‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 25 sur 27 · MORT AUX TRAITRES · texte numérisé non relu

MORT AUX TRAITRES

Je déclare avec la franchise qui convient à un républicain que Dutruy, général commandant la division des Sables, loin de servir son pays en détruisant les brigands de la Vendée, a donné lieu de croire par ses actions, qu'il est intéressé à leur conservation ou du moins à la prolongation de leur existence.

Plusieurs faits vont le prouver.

!•' fait, — Dutruy disperse toujours ses troupes afin que les brigauds tombant en force sur des divisions peu nombreuses puissent facilement les écraser.

2® fait, — Dutruy ne commande jamais lui-même ; il ne se met jamais à la tête de ses troupes. Nantes et les Sables, voilà les postes où son plaisir l'appelle et dont son devoir devrait l'éloigner.

3« fait, — Il y a deux mois, Charette était sans force, la plus grande partie des brigands était détruite. Le reste errait çà et là et cherchait son salut dans l'épaisseur des forêts. Charette fait un dernier effort, se rend à Belleville distante de trois lieues de la Roche-sur- Yon, et forme un noyau de ses plus fidèles scélérats. Bientôt il parvient à réunir 3 000 hommes. Dutruy en est informé par le commandant de La Roche, où j'étais alors avec mon bataillon. Nous lui demandions tous à grands cris d'aller attaquer cette petite armée de brigands qui s'augmentait de jour en jour. Dutruy, qui sans doute avait ses desseins, se garde bien de céder à nos sollicitations réitérées, et laisse en repos ces gueux de Charette, qui par son activité infatigsible est parvenu à former une armée de 8 à 10 000 hommes à laquelle Dutruy oppose pour la forme des détachements très faibles.

Ce précis de la conduite de Dutruy suffirait, je pense, pour le faire connaître. Il est urgent que ce général soit promplement remplacé, parce que d'ailleurs il a perdu l'estime et la confiance des detfenseurs de la patrie qui sont sous ses ordres.

En un mot, Dutruy bien caractérisé est un despote, un homme injuste, sans talents, sans patriotisme, et peut-être un traître.

La Rochelle, 6 ventôse, 2* année républicaine.

Le chef du 4« bataillon de la Charente-Inférieure,

Signé : Rebout.

GUERRE DE LA VENDÉE (Premier Cahier) LIBERTÉ, ÉGALITÉ

ARMÉE DE l'ouest. — RAPPORT

Fontenay-le-PeupIe, le 2 ventôse l'an II de la République française une et indivisible.

Rapport exact d« ce qui s'est passé dans l'assemblée des généraux de l'armée de l'Ouest à Doué prèz Saumur ou j'aye assisté comme ayde de camp du général Bard commandant la division de Luçon.

Je fais le rapport en vray républicain, en homme impartial. Je souhaite que le Comité du Salut public de la Convention nationale, à qui je désire qu'il soit envoyé, y trouve des lumières qui ne luy ayent pas été transmises.

Le 29 nivôse dernier la majeure partie des généraux de l'armée de l'Ouest s'assembla à Doué sur la convocation du général en chef Turreau, qui arrivoit des Pyrénées.

Ce général proposa le plan de tout incendier dans le territoire dit de la Vendée. Différentes réclamations furent faites par des généraux qui avoient fait la guerre avec succès, qui l'avoient terminée, car il ne restoit plus que la bande de Charete et celle de La Roche Jacquelin dispersées et épuisées. Le général n'entendit rien, luy seul prononça.

Pour l'effectuation de son plan, il divisa son armée en douze colonnes.

Il fit ensuitte la distraction des postes à conserver ; ils se bornèrent à huit à dix pris au hazard sur la carte, avec une légèreté dont il n'y a pas d'exemple. Fontenay fut du nombre des communes conservées, grâce au général Bard, car sans luy, cette ville et ses habitants n'existeroient plus.

Rien n'arresta le général en chef dans sa détermination. Son secrétaire luy fit une sage réflexion, en luy observant qu'il seroit convenable de soumettre le plan au comité de Salut public, aux représentants du peuple, avant de passer à l'exécution, qu'ils pourroient avoir quelques réflexions à ffidre. Le général luy répondit que cela seroit trop long et ne finirait pas, qu'il suffisoit de luy transmettre l'arresté pris.

J'avois, ainsi que tous les amis de rbumanité, Teâpoir que le plan ne pourrait estre exécuté, a raison d'une des dispositions qui portoit que les blets et fourrages seroient soustraits à l'incendie, à la dévastation, et portés sur les derrières des colonnes, mais il en a été bien autrement, et le seul bon article du plan n'a été exécuté qu'en partie.

Voilà ce que j'ay vu, ce que j'atteste sur mon bonneur.

Signé : Periot.

Pour copie conforme à Toriginal :

Barbedette, C. L. Perreau, député de la Société populaire de Fontenay-le- Peuple près les représentans Topsen et Guezno à Rochefort et la Société populabe de Rochefort.

Relation des faits passés sotis ses yeux dans le passage de

Varmée révolutionnaire.

