‹ Une mission au SénégalChapitre 36 sur 49 · ANIMAUX DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES

Mammifères. — Le Sénégal possède quantité d'animaux domestiques qui méritent de retenir Tattention pour les services qu'ils rendent dès maintenant au pays, pour ceux plus grands encore que Ton peut espérer de l'amélioration des races.

Les chevaux sont très nombreux dans toute la colonie, à l'exception de la basse Casamance; ils servent de monture, rarement d'animaux de bât, jamais de traction, et en fait ils paraissent médiocrement adaptés à ce dernier usage. Les deux races du pays sont le cheval du fleuve et le M'Bayar; le premier n'est autre chose qu'un produit barbe ou arabe abâtardi entre les mains des Maures : obtenu sans méthode, élevé sans soin dans un pays qui n'est pas le sien, cet animal a perdu beaucoup de son élégance : c'est une race de taille médiocre, au ventre un peu fort, aux membres alourdis, au port assez disgracieux; néanmoins il peut rendre des services et son prix est assez élevé ; son principal défaut est une réceptivité marquée à la lypho-malaria ou maladie d'hivernage, laquelle à diverses reprises, et cette année encore, s'est étendue sur le pays, progressant à la façon d'une épidémie*, cette typho-malaria frappe avec une pareille rigueur les chevaux dits du Sahara, variété barbe importée par les Maures et venant peut-être de l'Adrar, et les chevaux arabes importés d'Algérie pour la remonte.

Le M'Bayar est un animal beaucoup plus petit que le cheval du fleuve et ne dépassant guère la taille d'un fort poney; il présente d'ailleurs des qualités très réelles de sobriété, d'endurance, de robustesse, parfois même d'élégance ;

le principal centre de production est le canton du Baol oriental dont il a pris le nom, mais il ne semble pas que la race y soit autochtone; à de certains caractères on serait tenté d'y voir une race montagnarde venue peut-être des pentes du Fouta-Djallon. Malgré ses qualités, malgré sa pré-

■^' Clictié de M. Tranchant,

Marquis, étalon du fleuve.

cieuse immunité contre la typho-malaria, le M'Bayar ne peut rendre que des services restreints, son défaut de taille le rendant impropre à la cavalerie et à la traction.

Aucune des deux races locales ne répondant aux besoins du pays, l'on a cherché à en créer une troisième : on peut espérer, en croisant le cheval du fleuve avec le M'Bayar, donner au produit la taille du premier avec la résistance du second; mieux encore valait-il remonter directement à la forme pure

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de l'arabe, et c^est ce que l'on a fait. En 1887, un dépôt d'étalons arabes fut créé à Saint- Louis; nous ne savons ce qu^il en résulta, mais il ne subsiste aucune trace de cet établissement : l'essai dut échouer. Il y a quelques années, l'expérience fut reprise par la création du liaras de N'Diourbel*, malheureusement la typho-malaria enlevait tous les étalons dès la première année avant qu'ils eussent pu donner des produits; un seul poulain résulte de cet essai et il semble devoir justifier toutes les espérances. La tentative de N'Diourbel mérite d'être reprise; la maladie n'ayant pas tous les ans la même intensité, on peut espérer que dans une nouvelle campagne les étalons résisteront assez longtemps pour donner des produits; les chances de succès seront d'autant plus grandes que l'on veillera plus minutieusement à l'hygiène des animaux et particulièrement à l'alimentation.

Etant données les qualités que l'on recherche dans la race à créer, il serait intéressant de procéder à l'inverse de l'expérience précédente, en prenant pour étalon l'animal résistant, le M'Bayar, et comme jument l'espèce la plus grande : on sait en effet que dans le produit les qualités du père l'emportent en général, à l'exception de la taille qui vient plus souvent de la mère; dans ces conditions il ne serait plus question que d'un croisement M'Bayar et cheval du fleuve, vu la difficulté d'importer en nombre suffisant les juments arabes.

Les croisements en question devraient être poursuivis, sans préjudice des améliorations par sélection dans chaque race. Cette sélection se fait du reste assez bien aux mains des indigènes, et les courses ou concours qui se multiplient ont une certaine influence sur ce progrès. L'administration pourrait favoriser ce mouvement en multipliant des dépôts d'étalons

indigènes comme on Ta fait à Kayes, Ségou, Séraféré, Nioro du Sahel, Bandiagara, etc.

