DÉCORATION DE QUELQUES LINTEAUX A L*INTÉRIEUR
nomment les Arabes. Ma curiosité n'a ete qu'à demi satisfaite» « Ilya longtemps, me disaient-ils, Seïd- Ali, grand kebir, luttait courageusement avec les Djouhala (Romains), dont le
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bled (terrain) était établi en cet endroit. Les Romains, qui étaient des hommes forts, craignaient cependant beaucoup Seïd-Ali, puisqu'ils s'enfermaient souvent dans ces constructions où ils avaient amassé des vivres et ne manquaient pas d'eau. »
Pressé de questions un indigène finit par me dire qu'un Romain avait un jour qu'il chevauchait, pris son cheval par les oreilles et l'avait lancé sur l'un des sommets en question.
La légende prenait un tour trop merveilleux et assez indécis pour que je jugeasse à propos de borner là mes démarches.
Les hants platsaux. — Le lendemain de cette excursion, nous pénétrons sur les hauts plateaux; d'excellentes sources marquent leur lisière nord; ce sont la Ksea, l'Aïn-Hamara, l'Aïn-Médrissa, etc., qui prennent naissance à la partie inférieure d'une assise corallienne très ferrugineuse.
Le goum des Harrars remplace celui qui nous a été donné k Tiaret *.
Les Harrars passent pour être particulièrement incommodes, et cependant nous n'avons jamais eu de meilleurs auxiliaires. Grands cavaliers, ils sont très fiers de leur talent et prennent un malin plaisir à entraîner sur leurs juments les chevaux de la mission qui ont reconnu leurs compatriotes du steppe. Ces courses folles doivent se terminer tôt ou tard par quelque accident. Un jeune et remuant goumier aime particulièrement ce jeu. Pour calmer son ardeur je l'emmène dans mes reconnaissances; plus d'une fois il entraîne mon cheval que je laisse aller d'abord, car je n'ai qu'à y gagner en rapidité. Vers les sources de la Médrissa, il renouvelle la plaisanterie en se lançant sur une pente raide, parsemée de cailloux tranchants à la poursuite, d'une gazeUe; j'arrête mon
i doum^eutdire levée (Qoum ou! leTons-nous!). La réunion des goams forme une sorte de landvehr.
infatigable étaloa, l'Arabe blesse son cheval : depuis le jeu ne lui offrait plus le même charme.
Plus fard le mien devait daus les raches du Djebel -Amour, faire une chute de 6 mètres en suivant une jument, rompre
en Icmlant un gci.évrier de 0"' 25 de diamètre et se faire seulement quelques légères êcorchures.
Le récit de ces événements fort peu importants peut paraître déplacé ici, cependant les missions ultérieures peuvent pro-
flter des renseignements que nous donnons sur les petits côtes des mœurs arabes.
L'explorateur doit être continuellement sur le qui-vive avec les chevaux ; il appréciera i)articulièrement ce conseil un peu prudhommesque, en apparence, s'il lui arrive par malheur de se rompre une côte ou de se fracturer quelque membre. Qu'il surveille ses chevaux lorsqu'ils auront passé la nuit chez les Arabes, ceux-ci les mettent souvent en liberté près des douars ; Texcitation inévitable qui résulte d'une nuit passée dans le voisinage des juments marque souvent la naissance de haines chevalines qui se perpétuent et s'accroissent pendant toute la durée d'une campagne.
En quittant le Helliatau matin, le cheval du spahis d'escorte, après avoir frappé le poitrail de celui de l'interprète, a gratifié le mien d'un coup de pied qui, fort heureusement a porté principalement sur l'étrier; ce dernier le lui a rendu quelques instants après.
Tout cela dans l'espace de quelques minutes, sans que le moindre mouvement désordonné ait pu faire prévoir la chose.
