‹ Une mission au SénégalChapitre 6 sur 49 · PI. IT · texte numérisé non relu

PI. IT

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"^^^B^^las^"

A. Bournas, dessinateur.

I. 2. 3. 4. Tams-tams divers. — 5. Tablette pour égrener le coton. G. Calebasse double. — 7. 8. Violons. — 9. 10. Sandales en bois. — II. Détail d'un dessin sur bois. — 12. i3. Couteaux. — 14. i5. Haches.

Histoire. — Les Toucouleurs constituent une race métisse issue du croisement des Peuls avec des nègres, particulièrement des Ouolofs. Ils habitent le Fouta sur le moyen Sénégal entre le Oualo et le pays de Galam. Cette région faisait partie autrefois du royaume Djolof; les Ouolofs furent repoussés vers le littoral par les invasions des Peuls et des Mandingues; quand les Toucouleurs furent en force et en nomxbre, ils devinrent les maîtres incontestés du pays, se servant de l'étiquette religieuse et prétextant la guerre sainte pour chasser les autres occupants.

Les Toucouleurs sont ainsi appelés de l'ancien nom de leur pays, le Tekrour, Takarin ou Toukourol qu'occupaient les Peuls sur le moyen Niger vers le x'' siècle; au xvi*^ siècle, les Portugais les appelaient déjà Tacurores, nom qui plaide encore en faveur de cette étymologie et rend peu admissible celle que les Anglais ont mise en avant ttpo colours (Reclus). Le mélange des races, les guerres, les invasions qui se sont succédé dans le Fouta ont ajouté des cléments très divers à sa population, de sorte qu'aujourd'hui beaucoup de Toucouleurs n'ont de peul que

la langue et sont d'une origine absolument différente; c'est ainsi que l'on trouve encore beaucoup de Ouolofs restés après l'invasion peule et qui ont conservé leurs noms de famille, même les noms de leurs villages; la naturalisation est d'ailleurs chose courante dans le Fouta, un étranger peut venir s'}^ installer; s'il appartient à une caste libre, il peut se marier et s'établir définitivement dans le pays; Tautain raconte que, quand un marabout est content d'un élève, il l'adopte comme compatriote et se l'attache par une alliance; beaucoup d'esclaves affranchis et pas mal de Porognes deviennent Toucouleurs de' la même façon et vont encore grossir la force numérique de cette population.

La langue dérive du peul, mais elle renferme beaucoup de mots d^origine différente, ouolof, maure, etc.

Tous les Toucouleurs sont musulmans : ce sont les plus fanatiques des noirs du Sénégal, toujours prêts à faire la guerre sainte et à combattre l'infidèle.

Caractères physiques. — Leurs caractères physiques sont en rapport avec ceux des races qui les ont engendrés, aussi présentent-ils entre eux de très grandes différences, parfois grands et vigoureux comme les Ouolofs, secs et maigres comme les Maures, souples et dégagés comme les Peuls.

En général ils ont la taille assez élancée, les membres grêles mais bien musclés; la coloration de leur peau est très variable, allant du noir d'ébène comme chez les Ouolofs aux teintes les plus claires comme chez les Maures. Le visage des femmes est un peu allongé, les traits sont fins, elles sont plus gracieuses et ont moins d'embonpoint que les Ouolofes.

TOUCOULEL'RS.

Pas de tatouages particuliers, les lèvres et les gencives sont piquées et colorées en bleu comme chez les Peules

Ph. Hostalier.

Toucouleur.

soit au moyen de graines de pastèques pulvérisées, soit au moyen de cendres de bois de soumpa (balanites ^egyptiaca, olacinée).

Costume. — Leurs vêtements ne diffèrent guère de ceux des autres noirs; pantalon et boubou pour les hommes, pagne et boubou pour les femmes.

La coiffure des hommes est semblable à celle des Peuls jusqu'au mariage, ensuite le crâne est presque toujours rasé.

La coiffure des femmes est assez compliquée : les cheveux forment comme chez les Peules un cimier médian que soutient un bourrelet de toile : en avant et en arrière de ce cimier le crâne est généralement rasé; quand il ne Test pas, les cheveux sont disposés dans la région frontale en deux ou trois petites nattes aplaties dont l'une transverse sur la limite du front; sur les côtés les cheveux forment deux masses latérales d'où partent deux nattes qui retombent l'une en avant, l'autre en arrière de l'oreille; à la partie postérieure du cimier est attaché un paquet de i5 ou 20 grisgris, la plupart en toile ayant la forme de petits sachets cousus de 2 à 3 centimètres de longueur. Le tout est entremêlé de coquillages, morceaux d'ambre, etc.; la tête est entourée non d'un mouchoir mais d'un voile de mousseline noire qui s'appelle bourtougiiel .

Très amateurs de bijoux et de gris-gris, ils ont aux doigts des bagues volumineuses en argent ou en cuivre qui sont parfois de véritables petits monuments; les femmes portent des bracelets en argent massif aux poignets et surtout aux cous-de-pied où ils dépassent souvent la grosseur du pouce.

Habitations. — Les cases sont à peu près semblables à celles desOuolofs, mais presque toujours en pisé; elles sont entourées d'une palissade légère, tapade, qui forme cour. Les villages étaient autrefois protégés par une enceinte en

TOUCOULEURS.

terre, tata; depuis quelques années ces défenses ont presque complètement disparu.

Fh. Hostalier.

Toucouleur.

Mœurs. Coutumes. — Plus intelligents que les autresnoirs, leur supériorité les rend orgueilleux et insolents, ils méprisent les nègres et en particulier les Bambaras avec lesquels

ils se sont fréquemmeat battus; ils détestent les Maures qui les ont maintes fois pillés et razziés, même pour les Peuls ils n'ont pas grande sympathie et ont souvent saisi le prétexte religieux pour faire la guerre aux agglomérations fétichistes de l'intérieur.

Ils sont ombrageux et se plient difficilement aux règles communes. Très guerriers, hardis et courageux, ils font d'excellents soldats; chez nos tirailleurs sénégalais ils s'engagent volontiers et fournissent la plupart des gradés, ils sont quelquefois raisonneurs et indisciplinés, soumis à force de volonté et par leur grand désir de conquérir un grade ou de montrer leur supériorité,

Musulmansfanatiquesbienplusqu'éclairés, cesonteuxqui produisent le plus grand nombre de marabouts et de prêcheurs de guerre sainte; beaucoup entreprennent encore le voyage de la Mecque, et vont y chercher le brevet de sainteté avec lequel ils pourront établir leur influence dans tout le pays. Ce fanatisme leur a d'ailleurs permis de se rendre maîtres delà région qu'ils occupent et les a maintes fois poussés à faire la guerre; ils ont formé le noyau des guerriers d'El Hadj Omar et pendant longtemps ont fourni les fondateurs de dynastie et les guerriers les plus renommés du Sénégal et du Soudan.

Très énergiques, très entreprenants, les Toucouleurs s'imposent toutes les privations pour arriver à leurs fins, les scrupules ne les étouffent pas, ils sont très menteurs, dissimulent parfaitement et sont capables de tous les méfaits pour conquérir la fortune et le pouvoir. Pour ramasser un peu d'argent ils quittent volontiers leur pays et vont offrir leurs services aux maisons de commerce de St-Louis ou aux travaux publics qui les emploient comme

TOUCOULEURS.

manœuvres ou comme terrassiers, rarement comme ouvriers d'art; ils n'hésitent même pas à aller plus loin, au

rh. Xoal et Fovlier.

Toucouleure.

Congo, par exemple, où ils ont fourni la majorité des Sénégalais employés à la construction du chemin de fer de l'Etat indépendant.

j6 LES RACES DU SENEGAL.

Les écoles musulmanes sont très prospères chez les . Toucouleurs, chaque village en possède au moins une où les enfants sont réunis du lever au coucher du soleil sous la direction d'un marabout qui leur fait psalmodier les versets du Coran et apprend aux plus avancés à lire et à écrire l'arabe. Pour écrire, les élèves se servent d'une planchette en bois poli qui remplace l'ardoise, alloa, et d'un morceau de bambou taillé en pointe qui tient lieu de plume; l'encre est obtenue avec un peu de noir de fumée délayé dans l'eau, elle est pâle et peu fixe, pour la faire disparaître il suffit de passer un peu d'eau sur la planchette; cette eau, quand elle a lavé l'écriture d'un grand marabout, est très estimée et on la donne souvent aux malades en guise de médicament. L'éducation d'un enfant est achevée quand il connaît le Coran, sait le lire et l'écrire; elle dure plusieurs années et se paie 3oo francs; quand on ne traite pas pour des études complètes, les leçons se paient par quelques cadeaux que les parents discutent à l'avance avec l'instituteur; en outre chaque matin et chaque soir les enfants doivent faire la quête pour leur maître et lui apportent les provisions qu'ils ont recueillies. Les enfants libres vont à l'écdle aussi longtemps que les moyens des parents le leur permettent et qu'ils peuvent se dispenser de travail les captifs n'y sont pas admis.

Accouchement. — Rien de particulier; se fait dans la position accroupie auprès d'un grand feu, la femme marche dans sa case ou se tient debout pour exciter les contractions, elle est assistée par quelque vieille qui recueille l'enfant et coupe le cordon. Baptême le septième jour, l'enfant reçoit un prénom auquel est ajouté le nom du père, le marabout tue un mouton que l'on mange en commun.

TOUCOULEURS. -j-j

Circoncision. A lieu chez les garçons et chez les filles. Chez les garçons est pratique'e comme chez les Peuls, de dix à quinze ans avec le même cére'monial et les mêmes re'jouissances, les circoncis ont un costume analogue et se promènent en ayant le droit de voler pendant toute la durée de la cicatrisation.

La circoncision des filles consiste dans l'excision du clitoris et a lieu, comme chez les Peuls, dans la plus grande intimité.

Mariage. — Pratiqué conformément au rite musulman, après entente avec les parents; un marabout consacre l'union, mais les mariés ne se réunissent que quelques jours après, les fêtes durent sept jours, trois seulement si la femme a déjà été mariée (comme chez les Peuls).

Le divorce est également facile et se fait à la demande des intéressés.

Funérailles, — Comme chez les autres musulmans le corps est lavé, enveloppé d'un pagne blanc et déposé dans une fosse, la face vers l'orient; l'emplacement est marqué par un piquet, les cimetières sont placés en dehors et dans le voisinage des villages.

Organisation politique. — Les Toucouleurs avaient autrefois une organisation politique analogue à celle des Peuls : un almamj, chef religieux et temporel, et des chefs secondaires sous ses ordres; la fonction d'almamy est actuellement supprimée (i), il ne reste que les chefs de canton placés sous les ordres de Tadm^inistration et les tamsirs, chefs religieux.

