‹ Une mission au SénégalChapitre 7 sur 49 · PI. V · texte numérisé non relu

PI. V

OUOLOFS

A. Bournas, clessinateur.

I. Chapeau en paille. — 2. 3. Porte-monnaie en cuir. — 4. Collier de cheval. — 5. 6. 7. 8. Harpons de pêche. — g. 10. Rasoirs. — 11. Gaine à rasoir. — 12. Poignard. — l'i. Détail d'un dessin sur cuir. — 14. Babouche.

OUOLOFS

PL YI.

A. Bourutts. dessinateur.

I. 2. Sabres à fourreaux en cuir. — 3. 4. 5. 6. Poignards divers.

PI. YIL

•^ "i "rJî ^^th

A. Bonrnas, dessinateur.

POTERIES.— r. 2. 3. 4. Gargoulettes diverses.— 5. ô. Pipes.— -j. Figurines en terre. — S. g. Gargoulettes. — 10. C7;/^r/. — 11, 12. i3. Pofs <3 tabac. — 14. Marmite à couscous. — i5. 16. Marmites.

OUOLOFS

PI. YIII.

A. Boiirnas, (lessinntenr.

INSTRUMENTS D'AGRICULTURE. — i. Daba. i. Fer de Data

(au i/5). — 3. Fer d'hilaire (au i/5). — 4. Hilaire. - 5. Couteau. — 6. Hache. — 7. Ouarango. — 8. Vrenglie [^éThro). — 9. Khandor (Sérèrej.

Histoire. — Les Sérères sont avec les Ouolofs les plus anciens du Sénégal. D'après Pinet-Laprade, ils seraient originaires de la région de Kabou dans la haute Casamance et appartiendraient au même groupe que les Diolas avec lesquels ils présentent d'ailleurs beaucoup de ressemblances; chassés de leur pays, il y a trois ou quatre siècles, par les Mandingues et les Peuls, ils ont traversé la Gambie et sont venus s'établir dans la contrée qu'ils occupent aujourd'hui et qui n'était alors qu'une vaste solitude couverte d'épaisses forêts. Leurs légendes ont conservé le souvenir de cette migration, mais l'attribuent à des querelles intestines : mécontents d'un prince que le droit de succession appelait au trône, ils se révoltèrent contre lui et se déclarèrent partisans de son frère; vaincus, ils durent se retirer

i38 LES RACES DU SÉNÉGAL.

pour échapper à une guerre d'extermination et vinrent s'installer sur la côte de Sénégambie.

Les Sérères se subdivisent en de nombreuses tribus dont les groupements ont souvent changé, mais que l'on peut ramener à deux grandes fractions : les None dans la partie nord-ouest du pays et les Sine, Barbacins des anciens auteurs Portugais dans tout le reste du territoire. Les deux dialectes sont différents.

La plupart sont fétichistes; au voisinage des missions un certain nombre sont devenus catholiques, il n'y a pas de musulmans.

Caractères physiques. — Se rapprochent de ceux des populations de la Casamance, le type est dur et grossier, loin d'avoir la finesse du Ouolof. Nez très épaté, incisives souvent obliques, parfois repoussées en avant, teint moins coloré que chez les Ouolofs, face plus aplatie, lèvres plus grosses. Grands et vigoureux, sont bien musclés et bien proportionnés, les membres inférieurs sont grêles comme chez la plupart des Sénégalais, les voûtes plantaires sont presque complètement effacées.

Pas de tatouages de race, les femmes ne colorent pas leurs lèvres, mais portent sur le ventre des tatouages à dessins variés que l'on fait à l'époque de la puberté au moyen d'une pointe métallique humectée de suc de da?^cassou (pomme d'acajou) ; il en résulte des cicatrices chéloïdiennes formant des figures à losanges ou étoiles plus ou moins compliquées suivant le talent de l'artiste.

Costume. — Au contact des Ouolofs les Sérères ont pris lepantaloUj /owZ'^-mais dans l'intérieur, ils ne portent que le guemba; les femmes ont un pagne court qui ne dépasse guère les genoux, parfois elles en portent un autre sur les

SÉRÈRES. i39

épaules, mais vont le plus souvent le torse complètement nu. Coiffure. — Les hommes portent des nattes jusqu'au

Ph. Xoal et ioriier.

Sérère.

mariage, ensuite ils ont la tête rasée*, ces nattes sont des plus simples, une douzaine de chaque côté venant se joindre sous le menton et une médiane derrière la nuque.

Les femmes portent de petites mèches roulées comme les Ouolofes, mais occupant toute la chevelure et ne formant pas des nattes aplaties de chaque côté de l'oreille; audessus de la nuque sont attachées une ou deux chaînettes de verroterie et de pièces de monnaie longues de 20 à 25 centimètres qui retombent dans le dos; une chaînette de même genre est souvent attachée en avant et vient sur le front et le nez.

Les hommes et les femmes laissent les poils dans les différentes régions.

Les ornements sont peu variés et peu riches, les Sérères ne possèdent de b\joux ni en or, ni en argent, ils étaient d'ailleurs, absolument interdits par les chefs ouolofs et rigoureusement confisqués. Leurs bijoux sont en cuivre ou en fer; ils portent aux oreilles des anneaux grossiers de I à 2 centimètres de diamètre; ces anneaux passent dans le même trou du lobule et ne s'étagent pas en taisant le tour du pavillon comme les boucles d'oreilles des Ouolofes; les bagues et les bracelets sont de même métal, quelquefois de verroterie. Autour du cou ils ont plusieurs rangs de colliers de perles, de verroterie, de corail, entremêlés de coquillages et de pièces de monnaie, parfois même de boutons de porcelaine; les colliers de coraux sont d'un assez grand prix, les hommes les portent au cou et les femmes autour des reins, ils constituent les bijoux de famille et se transmettent par héritage; un Sérère ne s'en dessaisit qu'à la dernière extrémité, par exemple en cas de famine, et encore il ne fait que les mettre en gage.

Les gris-gris sont peu nombreux et des plus grossiers : cornes de bœuf, de biche, de bélier qui contiennent des graines de cotonnier, des cheveux et des matières plus

SÉRÈRES.

Viles encore, la dent de sanglier est très recherchée; ils portent aussi des sachets renfermant de la cendre de

Ph, Xoal et Fortier.

Jeune fille sérère.

certaines plantes qui jouissent de vertus me'dicinales. Habitations. — Les cases se'rères sont des'paillottes ron-

des comme celles des Ouolofs et disposées par carrés; les villages sont très malpropres, mal tenus et n'ont pas de défense; il y a quelques années, pour échapper plus facilement aux incursions de leurs voisins, les Sérères adossaient leurs villages à la forêt et chaque case avait trois issues pour permettre la fuite en cas d'attaque.

Mœurs. Coutumes. — Les Sérères sont d'un niveau intellectuel inférieur aux Ouolofs, ce sont en outre des ivrognes incorrigibles et leur penchant pour l'alcool n'est certes point fait pour relever leur état moral et social. Ils sont de mœurs douces, très attachés à leur sol, ne songeant point à faire la guerre et ne s'occupant que de leurs troupeaux et de leurs cultures.

Les Sérères ont fait tous leurs efforts pour s'opposer à la pénétration de leur pays non seulement par les Européens, mais même par les autres Noirs; au contact des Ouolofs dans le nord et des Mandingues dans le sud ils ont pu donner lieu à quelques mélanges et modifier un peu leurs coutumes, mais la plupart des tribus sont restées pures et exemptes de tout métissage, None, Noute, Safine, Falore... ; ils y veillent d'ailleurs soigneusement et ne se marient que dans la même tribu, souvent la même famille. Ils se déplacent difficilement et ne dépassent guère les escales où ils vont vendre leurs arachides; ceux qui s'éloignent sont mal considérés, on les accuse d'avoir contracté union avec des étrangères, parfois on leur refuse la sépulture. Très réservés quand ils reçoivent des étrangers même des Sérères d'une autre tribu, ils ne les laissent pas pénétrer dans leurs cases et les installent sur la place publique; après leur départ ils brisent les ustensiles qui ont renfermé leurs aliments. Dans le pays ouolofon trouve parfois des Sérères facilement reconnais-

SERERES.

sables à leur nom de familles, Dione, Fane, Sine, Sène, etc.. Ce sont des Nones qui, à la suite de razzias, ont été en-

Ph. Xoal et i'oi-cie

Jeune fille sérère.

levés dans leur jeune âge et emmenés en captivité; jamais des Sérères ne se déplaceraient volontairement pour aller vivre en pays étranger.

Religion. — Les Sérères croient à l'existence d'un être invisible, maître de toutes choses, qui habite le ciel au-dessus des nuages et qui voit avec satisfaction les hommes pratiquer le bien; ils le désignent du même nom que le ciel, rog sérère, koch none. Ils croient surtout aux esprits, mammam, et ne s'adressent jamais à Dieu; ces esprits sont très nombreux, il y a le génie de la forêt, des champs, de la fontaine, du village, de la case, etc.. Ils résident volontiers dans certains arbres comme le baobab; pour se les rendre favorables on fait au pied des arbres ou sur des pierres consacrées des libations de lait ou d'eau coupée de farine de mil et parfois des sacrifices d'animaux, les prémices de la récolte leur sont toujours offertes.

Les Sérères croient à une vie future et à la métempsycose, aussi quand l'un d'eux vient de mourir, ils examinent aussitôt le ciel et, s'ils voient voler un oiseau, ils sont pleins de joie, car ils pensent que l'âme du défunt est entrée dans son corps.

Très superstitieux, les Sérères ont une grande peur des sorciers, ils admettent peu la mort naturelle et la rapportent le plus souvent à un mauvais sort : l'âme a été mangée, son enveloppe restant intacte pour sauver les apparences. A chaque mort un voyant, gisanekal, recherche le mangeur d'âme, le plus souvent il a recours au poison comme les Balantes ou les Diolas, quelquefois à Pépreuve du feu : un fer rouge est posé sur la langue de l'accusé, s'il fait une brûlure profonde, l'accusé est coupable. Les sorciers étaient autrefois cruellement punis, roués de coups et parfois mis à mort; ces mesures barbares ayant été supprimées depuis notre arrivée, les Sérères prétendent que les sorciers, sûrs de l'impunité, multiplient leurs mé-

SERERES. 14^

faits et que les décès augmentent, ils accusent les missionnaires de les favoriser parce qu'ils essaient de les faire renoncer à leurs gris-gris.