Le moqsem ou ligne de partage des eaux peut être franchi, nous l'avons dit, en suivant le cours de divers affluents de la Mina (Tousnina, Azzerem, Guiguep), on entrerait ensuite sans difficulté dans l'Oued-Medrissa.
A l'est une autre voie serait également praticable par la vallée qui débouche dans la Mina près du marabout de Sidi- Ahmed-Ben- Abdallah de laquelle on pourrait passer dans le Kibour, puis dans le Mekkemem.
Le lit des Oued Mekkemem, Ardjem-Chara, etc., est souvent à sec; seule la verdeur de la végétation qui les couvre indique le voisinage de l'eau qui pourrait être captée à peu de frais. La nappe souterraine que l'on doit rencontrer à peu de distance de la surface est entretenue par les sources et parles
infiltrations des eaux de pluie Son niveau est à peu de chose près marqué par le fond de grandes dépressions circulaires que Ton rencontre de distance en distance sur les plateaux qui s'emplissent en temps de pluie et constituent pour elle de véritables réservoirs d'alimentation.
Aïn-Chaïma. — Le 9 février nous campons à Aïn-Chaïma. Le sirocco par\ ient pendant quelques heures a dominer les vents de la région du Nord, en un instant il couvre tous les objets du campement d'une couche de poussière fine rougeàtre.
Il faut espérer que nous trouverons dans le sud un temps plus propice; cependant les aquilons triomphent, il faut fuir devant eux sous peine de voiries opérations encore interrom- ' pues, et c'est poursuivis par la grêle et par des bourrasques que l'on voit courir sur ces surfaces dénudées avec la rapidité de l'éclair que nous nous dirigeons vers Aïn-Guétifa. Sur tout ce parcours, point de sources, aucun point saillant qui puisse marquer l'emplacement d'un camp, la caravane ne doit précéder que peu les opérateurs, je les guide Tun par Tautre et le soir, après une journée exténuante, pendant laquelle nous avons triangulé 14 kilomètres de tracé au galop, donnant les signaux à coups de fusil, nous bivouaquons dans les solitudes du steppe. Les bagages sont attachés aux tentes, pendant la nuit une terrible bourrasque arrache presque ley cordes qui les maintiennent. Grâce à cette précaution les tentes ne sont toutefois pas enlevées.
Le lendemain, au point du jour, nous reprenons la route fl'Aïn Guétifa, nous voyons se dérouler devant nous le curieux panorama des hauts plateaux. Au sud les monts Sebgueg, Aïn-Sidi-Ali, etc., découpent l'horizon de leurs chaînes bleuâtres. Les montagnes du nord de Gery ville soat encore couvertes de neige. Les collines et les mamelons du Sersou, ont cédé la place à de grandes ondulations qui vien-
nent mourir sur les flancs des Hamadad (de hami : chaud), quaternaires, dans lesquelles les chotts (rivages), et les sebkhas (filets, réseaux), ont creusé leurs capricieux ravinements.
Les deux pics du Helliat bleuissent au loin ; ils semblent deux gigantesques observatoires.
De distance en distance des gours (témoins), rompent la monotonie de ces immenses surfaces, nous appercevons au nord des dra (collines allongées), et quelques coudiya (mamelons isolés), qui marquent la fin des chaînes de montagnes.
Un mirage puissant dentelle Thorizon : on dirait une houle dont les vagues se poursuivent incessamment. Les Arabes nomment cela : « les troupeaux de gazelles ».
Nous sommes en effet dans leui s domaines; la surface des redirs conserve les traces de leur passage, nous les apercevons par troupes nombreuses: c'est le sin^ espèce particulière aux plateaux.
Un meha ^xi\\\o^e( Antilope addai"), se montre comme un point noir à Thorizon.
Le soleil que nous voyons à peine depuis longtemps apparaît radieux, et ramène la gaieté; nous marchons au son d'une flûte qui accompagne le chant monotone et nasillard du barde de la troupe, puis nous apercevons une plaine blanchâtre couverte d'efflorescences ; c'est Aïn-Guétifa.
