monde et prit la résolution de faire comme les autres. Parler sur quoi ? sur la politique, bien entendu ; à dix-neuf ans, dans notre

me de

EUR on connait la politique sur le bout de ses doigts. Le sujet qu’il avait à traiter était sa moindre préoccupation. Il suffisait de mettre une négation partout où son adversaire emploierait lPaffirmation, et de se servir d’affirmations quand son antagonisme lui jetterait à la figure une négation. Le tout cons sistait à dire : ce n’est pas cela, quand Pautre dirait : c’est cela, et de s’écrier avec assurance, ce point.est important, c’est cela, quand l’autre s’étoufferait en disant : ce n’est pas la Il écrivit donc le corps de son discours : c’est cela, ce n’est pas cela; puis à ce corps, il y mit une tête ‘bien sonore, puis ne queue bien longue ; il lut le tout à ses amis qui trouvèrent que c'était un discours politique bien commun. Il s'en alla au pays des montagnes où il avait des parents, et se présenta un dimanche sur une pile de planches qui servait de ‘ husting,” comme on sait se présenter, à dix-neuf ans, sur des piles. Messieurs les électeurs, je suis heureux de vous adresser la parole, aujourd’hui, à l’ombre du clocher de votre église, qui me rappelle les beaux jours de ma première communion, Messieurs les électeurs, oui! intelligents et nobles électeurs de cet intelligent et noble comté, de cette belle et grandiose paroisse (il n’y avait que des souches), le mot élection, comme un coup de foudre, vient de tomber dans les rangs de la foule. Réveillé par la commotion, j'ai surgi de ma Couche de repos, et vous me voyez à mon poste, mes faibles armes en main, criant à mon pays ; “je suis prêt ; vaincre ou mourir est ma devise.

(Ge début parut faire un grand effet sur le ts car on vit plusieurs habitants qui étaient à charger leur pipe, s'arrêter tout court, et se demander l’un à l’autre s’il avait des allumettes); “ je viens, en ce jour d’une importance vitale, vous exposer péremptoirement et catégoriquement les grands principes sociaux dans les limites desquels doit marcher une politique qui a pour base fondamentale, et je pourrais presque dire ‘‘expérimentale,” les intérêts des nations ; pour but constant et principal, le bonheur des individus, et pour effet incontrôlable, la sécurité des peuples, oui, des peuples aux aspirations ee reuses. . #

Et rien que dix-neuf ans pourtant! Quel étonnant tonneau tonnant de tonnante éloquence!

essieurs les électeurs, à ce mot d'élection, j'ai

senti MOn Sang, oui, mon sang (une chance que ce ne fut pas le sang d'un autre) bouillir dans mes veines, et les quatre murs d’un collége, étant trop étroits pour retenir l’ardeur de mon patriotisme, je me suis lancé dans l’arène politique. Un habitant, nommé Poirier, l’arrêta alors tout court en lui criant : Eh! Eh! jeune homme! dis donc situ es parti de toi-même, ou si tu as été chassé I

Le jeune orateur dut alors entrer dans le corps de son discours en répondant : ce n’est pas cela, puis il descendit des piles, comme on sait descendre quand on a exposé les grands principes sociaux. On luia dit qu’il avait bien parlé, mais il à toujours cru que l’habitant Poirier avait parlé mieux que lui.

Maintenant nous allons parler un peu de nos Sauvages du Canada. Je suis missionnaire des Sauvages du Golfe et du Labrador. J'ai vu les tribus des Montagnais, des Naskapis, et des Esquimaux. Les Montagnais vous sont connus et n'offrent maintenant rien de particulier, si ce n’est qu'il est rare de trouver un enfant de douze ans, qui ne sache lire et signer son nom; j'ai rencontré même des Sauvages, qui montraient à des Canadiens à signer le leur. Les Naskapis habitent l’intérieur des terres.! Cest un peuple doux, hospitalier, mais très superstitieux. Ils vivent dans des tentes de peaux de caribou, mangent la viande de cet animal, et sont revêtus de sa peau. Il fait bien froid dans leur pays, l'hiver y est très-long, et ils sont souventexposés à mourir de faim, n'ayant pas de provisions, mais seulement Le gibièr des bois pour se nourrir. Ils nous donnent beaucoup de consolations. Permettez moi de vous raconter un des plus grands bonheurs de ma vie. de fis une fois, un long voyage de trois cents lieues en canot d’écorce, deux guides Sauvages et moi eûmes un peu de misère, n'ayant pas de provisions. Le poisson cependant ne nous manqua jamais. Après plus d’un mois de marche, nous arrivons à un grand lac sur le bord duquel se trouvaient des Naskapis infidèles. Une jeune fille de seize à dix-sept ans se mourait. Après avoir maîtrisé un jongleur qui voulait opposer son influence à celle du missionnaire, celui-ci se rendit auprès de la malade, quatre à cinq minutes après son arrivée. Il s’agenouille devant elle, lui présente

son crucifix, lui parle du consolant mystère de la Rédemption du genre humain et, une heure après, baptisait cette pauvre infidèle qui rendait quelques instants plustard le dernier soupir. J’avais de grosses larmes aux yeux, quand je m’éloignai du cadavre de

cette sainte : oh! qu'il fait bon, mes chers amis, d’être missionnaire!!! |

Les Esquimaux infidèles habitent le pays des glaces et des neiges. Ils sont habillés de peaux de loup-marin, vivent dans des cabanes de neige la grande partie de l’année, et, malgré le froid intense qu’il fait dans ces régions, ils n’ont point de bois pour se chauffer, ni pour faire cuire leurs aliments. Oui, mes bons habitants, ils mangent leurs vivres crues. Quelle triste vie ! Quelles misérables créatures! Ces pauvres, les plus abandonnés des peuples sur la terre, ont une âme, une âme crée pour posséder Dieu! Ne pourrions-nous, par nos prières et nos aumônes, n’en sauver qu’une seule! quelle source d'espérance pour l’autre viel! Nous sommes à les évangeliser, Mes bons habitants, j'aime à vous dire ici que tous les bienfaiteurs de nos missions ont le fruit de deux grand’messes dites à leur intention pendant le temps de la mission, puis une messe chaque mois de l’année, dite par le missionnaire partoutoù il se trouve. Vous serez tous bienfaiteurs de nos missions, et par conséquent vous aurez partà tous cesavantages en vous procurant ce petit livre, cette mine ‘riche en trésors spiritcels” vendue au profit des missions Sauvages

du Canada et de la colonisation. Ayez-en chacun un dans votre maison et vous ne regretterez pas, j'espère, les quelques centins déboursés à cette intention. Que d'argent, que de 25 centins plus mal employés que ceux-là! 3 Je me lève maintenant et vous dit: au revoir: mes raquettes m'attendent, et j'ai d’autres compatriotes à visiter, compatriotes Indiens, car si le patriotisme est une vertu, la nationalité pour le mis sionnaire est une faiblesse : il est cet être cosmopolite rêvé par la philantropie et produit par la religion. cet habitant de tous les climats et de tous les lieux. Le missionnaire ne connait d'autre patrie que celle qui est circonscrite par les quatre points cardinaux, et, une main sur son crucifix, l’autre tournée vers le ciel, il péut s’écrier avec assurance : Indiens de l'Asie, nègres de l'Afrique, sauvages de la forêt ou des prairies ! vous êtes tous mes compatriotes ! ! !

Je vous laisse pour dernier souvenir le testament

de mon oncle Germain, qui ne renfermait que ces lignes :

‘ Souvenez-vous, amis, en tout temps et partout, Que nous sommes couchés plus longtemps que debout.”

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