Accouchement . — Se fait dans la case, en présence de vieilles matrones, aucun homme ne peut y assister. Dans les cas difficiles on a recours à quelque marabout qui fait des prières, donne des gris-gris, des tisanes, crache sur le ventre, etc.

Le premier enfant doit naître dans le village d'origine de sa mère, celle-ci d'ailleurs habite presque toujours chez ses parents dans la première année de mariage. Cette naissance est l'occasion de réjouissances, on boit et on tue une chèvre ou un mouton; on fête de la même façon la naissance de jumeaux.

Le baptême se fait le septième jour, comme chez les musulmans, il ne donne lieu à aucune cérémonie particulière.

La circoncision n'existe que chez les garçons. Elle est pratiquée de dix à quinze ans, sur un mortier à couscous, par un Sérère quelconque assez habile. Le pansement est fait avec de la poudre de bois et la verge est soutenue par une compresse qui la coiffe comme un bonnet et est retenue par une ficelle placée en ceinture autour des reins; le prépuce excisé est remis à son propriétaire, amarré dans un morceau de boubou et caché dans un coin de la case, c'est un porte-bonheur. Les circoncis sont ensuite séquestrés sous un abri en dehors du village, ils ne peuvent sortir, le premier venu qui les rencontrerait aurait le droit de les rouer de coups; les parents doivent pourvoir à leurs besoins, on les nourrit bien et abondamment, on les gave de façon à leur donner une belle mine. Quand la guérison

est complète, on commence la fête, les circoncis quittent leur abri, le brûlent et vont dans les villages danser et voler; ils sont couverts de colliers de verroterie, portent sur la tête un casque en paille orné de grains rouges et de pendeloques faites de bouts de roseaux, on tire des coups de fusil et on boit, souvent dans les familles aisées le père tue un bœuf en l'honneur de son fils. L'opérateur ne reçoit pas de salaire fixe, seulement quelques cadeaux, parfois on l'aide pour cultiver ses champs ou confectionner sa case.

Circoncision n'est pas pratiquée chez la femme.

Mariage. — Les mariages se font dans la même tribu, souvent la même famille; aussi les Sérères ne se mélangentils pas non seulement d'une tribu à une autre, mais même entre familles. Cette coutume explique aussi que les conjoints sont presque toujours parents, quelquefois à un degré très rapproché, l'inceste est fréquent et nullement interdit.

La polygamie est de règle, il est rare que le nombre de femmes dépasse trois ou quatre. Une jeune fille peut être fiancée dès sa plus tendre enfance, le mariage a lieu quand elle atteint la puberté, la dot est généralement d'une génisse ou d'un bœuf; pendant toute la période d'attente, le fiancé doit chaque année aider le père de la jeune fille dans le travail des champs, après la récolte de mil il doit aussi lui offrir quelque calebasses àtdolo (i) que l'on boit en commun. Le mariage est l'occasion de grandes réjouissances; on tue des bœufs, des moutons, le jeune homme reçoit des cadeaux; pendant huit jours on bat le tam-tam, on boit et on tire des

(i) Boisson faite avec du mil fermenté.

SÉRÈRES. 147

coups de fusil; la femme n'est à son mari que le huitième jour, il n'y a pas exhibition de pagne.

Comme chez les musulmans, la première femme a autorité sur les autres et s'appelle awa; elles habitent toutes le même carré, mais occupent des cases distinctes avec leurs enfants, le mari a également son logement à part.

Chez certaines tribus, la demande en mariage est précédée d'une tentative de rapt; aidé de ses amis, le jeune homme surprend la jeune fille en dehors de sa case, il l'emmène dans son village et l'y garde plusieurs jours, la demande est ensuite adressée aux parents; si elle est repoussée, on est obligé de rendre la jeune fille.

Les Sérères sont peu jaloux et acceptent très bien l'adultère; le jeune frère peut partager les faveurs de la femme de son aîné, mais la réciproque n'existe pas.

Funérailles. — Aussitôt après la mort le corps est soigneusement lavé, couvert d'huile ou de beurre et enveloppé de pagnes, les femmes poussent des cris et des gémissem.ents, on tire des coups de fusil, les griots chantent les louanges du défunt, deux ou trois anciens de la famille prononcent des discours, puis tous vont successivement faire leurs adieux au décédé et lui parler à l'oreille. L'enterrement a lieu le jour même du décès, la fosse est creusée en dehors du village et orientée vers l'est, le lit du défunt est déposé dans le fond et le corps couché par-dessus; elle est couverte avec des branchages et des nattes, au-dessus on place la toiture de la case que l'on recouvre ensuite de terre ou de coquillages, la transformant en véritable tumulus, tout autour on ménage une rigole pour l'écoulement des eaux. Aux pieds du mort on place quelquefois sa pipe, son tabac, de l'eau et un peu de couscous, auprès de la tombe on plante un pi^

quet auquel sont suspendus son arc et ses flèches; quant au fusil il repose dans la case pendant quelques semaines et revient ensuite aux enfants. Les griots ne sont pas enterrés, on les jette dans un baobab creux, enveloppés de pagnes, et avec le même cérémonial que pour les autres Sérères.

Après l'enterrement, les véritables réjouissances commencent et durent parfois une dizaine de jours tant qu'il reste de la viande à manger et de l'alcool à boire, c'est l'héritage qui fait les frais des funérailles et il y passe souvent tout entier. Les amis viennent des villages voisins et font présent à la famille de quelques bouteilles d'alcool ou de vin de palme; dès leur arrivée, ils tirent un coup de fusil en l'honneur du décédé et on boit aussitôt.

Après le décès de son mari, la femme revient au frère, à défaut au plus proche parent; ils ont le droit de la refuser, mais le fait est rare et quand cela arrive, elle ne peut contracter d'autre union, elle continue à habiter le même carré; lanuit, elle peutrecevoir des amis, quelquefois même ils lui sont choisis par la famille, mais les enfants qu'elle met au monde portent le nom de l'époux décédé; ils ont les mêmes droits que les autres et peuvent réclamer au même titre leur part d'héritage.

Organisation sociale. — Sauf dans le Sine où les Sérères étaient gouvernés par un roi de leur race, le bour Sine, le pouvoir a été pendant longtemps entre les mains des Ouolofs teigne du Baol, bour du Saloum, damel du Cayor; les provinces dites autonomes comme celle des Diolas étaient également sous la dépendance absolue des Ouolofs et n'en ont été affranchies que récemment; aujourd'hui les différentes provinces sérères sont administrées sous le

SÉRÈRES. 149

contrôle de l'autorité française par des chefs supérieurs nommés par le gouvernement et qui sont assistés d'un résident européen; les exactions d'autrefois ne sont plus possibles, les Sérères peuvent faire leurs cultures en toute tranquillité et jouir de leurs biens; leur pays, si fermé il y a quelques années, fait aujourd'hui partout bon accueil à l'autorité française.

Les Sérères n'ont pour ainsi dire pas de castes nobles, de même ils n'ont pas de castes inférieures comme par exemple les artisans des populations musulmanes; les griots seuls restent à part et ne peuvent sMnir avec les autres. Les notables s'appellent lamanes;'ûs, constituent la classe aisée et sont seuls propriétaires du sol qu'ils se transmettent de père en fils et prêtent ou louent aux autres indigènes; c'est parmi eux que Ton choisit les chefs de villages. Les Sérères n'ont pas de captifs, de même ils n'ont pas de chevaux, les chefs ouolofs le leur avaient interdit autrefois, défendant également les anneaux et les bracelets d'argent.

La famille est assez mal organisée, le père a une autorité très relative, la mère n'est jamais consultée; le rôle de la femme est d'ailleurs des plus effacé; elle fait presque toute la culture et les gros travaux, c'est une bête de somme sans grande considération. L'oncle maternel a plus d'autorité sur les enfants que le père (1). Souvent les enfants sont confiés à un proche qui est chargé de leur éducation jusqu'à douze ou treize ans pour les filles, quatorze ou quinze pour les garçons.

(i) Cette coutume n'est point particulière aux Sérères et se retrouve, quoique atténuée, chez toutes les populations du Sénégal et du Soudan, elle existe même chez les Juifs et paraît être d'origine toute orientale, comme la pratique de la circoncision.

i5o LES RACES DU SENEGAL.

Commerce. — Le pays des Sérères a pris un grand développement depuis que les cultures y sont favorisées et que les indigènes peuvent s'y livrer en toute sécurité.

Les cultures les plus répandues sont le mil et les arachides; les arachides ont donné l'an dernier plus de 12.000 tonnes, ce chiffre ne fera qu'augmenter. Le maïs, le manioc, les niébés sont également cultivés, mais ne servent, comme le mil, qu'à la consommation locale.

Les troupeaux sont nombreux chez les Sérères, ils ont beaucoup souffert de Tépizootie de 92, mais commencent à se reconstituer et viennent en seconde ligne après ceux des Peuls. Dans tous les villages on trouve des moutons, des chèvres; pas de chevaux, mais beaucoup de bourricots.

Le pays fournit aussi au commerce un certain nombre d'oiseaux empaillés; Foundioune en a fait l'an dernier pour 35.000 francs.

L'industrie est réduite à sa plus simple expression, les artisans sont en très petit nombre et le plus souvent ce sont des étrangers, les cordonniers et les forgerons par exemple sont presque tous Ouolofs ou Mandingues suivant la région. Les forgerons font les instruments aratoires : hilaire et daba à manches courts que l'on appelle vrenghé et khandor.

Les tisserands ne constituent pas une catégorie d'artisans à part, car presque tous les Sérères savent tisser, les femmes préparent le coton et les hommes font marcher le métier.