Nous avons le plaisir d'y rencontrer le capitaine Gillet, chef de bureau arabe de Tiaret; nos estomacs apprécient fort le supplément de nourriture que leur procure la difa offerte par le Caïd des Ouled-Addou. Depuis longtemps nous n'avons guère d'autre viande que des kangas, sortes de pigeons coriaces, qui passent par milliers en se dirigeant vers le nord, et quelques morceaux de mouton décharné.
Fort heureusement le pain biscuité s'est conservé tendre, c'est une précieuse compensation.
68 ÉtUDE D'UN CHEMIN* DE FÉR
Nous sommes dans le petit Sahara, et cependant nous laissons avec bonheur, derrière nous le Tell et ses frimas.
Le combustible ne nous fera plus défaut, Thalfa (Stipa tenacissimajj commence à faire son apparition accompagné du chih (Artemisia herba alba) ou armoise, du harrael (Peganum harmala). Les souches de guetaf (Atriplex halimus), les branches de jujubier sauvages (Zizyphus lotus) le r*tem (Rétama Duriœi) ne nous manqueront pas. Rien de réconfortant comme un bon feu devant la tente, sur tout lorsqu'il fait — 7° pendant la nuit.
Le terrain est si peu mouvementé que le cheminement succède dans les opérations à une triangulation qui devient inutile.
Les puits d'El-Cora sont à sec, car il n'a pas plu depuis fort longtemps. Ceux d'Aïn-Guétifa, donnent encore de l'eau qui comme toutes celles des mengoub (puits creusés dans le tuf) est très saline. En revanche la source près de son point d'émergence donne une eau assez potable; les Arabes malpropres comme toujours, y ont abandonné les entrailles d'une gazelle. Plus loin le parcours du ruisseau auquel elle donne naissance et qui se déverse dans le Chott-Chergui est marqué par des efflorescences fortement magnésiennes qui blanchissent ses rives.
J'ai décrit ailleurs le Chott, que j'ai exploré dans sa partie est; «es rives sont bordées d'un liseré blanc très magnésien; une plaine de sable (re^nel) s'étend vers l'est, on y observe quelques zemlas (dunes allongées) de quelque importance qui courent de l'ouest à l'est.
Plus à l'est les gours simulent de véritables montagnes aux yeux des voyageurs qui les aperçoivent de loin ; l'un d'eux a reçu des Arabes le nom de Djebel-Mousserah (la montagne sale), puis on rencontre l'ancien rivage du lac qui s'annonce par quelques monticules principalement formés de gypse dont les mille paillettes scintillent au soleil.
DK TIARET A EL-MAIA
Le sable est a peu près fixé par des tamaris, des touffes d'halfa, de drin (Harthratherum pungens), sorte de chiendent dont les racines s'enchevêtrent et forment un réseau très résistant. Le drin est le fixateur par excellence des dunes.
Sur les bords de la Sebkha, croit le harmel, très employé par les toubibs (médecins) arabes dans les cas de folie. En brûlant cette herbe avec de Tencens et en respirant la fumée on peut, me raconte un goumier, se mettre à Tabri des attaques du Djnour (démon).
L'infusion de harmel a des propriétés ennivrantes particulières. On rencontre aussi dans les sables le goulf ou sennak, qui rappelle rhalfa et dont les moutons s'accomodent fort bien. Le Chott fournit d'ailleurs d'excellents pâturages pour les chameaux.
Le soir du vendredi 13 février, vers 9 heures, j'observe à Aïn-Guétifa un magnifique bolide blanc qui illumine le ciel pendant six à sept secondes et parcourt une trajectoire inclinée à 30° environ sur l'horizon.
Âskoura. — Le 14 nous passons devant El- Beïda (le blanc) où se trouvent quarante mengoub.
