‹ Une mission dans le Sud OranaisChapitre 6 sur 14 · LB LACHDAR, VU O' AIN- S BL SO UL · texte numérisé non relu

LB LACHDAR, VU O' AIN- S BL SO UL

cher le saharien, soit près de Tekdemptà l'aide d'un viaduc qui serait le seul ouvrage d'art un peu notable de la ligne, soit près de la cascade de la Mina.

Dans ces trois hypothèses on atteindrait facilement la lisière nord des hauts plateaux par la Mina.

Ici vient se placer une considération de la plus haute importance pour rétablissement d'une tête de ligne du chemin de fer transsaharien : c'est la possibilité d'établir la voie avec des pentes assez faibles pour assurer un trafic économique.

En partant même de l'embranchement le moins élevé qui est celui de Chercharrat-el-Mina (cascade de la Mina), le tracé, quoique un peu plus court, pourrait se développer en pente uniforme, ou k peu près, sur près de 40 kilomètres, pour franchir les 300 mètres qui séparent verticalement la cascade de la ligne de faîte.

L'Aïn-Selsoul, l'Aïn-Tahola, l'Aïn-Telmaya, alimentent rOued-Tahola d'une eau excellente. Le cresson verdit sur le parcours des sources.

La plaine deSersou est cultivée en céréales par les Arabes ;

sa lisière nord près de Tiaret est parsemée d'exploilations agricoles européennes ; le blè, Torge, le maïs, la vigne, y prospèrent. On y élève quelques beaux troupeaux et on entretient dans ce but quelques prairies artificielles, particulièrement le long de TOued-Tiaret.

On se fera une idée de la fertilité d'une terre pour la culture de laquelle les amendements sont à peu près inconnus, si Ton remarque qu'un hectare ensemencé en blé produit au minimum 12 quintaux de blé. Il est assez difficile de fixer le prix d'un hectare de blé, le régime agricole étant encore incertain à l'heure présente.

On parle cependant de 100 francs par hectare de terre vierge sur laquelle il y a au moins autant à dépenser annuellement pour la mise en culture.

Le territoire civil est créé par l'expropriation des Arabes ; des concessions sont alors faites aux colons qui deviennent propriétaires à la condition de résider, de cultiver pendant cinq ans, et de ne pas vendre pendant dix ans après ce laps de temps à des indigènes non naturalisés.

On peut encore devenir propriétaire en justifiant pendant trois ans d'une dépense de 100 francs par an et par hectare.

Quoi qu'on en dise, les Arabes ne s'accoutument que difficilement au nouveau régime qui résulte de l'extension du territoire civil, ils veulent conserver toutes leurs anciennes habitudes, faire notamment pacager leurs bestiaux un peu au hasard; souvent ils franchissent les limites qui leur sont assignées : il en résulte pour eux des ennuis de toute sorte, de bonsprocès -verbaux, et de guerre lasse ils finissent par fuir devant cette civilisation que leurs mœurs et leur caractère ne leur permettent pas encore de comprendre

Et le fait n'est pas rare : on a vainement tenté par exemple de fixer les tribus qui habitent le sud du Tell. Le commandant, depuis général Margueritte, avait fait construire pour

(les nomades, doq loin de Djelfa, un village que des colons eussent été heureux d*habiter ; sous son administration ils y sont demeurés, mais à peine était-il parti qu'ils sont retournés à leurs tentes et à leur vie nomade.

Les Arabes ont des habitudes agricoles particulières qui tiennent à la fois à leur paresse et à l'aridité du climat. Très souvent ils ne labourent une étendue de terrain suffisante que lorsque les pluies leur ont donné la certitude ou l'espoir d'une moisson.