(i) Notre politique a consisté à morceler ses États; le Dimar a été détaché du Fouta en i858, puis successivement le Toro, le Lao et le Damga ont été constitués en États indépendants placés sous notre protectorat.

Les castes ne diftèrent pas beaucoup de celles des Peuls, en premier lieu la caste noble, qui donnait les almamys, puis les gens libres, certaines catégories d'artisans et les captifs. Les artisans, gens libres, ne sont pas très considérés et ne peuvent guère sortir de leur caste; ce sont les forgerons, les bijoutiers et les cordonniers; les tisserands ne sont pas des gens libres, ce sont des captifs. Quant aux esclaves, ils se divisent comme chez les autres races en captifs de case, faisant partie de la maison du maître et captifs de traite, faisant les gros travaux, cultivant les champs et souvent échangés.

Commerce. — Les Toucouleurs méprisent les travaux manuels mais se livrent volontiers à l'agriculture; le Fouta produit en abondance le mil, Tarachide, le coton-, il donne aussi du tabac que les femmes préparent en poudre avec de la cendre de bois et qui est vendu aux Maures et aux autres mdigènes. Parfois des familles entières émigrent et vont sur un sol plus fertile établir leurs cultures; c'est ainsi que chaque année des Toucouleurs se rendent en pays sérère et jusque sur les bords de la Gambie pour y faire des plantations d'arachides; en Casamance, dans le nord du Pakao ils ont formé une véritable petite colonie très prospère, perdue au milieu des Mandingues et qui occupe le Kian et le Kabada.

Ils font moins d'élevage que les Peuls, cependant ils ont des moutons et des bœufs en assez grand nombre, ils en prennent peu de soins d'ailleurs et souvent abandonnent le lait qu'ils ne se donnent même pas la peine de traire. Ils élèvent aussi de petits chevaux très résistants qui se rapprochent de ceux du Cayor et peuvent rendre les mêmes services.

TOUCOULEURS. 79

Parfois les Toucouleurs se chargent d'une pacotille et vont faire les Dioulas à travers le Sénégal et le Soudan; ils reviennent avec des bœufs qu'ils achètent chez les Peuls et qu'ils revendent dans les centres importants de la côte. Ils sont loin d'avoir l'habileté commerciale des Sarracolès et il est rare qu'ils réussissent dans leur négoce.

Très amateurs de chasse, ils sont assez bons tireurs et fournissent d'oiseaux la plupart des commerçants du fleuve ou de la Casamance.

Industrie. — Les forgerons savent extraire le fer du minerai , et se servent de hauts fourneaux en terre cylindriques de 3 ou 4 mètres de hauteur, i™,5o à 2 mètres de diamètre, le minerai est concassé et déposé par couches horizontales alternant avec du charbon ; le four est fermé en haut et ne présente qu'une ouverture pour le passage de la fumée et de nouveau minerai; en bas il est également ouvert pour l'introduction de combustible et présente trois ou quatre évents à fleur de terre auxquels s'adaptent des soufflets pour activer la combustion, une ouverture un peu plus grande donne sur une conduite aboutissant à un réservoir en pisé; cette ouverture est fermée. Le feu est entretenu pendant une huitaine de jours; quand on juge la fusion complète, on débouche l'ouverture ad hoc, et le métal coule dans le réservoir préparé.

Les forgerons forment une caste à part qui a le monopole du fer, ils sont seuls à s'occuper de la fonte et à travailler le métal ils fabriquent des couteaux, des sabres, des haches, des pioches, des lances. Ce sont leurs femmes qui font la poterie.

Les bijoutiers sont mieux considérés que les forgerons, ils ne travaillent que l'or et l'argent.

8o LES RACES DU SENEGAL.

Les cordonniers préparent les peaux, font des sandales, des étuis de sabre, des poignards, etc., ils forment une caste à part, mais peuvent prendre femme chez les bijoutiers ou les forgerons.

Les tisserands sont des captifs, ils travaillent le coton du pays avec une certaine habileté, sont assis par terre, les pieds dans un trou creusé en face d'eux et poussant le métier (i); ils font des bandes de tissu épais et solide de 20 à 25 centimètres de large sur 3 ou 4 mètres de long, bandes de Sor, qui autrefois servaient presque partout de pièce de monnaie et valaient de o.5o à i franc; ces bandes sont juxtaposées et cousues pour faire des pagnes.

La teinture ordinaire est l'indigo, presque toutes les femmes savent l'employer : les feuilles sont mêlées dans une grande jarre de terre avec une lessive de cendres de bois, le tissu est trempé dans ce bain et y est laissé jusqu'à ce qu'il ait acquis la teinte désirée; parfois, au lieu de feuilles fraîches, on emploie des feuilles séchées au soleil que Ton pulvérise au moment du besoin.

Les griots sont très nombreux, pas de chef, pas de marabout influent qui n'en ait plusieurs à sa remorque; ces griots sont des Toucouleurs, parfois des Ouolofs, exceptionnellement des Bambados. Les Toucouleurs sont comme les Ouolofs sous le rapport des plaisirs bru^^ants et raffolent des tams-tams.

(i) Ce métier est portatif, très analogue à notre simple métier à deux marches, il est installé sous une natte qui sert d'abri.

Le groupe mandé embrasse la plus grande partie des races noires du Sénégal et du Soudan, établissant ainsi une sorte d'unité ethnique entre les peuplades nigritiennes du Niger au Sénégal et peut-être jusqu'au littoral.

D'après les traditions recueillies sur place par Binger, le berceau de la race se trouvait dans la région du haut Niger et portait le nom. de ndé, la partie nord s'appelait plus spécialement ma'ndé à cause de son fétiche qui était le lamantin, ma, la partie sud s'appelait simplement ndé. Les Mandés faisaient partie du fameux empire sonraï de Ghana (i) sur le Niger et y jouèrent un grand rôle; vers le xi^ siècle, beaucoup plus nombreux que les sonraï, ils les renversèrent et mirent à leur place un Sousou ; une cinquantaine d'années après, le conquérant Mali (d'où maWnkès, Mandingues, hommes de Mali) s'empara du pouvoir; au

(i) Les Sonraï habitent le nord-est de la boucle du Niger, ils sont bien déchus de leur ancienne splendeur et vivent par villages épars dans les régions les moins accessibles. Leur architecture et certaines pratiques comme l'embaumement, font supposer qu'ils viennent de la région du Nil et ont été en contact avec les Égyptiens. Leur langue est le sonraï ou kissour que l'on parle à Tombouctou.

XIII*: siècle les Mandés étaient à l'apogée de leur puissance, leur roi Mansa-Mouça étendait sa domination jusqu'à l'Adrar et au Tagant et entretenait des relations amicales avec le sultan du Maroc. La décadence de l'empire mali commença après Mansa-Diarra, à la fin du xw"" siècle; Souni-Ali, aidé des siens (Souni'nkès, hommes de Souni) renversa la dynastie de Mali; les partisans des anciens rois ne voulurent pas accepter son autorité et devinrent les Dioulas (qui sont du lit, de la couche). Au xv' siècle, l'empire sonraï revint à ses fondateurs et le chef sonraï Askia établit sa capitale à Gao, il devint le plus puissant des princes de TAfrique, entreprit le voyage de la Mecque et ramena avec lui des savants qui firent de Tombouctou la ville lumière de tout le Soudan. Le nouvel empire ne dura pas cent ans, les Mandés se séparèrent des Sonraï et, en i5gi, l'armée marocaine commandée par l'eunuque Djodar n'eut aucune peine à renverser la dynastie d'Askia(i).

La domination marocaine dura près d'un siècle, l'empire sonraï continua à se disloquer et les Mandés se séparèrent complètement, formant des groupes indépendants et souvent en guerre, Malinkès, Soninkès, Bambaras, Dioulas et Sousous.

(i) L'histoire du Soudan de 1400 à i5oo a été écrite en langue arabe par le savant noir de Tombouctou Ahmed-Baba, il fut fait prisonnier et emmené au Maroc vers la fin du xvi^ siècle ; son livre le Tarikh-es-Soudan, resté à Tombouctou, a été entre les mains de Barth.

MALINKES OU MANDINGUES

Histoire. — Les Mandingues ont joué un rôle important dans l'empire de Ghana, et c'est sous leur impulsion, avec la dynastie de Mali, qu'il atteignit l'apogée de sa puissance. Lorsque cette dynastie eut été renversée par les Soninkès, ils commencèrent à se séparer des autres Mandés; leur première migration remonte à Koli-Tengrela vers le xiv^ siècle; au xvi% lorsque se disloqua l'empire sonraï, ils quittèrent définitivement le Niger, se rapprochèrent du Sénégal et descendirent vers la Casamance et la Gambie, refoulant les populations aborigènes, les pénétrant et leur faisant perdre leur ancienne cohésion. Leur mouvement d'immigration, aujourd'hui arrêté par notre occupation, est allé fort loin, presque jusqu'au littoral (Gambie et pays sérère), un peu forcé d'ailleurs par l'invasion peule qui venait à son tour refouler les Mandingues.

La langue est un dialecte mandé analogue au bambara.

Religion musulmane.

Caractères physiques. — Les Mandingues sont des nègres bien caractérisés chez lesquels le type mandé domine, mais très altéré par les métissages avec les populations envahies, Sérères, Baniounkas ou Diolas, qui en beaucoup de points sont venues se fondre avec les envahisseurs et en

grossir encore le nombre. Ce sont en général de beaux hommes, vigoureux, bien musclés, un peu moins grands que les Ouolofs; leurs membres inférieurs, sans être bien gros, ne présentent pas non plus la gracilité de ces derniers.

Crâne allongé, indice céphalique 72, visage régulier ; traits parfois durs et sévères, front fuyant, nez large et écrasé avec orifices de narines béants, mâchoires volumineuses, pommettes saillantes, incisives notablement obliques, prognathisme'accentué, menton court et assez effacé.

Peau moins noire que chez les Ouolofs. Système pileux ne présente rien de particulier, poils sont rasés ou arrachés dans les différentes régions.

Pas de tatouages de races, les femmes ont les lèvres piquées et colorées en bleu.

CosTUMï. — Ne diffère pas beaucoup de celui des autres noirs musulmans : boubou généralement en bandes de Sor tissées dans le pays, pantalon court et large, pagne. Les hommes portent un bonnet le plus souvent blanc ou jaune orné de deux pointes relevées en avant et en arrière de la tête.

