I. — PLANTES OLÉAGINEUSES
Arachides. — L'arachide est de tous les produits végétaux celui qui est exporté en plus grande quantité. Pendant l'année 1898 le Sénégal en a expédié en Europe près de 100.000 tonnes estimées 1 3. 600. 000 francs. Pendant Tannée 1899, la production a encore augmenté.
D'après Alph. de Candolle, l'arachide serait originaire de l'Amérique du Sud et aurait été apportée dans l'Afrique occidentale par les premiers négriers venus à la côte vers le xv^ siècle. Elle existe maintenant dans toute l'Afrique tropicale. Les indigènes de l'intérieur la cultivent pour leur usage : ils la mangent crue ou grillée, ou bien en retirent de l'huile qui sert à préparer leur tô (couscous) ou à faire leur savon. C'est à proximité de la côte qu'elle est cultivée pour l'exportation, surtout dans les Pays Sérères, le Baol, le Cayor, le Sine, le Saloum, la Casamance, etc.
L'arachide, Avachis hjpogea L. est une plante herbacée qui possède, comme presque toutes les légumineuses, un appareil radiculaire couvert de tuberculoïdes habités par
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des Pastoriacées, microbes qui jouissent de la propriété remarquable de fixer et de rendre assimilable l'azote libre de l'air.
Les cultures d'arachide, loin d'appauvrir le sol, l'enrichissent; aussi elles devraient entrer dans tous les bons assolements du Sénégal, et alterner avec les cultures épuisantes comme le mil, le cotonnier, etc.
Uarachide produit de grandes fleurs jaunes stériles, et plus tard de petites fleurs rudimentaires qui s'enfoncent en terre aussitôt après leur épanouissement, pour aller y développer leur fruit. Les arachides les plus renommées, sont celles du Baol, à gousses lourdes et pleines. La variété la plus productrice est le Sogobatiga (bambara), cultivée dans le Niger moyen et le Minianka. Les sols sablonneux, les terres légères qui recouvrent parfois les plateaux de latérite conviennent spécialement à sa culture. Dans les terres fortes, ou sur les graviers à grains trop gros, l'arachide n'arrive pas à enterrer ses pédoncules floraux, de sorte que les fleurs avortent souvent.
Palmier à huile. — Ce palmier appelé Eleis de Guinée, FAœis Guineensis L. est très commun dans toutes les Rivières du Sud (Gasamance, Gambie, etc.). Il remonte le long de la côte jusqu'au-dessus de la presqu'île du Cap Vert. Dans le haut Niger il vient jusqu'aux environs de Siguiri; on l'observe aussi dans le Ouassoulou, le Sindou, le territoire de la Volta. Ses gros régimes qui incisés à leur base donnent un vin de palme exquis, sont chargés de fruits de la taille d'une petite prune, d'un rouge cerise à maturité, formés d'une pulpe oléagineuse et d'un noyau très dur contenant une amande également oléagineuse.
L'huile de la pulpe est extraite par les Noirs qui l'em-
ploient sur place pour leurs usages ou la vendent parfois pour l'exportation. Les traitants exigent généralement que les noyaux soient brisés avant d'être apportés à la factorerie. En Gasamance, on échange une mesure de riz du pays
Monceau d'arachides avant l'embarquement.
non décortiqué, contre une mesure équivalente de noix palmistes.
Il est à remarquer que l'exportation de l'huile et des noix de palme a diminué dans les Rivières du Sud, à mesure que la production du caoutchouc allait en s'accroissant. Les indigènes trouvent dans l'exploitation de ce dernier produit un moyen plus facile de se procurer les étoffes et autres produits européens qui leur sont nécessaires.
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Karité. — Le Karité ou arbre à beurre, Bassia Parkii, est une des essences les plus abondantes et les plus caractéristiques de la flore du Soudan. C'est un bel arbre de la famille des Sapotacées s'élevant jusqu'à 20 mètres de hauteur. Il perd ses feuilles après l'hivernage et les reprend au commencement de l'année, en même temps qu'il se couvre de gros bouquets de fleurs odorantes, très visitées par les abeilles. Les Européens prétendent que son nectar communique un goût désagréable au miel; en tous cas, la production de la cire se trouve accrue à cette époque de l'année. Les fleurs avortent fréquemment et certaines années il arrive que presque tous les Karités d'une région sont stériles; mais il n'existe pas, comme on l'a dit, de Karité mâle improducteur; on a souvent pris comme tel le Mana (bambara) Lophira alata, arbre qui a le port d'un Karité, mais appartient à un tout autre groupe végétal.
