DÉCOUVERTE ET MISE EN RÉSERVE POUR LES CULTIVATEURS SEULS
PREMIÈRE VEILLÉE
PREMIÈRE PIPÉE
TOUCHE PREMIÈRE
Où allons nous ?
Celui qui aime son pays comme vous l’aimeztous, mes chers habitants et artisans, se demande avec anxiété en voyant l’état actuel des choses, où allonsnous ? Que vont devenir les canadiens-français de ‘ la province de Québec ? Le père ne peut plus garder ses enfants autour de lui, la mère les voit avec douleur s'éloigner du clocher de leur village, la terre
qu'on arrose de ses sueurs se refuse à nourrir les 10 Yen
ou 12 enfants qui prennent place autour de la table ; et, lanxiété dans l’âme, on se regarde et on cherche, et tout bas on dit à l'oreille de son voisin : qu'allons-nous devenir ? Les chars conduisent par milliers nos compatriotes sur une terre étrangère, qui n’est point faite pour eux. Ces chers compatriotes! voyezles partir l'œil morne, l'âme abattue. Le sifflet des chars qui annonce le départ, retentit au fond de leurs cœurs comme un Coup de massue qui les écrase. [ls laissent leur pays qu’ils aiment, leur pays qu’ils ne voudraient jamais quitter. Vingt, trente, cinquante et plus par paroisse nous laissent chaque année. Les calculs démontrent que vingt mille canadiens laissent la province de Québec annuellement pour aller se constituer esclaves dans un pays étranger, encore une fois où allons-nous ? Vous qui aimez votre patrie, vous qui aimez vos enfants, vous voudrez bien, je l'espère, réfléchir sur ce triste état de chose; et je ne doute pas que votre générosité inventive ne irouve un remède à ce mal qui va nous anéantir, si nous ne savons le détruire. Méditons ensemble sur le meilleur moyen à prendre, et avec votre puissant concours, Dieu aidant, jespère que nous viendrons à bout de notre tâche. Voyons.
TOUCHE DEUXIÈME, Ce que c’est que d’être chez soi.
11 faut bien se mettre dans l’esprit, mes bons compatriotes, que l’habitant est le plus heureux des mortels qui vivent sur la terre. Qu'on se fait grandement illusion sur ce point dans nos campagnes | Vous connaissez pourtant le proverbe : ‘ heureux comme un habitant”. Ce proverbe exprime une grande vérité. J’ai beaucoup voyagé; j'ai connu toutes les classes de la société. J'ai habité dans la chaumière du pauvre et quelquefois je me suis assis à l’abri des rideaux brodés qui cachent le malheur de plusieurs riches aux regards des envieux; croyezm'en, bons habitants, le peu de bonheur qui se trouve sur cette terre, se rencontre chez nos cultivateurs, dans leur petite demeure proprette, dont les quatre murs sont blanchis de chaux. Personne sur terre n’est plus indépendänt que lhabitant. Il est chez lui, appartient à son Dieu et à lui-même, et n’attend pas qu’il plaise à Monsieur et à Madame qu'il aille s'endormir du sommeil des justes. Un jour, je rendis visite à un avocat avec un de mes parents, habitant. Que je suis heureux de vous voir ! dit-il, je me flat tais de pouvoir causer deux heures avec vous, mais je suis occupé, le juge m'attend. Que c’est: triste, messieurs, d’être avocat, ajouta-till Deux mois plus
Pere