Les jeunes gens ont les cheveux rasés avec des dessins très variés, suivant la fantaisie de chacun; ils sont ensuite nattés comme chez les Peuls ou complètement rasés. La coiffure des femmes se rapproche beaucoup de celle des Feules ou des Toucouleures : les cheveux sont partagés en cinq parties, une supérieure et médiane de 4 ou 5 centimètres de large allant du front à la nuque; les cheveux sont nattés d'un côté à l'autre comme dans le cimier des Toucouleures et le plus souvent sans rouleau de chiffons pour les soutenir, cette bande médiane est terminée par une tresse de

MANDES

10 à l'b centimètres qui porte des gris-gris et des ornements divers, pièces de monnaie ou de verroterie; sur les côtés, les cheveux sont divisés en deux parties nattées séparément et donnant trois tresses pariétales et deux occipi-

Ph. Tranchant.

Mandin^ue.

taies de chaque côté. Jusqu'à leur puberté, les jeunes filles portent autour de la tête une bandelette de toile blanche qui passe sur les tresses et sur le front -, les femmes portent un mouchoir roulé et placé de la même façon tout le temps qu'elles ont leurs règles. La coiffure reste en place plusieurs semaines, souvent un ou deux mois ; la souplesse des che-

veux est entretenue par des applications fréquentes de beurre de karité- les intervalles entre les tresses et le cimier sont graissés avec du beurre ou de Phuile de palme mêlés de sable et de poudre d'arachides grillées.

Les Mandingues aiment beaucoup les bijoux et les ornements quels qu'ils soient; ils ont le cou, les bras chargés de gris-gris, de bracelets en cuir ou en verroterie, en argent, ou en cuivre; leurs gris-gris sont parfois des plus grossiers, becs ou têtes d'oiseau, pieds d'antilope, poches de rats musqués, griffes d'animaux, etc.. Jamais ils ne circulent sans leurs armes, particulièrement sans un large sabre suspendu à l'épaule gauche et un couteau à la ceinture; lorsqu'ils .voyagent ils ont toujours leur fusil.

Habitations. — La disposition des villages mandingues se ressent du caractère belliqueux et turbulent de la race; ils sont entourés d'une palissade solide de 2 à 3 mètres de hauteur et que l'on appelle sanier; dans le bas pays, ils sont généralement adossés à un bois, ce qui leur permet de s'échapper en cas d'attaque; sur les plateaux ils sont adossés à des escarpements difficiles qu'ils peuvent atteindre de la même façon.

Les cases sont bâties sans ordre et entourées d'une tapade qui limite le carré; chaque carré est généralement divisé en deux parties, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes; à l'entrée se trouve ordinairement la case à palabre où se tient le chef de carré et où l'on se réunit pour causer et traiter les affaires courantes.

Mœurs, Coutumes. — Les Mandingues paraissent plus intelligents que les races qu'ils ont envahies, probablement parce qu'ils sont plus instruits par l'expérience et ont beaucoup voyagé. Très actifs, très commerçants, ils se déplacent

MANDÉS. 87

comme les Sarracolès et vont dans l'intérieur du Soudan faire des échanges et acheter des captifs. Fourbes et menteurs, ils sont de très mauvaise foi dans leurs transactions et oublient volontiers les dettes qu'ils ont pu faire. Toujours disposés à prendre les armes pour piller ou razzier, ils font aujourd'hui des cultures assez importantes parce qu'ils n'ont plus l'occasion de faire la guerre. Musulmans fanatiques, ils se livrent partout à un ardent prosélytisme, ils ont la haine de l'infidèle, volent, pillent sans scrupule le blanc et même les noirs musulmans qui ont des relations avec lui ou sont à son service; cette haine va jusqu'au refus de la sépulture ou de tous secours en cas de maladie. Très superstitieux, ils n'entreprennent rien sans consulter les marabouts et sacrifier des animaux, le plus souvent des poulets blancs. Les sorciers sont nombreux et très redoutés, ce sont eux qui fabriquent les poisons, ce sont eux aussi qui recherchent et dénoncent les jeteurs de sorts et les gens malintentionnés; la nuit, ils se promènent couverts d'herbes et de feuilles, la figure masquée avec un pagne, se livrant à des danses effrénées et à un tapage assourdissant, on les appelle des mama-djombo ; ce vacarme n'est habituellement qu'une manière de plaisanterie et ne menace personne, il n'épouvante guère que les enfants. C'est aussi la nuit que le kankouran, sorte de crieur public également déguisé et habillé de feuillage, parcourt les rues, entre dans les cases et, d'accord avec les vieux et les chefs, donne les nouvelles officielles, annonce les corvées, les amendes à payer, etc. . . Le kankouran est choisi indifféremment parmi ceux qui paraissent avoir le plus de dispositions pour cette fonction, c'est souvent un griot; en général, on doit toujours paraître ignorer sa personnalité.

Assez hospitaliers, du moins pour les autres musulmans, ils reçoivent toujours l'étranger qui se présente à la porte d'un carré; les chefs de village reçoivent même chaque année une certaine provision de mil qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs visiteurs.

Très musiciens et très amateurs de tams-tams, ils ont les meilleurs joueurs de cora et de guitare; leurs griots sont réputés pour leur esprit d'invention et leur verve poétique.

Naissance. — Accouchement dans la position accroupie, aucune intervention que les maraboutages ordinaires.

Baptême le septième jour comme les autres musulmans.

Circoncision. — Garçons. Elle se fait de dix à quinze ans, on attend généralement une bonne récolte qui a enrichi le village et lui permet de célébrer dignement la fête. Quand la circoncision est décidée, les villages voisins sont avertis et en profitent pour faire opérer leurs enfants. L'opération a lieu en forêt, dans un endroit secret que ni les femmes, ni les gens non circoncis ne peuvent aborder. Les opérés sont assis à terre, la verge appuyée sur un petit billot de bois; le prépuce attaché et tiré est coupé d'un seul coup, la plaie est pansée avec de l'huile de palme et la verge soutenue avec des attelles d'écorce; le prépuce excisé est conservé par son propriétaire jusqu'à la guérison, enfermé ensuite dans un sachet de toile ou de cuir pour faire un gri-gri. Les opérés sont revêtus du boubou et du bonnet de circonstance et conduits sous une grande case en dehors du village; pendant les huit premiers jours, les gardiens commis à leur surveillance les obligent à chanter et danser, de façon à les fatiguer, les empêcher de ressentir la douleur et faire tomber toute excitation,

MANDES. 89

pour la même raison les femmes sont soigneusement écartées de leur case. Ils sont nourris par les parents qui, chaque jour, leur font parvenir des vivres ; quand la nourriture est insuffisante ou de mauvaise qualité, le kankouran va la nuit annoncer dans le village que les circoncis sont mécontents et qu'ils ne tarderont pas à sortir pour prendre ce qui leur est nécessaire; dès que la cicatrisation est assez avancée, ils sortent le matin de bonne heure, déguisés, et vont parcourir les villages en chantant et dansant, pénétrant dans les carrés, volant ce qu'ils rencontrent; le jour de la guérison ils reçoivent de brillants costumes, des boubous neufs, vont voir leurs parents, leurs amis; on donne un grand tam-tam, on tue des bœufs, des moutons, on tire des coups de fusil; la série des fêtes est alors terminée, les jeunes gens rentrent chez leurs parents et la case qu'ils occupaient est brûlée en grande pompe.

Chez les Jilles la circoncision est pratiquée assez tard, au moment de la puberté, quelquefois seulement au moment du mariage. C'est aussi l'occasion de grandes réjouissances; l'opération est pratiquée par de vieilles matrones en pleine brousse, loin du village; les hommes ne peuvent y assister; les opérées sont gardées pendant toute la cicatrisation dans une case isolée où elles chantent et dansent sous la surveillance de leurs gardiennes, les amies seules peuvent venir les visiter.

Mariage. — La polygamie est de règle chez les Mandingues, quatre femmes et unnombreillimité de concubines. La dot se paie en captifs, bœufs ou pagnes, on doit en verser comptant la plus grande partie, le reste est à longue échéance et amène des discussions sans fin avec les beauxparents; il arrive souvent qu'un Mandingue attend le ma-

riage et la dot de sa propre fille pour liquider complètement la sienne; outre la dot qui revient aux parents, le fiancé doit le jour du mariage et devant un marabout remettre à sa femme quatre pagnes de 5 francs qui deviennent sa propriété personnelle et constituent son trousseau. Les unions sont parfois très disproportionnées; cela tient beaucoup à la coutume de promettre les jeunes filles presque dès leur naissance^ les parents exploitent à leur bénéfice cet usage, s'engagent le plus tard possible et, comme les amateurs sont nombreux, profitent des attentions et des cadeaux de chacun; celui qui a été définitivement choisi doit subvenir à tous les besoins de sa fiancée.

Le mariage est l'occasion d'un grand tam-tam auquel prend part le village tout entier. Le premier soir les mariés sont conduits dans leur case et laissés avec une vieille peu gênante, chargée de constater le résultat de la première entrevue; dès que ce résultat est acquis et que les traces en sont bien apparentes sur le pagne blanc qui recouvre la couche nuptiale, la vieille quitte la case en agitant le pagne et l'exhibe devant toute l'assistance; le tam-tam reprend alors avec rage, les chants recommencent, on tire des coups de fusil et le vacarme se prolonge jusqu'à une heure avancée de la nuit; les époux ne doivent pas paraître. Le lendemain la fête continue, on tue des bœufs, des moutons, on mange force couscous; la noce dure huit jours, mais le marié seul peut y prendre part, la mariée ne doit pas sortir de sa case avant le huitième jour, tout ce temps elle reste seule et ne peut recevoir que la visite des jeunes filles de son âge.

Gomme chez les Ouolofs, la première femme a autorité sur les autres et tient le rôle de maîtresse de maison. Les

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différentes femmes ont leurs cases dans le carré du mari, elles vivent séparément, font leur cuisine à part et doivent chacune présenter à Tépoux commun une portion de nourriture.

Divorce est rare, un mari peut renvoyer sa femme en abandonnant la dot, mais il est très difficile à une femme de pouvoir quitter son mari.

Funérailles. — Les corps sont déposés dans des cimetières en dehors des villages, les grands marabouts sont enterrés dans l'intérieur ou dans le voisinage des mosquées. L'enterrement a lieu quelques heures après la mort sans bruit, ni tam-tam; le corps est lavé, enveloppé de pagnes et déposé au fond d'une fosse de i mètre environ de profondeur, des feuilles et des nattes le garantissent du contact immédiat de la terre, la face est tournée vers Test. Les tombes sont marquées d'un bâton et nullement entretenues.

Après la mort d'un Mandingue, les femmes font partie de l'héritage et passent au frère, à défaut à un ami, elles peuvent même passer à l'esclave qui avait la confiance du maître.