Il existe au haras de N'Diourbel deux juments venues du Macina; ce sont des animaux extrêmement laids, à la tête énorme et carrée, à Tencolure mal faite et mal attachée, aux aplombs médiocres, au poil long et grossier*, pourtant ces échantillons possèdent deux quahtés intéressantes, une taille au moins égale à celle des chevaux du fleuve, et une résistance notable à la typho-malaria; arrivées au haras en même temps que les étalons arabes, elles ont survécu à Tépidémie qui enlevait ces derniers, et résiste' pareillement à l'épidémie de Tannée suivante. Les premiers produits du croisement avec le M'Bayar sont moins laids que la mère et deviendront sans doute plus grands que l'étalon.

Le Sénégal possède une race de petits ânes très doux, très sobres et très résistants, assez vigoureux pour porter une charge de 5o kilogrammes*, ils rendent beaucoup de services à l'indigène pour les transports; leur nombre est assez élevé surtout dans le cercle de Podor qui en fournit du reste au Cayor et au Baol. Malgré les qualités de Tàne comme animal de bât, malgré la présence du chameau et du bœuf porteur dont nous parlerons plus loin, les transports se font encore d'une façon insuffisante et à un prix très élevé; cette situation était naturelle aux époques où la colonie était privée de routes*, mais aujourd'hui que les pays les plus riches sont sillonnés de chemins déjà bons et faciles à améliorer, on peut espérer que la traction se substituera au transport de bât; déjà l'administration em.ploie avec succès des charrettes attelées de boeufs; mais l'animal le mieux adapté, semble-t-il, à ces nouveaux besoins serait le mulet. Or il n'y a dans la colonie d'autres mulets que ceux qui ont été importés par les

services publics et surtout par rartillerie; ces animaux ont parfaitement résisté au climat, conservé toutes leurs qualités de sobriété, d'endurance et de vigueur; ils sont malheureusement d'un prix très élevé, et il y aurait lieu de créer un mulet indigène. En certains points et particulièrement dans le Baol, des croisements se sont faits d'une façon purement accidentelle entre Fane du pays et la jument M'Bayar : le produit est naturellement de taille fort médiocre, puisque les ascendants sont eux-mêmes remarquablement petits; néanmoins ce mulet a des qualités supérieures à celles de Pane et peut être utilisé; il nous semble possible d'obtenir des résultats infiniment meilleurs en important comme étalons des baudets de grande taille pour en taire le croisement avec la jument M'Bayar; il n'est pas certain que les belles races de baudets français conviendront à l'expérience et résisteront au climat, mais on trouverait sans doute en des pays plus chauds, et par exemple au Mexique ou en Abyssinie, des étalons assez résistants.

La colonie possède plusieurs races de bœufs qui constituent de grands troupeaux généralement aux mains des Peulhs ; on peut distinguer immédiatement trois types : le bœuf à bosse ou bœuf porteur, le grand bœuf sans bosse, le petit bœuf. Le bœuf à bosse est une sorte de zébu aux pattes longues, au fanon court, aux cornes bien développées; il présente sur le garrot une bosse graisseuse très prononcée qui constitue une réserve alimentaire et qui s'affaisse plus ou moins après une période de disette ou de surmenage (i); avec sa forte

(i) De Rochebrune, qui Ta décrit minutieusement et figuré dans les nouvelles archives du Muséum (1879), ^^ ^^^^ '^^^'^^ espèce zoologique distincte sous le nom de Bos senegalensis, et Raoul, dans le Manuel des cultures tropicales de Sagot, le signale comme une race venue de l'Est avec les Peulhs.

charpente osseuse, ses tendons très développés, l'animal convient médiocrement à la boucherie; de même la vache de cette race est fort mauvaise laitière. Le bœuf à bosse est employé comme porteur, et les Maures s'en servent volontiers concurremment avec le chameau-, sa charge normale est d'environ un quintal, sa marche est très lente et Tétape quotidienne ne dépasse guère i6 à i8 kilomètres.