On voit sur le Chott les traces de gazelles des sables f^rmj qui le traversent impunément en été, mais s'y engloutissent en hiver lorsque pressées par les chasseurs elles sont contraintes d'y chercher un refuge. Les Arabes s'avancent alors sur ces forets qui ne pourraient les supporter debout, en rampant sur
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leurs burnous et parviennent à capturer vivants ces animaux.
La ligne traverse la plaine de sable sans difficulté; on pourrait au besoin l'éviter, ce qui nous paraît inutile, en la déviant un peu vers l'est.
En allant vers Askoura, la terre se couvre de diss, de sunerah (excellent fourrage) et d'halfa.
Près des puits de Sunerah, trois pierres plates établies sur un petit monticule marquent Tendroit où est mort le père de Tagha des Harrars : C'est là qu'après avoir lavé son corps, on l'a repris pour le transporter dans la sépulture de ses pères.
Les terres qui, près d'El-Beïda sont assez salées pour se refuser à toute espèce de culture pourraient donner ici de bonnes récoltes, si l'eau les favorisait ; elles produisent cependant de bons fourrages.
Le Helliat. — Le dimanche 16, une seule course me porte en une matinée d' Askoura au campement de Maanetah, à l'est des Helliat. J'ai traversé une plaine de bel halfa, parsemée de campements, qui n'est interrompue du nord au sud que par
LK SE B ou KG VU DU HELLIAT (aspect des iTiamPS crétacées)
les dépressions de la daj^a d'Askoura et du Chott, et règne sans discontinuité, depuis le sud du Nador jusqu'au Djebel- Amour. L'agha m'a reçu très cordialement et m'a offert démonter son propre cheval. Les Harrars entretiennent une race de chevaux splendide : jamais je n'avais vu parmi les chevaux arabes de pareilles encolures et une taille aussi développée. L'agha, comme l'indique la qualité d'hadj dont son nom est précédé, a été en ziara (pèlerinage) à la Mecque. Il est très considéré chez ses compatriotes. Au milieu de sa famille,
DE TIAItKT ,
entouré de ses trois fils, marabouts comme lui et caïds, caressant une charmante petite fille qui est l'orirement et la joie de son âge avancé, escorté de ses ousci/s (confidents, intendauts), qui lui donnent les marques d'un grand respect, se courbent devant lui pour recevoir son fi-appemenl de mains, viennent baiser sa tête lorsqu'il marche ou qu'il est assis, il me rappelait ces anciens patriarches, comme on aime à se les figurer d'après les récits de la Bible.
Après le repas je suis reparti en compagnie de 1 un de s fils pour explorer le \ oisim{,e le pi^ sige que 1 on embras
d'un coup d'œil du haut du Helliat est splendide : de tous côtés la mer d'halfa pars^emée de points noirs qui sont des campements. Un peu au nord les deux Oudenen-Sha (oreil-
les (lu lion), qui avec d'autres collines enceignent un charmant amphithéâtre plein de fraîcheur et de verdurej: c'est une Suisse en miniature au milieu du désert. Les sables ont bien tenté l'escalade des pics principaux, mais ils se sont arrêtés vaincus à leur pied.
Des marabouts vénérés avaient établi leur demeure sur ces sommets qui devaient être fréquentés même dans les temps préhistoriques, comme le révèle la grande quantité d'éclats de silex que Ton y rencontre.
Le soir, le spectacle est encore plus imposant.
L'immense plaine est parsemée de feux.
Plus près c'est le campement de l'agha : femmes et hommes viennent jeter dans les brasiers de nouvelles touffes d'halfa ; de tous côtés les flammes s'élèvent longues et serrées ; les Arabes qui les avivent ressemblent à des génies dans leur élément.
Nous n'oublierons jamais cette journée. Le soir, nous nous étendons sur un frash (lit) épais, nous posons nos têtes sur de bonnes stronbias (coussins) et nous nous endormons sans regretter les plus moelleuses couches de l'Europe.