Organisation sociale. — Les Mandingues n'ont gardé aucune cohésion, ils forment de nombreuses petites agglomérations, sortes de républiques oligarchiques administrées par deux dignitaires, un chef religieux almarny et un chef civil alcatj, d'où rivalité fréquente et désaccord entre ces autorités. C'est cet état de division qui a permis à Alfa-Molo, père de Moussa-Molo, roi actuel du Firdou, d'établir son autorité sur le pays et de le mettre ainsi entre les mains des Peuls (i).

(i) Alfa-Molo, métis peul, ancien esclave des Mandingues, était chasseur

Les castes sont aussi nombreuses que les familles; en premier lieu viennent les Coulibaly, les Diarra, Konate', Dembelé qui forment la noblesse et fournissent les chefs, puis les Sisokho, Kanté, Konaté, Traoré qui forment le gros du peuple, donnent des artisans et parfois des griots. Les artisans ne sont pas déconside'rés comme chez les Peuls ou les Ouolofs, ils peuvent souvent prétendre à n'importe quelle union; quant aux griots, ils restent toujours à part. Les esclaves sont très bien traités, on les achète tout enfants, ils deviennent vite de la famille et sont rarement vendus; les liens qui les attachent à leurs maîtres sont très lâches, ils peuvent cultiver, commercer pour leur compte, se marier avec des filles libres, ils peuvent même obtenir des charges publiques et dans le Pakao il n'est pas rare de rencontrer des almamys et des alcatys fils d'esclaves ou venus eux-mêmes dans le pays comme captifs.

Commerce. — Les Mandingues ont l'instinct du commerce très développé, et vont comme les Sarracolès et les Dioulas faire des échanges au loin; ils se rendent plus spécialement vers le Fouta où ils achètent des bœufs et des captifs et vers Sierra-Leone où ils s'approvisionnent de kolas.

Ils se livrent volontiers à l'agriculture et ont de beaux lougans sur les rives de la Casamance et de la Gambie; les travaux des champs sont tenus en honneur et il n'est pas

d'éléphants; son prestige de chasseur et la poudre qu'il avait en réserve lui permirent d'armer des partisans, avec eux il s'empara du pouvoir et devint le premier roi du Fouladougou.

Fodé-Kaba, Fodé-Sila, métis mandingues, sont venus s'établir en Casamance, attirés par le commerce des captifs; ils ont pu armer quelques gens et s'entourer ainsi d'une certaine autorité, mais ils n'ont jamais été autre chose que des marchands d'esclaves.

MANDES

rare de voir un chef accompagné de ses griots et dirigeant lui-même le travail de ses serviteurs. Ils ne se contentent pas seulement de gratter la terre et d'y enfouir la semence,

Ph. Hostalier.

Joueur de kora.

mais font de véritables sillons, leur mil est plus grand que partoutailleurs;autourdes villages, ils ont des jardins entretenus par les femmes et où sont cultivés du tabac, du manioc, des oignons, de l'oseille, etc.. Au moment des ré-

coites les alcatys de la région s'entendent pour établir un cours de vente au-dessous duquel il est interdit de traiter.

Mil, riz, maïs en petite quantité', indigo, coton, arachides, caoutchouc.

Industrie. — Les tisserands sont nombreux et travaillent le coton; les pagnes qu'ils fabriquent sont teints en bleu ou en jaune ; ce sont les femmes de forgerons qui sont généralement chargées de ce soin. L'indigo qu'elles emploient est préparé à l'avance en petits pains faits de feuilles pilées et séchées au soleil, on y ajoute une légère quantité de cendres; au moment du besoin, on les écrase dans un canari rempli d'eau de lessive; la couleur est fixée avec des cendres de iiîil ou de rhatt (combretum glutinosum). C'est également le rhatt qui fournit la teinture jaune très en honneur chez les Malinkès; les feuilles de cet arbre sont cueillies vertes, séchées, écrasées et mises en macération dans de l'eau pendant un ou deux jours, l'étoffe à teindre est plongée dans cette infusion, la couleur est fixée avec les cendres du végétal.

Les cordonniers se servent pour tanner les peaux d'écorces de mangliers et font tomber les poils dans un bain de sable ou de cendres et de sel, ils teignent les cuirs de différentes couleurs; font surtout des fourreaux de sabre et des sandales.

Les forgerons travaillent le minerai dans le haut pays et emploient des fours analogues à ceux des Toucouleurs., Qe sont eux aussi qui fabriquent la poudre avec du soufre apporté par les Dioulas, du salpêtre qu'ils trouvent sur place et du charbon qu'ils préparent eux-mêmes.

Dans le Bambouck les Mandingues font un peu d'or, ils creusent des puits de 7 à 8 mètres de profondeur

MANDÉS. 95

de façon à atteindre la couche aurifère, à mesure que la terre est extraite, les femmes en remplissent leurs calebasses et vont faire des battées; l'or ainsi obtenu est toujours en très petite quantité, ils recueillent à peine de i franc à i fr. 5o par jour.

Les Mandingues sont très amateurs de musique, ils ont des violons comme les Peuls, des tams-tams variés, des balafons comme les Balantes; l'instrument le plus répandu est le kora, harpe à seize cordes montée sur une calebasse couverte d'une peau de mouton, les cordes sont attachées aux extrémités d'un long manche qui traverse la calebasse et peuvent être tendues au moyen de colliers en cuir; elles sont soutenues par un chevalet, ce chevalet est surmonté d'une plaque métallique avec anneaux qui vibrent lorsqu'on joue de l'instrument. Le bourou, sorte' de trompe, est loin d'être aussi harmonieux et donne les sons les plus discordants que l'on puisse imaginer: c'est un tube de 5o à 70 centimètres creusé le plus souvent dans du bois de caïlcédra, parfois dans une défense d'éléphant, l'embouchure est creusée en cupule et fait saillie sur le corps à Tune des extrémités de Tinstrument.

SONINKES OU SARRACOLES

Histoire. — Les Soninkès, après avoir renversé la dynastie du Mali, détinrent le pouvoir pendant un siècle environ et se détachèrent de l'empire sonraï au moment de sa dislocation vers le xvi^ siècle; ils subirent comme les autres Mandés la domination marocaine et dans le courant du xviii° siècle se laissèrent déchirer par les luttes intestines. La plus mémorable de ces luttes eut lieu entre les Sagonés et les Dabos appartenant à la famille des Diawaras, les plus guerriers et les plus nombreux des Soninkès, installés dans le Kaartâ; une femme, raconte la légende, fut cause de tout le mal : elle avait deux amants un Sagoné et un Dabo, le premier était beau et allait chez elle le jour; le second était laid, elle ne l'avait jamais vu, car il ne venait que la nuit; fatigué du partage, le Sagoné résolut de montrer à la belle la figure de son rival : une nuit il vint et, feignant de laisser tomber sa bague, voulut faire de la lumière pour la retrouver; le Dabo jura que si le feu s'allumait, il ne s'éteindrait de longtemps. Malgré ses protestations la lumière fut faite et la laideur de son visage apparut : la guerre était déclarée, les Dabos eurent recours aux Maures et vinrent chasser les Sagonés; ceux-ci se réfu-

MANDES

gièrent chez les Bambaras, s'unirent avec eux et, quand ils furent en force, firent à leur tour irruption chez les Dabos,

Ph . Hostalier.

Sarracolè.

les refoulèrent sur les bords du fleuve et restèrent les maîtres du Kaarta. L'amitié' des Sagonés avec les Bambaras ne

dura pas longtemps; partisans de Mali et partisans de Souni n'avaient point oublié les vieilles querelles d'autrefois; les Bambaras venaient sans cesse piller et razzier sur le territoire des Diawaras et les guerres recommencèrent. Quand El-Hadj-Omar se mit à prêcher la guerre sainte, les Soninkès marchèrent avec lui et se désagrégèrent encore davantage, Leur dernière velléité pour reconstituer un empire soninkè date de 1 885-86 et de la tentative de Mahmadou-Lamine réprimée par le colonel Galliéni. Aujourd'hui ils occupent principalement la région du haut Sénégal, mais se trouvent aussi par villages épars depuis le Sénégal jusqu'au Macina et la boucle du Niger.

Religion musulmane.

Langue est un dialecte mandé, mais très altéré par suite des révolutions, des migrations et devenu presque complètement différent des autres dialectes bambara et mandingue.

Caractères physiques. — Le type soninké diff"ère peu des autres types mandés et se rapproche assez du type ouolof doni il n'a cependant pas la finesse. Le crâne est allongé, le front fuyant, le prognathisme assez marqué, le nez est épaté et écrasé à sa racine, les narines sont largement ouvertes, les pommettes sont peu saillantes ce qui fait paraître la face un peu plus allongée. Les lèvres sont grosses, renversées en dehors et poussées en avant par l'obliquité des incisives, le menton est fuyant et à peine accusé.

Les membres sont bien proportionnés à la taille et n'ont rien de disgracieux, les mollets sont grêles comme chez les Ouolofs. Le teint est très foncé, parfois marron par suite des métissages. Les hommes ont le crâne rasé ainsi que les moustaches, hommes et femmes rasent ou épilent les régions des aisselles et du pubis.

MANDÉS

Parmi les Spninkès, les Diawaras sont les seuls qui aient un tatouage de race, ils sont marque's au-dessus de la ré-

Ph. Hostalier

Sarracolèsc.

gion intersourcilière et en dehors des apophyses orbitaires de trois incisions très rapprochées ayant à peine 2 centimètres de longueur. Les gencives et les lèvres sont piquées et bleuies.

Costume. — Pour les hommes boubou et pantalon court; comme coiffure, bonnet de calicot blanc à forme cylindrique, parfois pagne roulé en guise de turban; pour les femmes pagne et boubou, autour de la tête un voile en gaze légère.

Les hommes ont le crâne rasé, les femmes portent une coiffure analogue à celle des Toucouleures avec cimier médian; sur les côtés les cheveux sont divisés en deux parties, d'où partent des nattes qui retombent en avant et en arrière des oreilles, une ficelle ou une bande étroite de i centimètre passe autour du front et de la tête ; le tout est entremêlé de gris-gris, de verroteries, de morceaux d'ambre, de pièces d'argent, d'anneaux d'or. Les femmes ont un goût très prononcé pour les bijoux et sont très coquettes; elles portent des anneaux d'or, d'argent ou de cuivre aux jambes et aux bras; aux oreilles elles ont des boucles parfois si pesantes qu'elles sont obligées de les soutenir à l'aide d'une tresse de cheveux pour éviter les déchirures du pavillon; elles aiment les parfums et se chargent de colliers à grains odorants, à clous de girofle, elles portent des sachets à peau musquée.