Le grand bœuf sans bosse présente sensiblement la taille et l'aspect du bœuf à bosse, il offre la même teinte jaune très clair; Tencornure est magnifique, les cornes très longues et très aiguës forment le croissant ou sont légèrement lyrées. Supérieur au bœuf à bosse pour la boucherie et la laiterie, il est l'animal préféré des Peulhs; on en rencontre des troupeaux superbes dans le Oualo et surtout dans le Djolof et le Baol oriental; la grande forêt qui sépare le Djolof du Baol constituait naguère un de leurs meilleurs pâturages, mais la diminution des eaux a déterminé l'exode des troupeaux vers le Baol oriental ; on rendrait la vie à cette région en y creusant quelques puits, de même qu'on créerait des pâturages presque illimités si l'on pouvait constituer des points d'eau dans les forêts du Fouta et du Ferlo.

Le petit bœuf constitue une race très distincte des précédentes et plus intéressante à beaucoup d'égards; c'est une bête à robe noire ou foncée, à taille médiocre; Tencolure est assez courte, droite et forte, les cornes de longueur et de forme variables, mais plus souvent réduites et presque horizontales ; c'est une bonne race de boucherie et la meilleure laitière du Sénégal; elle peut fournir jusqu'à six litres de lait par jour; de plus, c'est un animal assez docile que l'on peut atteler à une charrette ou aune charrue. L'administration des affaires indigènes ravitaille ses postes du Baol en particulier à l'aide de

charrettes à bœufs, et le service se fait très régulièrement et à peu de frais; d'autre part, le directeur de la pépinière de Richard-ToU et le directeur de la ferrrie-école de M'Bambey ont dressé plusieurs couples de ces bœufs au travail de la charrue ; enfin en beaucoup de points on les emploie à tirer l'eau des puits. On voit qu'il y a tout intérêt à multiplier cette race en vue de Tépoque prochaine où le transport par charettes se développera dans la colonie, en vue surtout des transformations nécessaires de l'agriculture au jour où Ton voudra la rendre intensive.

Plusieurs races de bœufs ont été signalées en des régions voisines du Sénégal, notamment dans le Macina, le Fouta- Djallon et le paysbambara; Userait intéressant de les étudier, et peut-être de propager certaines d'entre elles.

Autrefois le commerce des peaux brutes et des cuirs verts figurait pour un chiffre notable dans le total des exportations -, aujourd'hui la traite est tombée à peu de chose*, il a été exporté pour 9 . 274 francs de peaux de bœufs en 1 897, pour 8. 890 francs en 1898 (chiffres de la douane). Cette décadence tient à des causes diverses : la concurrence de l'Amérique du Sud, d'une part, et, d'autre part, la consommation intérieure qui est notable; enfin il faut tenir compte de la grande répugnance qu'ont les indigènes à tuer leurs bœufs, surtout depuis la grande épizootie qui, en 1892, a ravagé les troupeaux.

Les chameaux ou plutôt les dromadaires sont assez nombreux au Sénégal, bien que le pays leur convienne imparfaitement; presque tous appartiennent aux Maures, qui pendant rhivernage les emmènent sur la rive droite du fleuve. Venue la saison sèche, les Maures ou leurs captifs (pourognes) descendent vers le sud par Saint-Louis, Dagana ou Podor ; ils échangent les produits de leur pays contre des marchan-

dises de Tescale, puis continuent leur route et leur commerce ; arrivés à destination dans le Cayor ou le Baol, ils louent leurs chameaux aux commerçants européens ou aux indigènes, pour les transports et particulièrement pour celui de Tarachide ; le prix de location est de 3 francs par jour. Ces cha-

Cliché de M. Tranchant.

Un dromadaire.

meaux, assez médiocres, sont sujets à une foule de maladies^ de plus, ils sont souvent blessés au pied, soit par la dureté du sol, soit par les ham-hams de la brousse qui se logent entre les orteils-, bref, il n'est pas rare de compter dans une bande un tiers d'indisponibles; la charge ne peut guère excéder i5o kilogrammes et rétape quotidienne ne dépasse pas 25 à 3o kilomètres ; cette cherté du transport interdit actuellement la culture de Tarachide dans les régions qui sont éloignées des

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escales, et où elle pousse admirablement, comme le Djolof ou le fond du Baol (les indigènes en cultivent un peu pour leur usage personnel). Il est assez difficile d'améliorer cette race, même par sélection, puisque l'élevage est complètement aux mains des Maures.

