DU VOYAGE ET DES EXCURSIONS
Pendant que les opérations se poursuivent aux environs de Tiaret, l'expédition s'organise peu à peu.
Le commandant supérieur Donnier, dont la bienveillante amitié et les conseils expérimentés m'ont été si précieux, m'a mis en rapport avec l'agha des Harrars, El Hadj Kaddour Sarahoui, qui doit, sur une grande partie de notre route, pourvoir au remplacement des goumiers et des bêtes de somme.
El Hadj Kaddour a près de soixante -dix ans et en paraît cinquante à peine; il est grand, sec, vigoureux. J'ai été le voir dans la maison qu'il possède au bas Tiaret ; je lui ai fait comprendre quels seraient les avantages que le pays retirerait de l'établissement d'une voie ferrée, il est assez intelligent pour les apprécier. Il m'a assuré que tant que nous serions dans son territoire nous n'aurions rien à craindre, me faisant comprendre par un geste expressif qu'il répondait de la sécurité de la mission sur sa tête, m'a donné quelques renseignements et quelques conseils suppléant à l'insuffisance notoire de ses connaissances en langue française par des gestes qui, lorsqu'il s'agissait des propriétés éminemment purgatives de certaines eaux des hauts plateaux, ne laissaient pas que d'être d'un effet au moins comique.
Nous nous sommes séparés dans d'excellents termes, et j'en suis d'autant plus satisfait que l'agha jouit d'une grande influence chez les Arabes.
Il est marabout comme 1 étaient ses ancêtres, comme le sont ses flls, on m'a même dit qu'il avait son dekeur (oraison particulière à certains marabouts), son rite et même ses khouan (propagateurs religieux). C'est un ouali (saint) au petit pied doublé d'un homme profondément intelligent et adroit; il jouit d'une fortune considérable. C'est un djouad (noble), quoiqu'il ne soit pas chérif. Il a donné sa fllle à l'agha du Djebel-Amour qui lui a fait une gracieuseté semblable : aussi lui ai-je demandé une lettre pour ce dernier.
La caravane, composée de douze Européens, d'un spahis, d'un goum de vingt cavaliers des Beni-Mediane, de quelques chameliers et de seize chameaux, se met en marche vers la fin janvier. Les chameaux sont bien les animaux les plus insupportables de la création en pays habité.
L'essai de chargement que nous avons fait sur la place de Tiaret a été des plus instructifs pour nous.
Ces animaux ne peuvent supporter le bruit et le mouvement, ils ne sont pas habitués à porter les cantines et les mille objets nécessaires à une mission scientifique, plusieurs d'entre eux ont fui à peine chargés, et, dans leur course vertigineuse ils semblaient avoir des ailes que leur constituaient les cantines soulevées à chaque instant.
La terreur de ces animaux croissait alors en progression géométrique comme l'amplitude des oscillations de ces dernières jusqu'au moment où ils se débarrassaient définitivement de leur faix.
Aujourd'hui, 25 janvier ils sont plus calmes, mais manifestent la velléité de brouter tout le long de la route ; il faut absolument les faire entourer par les cavaliers. « Douroub el djemel », crie-t-on continuellement à ces derniers, mais ils ne s'astreignent que difficilement à cette marche lente ; ils voudraient partir en avant ou se disperser à leur gré. Il faut presque les entourer eux-mêmes et ne pas les perdre de vue.-
DE TIARET A I.L-MAIA 45
Que sera-ce lorsqu'ils auront devant eux les solitudes, Tappât de la chasse ou la perspective non moins séduisante pour uox d'aller à la dérobée manger un bon kouskous sous la la tente d'un ami.
A chaque instant l'air est fendu par les cris des chameaux que l'on force à se coucher pour mieux équilibrer leur chargement. On croirait qu'ils se gargarisent bruyamment. Ces plaintes leur sont arrachées par la douleur que leur occasionne toujours, en pareil cas, le froissement des plaies indélébiles qu'ils contractent en service.
Peu à peu ils s'habitueront à leur charge, les sokhkhrara (requis, convoyeurs indigènes) seront surveillés de plus près pendant qu'ils assujettissent le chargement et tout ira mieux.
Les chameaux pourront alors faire des étapes de 30 kilomètres par jour, mais c'est un maximum. Bien entourés et continuellement poussés, ils ne feront jamais plus de 4 kilomètres par heure en service courant. Au contraire, s'ils ne sont pas harcelés, ils mettront très bien cinq à six heures pour parcourir une dizaine de kilomètres, comme nous eu avons fait l'expérience entre El-Maïa et Tadjerouna; ils paissent alors tout en marchant.
Âïn^SelsOUl, Le Sersou. — Enfin nous arrivons à la bonne source de l'Aïn-Selsoul ; le camp est établi sur Tune de ces terrasses crétacées qui constituent au sud ,de Tiaret les premiers plissements du Sersou, les seuls accentués d'ailleurs, et qu'il ne faut pas chercher à traverser directement, mais bien contourner comme l'indique la carte en franchissant par un col qui est à peine discernable, tant le terrain est uni, la ligne de partage des eaux qui vont au ChélifiF par le Nahr-Ouassel et de celles qui y coulent par la Mina. Nous sommes dans la vallée de l'Oued-Tahola.
Les études que nous avons faites aux environs de Tiaret pendant la majeure partie du mois de janvier nous permet-
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tent d'indiquer trois solutions également praticables pour la jonction du chemin de fer saharien avec celui déjà étudié de Relizane à Tiaret, qui bien que classé et ayant fait Tobjet d'avant -projets réguliers, pourrait fort bien déboucher par le col de Torrich à la suite d'études définitives.
Dans ce dernier cas, le passage du col de Torrich à la vallée de TOued-Tahola serait on ne peut plus facile.
Si, au contraire, la voie en question arrive à Tiaret par la rive droite de TOued de ce nom, il sera possible d'y embran-