Mœurs. Coutumes. — De mœurs douces, très malléables, en beaucoup de points les Soninkès ont atténué leurs habitudes pour ne pas heurter les populations plus batailleuses et plus intolérantes qu'ils ont rencontrées. Ils sont musulmans mais peu fanatiques, se laissent entraîner bien plus par amour de la guerre que par zèle religieux. Travailleurs, bons agriculteurs, excellents commerçants, ils voyagent volontiers soit pour leur compte, soit pour aller offrir leurs services comme le font les Toucouleurs; ils servent volontiers comme manœuvres ou laptots, donnent peu d'ouvriers d'art, mais fournissent le plus grand

MANDÉS. loi

nombre de mécaniciens et chauffeurs des bateaux du fleuve ou du chemin de fer de Kayes et même de Saint- Louis.

Accouchement. — Comme chez les Mandingues.

Circoncision. — Garçons. Se fait à intervalles assez éloignés ; tous les quatre ou cinq ans, on opère à la fois une centaine de jeunes gens et souvent davantage. La préparation dure une année; tout ce temps, les enfants sont exempts de travail, peuvent se promener et danser; au jour fixé, le village se rassemble, les griots font un grand tam-tam et l'opération a lieu devant tout le public : les jeunes gens sont alignés sur un rang et circoncis successivement; d'autres fois, ils sont enfermés dans une case et circoncis à mesure qu'ils se présentent; quand ils sont très nombreux, plusieurs opérateurs fonctionnent en même temps; ceux-ci sont des forgerons, ils ont des raies rouges sur le front, le nez, les joues, font des contorsions pour effrayer les enfants; le prépuce est ligotté et coupé sur un mortier à couscous, la partie excisée est remise à la mère qui l'enterre dans la case; la plaie est pansée avec de la poudre de nèp-nèp et la verge est placée dans un étui d'écorce de gonakè. Les enfants sont ensuite conduits sous un gourbi en dehors du village; dans quelques régions ils s'y rendent à cheval , le pansement est fait ensuite. Jusqu'à la guérison, ils sont surveillés par de vieux gardiens qui les empêchent de prendre de mauvaise position; les sept premiers jours, ils sont nourris par leurs familles, mais ensuite ils doivent pourvoir à leurs besoins, se promènent dans les villages, pénètrent dans les carrés et vivent du produit de leurs rapines.

Filles. La circoncision se fait vers deux ou trois ans, ce

sont les femmes de forgerons qui opèrent, en secret, et devant les femmes seulement.

Mariage. ■ — La demande est précédée de cadeaux, kolas ou moutons; si ces cadeaux sont acceptés, les pourparlers commencent et on fixe le chiffre de la dot; l'union est consacrée par un marabout et la noce se fait aussitôt, elle dure huit jours pour une jeune fille, trois pour la femme qui a déjà été mariée. Dès le premier soir, la femme appartient à son mari; comme chez les Mandingues, il y a exhibition du pagne ensanglanté, grands tams-tams pendant toute la noce; la jeune mariée ne peut non plus quitter sa case avant le huitième jour; ce jour-là, ses amies viennent la chercher et la conduisent au fleuve où elle se baigne et lave ses vêtements.

Divorce comme chez les autres musulmans, généralement réglé par le cadi.

Funérailles. — Rien de particulier, le corps est déposé dan s la fosse après les ablutions d'usage, enveloppé d'un pagne et tourné vers l'est.

Organisation politique. — Les différentes tribus étaient autrefois souvent en guerre et avaient des chefs distincts qui n'existent plus aujourd'hui; chez les Diawaras le chef s'appelait y^r^', dans le Gadiaga tounka.

Comme chez les autres Mandés, les noms de famille déterminent le degré de noblesse et la hiérarchie sociale, ce sont les Bakili, Soumaré, Diabera, Tounkara qui constituent les familles les plus considérées; les artisans, Diabouraga ou Kamara, viennent après, puis les griots. Les premières familles sont des familles guerrières et fournissent les chefs; la majeure partie de la population ne s'occupe guère que de ses lougans; les travaux des champs

MANDES. io3

sont très en honneur, tandis que les divers métiers manuels jettent un certain discrédit sur les familles qui les exercent.

Commerce. — Les Soninkès aiment l'agriculture et ont une aptitude très grande pour le commerce. Ce sont eux qui fournissent la plupart des Dioulas, ces marchands ambulants qui parcourent le Soudan avec une pacotille de tissus et de bibelots, troquent leurs marchandises dans les pays qu'ils traversent, trafiquant de village à village et rentrent chez eux parfois après plusieurs années avec les captifs qui représentent leur avoir.

Leur pays est riche en mil, maïs; ils font du riz et du coton; à l'époque des semailles ils vont parfois jusqu'en Gambie cultiver des arachides qu'ils vendent, après la récolte, pour retourner ensuite dans leur pays.

Industrie. — Comme chez les autres Mandés les artisans forment quatre corporations principales: forgerons, cordonniers, tisserands et laobès; ces derniers occupent le bas de réchelle sociale, il n'y a que les griots qui viennent après eux.

Yjts forgerons savent extraire le fer; comme les Toucouleurs et les Mandingues ils emploient des hauts fourneaux de 3 ou 4 mètres où le minerai alterne avec le combustible.

Les tisserands sont très répandus et surtout réputés pour les belles teintes qu'ils donnent à leurs tissus; les élégantes ouolofes de Saint-Louis envoient quelquefois leurs pagnes aux Sarracolès de Bakel pour les faire teindre à la mode du pays.

KHASSONKES

Les Khassonkès sont des métis de Mande's et de Peuls; établis sur la rive droite du fleuve de Kayes à Bafoulabe', ils vont dans le nord jusqu'à Koniakary et forment une population métisse analogue à celle des Toucouleurs, mais danslaquelle Pélément mandé entre pour la plus grande part. Voici ce qu'ils savent de leur histoire : leur ancêtre Ahmadou-Awa était un Peul chargé de garder les troupeaux des Bambaras; il épousa une de leurs filles, apprit leur langue et s'installa au milieu d'eux, ses enfants furent les Khassonkès; à sa mort, son fils Sega-Dwa se sépara des Bambaras et vint avec tous les siens s'installer à Koniakary; pendant de longues années le Khassofut déchiré par les querelles intestines et les luttes avec les Bambaras; au moment de la guerre d'El Hadj Omar, Dioko Sambala était chef des Khassonkès et se mit sous la protection de la France quand Faidherbe monta pour délivrer Médine.

La langue khassonkèse est un dialecte mandé composé d'un mélange de bambara et de mandingue avec de nombreuses expressions peules.

Les Khassonkès sont en grande partie musulmans, très accommodants d'ailleurs et peu gênés par les prescriptions du Coran.

Caractères physiques. — Les Khassonkès ne présentent

MANDES

io5

pas de type fixe, leurs caractères se rapportent aux races qui les ont formés, tantôt ils présentent ceux des nigritiens presque purs avec indice céphalique ne dépassant guère 7 1 ,

Ph. Hostalier.

Khassonkè.

nez épaté, lèvres épaisses, teint très foncé; tantôt ils sont clairs comme les Peuls avec un indice céphalique de yS ou 74, le nez fin et allongé, les lèvres minces; chez certains on retrouve beaucoup de caractères du type maure : chevelure.

io6 LES racf:s du Sénégal.

nez, lèvres, teint, ovale de la face*, il est probable que dans le voisinage des Maures ils ont eu pas mal de croisements avec eux.

En général, ce sont de beaux hommes, vigoureux et élancés, car l'empreinte mandé paraît chez eux bien plus profonde que celle des Peuls, ce qui d'ailleurs est absolument d'accord avec la légende concernant leur origine. Les femmes offrent souvent de fort beaux types à physionomie expressive et fine.

Tatouages. — Trois incisions linéaires de 2 centimètres environ au-dessus de la région intersourcilière et sur chaque région temporale en dehors de l'apophyse orbitaire externe.

Lèvres et gencives piquées en bleu.

Moustaches rasées et poils arrache's ou coupés comme chez les autres musulmans.

Costume. — Ne présente rien de particulier, le même que les Sarracolès ou les Mandingues.

Les hommes ont le crâne rasé, les femmes ont la coiffure des Peules ou des Toucouleures : cimier médian et nattes latérales en avant et en arrière de l'oreille, une bandelette ou une ficelle sur le front et d'autres bandelettes un peu plus larges sur le restant de la tête, le tout entremêlé de grisgris et d'ornements de toute sorte. Ces coiffures sont faites avec beaucoup de soin et ne manquent pas d'un certain cachet-, d'ailleurs la Khassonkèse est réputée pour son élégance et dirige un peu la mode de ce côté du Soudan. Les petites filles ont les cheveux rasés, ne gardant que deux ou trois mèches pour les gris-gris ou quelques pièces de monnaie.

Habitations. — Ce sont des cases cylindriques en pisé

MANDÉS

comme chez les populations mandées. Autrefois les villages étaient défendus par des tatas, les cases de chefs ou de gens riches en présentaient également; ces défenses ont presque complètement disparu aujourd'hui.

Ph. Tranchant.

Khassonkèse.

Mœurs. Coutumes. — Les Khassonkès sont des gens paisibles, peu guerriers, très attachés à leur pays et à leurs cultures, se déplaçant peu et n'aimant pas s'expatrier.

Depuis quelques années la plupart sont devenus musulmans, mais ils sont loin d'avoir le fanatisme et l'intolérance des Toucouleurs, ils sont plutôt indifférents et subissent peu rinfîuence de leurs marabouts.

io8 LES RACES DU SÉNÉGAL.

Accouchement. — Se fait dans la position assise, le siège reposant sur une pierre, les cuisses largement écartées et le dos porté en arrière, soutenu par une amie.

Circoncision. — Garçons. Se fait à une époque variable suivant les moyens des parents. Quand la famille est pauvre l'enfant est circoncis jeune; plus l'enfant est âgé, plus les réjouissances sont longues et dispendieuses; c'est en général à quatorze ou quinze ans qu'a lieu l'opération. La fête commence huit jours avant Tépoque fixée; au jour dit, les enfants sont rassemblés par groupes de quatre ou cinq sur une place publique; les opérateurs, qui sont des forgerons, se partagent les groupes et pratiquent l'excision avec un couteau, l'enfant étant debout, le prépuce attaché avec une ficelle et bien tendu; pour la circonstance les forgerons se font avec de Targile rouge des cercles autour des yeux, sur le nez et le front*, ils s'approchent avec des contorsions et des cris pour effrayer les enfants et mettre leur courage à l'épreuve; celui qui ferait paraître la moindre émotion serait hué et couvert de mépris. La plaie est lavée dans une calebasse d'eau chaude, pansée avec de la terre cuite, et la verge est soutenue au moyen d'une fourche en bois analogue à celle des Maures et que retient une ficelle placée en ceinture. Les prépuces excisés sont jetés dans un trou en dehors du village; à cet endroit on élève la case où logeront les opérés pendant le temps de la cicatrisation. Les circoncis portent un pagne serré autour des reins; ils n'ont pas de bonnet, seulement une bande autour de la tête et du front, et dont les deux extrémités viennent pendre dans le dos -, la poudre pour le pansement journalier est cachée dans un repli de cette bande.