MRMDRURB D'UNB CHARRUE ARABB

Ils grattent la t( rre plutôt qu'ils ne la fouillent dans le voisinage de leurs campements auprès desquels ils réservent de grandes étendues de terrain pour les bestiaux. Plus tard ils labourent au contraire à remplacement du campement et des pâturages; ils pratiquent ainsi un mode d'assolement qui a sa raison d'être, laissant la terre se reposer par intervalles et se fortifier un jieu par les engrais qu'y déposent les bestiaux.

Parfois les nomades sont obligés de faire remonter leurs troupeaux dans le ToU pour y chercher les pâturages que la sécheresse leur refuse dans le Sud. Pendant que nous étions à Tiaret on a du mémo laisser pacager les bestiaux dans les forets ; c'est un remède extrême et souvent inutile» car les moutons qui étaient assez maigi'es et exténués pour ne valoir plus que 5 à 6 francs finissent par renoncer à brouter les

rudes pousses des arbustes à feuilles persistantes ou les touffes dediss qui leur mettent la bouche en sang. Ils meurent de faim au milieu d'une abondance relative dont ils ne peuvent profiter. Appliqué à temps, alors que les moutons ont encore une certaine vigueur, ce remède leur permettrait d'attendre la croissance rapide des brins d'herbe qui couvrent le sol quelques jours seulement après la pluie; mais comment sans l'aide des voies ferrées transporter en temps utile de pareilles masses des confins du Sahara jusqu'au Tell.

L'Oued-Tiaret, qui borne le Sersou au nord-ouest, coule au pied d'une chaîne de montagnes couvertes de pins, de genévriers, de lentisques, il conduit sans pentes fortes jusqu'à la magnifique vallée de la basse Mina. Sur sa rive droite gisent les ruines de Tekdempt, l'ancien repaire d'Abd-el- Kader. Toutes les terres qu'arrose la Mina sont splendides, leur valeur était bien connue des Romains.

La colonisation y fait des progrès, mais ils ne sont pas en rapport avec les ressourses immenses qui lui sont offertes.

Beaucoup de colons attribuent ce demi -insuccès à l'existence chez les Arabes de la propriété collective; ils souhaitent la création de la propriété individuelle. D'autres personnes bien autorisées repoussent ce desideratum comme irréalisable pour le moment, il leur semble intéressé et seulement dicté par l'espoir de pouvoir plus facilement acheter à vil prix les terres des Arabes pour les revendre ensuite avec profit, sans que la colonisation sérieuse puisse tirer un parti quelconque de ces perpétuels changements de propriétaires.

Del'Aïn Selsoul, on aperçoit très distinctement le Djebel - Sidi-el-Habet ou montagne carrée, immense témoin d'une érosion du terrain tertiaire. Son sommet est d'ailleurs à la même altitude (1180'") que les couches tertiaires qui s'étagent au nord de Tiaret ; c'est aussi celle du Djebel-el~Helliat qui

appartient cependant au terrain crétacé. Fait remarquable, les cuvettes qui percent le Nador et semblent avoir versé sur le Sersou les alluvions qui le couvrent, sont à peu près aussi à la même altitude.

On peut se figurer ce qu'était avant la période quaternaire cette plaine immense dans laquelle la mer tertiaire avait déposé ses marnes en nivelant leurs couches avec celles du terrain crétacé et quelle a dû être la violence des courants qui ont dénudé le tout et qui venant se heurter contre le massif du Djebel-Guezzoul ont produit par leur remous la cascade de la Mina qui a près de 50 mètres de haut et qui révèle, étant donné la cote de la Mina (850), et celle de la Montagne carrée (1180), une érosion de plus de 300 mètres.

Actuellement la Mina qui débite cependant plusieurs centaines de litres à la seconde n'est plus qu'un fiîet d'eau à côté des torrents quaternaires dont la puissance a Oêcru peu à peu. La cascade est aujourd'hui seulement un lieu frais et charmant où croissent les figuiers, les saules, les lauriersroses. Plus bas, la Mina fait marcher un moulin. C'est un coin de la vieille Europe jeté au milieu de l'aridité de l'Afrique,

Aïn-Mora. — Le 28 janvier nous sommes à Aïn-Mora non loin de la Mina. La pluie et le vent qui nous escortent depuis notre départ, ne nous abandonnent pas ; les tentes ont presque traversées par la pluie, et il faut des précautions infinies pour les empêcher d'être enlevées par les bourrasques qui succèdent aux ondées. Un de nos hommes est perclus de douleurs et incapable de faire un mouvement.