En mai ou juin, les fruits de l'arbre à beurre sont mûrs et tombent aux premières tornades. Le noyau de la grosseur et de la couleur d'un marron d'Inde est recouvert d'une mince pulpe vert jaunâtre, sucrée, assez agréable à manger. L'amande des fruits est pilée par les femmes et mise à cuire dans de grands vases (canaris). La substance oléagineuse qui vient nager à la surface est décantée et coulée en gros pains qui sont vendus sur place de o fr. 25 à 2 francs le kilogramme, suivant les régions.
Les cercles où le karité est le plus abondant sont ceux de Bammako, Ségou, Bougouni, Sikasso, Koutiala, Bobo- Dioulasso.
Ce produit, très abondant au Soudan, serait exportable en Europe s'il existait des moyens de transport peu coûteux.
Touloukouna. — Le touloukouna ou graisse amère est
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fourni par le Kobi (bambara) Carapa Guineensis, l'un des plus beaux arbres de la zone guinéenne. Il croît abondamment le long des cours d'eau et dans les lieux frais, de la Casamance, de la Gambie, dans le territoire de la Volta, dans le sud du cercle de Bougouni. Ses gros fruits, qui contiennent ordinairement 12 à i5 noix chacun, arrivent à maturité en mai. On expédiait autrefois une assez grande quantité de ces noix à Marseille. Ce serait un commerce à reprendre, au moins à proximité de la côte, en traitant directement l'huile sur place, car elle s'altère dans le noyau pendant le transport en Europe.
Beref. — Le beref est fourni par les diverses variétés de pastèques, Ciiciimis Citrullus L. ou Cira (bambara), cultivées surtout dans le nord du Sénégal et du Soudan.
Ce produit n'est plus exploité, mais les indigènes continuent à recueillir en grand les graines qui servent à leur nourriture. A Tombouctou, les pépins de pastèques entrent dans TaHmentation des Sonrays, qui en font aussi une huile comestible très estimée.
Sésame, — Le Sésame, appelé Béné par les Bambaras, existe presque partout dans la boucle du Niger, la haute Gambie et la Casamance. Au Sénégal, il est plus rarement cultivé. Ses graines donnent une huile très recherchée des Noirs. La culture des Sésames réussit bien en hivernage dans presque toutes les grandes vallées du nord de la colonie et dans tous les terrains frais du sud. On pourrait faire aherner leur culture avec celle des arachides qui demandent moins de soins.
Autres plantes à graines oléagineuses. — Le Ricin réussit bien dans tous les terrains de l'Afrique occidentale; il en existe une race à petites graines naturalisée dans presque
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tous les villages du Sénégal et du Soudan. Une race à grosses graines très lourdes a été introduite par les missionnaires à Thiès.
Carapa de Casamance en fleurs. Arbre à graines oléagineuses, échantillon recueilli dans le Fogny.
Le pourguere [Jatropha Cinxas L.), autrefois cultivé pour
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ses graines oléagineuses, ne sert plus au Sénégal qu'à faire des clôtures; au Soudan, les Bobos font entrer son amande drastique dans la confection de leurs poisons et le cultivent à côté du Strophanthus hispidus DC.
D'autres plantes (des arbres surtout) assez répandues dans la colonie fournissent des amandes riches en huile et leur exploitation sur place pourrait faire vivre dans les pays noirs des industries intéressantes, comme celle de la savonnerie.
Parmi ces arbres, citons surtout VOivala [Pentadethra macrophflla Benth.) de Casamance, le Ximenia, le Càilcédrat, le Chrjsobalanus Icaco, le poirier du Cayor ou Néon, le Lophira alata ou Mana (bambara), le Spondias Birrea ou Berre (wolot), le Balanites œg/ptiaca ou Soiimp (wolof), espèces spontanées et généralement répandues; enfin le Ben ailé ou Neverdie (wolof), Moringa pterygosperma, espèce bien naturalisée au Sénégal et au Soudan.