Sur la côte ils font un peu de vannerie, ils fabriquent aussi des cordes et des filets avec l'écorce de baobab.

La poterie est faite par les femmes des griots, elles pétrissent l'argile, la façonnent, la sèchent au soleil et cuisent leurs ustensiles dans de grands fours remplis de paille humide; la cuisson dure toute une journée.

ÂSAMmi

La Gasamance a subi pendant de longues années l'influence portugaise; les négriers portugais sillonnaient la rivière dès le xvi° siècle pour s'approvisionner en esclaves; leur genre de commerce les obligeait à se déplacer fréquemment et à fortifier leurs comptoirs, mais ils ne pouvaient guère s'éloigner des escales établies en rivière et ont peu pénétré dans l'intérieur du pays. A Garabane et surtout à Zighinchor où ils avaient des établissements importants, ils ont au contraire laissé des traces profondes : la langue courante, est encore une sorte de créole portugais, la plupart des Diolas ou des Baniounkas qui habitent ces points sont plus ou moins mêlés de sang portugais et leurs noms patronymiques ne le cèdent parfois en rien à ceux des plus nobles familles de Lisbonne.

La première terre cédée à la France fut l'île de Djogué en 1828, les premiers points occupés furent Garabane, Guimbering et Sedhiou, peu à peu l'influence française

i52 LES RACES DU SENEGAL.

prédomina dans toute la rivière et en 1886 le Portugal nous céda le poste de Zighinchor et tous les droits qui lui restaient en Casamance.

Selon toute probabilité les premiers occupants du pays ont été les Diolas et les Baniounkas venus de l'est en même temps que les Sérères; les Balantes, refoulés de la Guinée portugaise, sont arrivés ensuite. L'invasion, mandingue est plus récente et n'a pas eu le temps d'aller bien loin dans la basse Casamance; notre intervention a sauvé les Balantes d'une ruine presque certaine. Quant aux Baniounkas, beaucoup plus souples, ils avaient commencé à se soumettre entièrement à leurs vainqueurs et n'auraient pas tardé à se fondre avec eux; les Diolas, plus éloignés et à l'abri dans leurs îles ou au milieu de leurs marigots, ont peu souffert des invasions ; les Fogny seuls se sont trouvés en butte aux incursions des pillards mandingues et balantes.

Les Sérères, les Diolas, les Baniounkas et même les Balantes présentent de nombreux points communs dans les moeurs et dans les coutumes, la crâniométrie établit en outre des relations qui viennent à l'appui des premières et permettent de faire rentrer ces races dans le même groupe ethnique. Durant un voyage à la Côte d'Ivoire (mission Braulot dans le Baoulé et la région de Kong, 1896) nous avons eu l'occasion d'observer les populations achantis de la côte et du Baoulé; ces dernières, plus spécialement désignées sous le nom de « bushmen », présentent la plupart des caractères communs au groupe diolasérère : mêmes pratiques fétichistes, même amour du sol, même penchant pour l'alcool, même désorganisation de la famille et de la société, le cérémonial des funérailles

CASAMANCE. i53

diffère peu, les uns comme les autres n'admettent pas la mort naturelle et pratiquent l'épreuve du poison; les tatouages des femmes et la taille des dents se retrouvent chez les Achantis, les légendes même présentent des rapports et les Baoulés rapportent leur migration à une femme nommée Aoua-Pokou comme les Diolas à une cheffesse nommiée Aguène. Une étude approfondie avec renseignements anthropométriques précis permettrait de résoudre cette question et ferait peut-être rentrer dans le même groupe achanti ces populations aujourd'hui disséminées, perdues au milieu des Peuls ou des Mandés et qui, voisines du littoral, forment une longue traînée depuis le Sénégal jusqu'au Dahomey.

DIOLAS

Histoire. — Les Diolas ne sont pas originaires de la basse Casamance-, d'après leurs traditions, ils auraient avec les Sérères un ancêtre commun et viendraient, comme ceux-ci, de la région de Kabou dans la haute Gambie; à la suite de querelles intestines et plus probablement des invasions peule et mandingue, ils auraient quitté leur pays et se seraient séparés, les Sérères venant s'installer dans le bassin du Saloum et les Diolas sous la conduite d'une cheffesse nommée Aguène dans la vallée de la basse Casamance, tout auprès de son embouchure. Depuis leur migration, les Diolas ont été souvent bouleversés par les guerres, par les incursions de voisins plus belliqueux qui venaient les piller ou leur prendre des captifs ; ils ont perdu toute cohésion nationale et se sont divisés en nombreux groupes complètement distincts, ayant souvent des dialectes propres, fréquemment en guerre, cantonnés dans leurs îles ou séparés par quelques bras de mer ou de rivière.

Les plus importants de ces groupes sont les Carones et les Bliss au nord de Carabane, les Diamates sur la rive

CASAMANCE. i55

droite de la Casamance du marigot de Dyebali à celui de Bignona, les Fogny de Bignona au Songrogou; sur la rive gauche les Cassa au sud de Carabane, les Floups dans la région de Zighinchor, les Bayottes au sud du même côté.

Les différents dialectes diolas ont entre eux beaucoup de rapports, mais sont complètement différents des langues voisines, on retrouve cependant quelques racines communes avec le sérère.

La religion est un fétichisme qui se rapproche beaucoup de celui des Sérères et des peuplades du golfe de Guinée Achantis, Agnis, etc.. L'islamisme n'a pas encore pu faire d'adeptes chez les Diolas malgré la propagande effrénée des Ouolofs et de quelques Toucouleurs. Les missions ont mieux réussi, la jeunesse de Carabane et de Zighinchor fréquente volontiers leurs écoles et les familles catholiques régulièrement constituées sont déjà assez nombreuses dans ces deux centres.

Caractères physiques. — Les Diolas sont de taille moyenne, plus petits que les noirs du Sénégal; leur face est arrondie, ils ont le front bas, le nez épaté et large, les lèvres épaisses, les traits généralement grossiers; quand ils sont jeunes et pas encore abrutis par l'alcool, leur physionomie est parfois fort éveillée et ne manque pas d'intelligence. Leur teint est moins foncé que celui des Ouolofs ou des Mandingues. Ils ont les dents taillées en pointe jusqu'aux molaires; l'opération se fait vers douze ou quatorze ans avec un morceau de fer servant de ciseau à froid et un marteau; parfois les deux incisives sont seules taillées du côté interne, formant un vide losangique en haut et en bas.

i56 LES RACES DU SÉNÉGAL.

Les femmes ont la tête rasée ou les cheveux courts; la coiffure des hommes est très variable, parfois ils ont les cheveux nattés ou en broussaille, parfois le crâne est rasé, sauf au sommet de la tête où est laissé un cercle intact; un peigne grossier en bois ou en ivoire est enfoncé dans la chevelure. Les sourcils sont rasés ou arrachés, les poils sont laissés dans toutes les autres régions; les Fogny ont la barbe tressée en pointe.

Pas de tatouages de race, les femmes ne colorent pas leurs lèvres, dans le Fogny elles ont sur le ventre des cicatrices laites avec la pointe d'un couteau comme chez les Balantes.

Costume. — Les Diolas vont à peu près nus et se contentent le plus souvent d'une bandelette qui passe entre les jambes. Les femmes ont un pagne court qu'elles portent roulé jusqu'à sa moitié; quand la première partie est usée, généralement au bout d'un an, elles le retournent et utilisent la deuxième qui dure encore une année.

Les Diolas n'ont pas de coiffure, mais à l'occasion de différentes fêtes funérailles, circoncision, etc. ; ils portent, un bonnet de toile ou de paille tressée, à deux pointes, avec des pattes formant cache-oreilles et une ficelle en guise de jugulaire. D'avant en arrière est attachée sur le milieu une bande de peau de bouc à longs poils qui fait crinière; les chefs et les gens influents ont ces bonnets complètement rouges.

Peu de bijoux, bracelets grossiers en fer ou en cuivre, comme boucles d'oreilles un ou deux anneaux également en cuivre, quelquefois en argent, suspendus aux lobules; les femmes portent en ceinture plusieurs rangs de boules de

GASAMANCE. iS;

verres, de perles, de corail; quand elles sont enceintes, la verroterie est remplacée par des fruits de roseau autour de la taille.

Pas de gris-gris excepté dans les centres où les musulmans leur en écoulent quelques-uns contre bon prix.

Habitations. — Très différentes dans le Fogny et la basse Casamance. Les cases de la côte sont de grandes constructions en pisé rectangulaires, à angles parfois arrondis, divisées en sept ou huit compartiments, servant les uns de salles de réunion, les autres de greniers à riz ou de chambres à coucher, véritables fermes normandes où trouve place une famille entière et où viennent se reposer tous les bras qui cultivent les mêmes rizières. Ces constructions, très,solides, résistant aux intempéries pendant de longues années, présentent une ornementation tout orientale avec des colonnades superposées, des arcades en ogive difficilement attribuables à une population aussi primitive; la plupart sont plafonnées en argile de façon à ne pas redouter l'incendie, quelques-unes sont à étage avec escalier tournant en terre à l'intérieur; les portes sont faites avec des cloisons de tronc de fromager; les fenêtres, parfois en saillie, sont garanties par des barreaux en bois et des volets intérieurs. Souvent la construction n'est pas aussi complète, l'entrée sert de vestibule et de salle de réunion et donne sur une cour intérieure circulaire autour de laquelle viennent se ranger les différentes cases de la famille.

Les avis sont très partagés sur l'origine de ces cases, quelques-uns ont supposé que les Diolas avaient été en rapport avec les races soudaniennes du moyen Niger et avaient appris auprès d'elles l'architecture que l'on retrouve encore

à Djenné et à Tombouctou; c'est peu admissible, le style souraï d'ailleurs est très différent; d'autres (D^ Colin, père Sébire) se sont demandés s'il ne faudrait pas voir là la trace laissée parles Phéniciens qui, bien avant notre ère, avaient doublé les colonnes d'Hercule, visité les Canaries et pénétré probablement jusqu'au golfe de Guinée; le plus

Ph, Tranchant.