A Maanetah, près du campement, existent trois puits creusés par des Français ; ils donnent une eau excellente. Il en serait de même de tous ceux qui, dans des circonstances favorables; iraient chercher le terrain crétacé.
D'Askoupa à Kheneg-es-Souk. — D'Askoura à Kheneges-Souk (le défilé du marché) la ligne remonte de l'Oued- Sidi-Naceur sans difficulté. Cette rivière est à sec jusqu'à cette dernière localité. Les crues ont profondément raviné son lit en certains endroits, ailleurs son cours n'est marqué que par un courant de sable fin qui circule sous l'action du vent, et par la vigueur d'une végétation d'arbustes particuliers parmis lesqu(4s je citerai le remtz (Caroxilon articulaiîwijy le baguel (Arabasis articulata), le damran (Traya-
7ium nudaUim). Les rives sablonneuses sont fixées par du drin du metsnen (Passerina hirsuta) dont les touffes sont encore consolidées par le lichen (Parmelia esculenta) Sur les coteaux abrités le nessi (Arthratherum plumosumj dresse ses épis fins et soyeux qui ondulent mollement au souffle du vent. Kheneg-es-Souk est un point de passage très fréquenté par les caravanes et les voyageurs. L'Oued-Sidi- Naceur se perd ici dans les sables près du défilé où il donne une eau assez potable et agréable au goût A Test de Kheneg, on voit une petite tour, sur la rive ouest est établie une enceinte avec fossés et parapets flanquée aux quatre angles de réduits en maçonnerie. Cet ouvrage fut occupé par Sidi- Hamza lors de l'insurrection de 1864.
La tour doit être un vestige des anciennes constructions qui avant l'occupation française étaient destinées à faciliter la perception de Timpôt de hack ou lenia (défilé) ou droit de passage.
Le cours visible de TOued-Sidi-Naceur est plus étendu le matin qu'après les chaleurs de la journée.
L'halfa couvre les plateaux qui bordent ses rives.
La vallée est parsemée de silex taillés, anciens et modernes.
Sidi-Naceur. — Le 19 nous arrivons à Sidi-Naceur au bruit d'une tharaka (fusillade). Le caïd d'El -Breïda, Sidi- Naceur, fait exécuter une fantasia en l'honneur du marabout son père, qui est enseveli dans la koubba qui porte son nom. Il y passe la nuit en prières.
Le lendemain je pars pour Geryville en suivant la ligne de partage des eaux pour trouver un col d'un accès facile. Le soir après avoir parcouru 85 kilomètres je couche à Stitten; le caïd de l'endroit profite de mon passage pour prendre une bonne leçon d'hydraulique agricole. Le lendemain je suis à Geryville où il m'est possible de constater l'existence d'un passade qui conduisant à Sidi-el-Hadj-ben~Ahmer permet-
trait (l'aller rejoindre un tracé transsaharieu occidental. Je reviens à Sidi-Naceur par TOued-el-Hadjet, fraîche vallée riche en terres de culture et en pâturages, suivant laquelle un tracé pourrait être établi facilement.
Stitten est bâti sur une éminence encaissée dans un véritable amphithéâtre de montagnes. Des jardins délicieux bordent TOued-Stitten. De la Koubba d'Abd-el-Kader. la vue embrasse l'ensemble de cette puissante formation de grès dont nous avons parlé ailleurs.
Le ksel est couvert d'halfa, de genévriers, de chênes verts kerrouch (Quercus ileœ), de chêne ballotte (Quercus ballotta). On le longe en passant près des marabouts Sidi- Ahmed et Sidi-Mohammed en revenant de Geryville à Sidi- Naceur, on rejoint loued de ce nom près du Guern-el-Khachoua, mamelon sur lequel eut lieu un combat sanglant entre les Français et les soldats de Sidi-Hamza.
