‹ Une mission au SénégalChapitre 37 sur 49 · ANIMAUX SAUVAGES · texte numérisé non relu

ANIMAUX SAUVAGES

Le Sénégal est un beau pays de chasse où l'on rencontre en abondance le gibier le plus varié ; mais à mesure que la population augmente, que les cultures s'étendent et avec elles le débroussaillement, les animaux de grande taille s'enfoncent chaque jour plus loin des escales.

Les singes sont fort nombreux, surtout en Casamance et dans le Fouta-Djallon*, nous citerons seulement le chlorocebus ruher ou singe rouge très commun le long du fleuve et qui parfois s'aventure jusqu'à Leybar, le chlorocebus callîtrichus ou golo, qui se rencontre dans les mêmes parages et que beaucoup d'Européens conservent en captivité ; le cjniocebus cynosuriis ou boubou, qui ne descend guère en deçà de Bakel-, enfin la série des cynocéphales (babouins, sphinx, etc.) ou singes de Bakel; tous ces animaux sont assez redoutés des cultivateurs pour les dégâts qu'ils font dans les jeunes cultures de mil et surtout de maïs.

Les prosimiens sont représentés par quelques petites espèces que les Ouolofs appellent indistinctement koyak et

qui, assez rares dans le Cayor et le Baol se trouvent plus nombreux dans la basse Casamance.

Le lion présente une variété locale dépourvue de crinière, mais qui égale pour la taille et la force les plus beaux lions de l'Atlas-, il est remarquable par son pelage jaune clair avec parfois des taches fauves sur les membres; oh le rencontre particulièrement sur les deux rives du fleuve en amont de Podor, dans la forêt qui s'étend sur le Oualo, le Djolof et le Diambour, et enfin dans tout le Ferlo; pendant la saison sèche, il vient s'abreuver au fleuve ou aux marigots, c'est-àdire près des lieux habités, et à cette époque, il commet quelques déprédations dans les troupeaux; pendant l'hivernage, au contraire, il s'enfonce dans la grande brousse, et vit presque exclusivement de gibier.

Malgré une croyance très générale, la panthère n'existe pas au Sénégal, et, d'après les travaux de de Rochebrune, le fauve auquel on donne ce nom est un léopard de grande taille avec quelques caractères spéciaux dans le pelage; il est assez rare dans le bas Sénégal, bien qu'il se soit à plusieurs reprises aventuré jusqu'à Richard-Toll ; il est plus fréquent dans le haut fleuve et surtout dans la Casamance et les rivières du sud.

Le guépard, plusieurs variétés de chat-tigre, le lynx se rencontrent jusqu'à Podor et même plus près de Saint-Louis. Aux environs de Yang-yang, on trouve à l'état sauvage un chat gris avec zébrures plus foncées qui paraît être le felis Bouvieri de de Rochebrune, et cet animal serait un retour du chat domestique à l'état sauvage. La civette se rencontre dans le Cayor et le Oualo ; en outre, les indigènes confondent sous le nom de sicor plusieurs espèces de viverridés à odeur nauséabonde, parmi lesquelles la mangouste ou ichneumon

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d'Egypte, grand destructeur des œufs de serpents et de caïmans.

La tribu des Canidés est représentée par le chien Laobé^ par deuxloups, un chacal identique à celui d'Algérie, deux renards et deux hyènes. Dans la Casamance, on désigne sous le nom de chien des Mangliers une loutre de belle taille qui possède une fourrure superbe d'un marron un peu violacé sur le dos, d'un blanc presque pur sous le ventre; cet animal qui vit de poissons, est d'un naturel très doux et s'apprivoise facilement.

Le fleuve et les marigots étaient autrefois peuplés de lamentins dont la peau fort épaisse était utilisée pour faire des cravaches. Ces animaux sont devenus assez rares, on en trouve encore de temps en temps et particulièrement dans la Falémé et dans la Casamance : de même les hippopotames sont en voie d'extinction; quelques bandes assez considérables peuplent les rivières qui bordent VYacoubel; en revanche, on trouve dans tout le Sénégal et surtout au bord du fleuve des troupeaux de sangliers à quatre défenses ou phacochères; il existe en Casamance un véritable sanglier de rivière, le potamochœrus penicillatus ; enfin. Ton serait fondé à faire une espèce zoologique distincte du porc domestique de la même région.

Si réléphant existe encore dans le Sénégal proprement dit, il doit y être bien rare; on en tue encore de loin en loin dans la haute Casamance; tout récemment on en signalait des traces au voisinage de Thiès; enfin il doit s'en trouver dans le Fouta, le Ferlo, le Boundou, et d'autant plus qu'on s'approche davantage du Fouta-Djallon ; quoi qu'il en soit, l'on peut dire que l'exportation faite par les ports sénégalais (1.345 kil., 10.760 francs, en 1897; — 6.473 kil., 51.783 francs, en

1898 — ; 41.320 francs, en 1899) provient en presque totalité du Soudan.

Parmi les ruminants, nous avons étudié plus haut le dromadaire, le bœuf, le mouton et la chèvre; mais il y a en outre beaucoup d'espèces sauvages : d'abord un petit tragulidé fort curieux, Vhfœmoschus aquaticiis, qui ne de'passe guère la taille d'un gros lapin : il est très abondant en Casamance où les Européens le désignent sous le nom de bichecochonne; d'autre part, la girafe qui vit en troupes restreintes dans le Ferlo et qui parfois s'aventure jusqu'au lac de Guier et au marigot de Bounoun; les indigènes lui donnent volontiers la chasse pour s'emparer de la peau dont ils font des gris-gris et surtout des sandales réputées inusables; ils sont du reste convaincus que, chaussés de ces sandales, ils ri'ont rien à craindre du lion. Les forêts de l'intérieur possèdent de nombreux troupeaux de biches qui appartiennent aux genres tragelaphus {ii'tieri des Oulofs), oryx {m'bende), gazelle [keveî] et kobus [dohsa).

Les rongeurs sont représentés par deux lièvres [lepus cegfptiacus et isabelliniis) qui fréquentent de préférence les endroits sablonneux, un lapin [cuniculus senegalensis) qu'on trouve dans les mêmes parages, plusieurs espèces de porc-épic stationnées surtout en Casamance, puis une série d'écureuils tels que le sciiirus ammlatiis ou rat palmiste (qui n'est pas le vrai rat palmiste), le xerus erjthropus ou écureuil fouisseur. Enfin le Sénégal possède un respectable contingent de rats et de souris, qui font quelque tort aux cultures et aux greniers.

Les insectivores du pays sont surtout les hérissons dont il existe plusieurs espèces; nous citerons seulement Verinaceus Adansoni, qui est remarquable par l'exiguïté de sa taille, car il n'atteint pas la grosseur du poing.

Les chauves-souris sont très nombreuses et très variées, surtout en Casamance; les plus remarquables sont le xantarpia straminea ou tonga des Ouolofs, qui est abondant à Saint- Louis et atteint jusqu'à i6 centimètres de long et 65 centimètres d'envergure, le rhinolophus fumigattis, tout petit avec de grandes ailes grisâtres, enfin de nombreuses espèces que les Ouolofs appellent indistinctement dioiigoiip.

Les édentés possèdent au Sénégal deux représentantscurieux, grands destructeurs de fourmis, c'est d'abord le manis ou pangolin, remarquable par sa cuirasse cornée dont les écailles se redressent quand l'animal se met en boule pour la défensive, puis Vcr/cteropiis, au corps glabre assez informe, au groin très allongé, aux oreilles dressées, à la queue longue et massive.

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