Les Arabes se plaignent, les chameliers ne peuvent faire pacager leurs chameaux qui sont exténués et qu'un temps auquel ils sont si peu accoutumés met presque hors de service.

Monsieur le commandent Dounier nous conseille amicalement dans une lettre, de ne pas mettre d'amour propre à persister à tenir la campagne et de rentrer momentanément. Pendant deux jours le vent fait place à la pluie et les opérations continuent.

Notre voyage, il faut bien le dire, a été d'une rudesse exceptionnelle. Le passage de la mission a marqué la fin de la sécheresse depuis le Tell jusqu'au Sahara.

Le jour les mains étaient glacées par le vent, on écrivait avec le poignet, à tout instant il fallait supporter les réclamations des Arabes, écouter les doléances des chameliers (El djemel macache manjayna morto, langue sabir), le soir, endurer l'humidité plus malsaine que le froid. Un peu de courage, un travail continuel entrecoupé par des temps de repos, et les jours passaient. L'entraînement, comme l'on dit, faisait le reste.

De l'Oued -Tahola, on pénètre dans la vallée delà Mina en contournant un mamelon parsemé de cailloux siliceux de toutes couleurs, qui marque la fin du terrain crétacé et l'apparition du terrain jurassique. Ses flancs sont hérissés de gros blocs de grès porphyroïdes de l'aspect le plus imposant. Au nord- ouest on aperçoit le marabout de Sidi-Ouada audessus de la chute de la Mina, au sud les deux marabouts deSidi-bel-Kassem père et fils. Le petit- fils, marabout aussi, mais heureusement pour lui non encore enterré et glorifié, est chef du goum qui nous escorte : « C'est un homme dans la force de l'âge, ses traits sont fins, ses yeux vifs entourés d'un cercle de keulh (sulfure d'antimoine). Le keulh protège les yeux des atteintes du soleil, prétend-on, en tout cas, il n'aura pas à redouter beaucoup les ardeurs de cet astre, comme le montre l'examen de nos observations météorologiques. Il montre volontiers comme une petite dame des mains bien effilées pour un Arabe, qu'il a eu soin de teindre de

henné frais avant de venir prendre son service. Il est beau cavalier, tire un oiseau avec une élégance qui, pour être un peu aflFectée n'est pas absolument disgracieuse. Un soir il m'apporte deux pilons de gigot entamés, je les partage avec lui, nous causons et il finit par me demander de lui envoyer une tente pareille aux nôtres. È finita la comedia. »

Son frère, marabout aussi, est borgne, je suis dans les meilleurs termes avec lui, je lui fais remarquer judicieusement ce qui semble lui faire plaisir, que le Dieu des chrétiens est aussi celui des musulmans (Allah-Ouahed). En échange de bons procédés, il m'accompagne dans toutes mes courses, il est très fier de porter une mire à éclimètre qu'il plante magistralement à l'emplacement que je fixe pour le futur campement ou pour guider l'opération.

Cette mire avec ses graduations mystérieuses, avec son voyant peint par moitié en blanc et noir revêt aux yeux des Arabes un certain prestige qu'ils ne cherchent pas à s'expliquer. C'est un bâton de commandement, c'est un marabout, depuis, leur vénération n'a point cofinu de bornes, car, malgré une surveillance incessante, la mire a été volée par les compères qui ne manquaient jamais de venir inspecter le lever du camp pour Técumer ensuite. Elle a été rejoindre les paquets de ficelle et les denrées dont les convoyeurs bourraient leurs poches. Peut-être a-t-elle tout simplement servi de bois à brûler.