Oued-Massin. — Le 23, nous arrivons à Aïn-Massin. L'Aïn-Massin, comme TAïn-Trisset qui peut-être considéré comme la véritable source de l'Oued Massin, débite une eau à peu près potable. Ces deux sources prennent naissance dans le terrain crétacé, leurs eaux se chargent de sels surtout par leur passage à travers les alluvions quaternaires.
Les rives de l'Oued Massin comme celles de toutes les rivières de cette région sont couvertes d'efflorescences.
J'ai reconnu trois tracés praticables pour franchir la ligne de faîte du Djebel- Amour.
Le premier suivrait d'abord l'Oued- Kseub un des affluents de la rive droite de l'Oued-Sidi-Naceur. dans lequel il se jette près du marabout de ce nom. Son parcours est jalonné par de bonnes sources. On le remonterait jusqu'à son point le plus haut, puis en traversant un des cols du Djebel- Euvreid. On pourrait continuer la route par l'Oued-si-Sliman jusqu'à Sidi-Tifour et de là jusqu'au Kheneg-Melah.
Le second remonterait rOued-Sidi-Naceiir, jusqu'à l'embouchure de rOued-Massin, suivrait cette rivière jusqu'à Aïn-Massin, remonterait TOued-Trisset jusqu'à Ras-Trisset, et passerait de là, sur le plateau des monts Euvreïd, pour longer ensuite le Meklemza et le kelal qui sont sur le versant opposé.
Le troisième suivrait le long de TOued-Sidi-Naceur la même route que le précé lent, remonterait TOued-Sbéhi qui se jette dans TOued-Massin près de son embouchure, puis rOued-el-Houïd jusqu'au Kheneg-Laghout * qu'il franchirait pour rejoindre l'Oued- Kelal.
Le 26, nous sommes assaillis au débouché' du Teniet-Laghout par une pluie torrentielle que nous amène un orage violent. La pluie continue encore pendant quelques jours C'est au point que les habitants de Sidi-Tifour viennent nous souhaiter la bienvenue en nous félicitant de leur amener de l'eau. Ils attribuent volontiers à notre passage cet heureux changement de temps. Depuis trois ans ils n'ont pas été à pareille fête.
Voukil ou gardien de la koubba nous témoigne toute sa gratitude en faisant l'appel de notre monnaie qui va grossir le maigre trésor du saint ou les poches de son intendant.
Pour ne pas rester en retard de bons procédés, le petit-fîls du saint notable de l'endroit, qui a gagné un petit pécule dans le rétamage des casseroles à Laghouat, nous vend les denrées à des prix exorbitants. Je crois lui faire une légère gracieuseté en donnant une pièce d'argent à son enfant, il me demande imperturbablement pourquoi je ne lui donne pas 20 francs.
Un de ses compatriotes tout aussi généreux, nous offre pour la modique somme de 60 francs, un arvici (mouflon à
1 Tenia^ Uniel est l'entrée d'un défilé, le défilé se nomme kheneg^ par corruption kang.
manchettes) (Oris tragelaphus) que je m'empresse de lui refuser. L*arvici ou fechtel descend parfois dans la plaine et peut alors être cerné et pris par les cavaliers.
En montagne il est fort difficile à atteindre, se laisse rouler de roc en roc en exécutant sur ses genoux qui sont munis d'un muscle très élastique et sur ses conies des pirouettes fantastiques.
Comme les gens de Bou-Alem, ceux de Sidi-Tifour vivent ou plutôt végètent dans un état d'abjection repoussante. Leurs masures sont infectes. Ils ont sous la main de l'eau en quantité et d'excellentes terres, et c'est à peine s'ils récoltent ce qui leur est nécessaire. La paresse et la malpropreté s'étalent au grand soleil.
On nous amène des femmes, des hommes, des enfants couverts d'ulcères ou de granulations. Quelques soins de propreté permettraient pourtant de restreindre le champ de l'infection. Je ne puis m'empêcher de manifester mon dégoût au caïd de Bou-Alem, en lui recommandant de contraindre ses administrés à la propreté. Cette marque d'intérêt le fait sourire, ceux qui l'entourent chuchotent entre eux et se demandent sans doute quel secret mobile peut me pousser à leur faire une semblable recommandation.
