‹ Une mission au SénégalChapitre 41 sur 49 · POISSONS · texte numérisé non relu

POISSONS

Les eaux de l'Afrique occidentale sont d'une incomparable richesse au point de vue de la pêche *, les fleuves et l'Océan fourmillent de poissons aussi remarquables par leur taille que par la finesse de leur chair. Entre le cap Bojador et le cap Mirik, les bancs sont exclusivement visités par les is

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lenos ou pêcheurs canariens qui font là de merveilleuses récoltes; les meilleures stations se trouvent au sud du cap Blanc, sur les hauts fonds sablonneux de la baie du Lévrier et de la baie d'Arguin, c'est-à-dire sur une côte qui nous appartient. A diverses reprises, mais toujours en vain, Ton a signalé aux armateurs français ces bancs plus riches, moins éloignés et moins dangereux que ceux de Terre-Neuve. Les espèces dominantes sont des morues, espèces différentes de celles que Ton prend à Terre-Neuve, mais nullement inférieures : serranus papilionaceus, s. Jlmbriatus, s. fiiscus, s. œneiis, s. aciitirostris, jnora mediterranea, pliycis limbatus,ph. mediterraneiis , toutes espèces de grande taille pesant communément 7, 8 et jusqu'à 12 kilogrammes; puis ce sont des labrax ou loups, des mulets, des sargues, des daurades, des trigles, des harengs : bref, une goélette de quarante tonneaux portant seize islenos capture journellement et prépare 3. 000 kilogrammes de poissons.

Les quelques tentatives bien timides qui ont été faites sur ces bancs par les pêcheurs européens semblent avoir échoué à raison des difficultés de conservation ; il y aurait quelques essais à faire pour fixer la technique de préparation du poisson en ces parages.

Sur la côte du Sénégal, la pêche se fait encore avec une certaine activité; les indigènes de Guet N'Dar, de Gandiole sont d'excellents marins, qui chaque jour franchissent hardiment la barre avec leurs grandes pirogues à fond plat, et le marché de Saint-Louis se trouve abondamment fourni par leurs soins d'un* aliment varié, sain et peu coûteux; les pêcheurs de Dakar et de la petite côte ne sont ni moins actifs ni moins heureux; leurs captures les plus fréquentes sont : des requins comme le chien de mQV^ galeus canis ; le marteau^

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lygena maliens; le griset, notidanus cinej^eus; le poisson scie, pristis antiquoriim, puis des raies estimées et avec elles des espèces voisines, l'aigle de mer, mjliobatis aquila ; la torpille, torpédo nigra, des rhinoptères et des céphaloptères. Parmi les poissons osseux, il faut citer deux espèces de labres très estimées, la plupart des morues énumérées tout à l'heure, le mulet, etc. Il faut mentionner tout particulièrement la daurade, le splendide chrjsophrjs, si curieux avec sa bosse frontale ♦ son dos laqué de rouge et orné d'une bande bleue, son ventre d'argeht rosé et sa ligne latérale ponctuée de brun*, les indigènes en préparent des quantités énormes par une méthode bien rudimentaire : le poisson est fendu suivant la ligne ventrale, vaguement nettoyé, puis étalé au soleil jusqu'à dessiccation plus ou moins parfaite : c'est ainsi qu'on le transporte dans rintérieur et jusqu'au fond de la brousse, et les indigènes en font Tassaisonnement le plus habituel de leui couscous. Enfin les soles et les turbots sont assez communs à la côte; le hareng y passe d'avri! à septembre et les thons pendant les mois d'avril et mai.

Dans les fleuves et les marigots voisins, nous retrouvons tout d'abord, jusqu'à une grande distance de la côte, certaines espèces de l'Océan, et cela ne peut surprendre si l'on songe qu'à la saison sèche, les eaux de la mer refluent jusqu'à Richard-ToU dans le Sénégal et jusqu'à Sedhiou dans la Gasamance-, toute la tribu des requins, les labres et même les maquereaux et les soles pénètrent ainsi dans les rivières. Les eaux douces sont extrêmement peuplées et la pêche est particulièrement active à Podor, sur toute l'étendue du lac de Guier et surtout dans l'émissaire de ce dernier, la Taouey. Ge cours d'eau étroit et profond se trouve barré de place en place par des files de piquets auxquels les indigènes suspen-

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dent leurs filets; le roi des eaux douces, c'est le capitaine ou polfneinus, superbe poisson aux larges écailles, à la chair fine, qui mesure un mètre et davantage; il est très abondant sur tous les marchés du fleuve : à certaines époques, on a exporté ses écailles et sa vessie natatoire comme colle de poisson. Uhfdrocjon forskalii rappelle un peu le brochet par sa tête allongée, par son museau largement fendu, par ses dents redoutables, et les Européens lui donnent souvent ce nom ; la chair en est assez fine, mais toute remplie d'arêtes, ce que les noirs expliquent de la façon suivante : certain jour, le brochet entreprit un long voyage, et chaque poisson de lui donner ses commissions ; pour éviter tout oubli, chacun lui confia en même temps une arête; mais le brochet fut fait prisonnier en chemin et toutes les arêtes lui restèrent. Les marécages, les marigots vaseux et sans courants, abritent une faune très spéciale : ce sont d'abord les periophthalmes ou poissons sauteurs qui fourmillent particulièrement à Sohr et à Leybar; leurs yeux sont très saillantset mobiles, leurs nageoires pectorales affectent l'aspect de pattes et leur permettent de sauter, de ramper voire même de grimper sur les branches obliques des palétuviers. Les Siluridés sont des poissons privés d'écaillés et pourvus de barbillons autour de la bouche; leur nuque est souvent armée d'unrobuste aiguillon; on peut citer dans ce groupe schilbe senegallus^ bagmis Adansom,b. bayad, b. nigritay b. maurus^ pimelodus occidentalisa clarias senegalensis^ heterobranchus senegalensis , enfin le malapteriirus electriciis qui produit de violentes commotions électriques. Toujours dans les mêmes marais, on rencontre \q protopterus annectans, l'un des trois dipneustes qui sont venus jusqu'à notre époque comme une relique de la faune triasique. Cette anguille bizarre dont les

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nageoires ont la forme d'un bras, vit cachée dans la vase et n'en sort guère que pour sa chasse nocturne; quand vient la saison sèche, elle s'enfonce en des trous profonds au pied des berges : là elle se fabrique avec du mucus un véritable cocon, gros comme les deux poings, et elle s'y engourdit enroulée sur elle-même; pendant son sommeil estival, les branchies ne lui sont plus d'aucun usage puisque l'eau s'est retirée; mais il se produit à ce moment une véritable respiration aérienne dans la vessie natatoire; celle-ci fonctionne comme un poumon et l'animal se comporte comme un vertébré aérien.

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