En 1886, on estimait à i5.ooo le nombre des moutons au Séne'gal; ce chiffre est aujourd'hui bien au-dessous de la réalité et il y a peu d'indigènes qui ne possèdent trois ou quatre moutons, et c'est une ressource précieuse pour l'alimentation *, on distingue le mouton de Bakel, remarquable par ses pattes très longues, sa tête fortement busque'e au chanfrein, ses cornes- extrêmement spiralées, sa queue longue et assez mince, et le mouton du Fouta-Djallon, plus petit d'un tiers que le précédent, possédant des pattes courtes, un chanfrein peu busqué, des cornes peu enroulées; ces deux espèces sont privées de laine et possèdent une maigre fourrure de poils assez grossiers.

De même il existe deux races de chèvres : l'une grande, l'autre petite, cette dernière étant la plus répandue et la meilleure laitière. Dans toute la basse Casamance, on ne trouve guère d'autre bétail que cette petite chèvre, parfois le petit mouton du Fouta-Djallon et enfin des porcs.

Le porc est extrêmement rare dans tout le pays musulman, c'est-à-dire dans la majeure partie du Sénégal; en revanche, il est fort abondant dans la Casamance; c'est un animal au groin très effilé, aux pattes assez longues, aux soies noires assez fournies; la chair en paraît saine malgré le climat.

On peut ranger avec quelque doute parmi les animaux domestiques le chien indigène ou Laobé; c'est un animal au pelage ras d'une nuance jaune doré; sa tête rappelle celle du loup, et à la moindre émotion elle se sillonne de rides pro-

fondes; ce chien ne hurle pas comme ses congénères sauvages, mais aboie comme les chiens domestiques. Il est très peu susceptible d'attachement et rend de médiocres services; son absence de flair ne lui permet que la chasse à vue; ses aboiements continuels, son manque de courage en font un mauvais gardien, et l'on ne peut pas même Tutiliser à la direction des troupeaux. Quant aux chiens européens introduits dans la colonie, ils ont quelque peine à s'acclimater et dans tous les cas perdent assez vite leur flair et leur vitesse.

Volailles. — La volaille est représentée au Sénégal' par des poules et des canards. Les poules sont fort nombreuses et presque partout à très bon marché; elles constituent presque la base de l'alimentation azotée pour les Européens isolés dans la brousse; c'est une race petite et médiocre pondeuse, dont les œufs eux-mêmes sont assez petits; les canards appartiennent à une espèce voisine de celles que Ton élève communément en Europe. En Gasamance, on rencontre abondamment de superbes canards de Barbarie qui atteignent souvent un poids élevé. Enlîn, un peu partout, les Européens élèvent quelques pigeons et des dindons.

Abeilles. — Le seul insecte domestique du Sénégal est l'abeille; il a été fait autrefois des tentatives d'élevage de la cochenille et du ver à soie, mais ces essais ont échoué chaque fois, et il n'en existe plus trace; les abeilles se rencontrent un peu partout, essaimant au creux des arbres où les indigènes vont recueiUir le miel dont ils sont très friands. Dans le Baol, les provinces sérères et dans la Gasamance, c'est une véritable exploitation, et les arbres qui avoisinent les villages sont chargés de ruches : tantôt c'est un simple tronc d'arbre creux fermé aux deux extrémités par un treillis, tantôt c'est un panier de sparterie grossière affectafnt

la forme ogivale des vieilles ruches françaises, quelquefois une sorte de case pyramidale faite de tara ; ces deux derniers t3^pes sont incontestablement les meilleurs, car ils permettent de cueillir le miel sans déranger Tessaim; le miel est d'assez bonne qualité, mais il est entièrement consommé sur place : la cire donne lieu à un certain commerce et le chiffre de l'exportation pour 1897 a été de 19.000 francs; en 1898, il est descendu, par contre, au-dessous de 3. 000 francs (chiffres de la douane).

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