La Mina. — La Mina jusqu'à Aïn-Mora et Ardja-bou- Koudmi coule dans une vallée assez large, elle découpe le nombre infini de ses méandres, et taille ses berges à pic dans les alluvions, son cours est égal; point de ressauts brusques ; elle reçoit le tribut des eaux qui coulent dans d'aulres petites vallées.

Ce sont d'abord l'Oued-Gasma, l'Oued-Masous, la vallée d'Aïoun-Berranis. Des sources lui apportent aussileurs eaux;

parmi celles-ci nous citerons Aïn-el-Beïda, Aïn-Tammemet, Aïn-Mora, etc.

La rive droite de la Mina est presque toujours formée d'escarpement de calcaires jurassiques, alors que les marnes dominent sur la rive gauche, qui est marquée par une plaine à peu près continue.

Cependant, avant d'arriver à Daîdia, à Ardja-bou-Koudmi (la halte du coup de couteau), les rives se resserrent. Peu à peu les couches de terrain deviennent horizontales, les hauts plateaux ne sont pas loin. Sur toute la ligne, les matériaux de construction abonderont.

D* Aïn-Mora, j'ai pu, dans une excursion circulaire aller jusqu'à rOued- Taffarahoua en passant par le caravansérail de Mellakou. De belles terres de culture produisent en abondance, dans ces régions, des céréales, blé, orge, maïs, du tabac, etc.

Les sources y sont abondantes; TAïnTourk notamment, arrose une plaine assez étendue. Les chaînes jurassiques qui courent de Test à l'ouest sont couvertes de forêts, de pâturages, de cultures. Du haut de l'un des sommets nous découvrons tout à coup une étendue de pays considérable, au nord ces régions tourmentées avec leurs pics couverts de forêts de pins et de genévriers ; ces marnes qui s'étalent dans d'immenses vallées qui semblent découpées au hasard : tout revêt un aspect grandiose et inattendu.

A deux pas de notre campement d'Aïn-Daïdia, on rencontre une sorte de trou de sinistre mémoire, les Arabes nous racontent qu'en cet endroit dont ils ne s'approchent que le moins possible, les Français ont fait un massacre épouvantable.

Les Arabes ont la religion des souvenirs, déplus les diverses manifestations de la force les frappent d'une crainte religieuse. Un des commentateurs du Coran, Abou-Saïd, n'a-

t-il pas écrit : « Soumettez- vous à toute puissance qui aura pour elle la force, car la manifestation de Dieu sur la terre, c'est la force. »

Ce sentiment se révèle même dans les détails les plus futiles, les Arabes ne tirent jamais l'aigle par exemple, car il arrive parfois disent-ils que ce puissant oiseau tue Thomme en lui laissant tomber une pierre sur la tête. Ce serait une raison de plus pour un Français de lui loger une balle dans le corps.

On comprend dès lors que les indigènes soient respectueux de Tautorité, tant qu'ils n'entrevoient pas la possibilité de se soustraire à son influence.

Les insurrections n'ont guère lieu que pendant les années d'abondance, lorsque Allah les a bénis en leur accordant de bonnes récoltes.

En temps ordinaire ils sont soumis, quoique difficiles à conduire, en ce sens qu'ils cherchent non pas à désobéir aux ordres, mais à s'y soustraire plus ou moins par toutes sortes de petites ruses. Ils rachètent leur servitude, croient-ils, par l'astuce et se livrent à toutes sortes de petites rapines qu'il serait trop long de détailler. Le caïd des Béni- Médiane, que nous avons vu à Aïn-Mora, nous avait recommandé de bien veiller à tous nos objets , particulièrement aux chevaux, ne répondant pas de la délicatesse des procédés de ses com patriotes.