L'opération est payée à raison de i franc par circoncis.

MANDES

lOQ

Mariage.

Conforme au rite musulman; la dot est assez élevée, payée en captifs, bœufs ou guinées; l'union est consacrée par un marabout, les mariés ne sont réunis que

Ph. Tranchant.

Khassonkèse.

plusieurs jours, parfois plusieurs mois après. Exhibition du pagne ensanglanté.

Funérailles. — Également conforme aux prescriptions du Coran, le corps est lavé, enveloppé d'un pagne blanc et placé la tête tournée vers Test; pour les jeunes filles l'orientation de la fosse est différente, la tête est tournée vers le nord. Les funérailles de chefs et de rois sont accompagnées de tams-tams et de coups de fusil. Les Khassonkès n'ont pas

iio LES RACES DU SENEGAL.

de cimetière commun, leurs tombes sont disséminées sans ordre, souvent placées dans la case même du défunt ou dans son voisinage.

Organisation politique. — Le roi des Khassonkès résidait autrefois à Médine et portait le titre de fang-ama, il réside aujourd'hui à Koniakary et n'a plus grande autorité.

Même hiérarchie sociale que chez les différents mandés; les premières familles sont les Diallo, Diakaté, Sangaré, Sidibé.

Commerce. — Le Khasso possède de belles cultures, mil, maïs, arachides ; on y fait aussi du riz semé à la volée avant l'hivernage et récolté en octobre, avec la paille de ce riz on fabrique des chapeaux et des paniers divers. Ces produits servent à la consommation locale et ne sont point exportés.

Troupeaux de boeufs, moutons, en assez grand nombre. Les bœufs manquent de pâturages pendant une partie de l'année, leur viande est de qualité inférieure et les vaches donnent fort peu de lait; c'est une espèce très résistante, susceptible d'amélioration.

Industrie. — hcsforgerofis extraient le fer et le travaillent comme les Sarracolès; leurs femmes font la poterie, elles se servent de terre argileuse pétrie avec de la fiente de mouton, font des ustensiles divers séchés au soleil, puis soumis à l'action du feu.

Autres artisans et griots comme chez les Mandingues et les Sarracolès.

L'empire djolof comprenait autrefois le Djolof, le Oualo, le Cayor, une partie du pays sérère, et s'étendait même au delà du Tore. des Toucouleurs ; son souverain portait le titre de Bom^ ou « grand Ouolof ». On ne l'approchait qu'en rampant, la tête couverte de poussière; les rois secondaires lui devaient un tribut et au moment de son élection lui adressaient un tambour d'hommage; ces rois étaient le bî^ack du Oualo, le damel du Cayor, le teigne du Baol. Divisés par les querelles intestines, envahis par les Peuls, les Ouolofs perdirent leur ancienne cohésion et se séparèrent; les provinces peules et toucouleures devinrent indépendantes, l'autorité du boiir fut à peu près méconnue et le Djolof réduit à ses seules ressources, très affaibli, à peuprès ruiné, ne compta plus guère dans l'histoire du Sénégal. Le Oualo et le Cayor furent ensuite en butte aux attaques des Maures et des Toucouleurs, mais n'eurent pas le temps de subir le même sort que le Djolof; notre occupation les sauva de la ruine. Le Oualo, mis sous notre protectorat dès 1 8 19, fut dé-

chirépar la série de luttes que nous eûmes à soutenir contre les Trarzas qui se pre'tendaient suzerains du brak, il n'eut guère de tranquillité avant Faidherbe et fut définitivement organisé à la déposition du brak en 1876; il est maintenant administré par un chef supérieur qui réside à Mérinaghen et est placé sous le contrôle de Tadministration. Notre installation dans le Cayor ne fut pas moins difficile et pendant vingt-cinq ans nous eûmes à lutter contre les damels et les prophètes Lat-Dior, Ahmadou-Seïkou, Samba-Laobé; la tranquillité y est aujourd'hui absolue et le pays divisé en six provinces est placé sous les ordres d'un chef qui a son chef-lieu à Sakh. L'ancienne province Djolof a été également réorganisée, le chef supérieur réside à Yang-Yang.

La langue ouofole est distincte des autres dialectes africains, c'est la langue usuelle du commerce dans toute la Sénégambie; à ce titre elle a une grande importance et est comprise partout où sont des traitants et se font des échanges.

La majorité de la population est musulmane, les catholiques sont surtout nombreux àGorér, Dakaret Saint- Louis, auprès des missions, environ 3. 000.

Caractères physiques. — Le type ouolof est l'un des plus beaux types de noirs; de haute stature, robustes et dégagés, les traits réguliers, la peau luisante et d'un noir d'ébène, ils tranchent sur les autres Sénégalais, représentent pour ainsi dire la race fine et aristocratique du pays.

Le crâne est dolichocéphale, indice céphalique est d'environ 70 chez l'homme et près de 78 chez la femme, qui a ainsi la tête un peu moins allongée que l'homme. La capacité crânienne est de 1,496 c. c. (Hovelacque), l'emportant d'une manière sensible sur les autres crânes séné-

OUOLOFS. ii3

gambiens. Gomme chez toutes les races nigritiennes les os du crâne sont épais et peuvent supporter des chocs extrê-

Ouolofe.

mement violents. L'indice nasal est moins élevé que chez les autres noirs. Les lèvres sont grosses et saillantes, noires mais d'une teinte plus mate que la peau du visage.

Le prognathisme est souvent à peine sensible, la mâchoire est peu saillante et le menton à peine fuyant, de sorte que les incisives ne sont pas projetées en avant et restent verticales. Les dents sont en général fort belles, très blanches et ne subissent aucune déformation; ils en ont d'ailleurs grand soin, se nettoient la bouche après chaque repas, remplaçant la brosse par l'index et dans l'intervalle se frottant les dents avec une tige de bois dont l'extrémité s'épanouit en brosse et qu'ils appellent sautiou (i). Les pommettes sont peu saillantes, les parties latérales du visage presque planes.

La colonne vertébrale s'insère assez obliquement sur le bassin, il en résulte une courbure très sensible de la région lombaire et une saillie notable des fesses dans la station debout, surtout chez la femme. Cette ensellure proviendrait, d'après Tautain, de l'habitude de porter l'enfant sur le dos; elle serait transmise et fixée par l'hérédité.

De haute stature en général, les Ouolofs ont un buste parfaitement conformé; la moyenne de la taille dépasse i™,7o; ils pèchent par les membres inférieurs qui sont relativement grêles, la saillie des mollets est peu marquée, le talon est légèrement proéminent, la voûte plantaire est presque effacée, le gros orteil très détaché, mobile et indépendant. Les mains sont longues, les doigts effilés avec ongles grands et plats de couleur bistrée comme la paume des mains.

Les seins des femmes sont piriformes, horizontaux et

(i) Le plus souvent en bois d.i tamaruiier ou &n sompa (balanites aegyptiaca); les Maures se nettoient aussi les dents de la même façon avec du bois de verek.

OUOLOFS.

bien fermes au début de la puberté, puis, comme ceux de toutes lesnégresses, tombent vite sous forme de cônes aplatis sur le devant du thorax.

Pli. Tranchant.

Ouolof.

Les cheveux sont laineux et épais, mais sur le corps le S3^stème pileux est peu développé; la tête, les moustaches, le pubis sont rasés; ils laissent la barbe et arrachent les poils des aisselles après application de cendre chaude qui sert d'anesthésique.

Pas de tatouages de race, les femmes se teignent les lèvres et les gencives en bleu, elles piquent la muqueuse

ii6 LES RACES DU SENEGAL.

avec des épines de sing (acacia) et les colorent avec des •arachides grillées et pilées.

Costume. — Ne ditîère pas de celui des autres races; à Saint-Louis il ne manque pas d'une certaine recherche, les élégants exhibent volontiers de riches boubous à couleurs voyantes avec des gilets à broderies, des manteaux, que leur vendent les Marocains; les jours de fête, ils portent souvent des bottes molles qui complètent leur tenue.

Les femmes portent également le boubou, il est plus court et ne dépasse guère les genoux, le plus souvent il est en indienne rayée ou de couleur, parfois en mousseline ou en gaze; au-dessous du boubou elles ont le pagne comme dans les autres régions du Sénégal.

Auprès des missions, les catholiques adoptent volontiers le costume européen, les hommes ont le pantalon et une blouse courte à larges manches, les femmes portent une longue robe.

Le costume des enfants est réduit à sa plus simple expression* ils sont àpeuprès nus jusqu'à sept ou huit ans, n'ayant pour tout vêtement qu'une ficelle ornée de perles ou de verroterie autour des reins^ plus tard ils attachent à cette ficelle une bande d'étoffe qui passe entre les jambes, guemba; pendant la saison fraîche ils portent le boubou et le manteau.

La coiffure la plus répandue est un bonnet cylindrique de calicot blanc, mbakhamé; par-dessus les Ouolofs portent volontiers un chapeau en paille tressée et cousue fait dans le bas de la côte ou l'intérieur du Soudan ; ce chapeau a ordinairement la forme d'une cône très évasé, il est fixé à la tête par une longue jugulaire en cuir qui s'attache au-dessous de la lèvre inférieure.

Les femmes ont les cheveux disposés en petites boucles

OUOLOFS. 117

de 5 à 10 centimètres retombant tout autour de la tête, de chaque côté des oreilles elles ont des nattes aplaties assez

Ph. Hostalier.

Traitant ouolof et ses enfants.

épaisses ne dépassant guère le niveau du lobule, quatre ou cinq en avant, un ou deux en arrière, dans la région occipi-

ii8 LES RACES DU SÉNÉGAL.

taie la boucle médiane est remplacée par une natte et à son extrémité on suspend un objet brillant : pièce d'argent ou d'or ou bibelot de verroterie. Cette coiffure est établie par.de véritables professionnelles, griotes ou femmes de forgerons que l'on paie en cadeaux ou en argent jusqu'à 5 francs et plus; l'opération ne manque pas de difficultés : la cliente s'étend à terre la face contre le sol ou la tête entre les genoux de la coiffeuse, le démêlage est pratiqué avec un morceau de bois taillé en pointe ou une arête de poisson, les cheveux sont enduits de beurre ou de graisse, puis séparés par petites touffes que l'on enroule avec grand soin sur de longues tiges de paille ou de minces baguaites de bois; la femme porte ainsi derrière la tête un véritable balai qu'elle garde pendant un ou deux jours, le temps nécessaire pour donner le pli; les tiges sont ensuite retirées et on ajoute une nouvelle quantité de beurre pour que les cheveux conservent bien la forme désirée. Les perruques sont d'usage assez répandu et servent surtout à dispenser de cette longue opération, elles sont faites avec les fibres d'une plante textile que l'on appelle hios (i), ce sont les femmes de forgerons ou les griotes qui les fabriquent. Autour de la tête les femmes portent un mouchoir qui couvre une partie du front et forme un espèce de bonnet noué sur le côté.

