PLANTES FOURNISSANT DES PRODUITS ALIMENTAIRES
La base de nourriture du Noir dans l'Afrique occidentale est le couscous, fabriqué avec le gros et le petit mil piles. Elle est plus rarement composée de riz. Les Sonrays font du pain avec le blé de Tombouctou et les Kountahs font des sortes de galettes avec \di farine d'orge, céréale cultivée dans l'Aribinda et la vallée du Niger entre Bamba et Tosaye.
On prépare ordinairement les aliments avec l'huile d'arachide ou l'huile de palme et, au Soudan, avec le beurre végétal de Karité. Ces mets sont assaisonnés avec des sauces dans la fabrication desquelles entrent des condiments variés, des légumes indigènes assez nombreux et parfois des feuilles ou des fruits de plantes qu'on recueille dans la brousse. C'est accidentellement que l'indigène se nourrit d'arachides, de maïs, de fonio, de plantes à tubercules, de farine de nété ou de fruits divers.
Les fétichistes préparent, en faisant fermenter la sève de divers palmiers, des vins de palme excellents lorsqu'ils sont bus à point; ils font également un h3^dromel agréable en faisant fermenter le miel du pays.
Ils fabriquent une sorte de bière ou dolo avec le mil germe et des cidres capiteux avec les fruits de divers arbres du pays.
L'Européen fait cultiver où il se trouve une grande partie des légumes d'Europe qui, en général, réussissent très bien, surtout de novembre à mars, à condition d'être arrosés copieusement matin et soir.
Les arbres fruitiers des pays tempérés viennent ordinairement mal au Sénégal ou donnent des fruits peu agréables; tels sont : le pommier, le poirier, l'abricotier, le cerisier, le prunier.
Le pêcher et la vigne cultivée en treille ont donné des fruits à Saint-Louis et parfois en grande quantité. Les raisins étaient, paraît-il, très sucrés, mais les grains ne mûrissent pas ensemble sur une même grappe.
La plupart des arbres fruitiers tropicaux ont été introduits dans les jardins européens du Sénégal et y sont producteurs si on les cultive soigneusement. Les plus répandus sont : le papayer, le cocotier sur la côte, le bananier, le citronnier, l'oranger, le mandarinier, le limonier, le goyavier, le corrosolier, le pommier-cannelle, le pommier-acajou, l'avocatier, le sapotillier.
Ces arbres, de même que la plupart des végétaux cultivés par l'Européen, étant en général très connus, nous examinerons seulement les espèces servant à l'alimentation de l'indigène.
SI. CEREALES.
Mil. — Le mil, Bassi (v^olof), Nion (bambara), Andropogon Sorghiim (Brot) serait, d'après Alph. de Candolle, origi-
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naire de l'Afrique tropicale. Nous ne l'avons jamais rencontré à l'état sauvage, mais il n'est pas une peuplade de nos possessions de l'Afrique occidentale qui ne se livre à sa culture avec zèle.
Le mil se sème ordinairement au commencement de Thivernage et se récolte en novembre ou décembre, quatre ou cinq mois après l'ensemencement, suivant les variétés.
Dans quelques régions inondées en hivernage, telles que la vallée du Sénégal ou celle du Niger, on sème le mil seulement après le retrait des eaux.
Il existe de nombreuses variétés de mil; les plus recommandables sont le Diannat (wolof), très répandu au Sénégal, à tige contournée en crosse au sommet, le Manionbilé (bambara) qui fait d'excellent couscous, le Ouarani (bambara) de Ségou, précieux pour la nourriture des chevaux.
Millet. — Cette graminée, appelée encore petit mil ou mil chandelle par les Européens, Pennisetum spicatum L. (Kœrnicke), se reconnaît facilement à ses graines petites et surtout à ses longs épis cylindriques. Les indigènes en distinguent deux variétés principales : le Sonna (wolof), forme précoce à épis couverts de barbillons, cultivée surtout au Sénégal et le Sanion (bambara), forme sans barbillons et plus tardive, cultivée surtout au Soudan.
On distingue, en outre, de même que dans le mil, des formes assez nombreuses.
Le millet se cultive comme le mil; comme lui il est fréquemment attaqué par des charbons et de nombreuses rouilles déjà étudiées par divers botanistes.
Fonio. — Le Fonio (bambara), Pa5/?a/wm longijlorum Retz, Panicum longijlorum Hooker (Franchet) est une petite
UNE MISSION AU SENEGAL. l6
graminée à tiges s'élevant à peine à 2 ou 3 décimètres de hauteur et terminées chacune par 2 ou 3 épis longs et grêles couverts de petites graines grisâtres. On le rencoutre à l'état spontané dans la boucle du Niger, mais on le cultive en grand dans presque tout le Soudan, dans la haute Gambie, la haute Casamance et le Fouta-Djallon. Son rendement est faible, mais le couscous qu'il donne est agréable et les Européens eux-mêmes mangent le fonio en semoule.
Ri:{, — Le Riz, Malo (bambara), Ory:{a sativa L., se cultive surtout en Casamance, dans le sud des anciens États de Sa* mory, dans la vallée du Niger, autour des lacs de la région de Tombouctou. Le repiquage des jeunes plants se fait au milieu de l'hivernage et la récolte en décembre ou janvier. Outre les formes habituelles qui sont cultivées dans les terrains inondés, on en plante d'autres plus petites et moins productrices dans les terrains non recouverts d'eau, mais restant néanmoins humides en hivernage. , Cette plante présente en Afrique occidentale d'aussi nombreuses variétés que le mil. Les plus estimées que nous ayons rencontrées sont : le Kaloka (diola), riz à grains, les uns noirs, les autres blancs, très apprécié des Diolas de Casamance; le Repongo (diola), également de Casamance, à grain très blanc, préféré par l'Européen ; le Maloba (bambara) de la vallée du Niger, plante très vigoureuse, à paille atteignant 2 mètres de hauteur, et produisant des épis très fournis chargés de riz blanc.
Maïs. — Le maïs Mboga (wolof), Manion (bambara), Zea mais L. est cultivé principalement autour des habitations. Les Noirs mangent ordinairement ses épis grillés dans le feu ou la graine pilée en couscous.
Les principales variétés que nous ayons rencontrées sont
le Manionba (bambara), grande espèce mettant 4 mois à se développer; le Calosaba-manion (bambara), plus petit, mettant 3 mois à croître et à mûrir ses épis; le Dokorané (bambara), forme naine cultivée sur les bords du Sénégal à Podor. Ses épis sont mûrs 70 jours après l'ensemencement.