Enfin nous campons dans l'Oued-Sidi-Tifour au milieu des figuiers, des pistachiers, des tamaris, des jujubiers sauvages qui nous fournissent les éléments d'un feu homérique qui dessèche hommes, tentes et bêtes.
J'ai déjà parlé de mon excursion à El-Richa-Khadra, etc. De belles forêts de genévriers, de faux thuyas, de pins d'Alep couvrent cette partie du massif du Djebel- Amour. Les pâturages y abondent. En revenant au rocher de sel, je reconnais le Kheneg-Tagout qui permettrait au besoin le passage du Djebel-Beklef pour une voie ferrée venant par la vaUée de J'Oued-Kebala. Cette dernière devrçiit d'ailleurs trçivçrser çn
De TiARET A EL-MAIA
soulerrain les montagnes qui se dressent au nord de la Taouïala. '
Près de la montagne de sel nous i f^l r j
rencontrons deux caravanes qui viennent du sud ; quelques jours auparavant nous en avons croisé une, au débouché du Kheneg-Laghouat; elle était composée de soixante cliameaux portant de Tiaret au M'zab des grains et quelques menus objets. Notre tracé suit une des routes les plus fréquentées qui mènent du Saliara au Tell.
Les eaux des oueds Ammouïda, Sidi- Tifour et Kebala se réunissent à l'entrée du Klieneg-Melali et forment l'Oued Melali dont les eaux se chargent fortement de sels en longeant le Djebel-Melah; plus loin l'Oued-Melah prend le nom d'Oued-Zergoun. Son cours visible disparaît en amont de Tadjerouna; il porte souterraiiiement le tribut de ses eaux au Saliara.
Le passage du Klieneg-Melali n'offre pas de difficultés spéciales; on pourrait au besoin cependant éviter la plupart de ses coudea par le Klieneg- Medgouk qui, longeant le bord ouest de l'éruption gypso-saline, vient déboucher dans le Kheneg-Melah près de l'Aïn-Taiba. Les eaux de cette source \f'
sont bonnes; quelque palmiers l'abri - ^'
tent, ils annoncent l'approche du Sahara.
Au sortir du défilé nous apercevons les collines d'El-Mai'a.
78 ETtiDK DUX CHKMIN DK FER
Le village d'El-Maia, Ei-Moui, EI-Mouïa, eau, puits), se dresse sur le flanc ouest d'une ilécoujiure par laquelle l'Oued- Mellala se rend dans le désert. Du Kheneg jusqu'à EI-Maïa s'étend une plaine couverte d'halfa, de guétaf, de r'tem. Dans les bas-fonds croissent des tétoums (Pistacia allantica) séculaires, ils ombragent quelques redirs.
L'Oued-Zergoun qui la traverse de part eu part se perd dans les sables qui bordent au nord la daya de Tadjerouna; ses eaux alimentent les puits de cette localité.
Depuis l'insurrection, El-Maîa est k peu près abandonné, l'oasis dépérissait faute de soins, aujourd'hui le village se repeuple peu à peu.
Un bassin avec retenue est alimenté par l'Oued-Mellala et par une source, il entretient une certaine fraîcheur et fournit l'eau nécessaire h l'arrosage des jardins, dans lesquels les indigènes cultivent ii l'ombre des palmiers de l'orge, du blé, du maïs, des légumes et entretiennent fort mal du reste des grenadiers, des abricotiei-s.etc.