Les petits garçons ont la tête complètement rasée, on laisseaux petites fillesquelques mèches poury suspendre un gri-gri, un morceau de corail ou une pièce de monnaie; certaines familles adoptent pour leurs enfants des coiffures de fantaisie avec dessins variés sur le crâne, ces coiffures

(i) Agave, amaryllidacée.

OUOLOFS.

doivent porter bonheur et préserver l'enfant de la maladie.

Les Ouolofs, hommes et femmes, sont très amateurs de

Pu. Hostalier.

Ouolofes de Saint Louis.

bijoux, ils ont les doigts surchargés de bagues massives en argent ou en cuivre, aux poignets ils portent des bracelets en corail, en cuivre ou en argent, les femmes en portent également aux chevilles. Les boucles d'oreille sont disposées en série sur tout le pourtour du pavillon ; quand

les bijoux ne sont pas en nombre suffisant, on a bien soin d'entretenir les trous avec de petites ficelles ou des chevilles abondamment graissées. Autour des reins les femmes portent un ou plusieurs rangs de perles de différentes couleurs.

Les gris-gris sont très répandus et le Ouolof a une confiance absolue dans leurs nombreuses vertus. La plupart sont fabriqués et vendus par des marabouts, c'est généralement un verset du Coran enfermé dans un morceau d'étoffe ou de cuir, parfois un coquillage, une corne, un morceau d'os, une racine d'arbre, etc...;laforme et le volume des gris-gris varient à l'infini, on en porte aux cheveux, aux mains, aux pieds, aux bras, au cou; il y en a pour mettre en sautoir, en ceinture; quelques Ouolofs en ont toute une charge, jusqu'à plusieurs kilos.

Habitations. — La case ouolof, comme toutes les cases du Sénégal, a la forme d'une ruche à abeilles; la partie inférieure est circulaire, faite de branchages entrelacés parfois recouverts de torchis; le toit est conique, de chaume ou de feuillage, il est installé surplace, tandis que les Mandés le font à part et le hissent ensuite sur les parois ; une seule ouverture sert à la fois de porte et de fenêtre; dans les fraîches soirées de saison sèche, on fait du feu dans l'intérieur, aussi les parois ne tardent-elles pas à devenir toutes noires de fumée et de suie; la cuisine est installée dans une case voisine de même forme, mais plus petite, le foyer est établi dans une petite excavation garnie de deux grosses pierres.. Les différentes cases d'une même famille forment un carré limité par une palissade en roseaux, tapade; les carrés sont groupés par catégories formant ainsi dans le même village plusieurs quartiers distincts, notables, cap-

OUOLOFS.

tifs de case, artisans, griots; au centre ou à l'entrée du village est le grand arbre à palabre avec lit de camp allongé

Ph. Noal et Portier.

Ouolofe catholique (gourmette).

OÙ se traitent les affaires et où les oisifs viennent causer et fumer. L'ameublement d'une case est des plus sommaires, le lit est formé d'un cadre sur lequel sont posés en travers

des bâtons ou des bambous, le tout est placé sur quatre piquets et recouvert de nattes; le reste du. mobilier se compose d'un mortier en bois et d'un pilon pour écraser le mil, de quelques calebasses, quelques marmites en terre et des nattes, les vêtements sont placés dans de grandes bagahes ou dans des coffres en bois enjolivés de grossières peintures. Dans les centres les riches Ouolofs ont des installations bien plus confortables, ils habitent des maisons en pierre ou de petites cases en planches, ils ont de véritables lits faits par les menuisiers indigènes et un ameublement des plus fantaisistes choisi parmi ce qu'ils trouvent de plus brillant et de plus doré che^: le commerçant ou le traitant de Tendroit.

Mœurs. Coutumes. — Les Ouolofs sont de mœurs douces, habitués aux Européens depuis des siècles et n'ayant point le fanatisme farouche qui éloigne de nous les Maures et souvent les Toucouleurs. Ce sont de grands enfants ne vivant que pour le plaisir et l'ostentation, incapables de songer au lendemain, s'exposant à la misère ou à la famine pour briller avec un riche boubou ou un bel harnachement, dépensant tout leur argent pour se paj^er une jolie femme. Très orgueilleux, il n'est pas de travail qu'ils n'accomplissent avec joie quand on fait appel à leur amour-propre, ils ne peuvent résister aux louanges les plus grossières et se laissent dépouiller de tout par ceux qui les flattent. Incapables de longue rancune ou de mauvaise humeur, ils aiment le jeu et la paresse, passent des journées entières accroupis devant leurs cases ou étendus au soleil à causer ou à jouer aux dames. Ils ne manquent pas une occasion de se naettre en liesse, les fêtes officielles, les solennités de la religion catholique, celles de la religion

OUOLOFS.

musulmane, ils profitent de tout; adorent le bruit et la danse, se grisent au taiii-tam, les femmes, les enfants se

Pli. Xoal et Portier.

Ouolofe portant son enfant.

précipitent à son appel et se jettent au milieu des griots pour exécuter les danses les plus lascives et les plus passionnées; \t fameux fobine y si bien décrit par Loti, est par-

ticulièrement populaire. Très superstitieux, ils croient aux sorciers et ont une grande confiance dans les amulettes, les musulmans se couvrent de gris-gris, les catholiques de médailles et de scapulaires. Braves et entreprenants, ils ne craignent pas le danger et font volontiers la guerre, mais ils sont trop vaniteux et se croient trop supérieurs aux autres Noirs pour être bien disciplinés et faire de bons soldats; d'ailleurs ils sont très inconstants et vite fatigués du métier, il est très rare de voir rengager des tirailleurs ouolofs et fournir une longue carrière militaire comme les Toucouleurs ou les Bambaras; la plupart des soldats levés dans leur pays sont des captifs de case que fournissent les chefs; les gens libres marcheront volontiers pour la durée d'une guerre, pour un effort de quelques mois, mais à la condition de ne pas s'engager et de rentrer dans leurs foyers aussitôt la campagne achevée; l'an dernier, on a fait un essai de mobilisation au Sénégal ; chez les Ouolofs le début a été assez difficile, mais quand ilâ ont compris que l'incorporation n'était que passagère, ils n'ont plus fait la moindre résistance et ont donné les meilleurs résultats.

Accouchement. — Quand une femme ressent les douleurs de Tenfantement, elle s'enferme dans sa case avec quelques amies expérimentées, on allume un grand feu, elle se promène pour provoqueras douleurs expulsives, les active en pilant du couscous; l'accouchement se fait dans la position accroupie, les genoux, les coudes et la tête sur le lit. Dans quelques campagnes; quand l'accouchement se fait mal, on couvre la patiente de gris-gris et parfois on lui attache à la cuisse une patte de lièvre pour donner à l'enfant la célérité de cet animal et le faire sortir.

OUOLOFS. 127

Le baptême a lieu le septième jour ; à la première sortie de Tenfant, la sœur du père amène un mouton qui est égorgé par un marabout, selon le rite musulman; le père donne un prénom à son enfant et on ajoute le nom de famille si c'est un garçon. La mère reste couchée jusqu'au baptême, elle ne reçoit qu'une nourriture légère, des laitages de préférence, jamais de couscous qui, paraît-il, occasionne des coliques.

Circoncision. — N'a lieu que chez les garçons, se pratique avec le cérémonial et les coutumes déjà décrites chez les autres populations musulmanes. C'est l'occasion d'une très grande fête, pour lui donner plus d'éclat généralement les villages voisins se réunissent. L'opérateur est un cordonnier ou un forgeron, il a un bonnet de circonstance et un pagne roulé en turban autour de la tête, lui cachant une partie de la face; il s'approche de l'enfant en faisant des contorsions et lui criant : a Je viens )>, l'enfant doit répondre : « Tu peux venir ». Il est à cheval sur un mortier à couscous, un aide tire le prépuce avec une ficelle et le tend sur le bois; l'incision se fait d'un seul coup et l'opéré doit garder une impassibilité absolue, d'autant mieux considéré qu'il a montré une indifférence plus grande; la moindre émotion lui vaudrait le mépris général, un cri le déshonorerait, il n'aurait qu'à fuir le pays. Pendant la cicatrisation les circoncis parcourent les villages et ont le droit de pénétrer dans les différents carrés et de voler toutes les victuailles qu'ils rencontrent; le jour de leur guérison ils commettent leurs derniers larcins et peuvent enlever pour hviit jours de vivres, mil, maïs, manioc qu'ils vont manger ensemble. La case qu'ils ont occupée est brûlée en grande cérémonie, leurs gardiens les promènent tout autour en

les faisant danser et chanter; au moment où le feu commence ils doivent se retourner et courir vers l'est en faisant des prières. Les prépuces excisés restent dans les boubous jusqu'à guérison, on les jette ensuite dans une grande calebasse remplie d'eau avec des gris-gris divers, cette eau sert à faire des ablutions, purifie les opérés et met à l'abri des mauvais sorts. Les jeunes gens opérés en même temps sont unis par les liens de la plus étroite amitié, ils se doivent secours et assistance, marchent ensemble à la guerre, font eux-mêmes les ablutions d'usage à ceux qui sont morts et portent leur deuil.

Mariage, — La polygamie est réglementée par le Coran, celui qui a le moyen ne manque pas d'user largement de la latitude qui lui est donnée; les femmes logent avec leurs enfants dans le même carré que le mari, mais ont leurs cases distinctes, le mari se réserve un appartement particulier où les femmes n'ont pas accès; la première femme s'appelle aiva^ elle a le pas sur les autres et la direction du ménage.