Case diola.

grand nombre, avec Reclus, attribuent ces constructions à l'influence portugaise qui se faisait sentir sur la côte dès le XV® siècle.

Les cases du Fogny sont complètement différentes, également en pisé mais petites, circulaires, sans cloisonnement intérieur, à moitié enterrées sous le sol, ni aérées, ni éclairées, avec des ouvertures étroites et basses, couvertes de

CASAMANCE. i5g

feuilles de latanier; quelquefois elles sont placées au milieu de plusieurs enceintes circulaires faites de pieux juxtaposés et dont les ouvertures sont diamétralement opposées. D'une malpropreté repoussante, servant de cuisine en même temps que de chambre à coucher, à moitié enfumées; ce sont de véritables bouges où se plaisent les Fogny; quand ils rentrent de leurs rizières ou de la forêt, ils se couchent dans leurs cases et n'aiment pas en sortir; souvent ils passent à travers la paroi un tube de bambou qui leur sert d'urinoir, les femmes se servent d'un plan déclive aboutissant à un trou extérieur.

Ces cases basses disparaissant à moitié sous le sol et bien faites en somme pour la défense se trouvent surtout dans les régions du Fogny qui étaient le plus exposées aux incursions des Mandingues; il est possible que ce soient des considérations de sécurité qui aient fait dans ces régions modifier le type des constructions diolas et donné aux habitants l'habitude de se terrer et de vivre dans des réduits malpropres.

Les cases de Carabane tiennent des cases diolas' et des ouolofes, elles sont rectangulaires et à plusieurs compartiments, les parois sont en branchages de mangliers tressés avec revêtement d'argile intima et extra.

Mœurs. Coutumes. — Les Diolas se rapprochent beaucoup des Sérères, même amour du sol et des cultures, même penchant pour l'ivrognerie, mêmes croyances fétichistes. Leur infériorité intellectuelle a été très exagérée et n'existe en réalité que chez les tribus les plus reculées comme les Fogny toujours en butte aux attaques de leurs voisins, adonnés à l'alcool et peu pénétrés. Les résultats obtenus

i6o LES RACES DU SENEGAL.

parles missions, la façon dont les Diolas font des constructions et des cultures qui certainement leur viennent de l'extérieur prouvent au contraire qu'ils ont une grande puissance d'assimilation, qu'ils savent profiter et sont susceptibles de progrès. La basse Casamance ne donnera pas de re'sultats inférieurs au pays sérère ou au pays ouolof quand elle sera organisée et de la même façon dans la main des administrateurs.

Les Diolas sont fétichistes et ont jusqu'à présent repoussé toutes les tentatives faite par les musulmans ouolofs ou toucouleurs qui habitent la Casamance; au voisinage des missions quelques-uns se sontfaits catholiques, depuis longtemps d'ailleurs ils subissent l'influence de notre religion et les Portugais bien avant nous ont essayé de les convertir. Ils croient à un être suprême, souverain maître de l'univers qui récompense le bien et le mal; mais ce Dieu souverain, disent- ils, s'occupe surtout des blancs; il a sous ses ordres des divinités secondaires, les fétiches, auxquels il confie plus spécialement les Diolas; aussi ne s'adressent-ils jamais à Dieu qui n'a pas le temps de les entendre, mais seulement aux fétiches.

Ces fétiches, comparables aux dieux lares des Romains, sont très nombreux, chaque case a le sien; en outre, dans chaque village, il y a celui des hommes, des femmes, des jeunes gens; des sacrificateurs spéciaux sont commis à leur service et servent d'intermédiaires; ce sont ceux des femmes qui jouent le rôle le plus important; quelquefois ils ont la forme de statue, souvent ce sont des objets informes ramassés dans une marmite ou un morceau de pagne, ils sont cachés avec soin et ne sortent que dans de graves circonstances; le fétiche de Carabane n'est sorti qu'une fois en

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dix ans dans le milieu de la nuit pour être insulté et battu en public parce qu'il n'avait pas protégé le village contre un incendie ; généralement ils sont dans des bosquets consacrés qui servent de lieu de.réunion; parfois on les abrite sous une paillotte ou sous une case en pisé; leur autel est représenté par quelques récipients en terre placés au pied d'un arbre, on leur offre du vin de palme ou on les arrose de sang d'animaux, porcs ou chèvres; les Bayottes restés plus sauvages leur offrent le cœur, le foie et les entrailles des ennemis qu'ils ont tués à la guerre ou des étrangers qui ont pénétré sur leur territoire.

On invoque les fétiches pour les récoltes, pour chasser les mauvais esprits, pour obtenir une guérison, etc. Les Diolas n'admettent ni la maladie, ni la mort naturelle. Quand ils ont un malade, ils se rassemblent sur la place du village, invoquent les fétiches, leur demandent de chasser les sorciers, de les faire périr; si la maladie continue ou si la mort se produit, nouvelle réunion; les féticheurs dénoncent les coupables, ceux-ci doivent publiquement rendre compte de leurs actes et prouver leur innocence ; s'ils ne peuvent rétablir, ils sont poursuivis par la vengeance de la famille et le plus souvent empoisonnés; dans le Fogny il y a une euphorbe qui joue un grand rôle dans ces empoisonnements ; le matin, avant la récolte du vin de palme, on va en écraser quelques feuilles au-dessus des boulines, la mort se produit rapidement après l'ingestion (i).

Ils croient à une autre vie, les bons sont admis dans un paradis, oussandione, où ils vivent heureux dans des orgies

(i) Le vin de palme est recueilli dans des calebasses allongées que l'on appelle boulines et que l'on place en haut des palmiers immédiatement au-dessous de l'incision faite à l'arbre.

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sans fin; les mauvais sont livrés à un esprit malfaisant et passent dans le corps d'animaux : hyène, caïman, serpents, etc., qui alors deviennent susceptibles de faire du mal, car ils n'admettent pas que les animaux puissent, de leur nature, être méchants. Après la mort ils tirent des coups de feu pour expédier l'âme vers le paradis; si, quelque temps après des signes quelconques leur font supposer que l'âme n'est pas encore partie, ils vont sur la tombe tirer de nouveau pour la chasser dans la bonne direction.

Ni guerriers, ni turbulents, les Diolas ne se livrent pas à des incursions chez leurs voisins, mais ils sont jaloux de leur indépendance et ne veulent pas se laisser pénétrer; il est vrai qu'ils ont été bien payés pour devenir défiants; autrefois les Portugais, ensuite les Mandingues sont venus chez eux pour s'approvisionner en captifs, aujourd'hui les Mandiagos n'y vont guère que pour faire du caoutchouc et souvent les voler; chaque année on signale chez les Bayottes ou d'autres tribus reculées quelques meurtres d'étrangers; en allant bien au fond des choses on apprend généralement que les Diolas n'ont pas eu tous les torts. D'ordinaire, quand ils ont admis quelqu'un, ils sont très hospitaliers, lui donnent le gite et la nourriture et considèrent comme un honneur de le bien traiter, c'est ainsi qu'à Carabane une grande partie de la population ouolofe vit en parasite au crochet des Diolas. Souvent en désaccord d'un village à l'autre (femme enlevée ou contestation de rizière), ils se lancent des défis et, comme les guerriers d'Homère, prennent jour pour se battre, cessent quand ils sont fatigués et reprennent ensuite; ces luttes durent des mois et parfois des années. Ils vengent le meurtre longtemps après qu'il a été commis, les haines de famille se poursuivent pendant plusieurs gêné-

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rations, véritable vendetta; le poison est l'instrument ordinaire de vengeance.

Dans la basse Casamance les Diolas ne sont généralement pas voleurs, cependant il ne serait pas prudent de trop les tenter, car ils résistent peu à une bonne occasion de rapine; dans le Fogny, probablement à cause du voisinage des Balantes, ils pratiquent volontiers le vol et sont d'autant mieux considérés qu'ils volent plus habilement. Adonnés à l'ivrognerie, ils font une grande consommation de vin de palme et d'alcool de traite; sont en général très sales, particulièrement dans la Fogny où les cases sont repoussantes de malpropreté et où ils ne lavent jamais leurs pagnes.

Les Diolas aiment les jeux et les tams-tams. Deux fois par an ont lieu de grandes luttes, en octobre et en février, après les semailles et après la récolte du riz. Les villages se lancent des défis et se transportent les uns chez les autres pour lutter; la lutte a lieu sur une grande place, les camps opposés se font vis-à-vis, on bat le tam-tam, les femmes et les enfants chantent et battent des mains; les lutteurs n'ont pour costume qu'une bandelette ou un pagne entre les jambes, avec des amandes de touloucouna (i) à moitié mâchées ils se graissent le corps ; aux chevilles, aux bras ils ont des bracelets de cauris, de verroterie .et des grelots de fer-blanc renfermant des cailloux, aux cheveux ils ont aussi des cauris, des boutons de porcelaine, des plumes d'oiseaux*, les lutteurs les plus célèbres sont annoncés par des coups de trompe, ils s'avancent en dansant, appellent l'adversaire qu'ils ont choisi et commencent la lutte. Les

(i) Touloucouna, méliacée, carapa touloucouna ou guianensis.

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vainqueurs sont acclamés, ils traversent la place en courant, toute l'assistance se précipite à leur poursuite, on les hisse sur de solides épaules et on les ramène en chantant et dansant. Ces luttes sont surtout honorifiques, autrefois les amateurs venaient avec des enjeux, porcs ou chèvres; cette coutume commence à se perdre. Chaque village a son champion entouré de prestige et de considération; un mois avant les grandes luttes on le prépare avec une nourriture substantielle et on le parque dans une case; le jour de la lutte, on va le chercher en grande pompe et on élargit à coups de hache l'ouverture de la porte pour montrer qu'il est fort et a pris de redoutables proportions. Les lutteurs restent célibataires et ne se marient que quand ils ont été battus, les gens mariés ne peuvent se battre.