Premiers jours de février. — La pluie ne nous laisse

aucun répit, nous devons pendant cette campagne la supporter vingt-neuf jours sur les quarante -sept, pendant lesquels des observations ont été faites. Le vent se ligue avec elle. Les bourrasques accompagnées de grêle sont fréquentes, un peu avant Daïdia nous sommes assaillis par la grêle qui en un instant couvre la campagne d'un manteau blanc de plusieurs centimètres d'épaisseur, qui, heureusement disparaît le lendemain.

Pour comble d'ennui le bois nous fait presque absolument défaut dans ces régions. Le jujubier sauvage (Zixyphits lotus), le tagga ou genévrier (Juniperus oxicedrus), ont complètement disparu, et cependant ils couvraient anciennement les croupes de toutes ces collines.

L'un d'eux est resté debout non loin du camp, c'est une haouïta, un arbre sacré aux branches duquel les Arabes attachent des lambeaux d'étoffes, gages de leur dévotion, et que le passant respecte religieusement comme le menu objet ou la pierre qu'ils viennent déposer dans son voisinage ou sous son ombre.

Les quelques touffes de guetaf (atriplex Halimus), de r'tem (Relama Duriœt) que nous rencontrons 'çà et là constituent à peine une maigre nourriture pour les chameaux, et lorsque vient le mogkreb (le coucher du soleil), nous n'avons rien de plus pressé pour essayer de résister à l'humidité que de nous enfoncer dans nos lits.

Nous arrivons avec cet affreux temps à Ras-Mina et à l'Aïn-Reïsa.

Nous passons devant les belles vallées de l'Oued-Tat, de

rOued-Tousnina, de l'Oued-Azzerem, de l'Oued-Eoubih, de rOued-Guiguep, elles sont bordées de plateaux ensemencés jusqu'au sommet.

L'Oued-Yat (Ouled zian cheraga) prend sa source à 12 ou 15 kilomètres de son débouché dans la Mina. 11 arrose de belles prairies entretenues par des irrigations qui semblent bien pratiquées. Son cours est alimenté par plusieurs sources, la plus importante prend naissance près du marabout de Sidi-Tahar-Zouabi, TOued-Tousnina, passe au pied du Djebel- Lachdar. Nous ne décrirons pas à nouveau Ras-Mina. (Voir Taperçu géologique.) Presque toutes les sources de ces régions sont pérennes, certaines d'entre elles, comme celle du Marabout de Sidi-Ahmed-ben- Abdallah, sont à température constante.

JLENADOR, VU DK LA VALLEE DB L OUBD-TAT

La première fois que nous avons campé à Ras-Mina, la terre était couverte du givre qui s'était formé pendant une nuit exceptionnellement froide, et c'était un curieux spectacle de voir ces eaux courantes et limpides traîner à leur suite, comme si elles eussent été enébullition, des nuages épais de vapeurs.

I» Il F I L DU II E R A U O U I

Toutes ces régions sont propres à la culture, l'établissement d'une voie ferrée donnerait lieu à la création d'un centre important et très salubre dans le voisinage de Ras-Mina. On retrouverait là les climats d'Europe. Ce serait un paradis à l'entrée des steppes.

En suivant la Reïsa jusqu'à sa source on atteint facilement la ligne défaite. Elle est constituée par un plateau de quelques

DE TIARKT k EL-MAIA

kilomètres de largeur qui mène par une pente douce jusqu'à

la vallée du Mekkemem-Rharbi (de Fouest),

ou du Mekkemem-Chergui (de Test), et de

là dans une vallée résultante de TArdjem-

Chara.

Nous avons parcouru les cours des Oued Guiguep-Azzerem-ïousnina, ce qui nous a permis de conslater la possibilité de franchir la ligne de faîte en remontant l'une ou Tauire de ces vallées.

Une de ces excursions nous a conduit jusqu'au Laclidar et au Herahoui sur lesquels se trouvent des ruines romaines importantes qui témoignent de Tintérêt qu'attachaient les conquérants de l'ancien monde à la possession de ces contrées. Nous dirons quelques mots des pyramides du Lachdar.