Le mariage se fait toujours entre gens de même condition, jamais un homme libre^n'épousera la fille d'un artisan, pas plus qu'un artisan la fille d'un griot. La dot est parfois assez élevée ; à Saint-Louis elle va jusqu'à i .5oo francs pour une jeune fille ; pour une femme non débutante, c'est beaucoup moins, de 5o à loo fr.; cette dot n'est pas exigible en totalité et, après un premier versement de moitié ou du tiers,* peut être complétée par annuités; quelquefois aussi la situation du fiancé est prise en considération et permet des arrangements économiques. Le mariage est précédé par la cérémonie du /n/r, sortes de fiançailles officielles présidées par un marabout et durant lesquelles le

OUOLOFS. 129

jeune homme offre à sa future le tak^ gage d'union représenté ordinairement par une paire de pagnes. La cérémonie achevée, la femme revient chez ses parents et y reste jusqu'à ce que le mari ait fait préparer une case. Au jour convenu, a lieu le véritable mariage; c'est l'occasion d'une grande fête qui dure une huitaine de jours et absorbe souvent toute la fortune des intéressés, la jeune femme ne peut quitter sa case avant la fin des réjouissances ; cette fin est marquée par une recrudescence de tams-tams, fantasias, coups de fusil, etc.

Les questions de divorce sont portées devant le cadi, la séparation est en général facile, suivant le cas, la femme restitue ou conserve sa dot.

Funérailles. — Ont lieu comme chez les autres musulmans, après les ablutions le corps est enveloppé d'un pagne et placé dans la fosse la tête tournée vers l'est. Dans les villes les Ouolofs se servent de cercueils. En souvenir du mort, pendant un an et quelquefois davantage, on fait une fois par semaine, généralement le vendredi, des distributions de vivres aux pauvres et on donne des pains de riz aux petits talibés {élèves des écoles musulmanes). Les veuves portent le deuil pendant quatre mois et dix jours, elles se renferment dans leur case, ne prennent aucun soin de leur costume ni de leur coiffure, se voilent la face avec un pagne ou un mouchoir blanc; pour les captives le deuil est réduit de moitié : il est de deux mois et cinq jours.

Organisation sociale. — Les différentes castes sont nettement séparées, les artisans ont peu de considération, il n'y a que les métiers d'importation, appris au contact des Européens, qui soient bien vus et ne déshonorent pas ceux qui les exercent, menuisiers, maçons, etc..

i3o LES RACES DU SENEGAL.

La première caste comprend la famille royale où l'on choisissait autrefois le bj^ak du Oualo, le damel du Cayor, le ^o//r du Djolof-, ces fonctions sont aujourd'hui supprimées et les chefs sont placés sous le contrôle direct de l'administration. Puis viennent les gens libres vivant dans la plus grande oisiveté, au milieu des griots et des femmes quand ils en ont le moyen, se mettant assez volontiers au service des Européens quand ils ont besoin de travailler. En dernier lieu viennent les artisans et enfin les captifs. Les captifs de case sont très improprement appelés ainsi, ils ne sont nullement considérés comme esclaves et ne pourraient être vendus, leur condition est celle des anciens clients romains ; , ils font partie de la maison de leur patron, ont vis-à-vis de lui certaines obligations, l'accompagnent en cas de guerre, lui donnent une partie de leurs récoltes, font valoir ses biens, gardent ses troupeaux, etc.; de son côté il leur doit secours et assistance toutes les fois qu'il est nécessaire; ils ont en somme des obligations et des avantages réciproques qui les lient intimement les uns aux autres.

La famille est bien organisée, l'autorité du père est très respectée même quand les enfants sont grands et établis, ils ne peuvent se marier sans son consentement ; l'autorité de la mère est également assez grande sur les enfants, ceux-ci ont généralement pour elle beaucoup de respect et lui témoignent toujours de grands égards alors qu'ils sont euxmêmes arrivés à un certain âge.

Commerce. — La principale denrée d'exportation du pays ouolof est l'arachide; cette culture a commencé au Sénégal vers 1844, Tinstallation du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis lui a fait prendre une grande extension. Aujourd'hui le chiffre d'arachides produites par le Cayor seu-

OUOLOFS. i3i

lement dépasse 45.000 tonnes représentant une valeur de près de 7 millions de francs. Cette culture, il est vrai, ne demande pas beaucoup de soins et est bien faite pour les Sénégalais d'ordinaire si paresseux : pour nettoyer et fumer le terrain à ensemencer, on se contente de brûler sur place les mauvaises herbes, les femmes et les enfants bêchent un peu la terre et les graines sont mises en place; on fait les semis au commencement de l'hivernage, la récolte a lieu à la fin, la traite bat son plein de décembre à février.

Ensuite vient la culture du mil qui forme la base de la nourriture des indigènes et se vend en grande quantité sur les divers marchés du Sénégal. Les champs de mil occupent plus de 60.000 hectares en pays ouolof, dans le Cayoron les voit s'étendre à perte de vue de chaque côté de la ligne. La récolte est presque entièrement consommée surplace (i), on exporte à peine 2 ou 3. 000 tonnes qui vont à Bordeaux faire de la farine ou de l'alcool.

Le maïs est cultivé en petite quantité autour de tous les villages, comme le mil il est consommé sur place par les indigènes. Les melons ou diombos, les haricots du pays {niébés), le manioc, les pastèques [bérefs] sont également cultivés dans les différentes régions.

Le pays ouolof fournit aussi une petite quantité de caoutchouc (10 à 12 tonnes) qui provient de la région des 7iiaye, vers le bord de la mer^ et quelques palmistes (amandes de palme).

Les oiseaux empaillés font l'objet d'un commerce assez

(i) Le mil forme la base du couscous, il est réduit en farine granuleuse dans un mortier en bois et cuit à la vapeur dans un vase à fond percé de trous, [hindé); on y ajoute de la viande ou du poisson et une sauce relevée avec un condiment particulier fait de feuilles de baobab séchées et pulvérisées, Mo.

i32 LES RACES DU SENEGAL.

important; Rufisque en fait pour plus de loo.ooo francs.

L'élevage ne se fait guère chez les Ouolofs, ils ont peu de troupeaux, le bétail que l'on trouve dans l'intérieur est presque entièrement entre les mains des Peuls disséminés dans le pays, les chèvres et les moutons sont beaucoup plus nombreux. Dans le Cayor et dans le Baol se trouvent les chevaux mbaïar, se rapprochant beaucoup des chevaux du fleuve, robustes et pleins d'entrain, ils valent de loo à 3oo francs; à côté de cette race il y en a une autre de chevaux plus petits, toujours maigres et gringalets, chevaux par, ils n'ont pas grande valeur. Les chameaux sont tous d'importation, achetés aux Maures, se portent mal audessous du fleuve et ne servent guère qu'au transport des arachides. Les ânes sont très nombreux dans le pays et très vigoureux; malgré leur petite taille, ils portent de lourdes charges et rendent de très grands services.

Sur la côte et en particulier à Saint-Louis, les Ouolofs s*'adonnent volontiers à la pêche, le village de Guet n'Dar est formé en grande partie de pêcheurs que l'on voit chaque matin, vers quatre ou cinq heures, franchir la barre pour aller au large tendre leurs filets; ils rentrent de bonne heure pour approvisionner le marché ou dans la journée pour vendre leur poisson aux indigènes; à Dakar les Lebous pèchent également très volontiers. On exporte aussi dans l'intérieur une certaine quantité de poisson desséché et boucané au soleil, c'est surtout du poisson d'eau douce péché dans le fleuve par les gens du Oualo; dans tous les endroits propices sont d'ailleurs installées des pêcheries, barrages formés par des paniers ou nasses orientés contre le courant, par conséquent dans le sens que remonte le poisson et coulés avec des cailloux.

OUOLOFS.

Industrie. — Elle est limitée aux seuls besoins de la population; à part la briqueterie de MM. Bruzeaud et Poyard

Griot ouolof.

à Bop N'Khior, les usines à glace et lumière électrique de Rufîsque et Saint-Louis, le pays ouolof n'a pas d'établissements industriels; le nombre des artisans est d'autant moins élevé que les maisons de commerce et les traitants

i34 LES RACES DU SÉNÉGAL.

fournissent aujourd'hui une grande partie des objets d^usage courant. A côté des artisans proprement dits, il y a quelques ouviers d'art formés et employés par les Européens, maçons, forgerons, menuisiers et même des mécaniciens; ces ouvriers rendent les plus grands services, ils sont répandus sur toute la côte d'Afrique dans nos différentes colonies.

Les tisserands font des pagnes dont le fil blanc est en coton du pays et dont les fils colorés viennent de France, emploient le même métier que les autres populations noires^ font des bandes de Sor d'une largeur qui ne dépasse pas 20 centimètres et les cousent ensuite*, ce tissu est très solide et très résistant.

Les cordonniers sont avec les tisserands un peu mieux considérés que les forgerons qui le sont eux-mêmes plus que les Laobès chargés de travailler le bois. Ils préparent leurs peaux à l'aide d'un bain renfermant de la chaux, des cendres et des fruits non mûrs degonaké (mimosa astringens); ils les teignent de différentes couleurs et en font des sandales, babouches, étuis de sabre, de poignard, des amulettes, des selles, etc..

hes forgerons se divisent en deux catégories : les forgerons proprement dits qui travaillent le fer et les bijoutiers qui travaillent l'or et l'argent.

Les forgerons font les instruments aratoires : daba, pioche emmanchée à angle aigu avec armature autour du tranchant*, hilaire, pioche à manche droit avec tranchant à forme de croissant; les sabres, diassi; les poignards, gobar; les lances, khedji; ils réparent les fusils.

Les bijoutières sont assez habiles, ceux de Saint-Louis sont particulièrement réputés, malgré leur outillage grossier

OUOLOFS. i35

ils font des objets en filigrane qui ont un certain cachet d'originalité et de bon goût.

La jro/er/e est faite par les griots et les femmes de forgerons, celle de Dagana est particulièrement réputée, celle de Podor est renommée pour sa légèreté; on emploie l'argile des bords du fleuve, elle est délayée et moulée à la main sur une calebasse remplie de sable. Les poteries sont séchées au soleil et cuites en tas sur le sol au moyen d'épis de mil que l'on brûle intiis et extra. Les ustensiles courants sont des marmites, des hindésà couscous, des gargoulettes, canaris, etc. On fait aussi des pipes à fourneau en argile rouge et tuyau en roseau.

Les ustensiles en bois sont travaillés par les Laobès comme chez les autres populations du Sénégal.

Les griots sont nombreux chez les Ouolofs si amateurs de flatterie et de bruit. Ce sont des gens méprisés, mais toujours bien rétribués; ils s'attachent souvent aux personnages riches ou aux chefs; autrefois on les enterrait dans les troncs de baobabs comme chez les Sérères ; cette coutume n'existe plus guère que dans des coins reculés du Oualo.

Instruments des griots sont : le khalani, violon à cordes analogue au o'rdou des Peuls et des tams-tams à formes diverses, goron, tama, sabar; à Saint-Louis quelques griots jouent aussi du kora, harpe mandingue, et du balafon, xylophone des Balantes.

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