Cultivateurs et éleveurs, les Diolas font de belles rizières avec des sillons de 60 à 80 centimètres de profondeur et des écluses construites dans de vieilles pirogues ; ce sont les hommes qui préparent la terre et les femmes qui repiquent le riz; au moment des cultures les villages sont complètement abandonnés pendant la journée et la famille entière se rend aux rizières, ils font deux récoltes par an. Leur riz est de bonne qualité et très estimé, ils ont toujours en réserve plusieurs années de récoltes, qu^ils conservent dans, un compartiment de la case. Le mil est cultivé en petite quantité, autour de chaque case il y a en outre de petits jardins avec tabac, tomates, manioc, etc. La propriété du sol est bien établie, transmise par héritage de père en fils, les arbres et surtout les palmiers ont aussi leurs propriétaires.

Les troupeaux ont été décimés par l'épizootie de 92 et ne se sont pas reconstitués; chèvres, porcs sont assez nom-

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breux; également les chiens dont les Diolas sont très amateurs et qu'ils offrent aussi en sacrifice à leurs fétiches.

Accouchement. — Se fait en dehors du village, les femmes ne rentrent qu'une quinzaine de jours après; quand l'ope'ration se fait mal, la patiente est conduite sur le bord d'un marigot par quelques vieilles qui se livrent à des évocations aux fétiches.

Une femme qui a ses règles doit quitter la natte conjugale et coucher à terre pendant tout le temps qu'elle reste indisposée. Une jeune fille non mariée, morte en état de grossesse, n'a pas droit aux honneurs de la sépulture et est abandonnée dans la brousse ou sur le bord de la mer. *

Circoncision. — Est pratiquée seulement chez les garçons, de dix à quinze ans, quand il y a assez d'enfants à opérer (une centaine) et quand la récolte a été belle, de façon à donner plus d'éclat à la fête. Les réjouissances préparatoires durent un mois, les enfants revêtus de leurs plus beaux pagnes parcourent les villages en chantant et dansant; huit jours avant, ce ne sont que ripailles et festins. A la date fixée les jeunes gens sont conduits en procession en dehors du village, les femmes ne doivent pas assister à l'opération et les accompagnent jusqu'à une limite déterminée; elles leur font leurs adieux au milieu des chants et des cris, car elles ne les reverront que dans un mois, après leur guérison; les hommes dansent et tirent des coups de feu et le cortège se rend auprès d'un békine (fétiche), au milieu de la brousse, l'endroit a été préparé à Tavance et est entouré d^ne clôture de feuilles de palmier. Les jeunes gens sont, déshabillés et conduits par le père et l'oncle devant l'opérateur; ils restent debout, le prépuce est saisi

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d'une main et coupé avec un couteau à lame recourbée, la plaie est régularisée par autant d'entailles qu'il est nécessaire; tout le temps de l'opération on bat le tamtam et on tire des coups de fusil, de façon à couvrir les gémissements et les cris des opérés. Un peu plus loin, à l'endroit où elles se sont arrêtées, les femmes dansent égaleoient et battent le tam-tam avec rage. La plaie est lavée avec une décoction de plantes aromatiques et pansée avec une pâte de feuilles et de cendres, le prépuce excisé est jeté dans quelque. marmite qui fait partie du fétiche. Les circoncis sont ensuite habillés d'une longue robe descendant jusqu'aux pieds et conduits sous un gourbi de feuilles de palmiers installé pour la circonstance et brûlé quand ils sont guéris; ils ne peuvent sortir, aucune femme ne doit approcher d'eux, ils sont surveillés par trois ou quatre gardiens qui chaque jour font leur pansement, les excitent à la danse et au chant. Au bout d'un miois, quand ils sont tous guéris, les circoncis font leur rentrée solennelle dans les villages, les hommes vont les chercher en tirant des coups de feu, les femmes les attendent à la limite assignée et se joignent au groupe; ils sont coiffés de casques en paille s'enfonçant jusqu'aux épaules, présentant deux étuis à hauteur des yeux, ornés de graines rouges dt surmontés de deux cornes de bœuf, une longue chevelure en filasse d'écorce de baobab leur fait suite et descend jusqu'à la ceinture; à leur pagne sont attachés des grelots et une chevelure analogue à celle du casque qui retombe jusqu'aux pieds; ils portent à la main un bâton de bois blanc de i"^,2o environ de hauteur surmonté d'un plumet tout droit fait de feuilles de palmier. Les moins fortunés n'ont pas de casque, mais portent des grelots, des clo-

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chettes, des cauris ; ils ont également un bâton blanc à la main. On tue des porcs, des chèvres, des chiens, on boit du vin de palme, la fête dure trois jours, puis les enfants rentrent dans leurs villages respectifs et réintègrent leurs foyers.

Dans le Fogny il n'y a pas de véritable circoncision, mais seulement un simulacre d'opération, cause de ripaille et de grande soûlerie. La fête est décidée par les chefs de carré réunis en secret pendant la nuit auprès d'un békine dans la brousse; huit jours avant la date fixée, les parents se réunissent au village désigné, les enfants sont habillés de pagnes faits en filasse d'écorce et ornés de morceaux d'andrinople écarlate, ils portent au cou des objets bizarres pattes et têtes de poulets, pattes de cabri, crânes de chiens, de porc, d'antilope, queue de bœuf, paille de riz, etc., qui sont comme les insignes des différentes familles et signifient leur habileté à cultiver le riz, à chasser l'antilope, leur richesse en cabris, porcs, etc. L'opération consiste en une piqûre faite avec la pointe d'un couteau' sur l'une ou l'autre cuisse à hauteur de la verge; il suffit qu'une goutte de sang paraisse, on n'en demande pas davantage; aussi, dès le lendemain, les enfants peuvent-ils reprendre leurs occupations ordinaires. Cette fête est l'occasion de véritables orgies où l'on boit force alcool et vin de palme et où l'on mange beaucoup de riz avec du porc et du chien.

Mariage. — La polygamie est autorisée , les. Diolas n'en abusent cependant pas et le plus souvent n'ont qu'une femme; il est vrai que le mariage est une union absolument passagère que l'on dissout aussi facilement qu'on la contracte. Tl n'y a pas de dot, c'est une simple occasion de réjouissance et de buverie; cependant quand un Diola a re-

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tenu une petite fille et l'a obtenue des parents, jusqu'au jour où elle peut être sa femme il doit subvenir à ses besoins, riz, pagnes, etc. ; de même il doit aux parents aide et assistance toutes les fois qu'ils s'adressent à lui soit pour leurs cultures, soit pour voler ou tirer vengeance de quelqu'un. Les conjoints ne sont nullement tenus l'un à l'autre, peuvent se quitter, se reprendre ; quand la femme veut changer, elle va en trouver un autre ; personne ne peut se plaindre, les enfants restent au père jusqu'au jour où ils peuvent eux-mêmes subvenir à leurs besoins; les séparations se font avant la récolte de riz et la nouvelle venue qui bénéficie de cette récolte ne peut partir qu'après avoir participé aux semailles suivantes. A son départ elle n'emporte que ce qu'elle possédait au moment du mariage. Funérailles. — Sont l'occasion de grandes fêtes; quand un Diola vient de mourir on le revêt de ses plus beaux pagnes et on l'expose pendant un ou deux jours sous une tente installée sur la place du village; pendant tout ce temps les hommes dansent, boivent et tirent des coups de feu, ils interrogent le mort : « N'était-il pas heureux, n'avait-il pas de jolies femmes, de bon vin de palme? etc., aurait-il eu des ennemis, l'aurait-on empoisonné? » Des discours sont prononcés qui font ressortir ses qualités, ses mérites; les femmes réunies devant la case pleurent et crient en marchant, elles avancent de 4 ou 5 mètres et reculent ensuite en cadence*, les épouses ont la figure barbouillée de boue, poussent des hurlements et se jettent à terre; dans le Fogny elles montent sur la couverture de la case, se roulent en boule et se laissent tomber de haut en bas. Avant l'enterrement le corps est placé sur un brancard et conduit pour faire ses adieux dans tous les

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endroits qu'il affectionnait, la forêt qu'il aimait 'parcourir, la rivière où il allait pêcher, les palmiers, les rizières qu'il possédait.

La tombe est creusée à côté de la case, c'est un boyau oblique terminé par une galerie horizontale sous la case elle-même. Le corps descendu au milieu du tam-tam et de la fusillade est placé au fond de la galerie sur un lit de feuilles de palmiers, la galerie est fermée par une planche et le boyau d'accès comblé avec de la terre. Les réjouissances continuent encore plusieurs jours suivant la fortune du défunt; durant trois mois les parents et les amis témoignent de leur chagrin en pleurant chaque jour le matin avant le lever du soleil, le soir après son coucher; pendant ce temps ils se nourrissent exclusivement avec des pains de farine de riz.

Pour une femme il y a moins de démonstrations, les hommes tirent quelques coups de feu et ne font pas autre chose-, ce sont les femmes qui dirigent toute la cérémonie, pleurent, chantent, interrogent la morte... Elles vont à tour de rôle lui parler à Toreille et attendent la réponse. N'en recevant aucune, elles se lancent sur la place comme folles, se jettent à terre et se roulent sur le sol, reviennent ensuite en courant et sont saisies par les autres assistantes qui les retiennent et les empêchent de tomber de nouveau. Ce défilé désordonné continue jusqu'à Tenterrement.

Organisation politique. — Les villages sont indépendants les uns des autres et souvent en guerre, l'autorité des chefs n'est pas bien grande en matière politique et nulle sur la famille. Les différents groupes ont parfois un chef sou-

verain comme chez les Bayottes ou les Floups; le roi des Floups, quand il est nommé^ ne doit plus quitter son territoire ni voir la mer. Pendant l'hivernage il lui est interdit d'aller aux rizières, on abandonne toutes celles auprès desquelles il a pu passer, il a le choix sur toutes les femmes de sa tribu. Les féticheurs sanctionnent de leur avis la nomination des chefs, dans les cas difficiles leur servent de conseillers. Les différentes charges honorifiques sont héréditaires de père en fils.

