‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 1 sur 27 · II NOTE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

II NOTE PRÉLIMINAIRE

seconder les vues et faire exécuter les décisions. Mais, en fait, isolés par la distance et par le manque de communication, pressés par les événements qui se succédaient avec une effrayante rapidité, ils étaient souvent, comme on pourra le constater, dans l'obligation d'agir par eux-mêmes, sauf à demander plus tard, une fois les choses faites, l'assentiment de leurs supérieurs hiérarchiques. C'est ainsi qu'on voit M. A- Jullien prendre des arrêtés» procéder à des élections municipales, donner des ordres aux antorités civiles et même aux autorités militaires, avant d'avoir le tempa de prévenir ses chefs ou de les informer de ce qui se passe.

J'ai tenu à publier le manuscrit, tel que je Taî retrouvé dans des papiers de famille, tout encombré de discoars» d'adresses à la Convention, de lettres particulières, d'arrêtés et de pièces officielles. Il m'a semblé qu'il offrait ainsi plus d'intérêt. Cette masse de documents relatifs à tant d'affaires diverses, à tant d'événements tragiques, donne bien, à mon sens, l'impression de la confusion où l'on se trouvait alors, et des difficultés, en apparence insurmontables, que présentait la situation.

C'est le chaos. La République et la France sont trahies de tous les côtés à la fois. La guerre civile se greffe sur la guerre étrangère. Tandis que les Allemands menacent nos frontières, les Vendéens menacent Paris. Le parti royaliste donne ouvertement la main à l'étranger. Des Anglais, des Prussiens, des Autrichiens et des Russes, conduisent, sous les ordres de La Rochejaquelein, de Stofflet ou de Charette, les colonnes insurrectionnelles. Le Cotentin e,t la presqu'île Bretonne se trouvent sous le coup d'un débarquement et d'une invasion. Nos officiers de marine ont presque tous déserté. Les uns, comme à Toulon, ont livré nos vaisseaux à l'ennemi; les autres se sont dispersés en Europe. Nos escadres n'ont plus de chefs; nos matelots ont perdu l'habitude de la disci-^ pline ; nos ports de mer sont sans défense ; la protection de nos côtes n'est pas assurée. Les armées républicaines, mal dirigées et mal commandées, pour la plupart, se laissent battre ou surprendre; les généraux se jalousent ou cher-

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chent à prolonger indéfîniinent la lutte ; les vivres, les habits, les souliers, les munitions manquent à la fois aux troupes. Tandis que les campagnes sont en feu, la réaction envahit les villes : elle y entretient la division et la haine. D'anciens soldats vêtus en gardes nationaux, armés et payés par les adversaires de la Représentation nationale, terrorisent les populations urbaines. Quelques proscrits girondins, soutenus par des amis dévoués, parcourent le pays en prêchant le fédéralisme et la révolte. Partout Tautorité du pouvoir central est méconnue ; nulle part la loi n'est obéie. Même dans les grands centres, on ignore les décrets de la Convention que la Poste, interceptée, n'apporte plus. Les municipalités sont livrées à elles-mêmes. Les bourgs, les villages, s'arment, s'approvisionnent, s'organisent à leur fantaisie et comme ils peuvent. La guerre, dans un perpétuel va-et-vient, tantôt s'éloigne d'eux, tantôt les enveloppe et les isole. Les routes sont infestées de malfaiteurs. Le tocsin sonqe le jour et la nuit. Des bandes de paysans se ruent sur les maisons isolées, où de grands incendies éclatent tout à coup. Les Vendéens pillent, rançonnent, tuent là où ils passent. On ne sait jamais où est l'armée catholique et royale : elle apparaît à Timproviste, soit devant une place forte, soit devant un campement républicain, sans qu'on puisse deviner d'où elle arrive. Des foules effrayées fuient devant elle, qui viennent demander asile aux représentants du peuple ; les réquisitions ne produisent presque rien; la levée des conscrits est devenue à peu près impossible; les assignats n'ont pas cours; l'argent fait absolument défaut. Et pour comble de maux, les violences et les brigandages d'une poignée d'énergumènes, commandés par des amis de Gart'ier, anciens royalistes devenus ultra-révolutionnaires, achèvent d'épouvanter la contrée et compromettent la cause de la République.

Il faut remédier à tout cela : réorganiser la marine; reconstituer les escadres , former nos matelots à la discipline et au respect ; armer les ports ; protéger les côtes menacées ; mettre à la raison les généraux, et les obliger à un accord nécessaire ; donner aux soldats des vêtements et des armes; tenir la

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