‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 2 sur 27 · IV NOTE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

IV NOTE PRÉLIMINAIRE

réaction en bride; entraîner les modérés; calmer les impatients; résister aux violents; enseigner aux municipalités leurs devoirs : faire pénétrer les principes républicains dans un pays où Ton parle à peine français ; expliquer la politique de la Convention, son rôle, le but qu'elle poursuit au milieu des factions ; commenter et traduire la Révolution au jour le jour et à mesure que les événements se déroulent ; pourvoir à tous les besoins; satisfaire à toutes les réclamations; réformer tous les abus; punir toutes les fautes; réparer tous les désastres; soutenir la guerre sans troupes; équiper des armées sans argent; apaiser Tâpreté des rivalités locales; rendre au pouvoir central son autorité et son prestige; apprendre ce qu*est la patrie à des populations qui l'ignorent; sauver la France que les fédéralistes prétendent morceler et que les royalistes veulent livrer à l'ennemi.

Autant les difficultés sont grandes, autant sont restreints les moyens d'action. C'est par des prodiges d'habileté et d'énergie que les commissaires de la Convention parviennent à faire — selon le mot célèbre — « de l'ordre avec du désordre ». Pour venir à bout de cette anarchie militaire, administrative, financière, sociale, ils déploient un esprit politique admirable. En deux jours, ils rétablissent la discipline dans la flotte, et rendent les matelots à eux-mêmes. L'armée de terre ne les préoccupe pas moins. Ils récompensent certains généraux; ils envoient les autres devant le tribunal révolutionnaire, usant tantôt de sévérité, tantôt d'indulgence pour obtenir cette unité d'action sans laquelle la victoire est impossible. Les documents se rapportant à la guerre, qu'on trouvera épars dans ce volume, donnent une idée de la violence des luttes engagées entre le pouvoir civil et l'autorité militaire. Est-il vrai que certains chefs de corps s'entendissent avec l'ennemi pour faire durer les hostilités, et bénéficier ainsi d'un long commandement ? A lire certaines dépêches et certaines lettres, on le croirait volontiers. Ce qui paraît certain, c'est que nos officiers supérieurs, jaloux les uns des autres, se refusaient mutuellement leur concours. On ne pouvait les forcer à l'union qu'en les menaçant d'un châtiment

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terrible, et pour les contraindre à la solidarité, il fallait leur appliquer cette formule célèbre : La victoire ou la mort.

Mal secondés ou trabis par les autorités locales, les commissaires de la Convention administrent et gouvernent au moyen des sociétés populaires. Le club devient, ainsi, le seul pouvoir sérieusement constitué du département et de la commune. On le fait nommer par acclamation, sur des listes préparées à l'avance, devant un public cboisi qui personnifie et représente le peuple. Il s'arroge le droit d'initiative et on lui accorde le droit de contrôle. C'est lui qui veille à l'application des Décrets de la Convention, à la répartition des secours, à l'organisation de la défense militaire, à la police. Son importance croît à mesure que la situation devient plus grave, et tout autour de lui se groupent les défenseurs et les amis du Gouvernement.

C'est à organiser les clubs et à les multiplier que s'appliquent les commissaires de la Convention. Là où les clubs n'existent pas, ils sentent que leur action est nulle. Au milieu du désordre général, ce pouvoir improvisé leur offre seul un point d'appui.

On a beaucoup et souvent calomnié les clubs révolutionnaires. Ceux qui ont pris leur défense n'ont peut-être pas assez fait ressortir toute l'importance de leur rôle. Devenus un rouage gouvernemental, ils ont, dans une large mesure, contribué au maintien de Tordre et au salut de la Patrie. Ce livre en offre des preuves nombreuses. A Saint-Malo, comme à Lorient et à Quimper, c'est la société populaire qui ranime le républicanisme des citoyens, organise des fêtes, recueille les enfants pauvres ou abandonnés, signale les abus, dénonce les crimes, empêcbe les excès, relève les courages, intimide la trahison et fait respecter la loi.

La question religieuse complique la question politique et peut-être est-elle plus difficile et plus épineuse à résoudre. On s'efforce sans y réussir à faire entrer dans la tête du peuple l'idée de la liberté des cultes à laquelle il est plus rebelle qu'à toute autre. La scission est profonde. L'impossibilité de se comprendre devient manifeste. Les esprits ne

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