La famille est assez mal constituée; le père est en principe maître absolu dans son carré, mais les enfants échappent rapidement à son autorité dès qu'ils sont un peu grands; souvent même, quand le fils est adulte, il défie son père et tous deux vont se battre sur la place publique. Si le fils est plus fort, le père doit lui abandonner la plus grande partie de son autorité dans la direction de la maison ou les affaires politiques du village. Quant à la femme elle ne compte guère, sa situation est loin d'être stable et les séparations sont fréquentes; la femme diola a cependant de grandes qualités : elle est travailleuse et s'occupe beaucoup de son intérieur tout en fournissant la plus grande part du travail des cultures.

Pas de différences de castes, égalité sociale absolue, les artisans sont très bien considérés, les unions avec les familles de forgerons sont même particulièrement recherchées par les chefs; pas de griots. Peu d'esclaves, ils sont achetés tout jeunes et deviennent captifs de case, traités comme des membres de la famille, jouissent rapidement des mêmes privilèges, peuvent se marier avec des femmes libres, ne sont vendus qu'on cas d'absolue nécessité.

CASAMANCE. 171

Commerce. — Le riz est l'objet d'un commerce local assez important; les Diolas ne vendent jamais une récolte avant d'avoir fait la moisson suivante, souvent ils ont en magasin plusieurs années de vivres; le grain est conservé dans des greniers au milieu de la case; pour le préserver des insectes au-dessus, on fait passer de la fume'e, aussi est-il toujours noirci et a-t-il une valeur commerciale moindre que celui des Baniounkas ou des Balantes qui le vendent sitôt récolté.

Le caoutchouc est produit un peu dans toutes les régions ; du côté de Zighinchor on fait aussi de la cire et quelques palmistes.

Les Diougoutes et les Carones font de l'ostréiculture; ils cueillent des huîtres de palétuviers et les enferment dans des parcs sur le bord des marigots; quand elles sont assez grosses, ils les enlèvent des écailles, les fument et vont les vendre à Carabane ou en rivière.

Industrie. — Très rudimentaire. ht^ forgerons font surtout des instruments aratoires, la pioche est une sorte d'hilaire à manche presque droit; ils font aussi des sagaies grossières, flèches, coupe-coupe, couteaux.

Les Diolas ne travaillent pas le cuir; chez les Bayottes on fait seulement de grossiers boucliers en peau d'hippopotame. Ils travaillent le bois avec assez d'habileté et creusent dans le fromager de grandes et belles pirogues que les pêcheurs de Dakar ou de St-Louis vont souvent leur acheter. Dans leurs constructions ils simplifient les travaux de menuiserie en employant les cloisonnements de tronc de fromager qu'ils découpent et dont ils font des portes.

La poterie est fabriquée par les femmes, marmites, gargoulettes... elles font aussi de grands canaris de i mètre de hauteur qui servent de récipients à riz.

Instruments de musique : trompe faite avec une corne de hc^MÎyJlûte à trois trous en bois ou en roseau, bomboulon tam-tam à forme oblongue et allongée avec une ouverture, unique et très étroite.

BANIOUNKAS

Histoire. — Les Baniounk^s étaient autrefois les plus puissants de la Casamance, ils occupaient tout le pays des Balantes et le Pakao des Mandingues; leur principale tribu, celle des Cassa, avait pour chef Mansa et donna son nom à la rivière, sa capitale était Birkama aujourd'hui Balante au-dessus d'Adeane sur la rive gauche. Refoulés par les Balantes et envahis par les Mandingues, ils sont bien déchus de leur ancienne splendeur, n'ont plus aucune cohésion et tendent à se fondre avec les races plus fortes qui les entourent, Mandingues ou Diolas.

Ils ont une langue distincte; leurs pratiques fétichistes sont analogues à celles des Diolas.

Caractères physiques. — Même description que pour les Diolas. Incisives taillées en pointe dès la seconde .dentition*, cheveux rasés irréguUèrement avec un cercle intact au sommet de la tête; chez les femmes nattes courtes, mal entretenues.

Pas de tatouages, lèvres non colorées.

Costume. — Les hommes ont un pantalon court allant à mi-cuisses et portent sur les épaules un pagne en cotonnade du pays; les femmes ont un pagne court. Les bijoux sont en fer ou en cuivre : boucles d'oreilles, bra-

celets, etc.. Les femmes portent des ceintures de verroterie ou de perles comme les Diolas. Les gris-gris sont peu répandus et sont plutôt des ornements que des amulettes, ce sont des cornes, queues, griffes d'animaux, des pattes et des becs d'oiseaux; ils en ont au cou, parfois dans les cheveux; aux poignets ils portent souvent des bracelets en peau de biche. Les fusils sont ornés avec des cauris et des perles, toujours teints avec le sang de l'animal qu'ils ont tué.

Habitations. — Cases rondes en pisé avec plusieurs compartiments, pas de carré, une case unique par famille, pas de défense autour des villages.

A Zighinchor ou dans les autres centres baniounkas les chefs et les gens influents ont parfois des cases qui se rapprochent un peu de celles des Diolas : ce sont de grandes constructions rectangulaires avec large corridor central sur lequel donnent les différentes chambres; ce corridor est à ciel ouvert, en son milieu est creusée une petite mare qui reçoit les eaux de pluie et où les canards viennent prendre leurs ébats, un caniveau recouvert et aboutissant au dehors assure l'écoulement de son trop-plein.

Mœurs, coutumes. — Les Baniounkas sont de mœurs douces, très attachés à leur pays, ne faisant la guerre que pour se défendre contre les incursions de leurs voisins les Balantes; ils se sont soumis presque sans lutte aux Mandingues, dans le Boudhiè, le Yacine ; ils ont adopté leurs mœurs, leur religion et jusqu'à leur langue; de même à Zighinchor ils forment la majeure partie de la population portugaise, s'étant assimilés rapidement les coutumes et la langue de leurs premiers colonisateurs. Ils sont renommés pour leur honnêteté, le vol est inconnu dans leur pays, les cases restent toujours ouvertes et personne ne s'y intro-

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duit. Ils ne repoussent jamais Tétranger qui pénètre chez eux mais ne lui offrent rien, il doit lui-même choisir son logement, se procurer de l'eau et des vivres. Dès la première heure au matin ils quittent leur case, vont lever les boulines de vin de palme et se réunissent dans un coin de la brousse où ils fument et devisent en buvant, ils ne rentrent dans les villages que pour les repas; souvent même, quand la chasse a été fructueuse, ils ne rentrent que le soir. Ils ne se livrent guère à la culture du sol et se contentent de brûler un coin de forêt et de gi'atter un peu la terre pour semer leur riz; la propriété territoriale est cependant bien établie, la terre ne peut être vendue et doit rester dans la famille de génération en génération, de même la propriété des arbres et surtout celle des palmiers.

Très superstitieux, ils croient aux esprits et aux sorciers, admettent une divinité unique à laquelle se rapportent tous les événements de la vie et des fétiches comme les Diolas. Ils font grand usage de poison, surtout dans le vin de palme et n'admettent pas la mort naturelle; la nuit, des féticheurs masqués et couverts de feuillage courent entre les cases et dénoncent les sorciers; les accusés doivent subir l'épreuve du poison mancône analogue au tali des Balantes, ou sont brûlés vifs : la population est réunie dans une clairière, chaque individu apporte une brassée de bois que l'on jette en tas et que l'on allume; celui que dénoncent les féticheurs ou qu'un moribond accuse de lui manger son âme est saisi au milieu des cris et des hurlements de toute l'assistance et jeté dans le feu.

La richesse fait supposer la sorcellerie et expose à l'empoisonnement-, aussi les Baniounkas ont-ils l'habitude de cacher ce qu'ils possèdent, même leur riz.

Certains féticheurs sont très réputés comme médecins, ils se spécialisent pour les affections de la poitrine, des yeux, etc., et sont consultés de fort loin, même du Sénégal.

Accouchement. — Les femmes accouchent dans leur case; arrivées au terme de leur grossesse, elles se mettent à piler du riz ou du mil pour faciliter l'engagement du fœtus; quand le travail se fait mal, les assistantes activent les contractions par du massage et du piétinement léger sur la région abdominale. Pendant tout ce temps, le mari doit abandonner sa case.

Circoncision, — Est partout pratiquée chez les hommes, chez les femmes elle n'existe que dans les régions soumises à l'influence des Mandingues. Elle a lieu dans un coin écarté du soutou (brousse épaisse) en présence des hommes pour les garçons, des femmes pour les jeunes filles; le chemin qui conduit au lieu de circoncision est préparé à l'avance par les vieux, élargi et semé de sable fin. Après l'opération, circoncis ou circoncises sont gardés sous des gourbis jusqu'à complète guérison ; à leur sortie ils revêtent les costumes les plus brillants; c'est l'occasion de grandes réjouissances qui durent plusieurs jours.

Mariage. — Les Baniounkas ont rarement plusieurs femmes, mais, comme les Diolas, peuvent se séparer avec la plus grande facilité. Les jeunes filles sont fiancées de bonne heure, leur futur subvient à leurs besoins jusqu'au mariage; il n'y a pas de dot, le mari fournit le vin de palme qui doit servir à arroser l'union et donne une natte à ses beaux-parents; autrefois il donnait un bœuf. Quand une jeune fille n'est pas consentante, elle peut être enlevée et n'est rendue que si ensuite elle persiste encore dans

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son refus. La femme divorce'e ne doit plus se remarier dans le village où elle a eu un premier époux.

