‹ Une mission au SénégalChapitre 25 sur 49 · I. BOIS · texte numérisé non relu

I. BOIS

Des forêts assez étendues existent dans la zone guinéenne et la brousse de la zone soudanienne est parfois assez dense pour se prêter à une exploitation régulière et suivie.

Les essences qui peuplent ces régions sont imparfaitement connues, non seulement au point de vue botanique, mais surtout au point de vue de la valeur économique du bois qu*elles peuvent donner. Nous croyons qu'un certain nombre d'entre elles, en raison de la finesse de leur texture et de la beauté de leur teinte, pourraient supporter facilement l'exportation en Europe, mais il serait nécessaire qu'une étude préalable en fût faite.

Nous citerons seulement les espèces les plus remarquables et celles que l'on a commencé à utiliser au Sénégal et au Soudan.

Le caïlcédrat, Khaja Senegalensis A. Juss., Cail (v^olof), Diala (bambara), appelé encore Acajou du Sénégal, doit ce nom à la belle teinte de son bois; les fibres sont fines, mais les rayons médullaires trop apparents.

Le Vène (wolof), Goni (bambara), Pterocarpus erinaceus possède un beau bois rose très dur. Le i^arf/e' possède également un bois très dur; il est comme le vène utilisé dans les ateliers de construction de l'artillerie de marine au Soudan.

Le Ditah comestible (wolot), Taba-coumba (bambara), Detarium Senegalense Gmel. et surtout le mauvais ditah, Ditah on gnèje (v^olof), Detarium Heudelotianum Bâillon, possèdent un bois très dur et d'un beau rouge noirâtre. Le dernier, qui atteint une grande taille, serait exploitable en Casamance où il est commun.

Le Tali (v^olof), Erythrophlœum guineense Afzel. a le bois extrêmement dur, d'une belle couleur foncée; il est inattaquable aux insectes.

Le Fok (wolof), Lenké (bambara), Af^elia africana Sm., possède également un bois dur d'une teinte foncée. Son tronc, de grosseur parfois considérable, peut s'élever jusqu'à 20 mètres sans rameaux.

Les bois du Houlle (v^olof), Nété (bambara), Parkia africana R. Br., et celui du Solom (woloï), Dialum nitidum Guill. et Perr., à coloration claire, sont également utilisables.

Les troncs de Goniaké (v^oXoï), Bani (bambara). Acacia Adansonii Guill. et Perr. sont employés sur les bords du Sénégal comme bois de charpente.

Le Dimb (wolof), Dougoura (bambara), Cordjla africana Lour., possède un beau bois jaunâtre facile" à travailler.

A- Bakel et à Kayes, les Noirs fabriquent avec l'ébène du Sénégal, Dialambane (w^olof), Dalbergia melanoxjlon Guill. et Perr., des cannes noires incrustées d'argent; mais elles se brisent très facilement.

Enfin n'oublions pas de mentionner le rônier mâle, Rône (wolof), Sibi (bambara), Borassus jEthiopium Mart.,

dont les troncs imputrescibles dans l'eau de mer servent à faire des pilotis de wharfs en Casamance et dans toutes les Rivières du Sud.

§ 2. CLINTIXG.

Pour fabriquer le clinting et pour confectionner la charpente des toitures de cases, on pourra employer dans la colonie les bambous du pays, dont les plus grands atteignent la grosseur du bras et lo mètres de longueur. Ce bambou est bien indigène au Sénégal et semble appartenir à l'espèce abyssinienne : Oxftenanthera Abfssinica Munro. On le rencontre abondamment en Casamance et dans le sud du Soudan, à partir de Badumbé. A proximité de la côte, il s'étend au nord jusqu'à Thiès.

On peut remplacer les bambous par les rachis des grandes feuilles de Raphia dont il a été déjà parlé, ou les rameaux du KoiiloU'Couloii (bambara). Pour assujétir ces charpentes on se sert des écorces d'arbres déjà énumérées aux Textiles, des pousses flexibles comme celles du Kinquéliba, ou Combretiim Rwibauîtii Heckel ou mieux encore des belles baguettes du roting indigène : Calamus secundifloriis¥ù\.^ Beauv., commun en Casamance et dans le sud du Soudan.

Les Noirs de toutes les peuplades africaines traitent leurs maladies avec des plantes indigènes et souvent avec succès. Nous les avons vu obtenir parfois des cures remarquables et nous espérons que l'étude microchimique des es-

pèces qu'ils emploient permettra d'ajouter des drogues intéressantes aux médicaments africains que la médecine utilise déjà.

Parmi ceux-ci, il convient de mentionner : l'huile de ricin et de pignons d'Inde ou pourguère, fournies par deux plantes communes au Sénégal et dont nous avons déjà parlé, le séné, La/dour (wolof), ^a//-^a// (bambara), Cassia obovota Coll., commun surtout dans la région de Tombouctou, le Sahel et le nord du Sénégal. Tous les Noirs se purgent fréquemment soit avec cette plante soit avec un polygala indigène : Douganto (bambara), Polygala rnicrantha Guili. et Perr. ou encore avec les racines d'une casse indigène : Sendiègne (wolof), Sinja (bambara), Cassia Sieberiana DC, très voisine de la casse fistule dont les longues gousses noires sont également utilisées comme purgatif.

Avec le Thé de Gambie, Mborbor (wolof), Lippia sp. on fait une boisson théiforme légèrement sudorifique. On utilise de la même façon un basilic fréquent dans les lieux cultivés, au Sénégal et au Soudan : Goungoiinméi (wolof), Soukola (bambara), Ocymùm sp.

L'écorce de Goniaké (wolof). Acacia Adansonii Guill. et Perr., réduite en poudre, sert à panser la plaie résultant de l'opération de la circoncision. La cicatrisation est rapide.

L'infusion théiforme ou la décoction dans le lait chaud du Nguer (wolof) ouKoungouélé (bambara), Guiera Senegalensis Lamk., est prise contre les rhumes etles maux de poitrine.

En 1857, Gaventou étudia le Kaïlcédrin, substance active de l'écorce de cailcédrat que l'on voulait substituer au quinquina. Les Noirs emploient toujours cette écorce contre la fièvre.

M. le professeur Heckel a étudié les propriétés médicinales de quelques plantes communes au Sénégal et utilisées par les indigènes : le Doundaké (sousou), ^^ro (bambara), 5arco-

cephalus esciilentus Afzel., dont Técorce s'emploierait avec succès dans le traitement des formes légères de paludisme. Le Bentamaré (wolof), Cassia occidentalis L., dont les graines sont exportées en Europe pour frauder le café, serait aussi une plante fébrifuge. Enfin le Kinkéliba Séguéoii (wolof), Kofina (bambara), Talli (foulbé), Combretum Raimbaiiltîi Heckel, pris en infusions, serait excellent dans les fièvres bilieuses, si meurtrières en Afrique.

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