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POISONS VÉGÉTAUX

M. A. -T. de Rochebrune, assistant au Muséum d'histoire naturelle, a entrepris des recherches très importantes sur les végétaux toxiques et suspects propres au continent africain. La première partie de son travail déjà parue contient l'étude des propriétés de cinq plantes de Sénégambie : Tetracera alnifoliay Uvaria Chamœ, Xjlopia jEthiopica, Anona palustris, Parinarium senegalense. Ces végétaux, tout en étant suspects, sont peu dangereux.

Par contre, il en existe d'autres d'une toxicité extrême, que les indigènes de diverses races emploient pour empoisonner leurs armes, faire mourir leurs ennemis ou mettre à l'épreuve leurs prétendus sorciers. Ces usages barbares disparaissent heureusement à mesure que s'effectue la pénétralion française dans l'intérieur.

Le plus célèbre est le Tali (wolof), Erjthrophlœum Giiineense AfzeL, l'un des plus grands et des plus beaux arbres de Casamance. Il est facile à reconnaître en saison sèche à ses gousses noires entr'ouvertes, à valves adhérentes seulement près de leur base.

Chez les Diolas et surtout chez les Balantes, dès qu'un in-

236 FLORE DU SENEGAL.

dividu est soupçonné d'être sorcier, il doit se soumettre à répreuve d'une boisson fabriquée avec Técorce du tali, et, s'il n'a pu la rejeter, il meurt rapidement.

On confond souvent au Sénégal et en Casamance avec le vrai tali, le mauvais Z)?7j/z, Detarium Heudelotianiim Bâillon, arbre qui en a le port mais produit un fruit plus rond, très amer, qui doit être regardé au moins comme suspect. L'écorce de cet arbre est employée pour faire fermenter plus vite et rendre amer le vin de palme.

La Fève de Galabar, Phfsostigma venenosiim Balfour, constitue également un poison très violent. Elle n'existe pas au Sénégal, mais elle est apportée de Guinée jusque sur le marché de Saint-Louis où on la vend comme grigri.

Dans la haute Casamance, la haute Gambie et sur les bords du Niger et de ses affluents, les pêcheurs cultivent une plante appelée Diéfa diaba (bambara), Tephrosia sp., dont les feuilles séchées, pilées et jetées dans l'eau font mourir le poisson qui peut néanmoins être mangé ensuite.

Les chasseurs de ces mêmes régions empoisonnent les lances qui doivent servir à chasser l'hippopotame avec une substance dans la préparation de laquelle entrent surtout l'écorce et les fruits du Koiinalé (bambara), Tiok (wolof), Strophanthus sarmentosus A. P. DC, liane à fleurs très belles, jaunâtres, à taches écarlates et à fruits constitués par deux longs follicules simulant des cornes de bœuf.

Les diverses peuplades du territoire de la Volta cultivent dans leurs champs une autre liane du même groupe, à fleurs jaunâtres et à fruits plus grêles. C'est le Strophanthiis hispidus DC, spontané en Casamance. Ils s'en servent pour empoisonner leurs armes de combat et le poison [Strophantine?) est si actif qu'une simple égratignure, faite par une flèche

empoisonnée, peut déterminer une mort foudroyante. Aussi tous les guerriers et même quelquefois les paysans allant travailler dans leurs champs portent constamment avec eux un contrepoison qui, administré aussitôt après la blessure, arrête l'empoisonnement. Cet antidote est, dit-on, très puissant; quelques Européens dans les colonnes du Soudan en ont fait usage avec succès. Il est fabriqué avec des plantes par les vieux Bobos-Dioulas qui le distribuent volontiers à leurs amis, mais tiennent le procédé de fabrication secret.

D'autres plantes entrent encore dans la constitution des poisons de la boucle du Niger-, tels sont Itfafetane, les pignons dinde, les Euphorbes cactiformes, des tubercules d'aroïdées et de liliacées, diverses espèces d'asclépiadées, etc.

D'une façon générale, il est prudent de ne pas toucher les plantes qu'on ne connaît pas et surtout de s'abstenir d'en goûter les fruits, si beaux qu'ils soient. Nous citerons l'exemple du Strychnos innociiiim Delille, arbuste épineux commun au Sénégal et au Soudan, donnant des fruits d'un jaune clair à maturité qui ressemblent à de belles oranges.

Ces fruits contenant de nombreux noyaux entourés d'une pulpe sucrée assez agréable ne sont pas aussi inoffensifs que leur nom semblerait l'indiquer. On peut en manger impunément un ou deux , mais nous avons été pris de violents vomissements pour en avoir absorbé plusieurs de suite avec les noyaux. Le Strychnos innociium contient donc probablement de la strychnine comme la noix vomique, mais en moins grande quantité.

Pour des raisons analogues, il faudra s'abstenir de manger les champignons qu'on ne connaîtra pas, quoiqu'il en existe d'excellents en Afrique occidentale pendant l'hivernage, appartenant aux genres Psa/Z/oif a, Lepiota^ Boletiis,

INDEX BIBLIOGRAPHIQ.UE

Nous avons laissé de côté, dans cette énumération, les relations des grands voyageurs dans l'Afrique occidentale : R. Caillié, Barth, Binger, Monteil, qui contiennent parfois d'utiles indications sur la flore et l'agriculture du pays, ainsi que les notes et statistiques publiées dans le Bulletin officiel de l'Afrique occidentale française.

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A. Chevalier.

PAR

LE D^ LASNET

Médecin de i''® classe des colonies.

La plupart des plantes du Sénégal ont un usage quelconque dans la pharmacopée indigène; nous citerons les plus importantes, qui ont une réelle valeur en matière médicale et dont la seule exploitation pharmaceutique serait susceptible d'un certain avenir. Quant aux autres, nous n'en parlerons pas; elles sont peu utihsables en thérapeutique ou présentent une application industrielle plus pratique qui les fait rentrer dans d'autres notices.

ARGÉMONE

Argemone mexicana [Papavéracéé).

Croît spontanément dans les terres les plus incultes. Les graines donnent une huile analogue à celle d'œillette, légèrement purgative, active à la dose de 2 à 4 grammes sans déterminer de coUques; peut remplacer l'huile de ricin dont elle n'a ni la viscosité, ni la saveur désagréable; la décoction de racines est diurétique^, celle de fleurs narcotique.

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