Funérailles, — Le corps reste exposé dans la case pendant deux ou trois jours, les femmes pleurent, les hommes dansent, tirent des coups de feu et boivent force vin de palme; avant l'enterrement tout le village se réunit sur une place, le cadavre est placé sur un brancard la tête ballante et promené autour de Tassistance, les féticheurs l'interrogent et lui demandent de faire connaître les sorciers, causes de sa mort; l'oscillation imprimée au brancard en face de chaque assistant donne la réponse; généralement les avis affirmatifs du cadavre sont très nombreux et exposent rarement à une vengeance ; quand une ou deux personnes seulement sont accusées, elles ne tardent pas à être victimes du poison. Des discours contradictoires sont ensuite prononcés, l'un de louanges, l'autre de blâme et d'insultes. La fosse est creusée dans la case même à la place du lit et terminée par une galerie horizontale, le corps y est déposé sur un lit de branchages, soit couché, soit assis avec une bouline de vin de palme et un petit sac de riz; la case est ensuite abandonnée. Pendant plusieurs semaines en guise de deuil, les parents se réunissent devant la case et viennent pleurer matin et soir avant et après le coucher du soleil.

Organisation politique. — Les Baniounkas vivent en villages indépendants et assez populeux, placés sous l'autorité d'un chef; ces villages appartiennent généralement à une même famille, aussi le chef règle-t-il non seulement les histoires politiques; mais celles qui peuvent se présenter dans les différentes cases. Les anciennes agglomérations comme celles des Cassa ont été complètement désorgani-

sées par les différentes invasions et n^existent plus^aujourd'hui. La couleur rouge est le symbole du pouvoir, les chefs portent des bonnets écarlates, leur charge est hére'ditaire, dans chaque village ils descendent de son fondateur.

Pas de différences de castes, pas de griots.

La famille est mieux constituée que chez les Diolas ou les Balantes, l'autorité du père est plus grande, le divorce est moins fréquent, la femme est consultée et souvent écoutée.

Commerce. — A peu près nul; les Baniounkas cultivent juste le nécessaire, le moindre superflu les ferait soupçonner de richesse et les exposerait au poison; ils font leur riz dans un coin de brousse préalablement incendié , un peu de maïs, de mil et quelques arachides; recueillent de la cire et font du caoutchouc.

Industrie. — Travaillent le coton, font des nattes, les forgerons fabriquent des couteaux et des coupe-coupe, réparent les fusils.

L'instrument de musique le plus répandu est le bomboulon, sorte de tam-tam comme chez les Diolas.

BALANTES

Les Balantes sont venus en Gasamance, bien après les Baniounkas et les Diolas; ils occupaient dans la Guinée portugaise les régions du Gacheo et du Geba; refoulés par les Peuls et les Mandés (Mandingues et Sousous), ils ont envahi la rive gauche de la Gasamance et ont repoussé les Baniounkas du côté des Diolas pour s'installer à leur place dans le Balantacounda actuel.

Garactères'phtsiques. — Type nigritien bien caractérisé, crâne dolichocéphale^ prognathisme marqué, front fuyant, crâne élevé et saillant en arrière, arcades zygomatiques développées donnant à la tête une forme pyramidale, nez large, très épaté en général, lèvres épaisses, chevelure très laineuse ; yeux à fleur de tête petits et luisants, très mobiles, souvent injectés; physionomie dure et sauvage, respirant l'audace et la fourberie, démarche arrogante et décidée^ de taille moyenne, ils sont vigoureux et bien musclés.

Incisives taillées en pointes; pas de tatouages de race, les femmes ont sur la poitrine et le ventre des dessins variés, cicatrices de scarifications faites avec la pointe d'un couteau et recouvertes d'un mélange de piment et de sel. Laissent les poils dans les différentes régions.

GosTUME. — Les hommes ont un pagne sur les épaules

i8o LES RACES DU SÉNÉGAL.

et une bandelette entre leà jambes; les femmes portent un pagne court qui atteint à peine les genoux.

Les cheveux sont rasés par moitié soit dans le sens transversal, soit dans le sens longitudinal, quelquefois disposés en nattes, c'est assez rare; les femmes portent les cheveux ras avec des perles et de la verroterie.

Pas de bijoux, n'ont que des anneaux grossiers en cuivre ou en fer aux bras et aux jambes, parfois des bracelets de corail ou de verroterie, aux oreilles ils portent un petit anneau en fer ou en cuivre. Nombreuses amulettes pas comme ornement, mais en cas de besoin seulement, suivant les circonstances; ce sont des objets bizarres, cornes d'animaux griffes, racines d^arbre, etc.; les becs et têtes d'oiseaux sont réservés aux médicastres, la tête de chat pour les expéditions nocturnes; elle donne l'habileté et l'astuce à ceux qui veulent commettre quelque larcin.

Habitations. — Les villages se composent de cases en bambous ou roseaux entrelacés, ils ne présentent pas de défense, les hommes les quittent dès le matin pour aller dans la brousse ; aussi dans la journée ne sont-ils occupés que par les femmes et les enfants; quand les femmes sont aux cultures, ils se trouvent complètement déserts. Les cases sont assez spacieuses et servent d'écurie en même temps que de logis. Le soir, on y fait rentrer les bœufs, une cloison de crinting sert de séparation et le maître installe son lit derrière la porte d'entrée, toutes ces précautions par crainte des voleurs si habiles et si audacieux chez les Balantes. Chaque année, au commencement des pluies, les villages sont déplacés et à l'endroit des anciennes cases on fait des cultures; cette coutume se perd un peu à cause de la grande diminution des troupeaux.

CASAMANGE.

Mœurs. Coutumes. — Les Balantes sont pillards et voleurs, toujours disposés à la rapine, profitant des nuits obscures ou des tornades d'hivernage pour dévaster et piller les villages mandingues et baniounkas du voisinage. Ils

Ph. NoaleO l'orner.

Balante allant récolter du vin de palme.

ne font pas de captifs, ce sont les bœufs qu'ils enlèvent le plus volontiers; d'ordinaire ils opèrent par groupes de quatre : deux armés de fusils montent la garde et les deux autres le corps enduit d'huile de palme, complètement nus, un couteau entre les dents, pénètrent dans la case et enlèvent le butin. Le comble de l'habileté pour un Balante

i82 LES RACES DU SÉNÉGAE.

est de s'introduire dans une case et d'enlever à une chienne ses petits sans faire le moindre bruit ni réveiller personne.

Très indépendants, pendant longtemps ils se sont opposés à toute tentative de pénétration soit des Européens, soit des noirs musulmans; le poste militaire de Yatacounda récemment installé chez eux a déjà donné d'excellents résultats, les Balantes commencent à s'accoutumer à notre présence et il est probable qu'avec la pénétration méthodique et d^autres postes, on arrivera à occuper tout leur pays et à modifier leurs instincts guerriers et pillards.

Quand ils ont reçu un étranger et que les vieux du village l'ont autorisé à faire séjour dans la tribu, ils sont hospitaliers, lui fournissent le vivre et le couvert et n'essaient point de le dépouiller. C'est ainsi que quelques blancs et quelques noirs portugais ont pu pénétrer dans le Balantacounda et se créer même des relations commerciales avec différents centres.

Très paresseux, ils abandonnent à la .femme tous les soins du ménage et n'essaient en rien de subvenir à ses besoins. Ils cultivent peu ; quand la saison est arrivée, ils préparent les lougans pour le mil et les sillons pour les rizières, ce sont les femmes qui font le reste. Leurs plus grandes occupations sont la chasse, la rapine et la récolte de vin de palme; à la chasse ils sont assez habiles et ne craignent pas d'attaquer le fauve et l'éléphant, tous possèdent des fusils qu'ils décorent avec des cauris ou des boutons de porcelaine. Le matin ils quittent leur case et vont dans la brousse récolter le vin de palme ou chasser, ils se réunissent pour boire et m.anger le gibier qu'ils ont tué, jamais ils ne se préoccupent des leurs; ils rentrent seulement le soir, souvent ivres, pour manger et dormir.

CASAMANCE. i83

Les Balantes sont fétichistes; comme les Diolas et les Sérères ils ont l'idée d'une divinité supérieure se confondant avec le ciel, le vent, la tempête, etc.. Ils croient aussi aux sorciers et aux esprits, n'admettent pas la mort naturelle et recherchent le mangeur d'âmes; pour le découvrir ils ont recours au poison d'épreuve, le tali. Le tali était préparé il y a quelques années par des Diolas dont c'était la spécialité; aujourd'hui le tali étant interdit par l'autorité française, les Diolas n'osent plus trop le fabriquer et ce sont les Balantes eux-mêmes qui font leur poison; il se compose d'écorce de tali (i) pulvérisée, de chair humaine (2) et de verre pilé. L'épreuve a Heu dans une clairière de la forêt, auprès d'une source et loin des villages; le poison est apporté dans des calebasses et préparé séance' tenante sous forme de pâte avec un peu d'eau. Le préparateur prend la première dose, les villages défilent ensuite les uns après les autres, suivant les dimensions de petits morceaux de bois qu'ils tirent au sort. Dès que le poisonest absorbé, les parents dépouillent de leurs vêtements ceux qui viennent de boire, les conduisent à la source et leur font prendre force calebasses d'eau, on les surveille avec soin pour qu'il n'y ait aucune fraude et qu'il ne soit fait usage d'aucun contre-poison; les bons qui ne peuvent supporter la chair humaine ne tardent pas à être pris de vomissements et rendent le tali, les parents les ramènent dans la clairière, tirent trois coups de feu, les revêtissent et les accompagnent avec des cris de joie jusque dans leurs villages. Les autres, mangeurs d'âmes habitués à la

(i) Erythrophleum guineense, alcaloïde, est l'érythrophleine, poison du cœur.

(2) Viscères provenant des cadavres du tali précédent et qui ont été desséchés et pulvérisés.

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chair humaine, ne vomissent pas et meurent empoisonnés; ils s'éteignent par arrêt du cœur, sans convulsions, de une à quatre heures après l'ingestion du poison ; leurs cadavres sont traînés par les pieds et jetés dans la brousse^ abandonnés aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie, leurs biens sont confisqués et partagés entre les notables. La cérémonie est lugubre, il n'y a pas de tam-tam, pas de chants, on n'entend que les cris et les plaintes de ceux qui vont succomber avec les imprécations et les injures qui leur sont adressées.