En allant de Ras-Miua au Lachdar, ou rencontre rOued-Guiguep,rOued Azzerem, « <f^/ puis l'Oued-Tousnina que l'on franchit non loin de l'Aïn-el-Kebour (la source des tombeaux), près de laquelle se trouve un cimetière. Les monuments du Lachdar sont à peu de distance de là.

Ce sont d'immenses pyramides analogues aux tombeaux qui, en Italie, servaient de sépulture aux hommes illustres; elles reposent sur un socle en pierre de taille percé sur la face qui regarde l'orient d'une ouverture par laquelle on pénétrait dans les ^

cryptes.

La pyramide principale est à peu près réduite à son socle.

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des débris de maçonneries encombrent l'entrée et masquent complètement l'emplacement d'une inscription qui a été recueillie par M. Mac Carthy, et dont on a donné l'interprétation suivante :

<c Je suis Soleiman le serdegos (strategos). Les habitants de cette ville s'étant révoltés le roi m'envoya contre eux, et Dieu m'àyant permis de les vaincre, j'ai fait élever ce monument pour éterniser mon souvenir. »

Il s'agirait ici de Salomon, général de Justinien.

La pyramide principale est largement écrétée, elle repose

L*UNK DBS PTRAMIDKS

sur un socle carré de 35 mètres de côté environ, les deux autres ont 25 à 30 mètres à la base, et 14 à 15 mètres.

Après quelques recherches nous découvrons enfin un orifice en demi-ellipse de 0'",30 à 0'",35 de hauteur maximum. Il faut donc se glisser dans cette ouverture pour arriver à pénétrer dans l'intérieur, si toutefois cela est possible. Un Arabe y passe son corps comme dans une filière, et nous annonce que la caverne est habitée par un chacal, il demande une bougie pour l'explorer. 11 disparaît un instant et revient quelques secondes après. Son camarade demande aussi une bougie pour tenter l'opération, un troisième montre la même bonne volonté ; il est clair que ces industrieux indigènes n'ont guère d'autre but que de se procurer à bon compte du luminaire et qu'aucun animal féroce n'habite ces mystérieuses cavités.

Nous nous glissons à tour de rôle dans ces couloirs où il faut cheminer à quatre pattes.

Après nn séjour d'une heure dans ce labyrintlie, je parviens en me réduisant à ma plus simple expression, à pousser devant moi une pierre plate sur laquelle j'ai pu copier quelques inscriptions. Mon spahi traîne avec lui des ossements de hyène,

de gazelle, de chien, de chèvre, d'âne, de mouton; il rapporte quelques magnifiques plumes de porc épie.

Les inscriptions que je reproduis ici n'ont pu être déterminées exactement. Ce devaient être des signes d'appareillage pour les architectes de l'époque. Toutefois le mot Cilla est bien romain. Que sign'fie-t-il? il serait assez difficile de le dire.

Cilla (XiUa) est le nom d'une ville de l'Eolide, célèbre par le culte d'Appolon,

Cillus-i [luWk) signifie âne.

Ceîvs-a-um se trouve comme nom propre d'esclave dans

une inscription ap. murât, sous la forme cilai pour cilœ. Cilo-onis est un surnom romain.

A d'autres plus habiles et plus érudits que moi, je laisse le soin de fixer le véritable sens de Tinscription et d'en tirer d'ingénieuses et intéressantes remarques.

La seconde pyramide, érigée sur le sommet principal, est mieux conservée, la distribution des cryptes est plus compliquée, les linteaux des portes qui y donnent accès sont décorés avec un certain goût. On pénètre dans Tintérieur par un escalier de sept marches, puis on aperçoit deux feuillures dans lesquelles devait glisser une énorme dalle qui constituait la fermeture extérieure; une autre feuillure profonde servait à loger une meule circulaire que nous avons retrouvée en place. Cette meule, roulée devant l'ouverture et fixée par

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