Le campement des Ouled - Yacoub est situé en ce moment à quelques kilomètres au sud d'El-Maïa. Le lendemain de
D]E TiAKET A KL-MAIA 79
notre arrivé, au inalio, il nous offre la difa. Les femmes chargées de préparer le repas, sont portées à dos de chameau dans des athaihieh (palanquins) qui les voilent à tous les regards. Elles se tiennent ensuite dans des tentes que l'on vient dedresser à une certaine distance du camp. Le caïd des Ouled-Yacoub réalise le type de l'urbanité la plus parfaite; il parait que, farouche en ce qui concerne l'honneur de sa famille, il a mis à mort il y a quelques années une de ses parentes surprise en flagrant délit d'adultère.
&ï^S^^£gé^
Nous allons visiter ensemble El-Maïa. La plupart des villages du Djebel-Amour sont bâtis en lobb (briques crues sécliées au soleil), au contraire, la plupart des maisons d'El- Maïa sont bâties avec du (mc^eîJi^f, sorte de mortier plâtreux qui provient de la cuisson des calcaires gypseux et acquiert à la longue une grande résistance.
Les Ouled-Yacoub sont les convoyeurs du désert dans ces régions; ils retirent un profit notable de la location de leurs chameaux.
L'Oued- Zergoun, est comme dit M. le général de Colomb,
leur paradis terrestre; ils nourrissent sur ses rives de gras et nombreux troupeaux de chameaux et de moutons.
Devant nous s'étend le Sahara avec ses grandes ondulations*. La sécheresse n'a pas encore détruit cette végétation qui verdoie dans le fond et sur le flanc nord des dépressions. De temps à autre des pistachiers marquent presque inévitablement l'emplacement de redirs. Le drin dresse dans les sables qui bordent les oueds sans eau, ses touflFes hautes et épaisses. 11 fournit un grain ténu et long que certains nomades, les Chaamba notamment, récoltent pour leur propre nourriture.
Ces terrains à peine ondulés se continuent jusqu'à TOued- Loua et aux contreforts dolomitiques de la sebkha du M*zab. On peut s'y rendre par Tune ou l'autre de ces grandes vallées qui courent dans cette région du nord-ouest au sudest.
L'Oued-Mehaïguen, notamment, est assez fréquenté. On le suit jusqu'à Siba-Redjera où il s'infléchit vers le sud-ouest, pour de là se diriger en droite ligne jusqu'à Chaïb-Rassou. Cet itinéraire a été suivi par MM. Rocard et Pomel. Sur tout le parcours le terrain est plat, uni et ferme. La végétation vivace qui croit dans le lit de la vallée indique la proximité de l'eau.
Dans rOued-Zergoun il suffit en certains endroits de creuser dans le sable une excavation peu profonde pour la rencontrer.
El-Maïa était l'objectif de notre étude. Le 12 nous le quittons pour nous diriger sur Tadjerouna, El-Haouita et Laghouat. Le chef d'annexé d'Aflon, M. le capitaine Meunier, nous accompagne. Sa présence nous vaut le spectacle d'une
i On y trouve le dheO (lézard à queue massive qui habite les rochers), le ounrann (lézarda queue effilée qui se blottit dnns les sables;, lo Vulpes finet ou renard des sables, le lièvre blanc, etc., etc.
fantasia vingt fois renouvelée au cours de la route. Les ca- Taliers Arabes prennent du champ, se précipitent à notre rencontre et déchargent leurs fusils dans notre direction en arrêtant instantanément leurs coursiers.
Le caïd des Ouled-Yacoub, tireur aussi passionné qu'émérite, prend part à l'action en déchargeant au grand galop une carabine à répétition chargée à balles. Nous disons adieu à El-Maïa.
La campagne est terminée, le résultat obtenu satisfaisant, nous n'avons été inquiété que par le mauvais temps, et c'est à peine si nous nous souvenons que quelques temps avant notre arrivé à El-Maïa, six cents goumiers campaient près delà, prêts à courir sus aux Ouled-Sidi-Cheikch dans le cas où il leur aurait pris l'audacieuse fantaisie de compléter le coup de main récent de Brezina par une nouvelle incursion.
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