Personne ne peut se soustraire au tali; les femmes, les vieux, les enfants à la mamelle, tous doivent subir la terrible épreuve, les pires supplices attendraient les récalcitrants, ils seraient livrés par les leurs et probablement brûlés vifs; d'ailleurs le fanatisme de ces malheureux est tel qu'ils courent au-devant du poison et se disputent pour boire les premiers. Les Balantes prennent plusieurs fois le tali, d'autant mieux considérés qu'ils l'ont bu plus souvent. Le tali ne se donne pas par village, mais pour tout le Balantacounda, à la suite d'une année malheureuse, mauvaises récoltes, décès plus nombreux, etc., quand on suppose que les sorciers ont augmenté et qu'il est nécessaire de les faire disparaître, l'épreuve est d'ailleurs appelée « épurement de la nation ». La cérémonie est présidée par un chef nommé à Tavance et qui ne doit pas être de race balante, il ne boit pas le tali et veille seulement à la stricte exécution de l'épreuve; chaque individu lui verse en venant boire le poison une redevance de 2 fr. 5o en argent ou en nature (pagne au riz). Le tali fait de nombreuses victimes, on compte par centaines les cadavres jetés dans la brousse à la suite de chaque épreuve, il faut la forte natalité que l'on observe

CASAMANCE. i85

en pays balante pour que la race n'ait pas e'té anéantie par cette coutume barbare.

Accouchement. — Se fait dans une case de circonstance, loin du village, en pleine forêt, et que la femme habite pendant un mois; tout ce temps, le mari doit subvenir à ses besoins et lui envoyer le nécessaire, mais il n'en reçoit aucune nouvelle. L'accouchement a lieu sur une natte dans le décubitus dorsal; quand les contractions sont insuffisantes, on les active par du massage et du piétinement léger; quand on suppose que le diable est entré dans le ventre et que c'est lui qui retient l'enfant, on administre à la patiente une vigoureuse bastonnade, dont le démon subit le contrecoup et qui le décide à sortir.

Chez les petites filles, pendant plusieurs mois après la naissance, on fait du massage sur la région lombaire et on la comprime avec des bandes de façon à exagérer la co urbure vertébrale et faire saillir les fesses.

Circoncision est toujours pratiquée chez les hommes ; chez les femmes seulement quand le clitoris paraît trop développé.

Pour les garçons, l'opération a lieu dans la brousse et les femmes ne peuvent y assister; les opérés ne rentrent dans les villages qu'après complète guérison, ils restent sous des gourbis et sont surveillés par quelques vieux gardiens ; vers le milieu de la place qu'ils occupent, la terre est légèrement creusée, de sorte que la nuit, s'ils dorment sur le ventre, la verge ne risque point de se meurtrir, les gardiens couchent autour d'eux sur des lits de camp légèrement surélevés. Ils sont nourris par les parents, les femmes viennent déposer leurs vivres à la lisière de la forêt et appellent les gardiens, car elles ne peuvent aller jusqu'à eux. Pour

i86 LES RACES DU SÉNÉGAL.

éviter les sortilèges et le mauvais œil des sorciers, ils rentrent dans les villages à l'improviste alors que personne ne les attend; leur retour est le signal de grandes fêtes, on les habille de pagnes blancs ornés de grelots et de cauris, sur la tête ils ont un bonnet à deux pointes et à la main ils portent un long bâton blanc, sorte de houlette comme les Diolas; sur la place principale du village a lieu un grand tam-tam, au milieu des cris et des coups de feu les enfants se jettent dans le cercle et sont excités par leurs parents qui se pressent derrière eux et frappent dans leurs mains, les femmes entrent à leur tour et parmi toutes celles qui se présentent, les jeunes circoncis font leur choix et désignent celle qui recevra leurs premières faveurs. Cette coutume ne froisse personne et les maris sont d'autant plus flattés que leurs femmes ont reçu plus d'hommages de ce genre.

Pour les jeunes filles, la circoncision est pratiquée à l'approche de la puberté, dans un endroit caché de la forêt et en présence des femmes seulement. L'opérée est assise a terre, les jambes sont maintenues écartées par une tige de bambou et le clitoris est sectionné sur le rebord d'un tabouret ou d'un morceau de bois. Comme les garçons, les circoncises sont gardées dans la forêt jusqu'à complète guérison, leurs gardiennes les font danser et chanter, aucun homme ne doit approcher d'elles. A leur sortie elles revêtent leurs plus beaux pagnes et vont de case en case faire des visites.

Mariage. — Pour qu'un jeune homme puisse se marier il faut qu'il ait montré son habileté dans le vol et s'il n'a déjà eu l'occasion de se distinguer dans quelque expédition nocturne, il doit subir une véritable épreuve : par une nuit

CASAMANCE. 187

obscure et accompagné de deux témoins, il va dans un village étranger, pénètre dans une case et commet un vol, les deux témoins assistent, maisn'interviennent jamais, pas même s'il y a danger de mort. Lorsque la demande est agréée, le jeune homme offre aux parents de sa promise quelques boulines de vin de palme, il ne fournit pas de dot; à partir de ce moment, la femme est à la charge de son mari, a des relations avec lui, mais continue à vivre chez ses parents jusqu'au jour où elle donne des certitudes de fécondité; elle est alors admise dans la case commune, le Balante lui abandonne la direction du ménage et ne s'occupe plus de rien ; il ne lui fournit ni riz, ni pagnes, elle doit subvenir à tous ses besoins, s'occuper même des cultures; d'ailleurs il est rarement auprès d'elle, la quitte tout le jour et ne rentre que le soir pour manger et dormir.

Polygamie est de règle, trois, quatre ou cinq femmes ayant chacune leur case dans le carré du mari, la plus ancienne jouit d'une certaine considération et a autorité sur les autres ; elle ne participe pas aux gros travaux. Le mariage n'entraîne pas la communauté des biens et chacun conserve la jouissance et la disposition de ce qui lui appartient; c'est ainsi que les poulets et souvent les chèvres sont aux femmes. Quant aux bœufs, ils sont au mari; car il les a ordinairement volés, mais la femme qui leur a donné du mil ou de la paille en a aussi une part^ et pour en disposer, il faut son consentement.

Funérailles. — Ont un caractère différent suivant qu'il s'agit d'un jeune homme ou d'un vieillard. Dans le premier cas, le deuil et la consternation sont dans toutes les cases, personne ne veut croire au décès; parents, amis vont rendre visite au défunt, lui parlent à l'oreille, essaient de le ré-

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veiller, le supplient de répondre, lui énumèrent toutes les raisons qu'il a pour être heureux et ne point quitter ses amis; on lui verse du vin de palme dans la bouche, on le secoue violemment; quand, après plusieurs jours, le doute n'est plus possible, on se décide à Tenterrement. Pour les vieux qui ont fait leur temps il y a moins de regrets, on danse, on joue du balafon et on essaie peu de les retenir en ce monde. Les corps sont lavés avec une décoction de feuilles de citron, couverts de pagnes et couchés sur leur lit; devant la case, des professionnelles viennent pousser des lamentations, les parents et les amis boivent, dansent et tirent des coups de feu.

L'enterrement a lieu deux ou trois jours après le décès, la fosse est creusée dans la case même contre sa paroi; sur le fond est disposée une niche horizontale que l'on garnit de nattes et où l'on dépose le corps; cette niche est fermée avec des feuilles et des branchages, le trou est comblé avec de la terre. La case ne cesse pas d'être habitée par la famille, au-dessus de la tombe on suspend une bouline de vin de palme, un pagne et du tabac; pendant une dizaine de jours on renouvelle chaque matin le vin de palme; le pagne et le tabac restent longtemps suspendus, les parents seuls peuvent les utiliser. C'est l'héritage qui fait les frais de l'enterrement, la fête a d'autant plus d'éclat que le mort a laissé plus de biens et qu'il est possible de se saouler plus longtemps. Les femmes sont Hbres dès la mort du mari et peuvent aussitôt contracter de nouvelles unions.

Organisation sociale. — Les villages ont deux chefs, un jeune et un vieux, ou plutôt deux conseils, celui des jeunes et celui des vieux. C'est ce dernier qui a en réalité la direction des affaires, mais dans tous les cas les jeunes doivent

CASAMANCE.

être consultés; le chef des vieux est le plus âgé, celui des jeunes le plus habile au vol et le plus audacieux. Les vil-

Ph. Hoscalier.

Joueur de balaton.

lages sont indépendants les uns des autres et souvent hostiles, ne se réunissent guère que dans un but de pillage. Il n'y a pas de distinction de castes, les artisans, les

griots ne sont nullement déconsidérés; pas de captifs, les prisonniers sont tués ou mis en liberté.

La famille n'est pas. mieux organisée que la société, l'autorité du père est à peu près nulle, les enfants lui échappent entièrement dès qu'ils sont un peu grands et capables de subvenir à leurs besoins. La condition de la femme est très inférieure, elle fait tous les gros travaux, la plus grande partie des cultures, s'occupe même de la pêche; le mari vit en partie à ses dépens, aussi va-t-elle volontiers s'unir avec des étrangers, Baniounkas ou Mandingues.

Commerce. — A peu près nul. Les Balantes cultivent juste ce qu'il leur faut de mil et de riz. Us font du caoutchouc très estimé mais en petite quantité, un peu d'ivoire, de cire; ils achètent en échange de la poudre et du sangara. Ils possédaient avant l'épizootie de nombreux troupeaux, il ne leur reste plus que quelques bœufs qu'ils réservent pour les grandes fêtes tali, circoncision, funérailles; ils ont des chèvres et des porcs, pas de moutons.

Industrie. — Aussi rudimentaire que chez les Baniounkas ou les Diolas; la plupart des artisans sont des étrangers.

Les instruments de musique sont peu nombreux, le tamtam ne sert que pour la circoncision; le balafon est l'instrument national des Balantes, c'est une sorte de xylophone dont les touches correspondent à des calebasses de dimensions graduées servant de caisses de résonance; on en joue avec deux baguettes terminées en boule et enveloppées de caoutchouc.

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