L'armée révolutionnaire parut tout à coup et sans qu'on sut les ordres qu'elle exécutait. Je vis Bot/cre^ à Saint- Amand. Il ne s'ouvrit point avec moi... Je me rendis dans ma commune... Le lendemain la colonne s'éparpilla dans tout mon arrondissement ; elle pilla beaucoup, brûla peu et n'égorgea point. 200 soldats vinrent cbez moi, burent, mangèrent et ne firent aucun mal. La garde nationale de Ghâteauneuf était sur pied et il n'y eut de part et d'autre que des marques de fraternité. Boucret séjourna aux Epaisses et sur une liste insignifiante,']! fit égorger 25 jeunes gens qui s'étaient conformés à là proclamation des représentants du peuple, avaient réuni les armes et se comportaient bien. Ils m'avaient, en qualité de commissaire du district, aidé à briser les cloches de 10 églises, et à désarmer au moins 200 brigands. Il fit égorger 2 officiers municipaux en écharpe (l'un d'eux avait 15 000 tt. sur lui), par une erreur de nom qu'il ne donna pas le temps d'expliquer. Dans le reste de la paroisse on fusilla à toutes mains sans distinction ni formalité. Presque tous les jeunes gens égorgés aux Epaisses allaient partir pour la réquisition, faisaient le service de garde nationale et le faisaient bien.

Grignon passa chez moi le lendemain. La garde nationale était sur pied, crainte de méprise à cause de la forme des

lialuts. J'jdiai seal à la rencontre des hussards avec mon fusil et mon uniforme. Ils me désarmèrent. Je les prévins que j'avais de Ja garde nationale. Je les conduisis au corps de garde et fis déposer les fusils en faisceaux. On me rendit le mien. J'allai au-devant de Grlgnon. Il me fit désarmer de nouveau, me demanda d'un air atroce qui j'étais. Je lui dis qu'on cumulait les fonctions sur les mêmes têtes, que j'étais à la fois capitaine de la garde nationale, président de la commission municipale de la commune, président du comité de surveillance du canton et commissaire pacificateur du district. Je lui dis que j'étais autorisé du département, du district et du général Bard à créer une garde nationale. Il me dis qu'il ne connaissait ni département, ni district, ni général Bard. Il fit lier ma garde, me demanda qui étaient ces gens-là. Je lui répondis que je ne savais pas le détail de ce qu'ils avaient fait pendant mon absence du pays, mais que depuis mon retour ils avaient bien mérité delà patrie en faisant journellement des patrouilles dans un local où sur 60 lieues carrées il n'y avait pas un soldat, en enlevant 200 fusils aux brigands, arrêtant de grands coupables et brisant 25 cloches, qu'ils s'étaient conformés aux proclamations des représentants du peuple et des généraux de l'armée de rOuest que la commission militaire à qui on en avait livré deux qui se trouvaient dans le même cas, me les avait rendus avec éloge de leur civisme actuel. Il ne daigna pas lire la lettre de Bard et celle du district que je lui présentai. Il me répondit qu'il ne connaissait ni commission militaire, ni proclamation des représentants et des généraux de l'armée de l'Ouest, et sur une voix qui cria : Et le maire aussi, il est suspect, par ordre de Grignon on m'arracha mon uniforme pour me fusiller. Un soldat me reconnut pour avoir suivi pendant toute la guerre de la Vendée la troupe de la République. Je prononçai le nom de mon ami Joba, avec qui j'avais plusieurs fois donné la chasse aux brigands. Je parlai avec l'autorité de la vérité et l'ascendant de la vertu. Grignon me fit rendre mon habit, mon portefeuille et de l'argenterie. Je perdis 100 tt. en assignats de 10 s. et une bourse d'or, j'ignore ce qu'elle contenait; elle n'était pas à moi et je n'ai pas vu depuis la femme qui me l'avait confiée. iO hommes de ma garde nationale furent mal tués et en réchappèrent. (Un homme prêt à être fusillé demanda à un soldat d'aller

embrasser sa femme dans le voisinage, en promettant de revenir. Le soldat lui permit. L'homme revint. Le soldat fut

touché de ce trait, et lui dit : « Tu m'as Tair d'un bon b

Va-t'en! »)

Grignon m'enjoignit de le suivre à la Flocelière dont j'étais maire. J'oflfris de lui donner une liste des grands coupables. Il me dit que c'était inutile. II fît égorger 6 hommes de ma commune sans me consulter. La troupe pilla, incendia et saccagea à tort et à travers. Une femme patriote fut coupée en morceaux avec sa servante, ainsi que deux vieilles femmes dont l'une était en enfance depuis plusieurs années. Je ne mentionne pas les cadavres épars faits par le soldat. On viola les femmes et même 30 passèrent sur une ; 70 ans, un œil poché et plusieurs désagréments n'en exemptèrent pas une autre,etc. 4 pages de, etc.. 19 prisonniers envoyés du Bonpère et faits par la garde de cette commune furent égorgés; on en fusilla encore 5 peu coupables. D'une seule métairie de la Flocelière 60 à 80 hommes, femmes et enfants se retiraient à La Châtaigneraie avec des laissez-passer de la municipalité de Saint- Marc. 6 soldats les arrêtent, les conduisent à la Flocelière. Grignon fait casser la tête à 6 hommes, et ne renvoya que les vieillards, les femmes et les enfants. On refusa de rendre aux femmes et aux enfants l'argent que les morts avaient.

Grignon me dit qu'en entrant dans la Vendée il avait juré d'égorger tout ce qui se présenterait à lui, qu'un patriote n'était pas censé habiter ce sol, que d'ailleurs la mort d'un patriote était peu de chose quand il s'agissait du salut public. Je lui dis que cette dernière proposition était une vérité, mais qu'il ne fallait pas en abuser, du reste, qu'il y avait bien des patriotes qui pour le bien public affrontaient...

Grignon voulut aller à Pouzanges. Il me prit pour son guide. Il y avait de jolies prisonnières au château. Après dîner, Grignon et l'état-major allèrent prendre le café de Cythère avec elles, et des soldats qui y avaient été (secondairement sans doute) criaient en sortant, d'une manière dont je ne puis rendre l'énergie, qu'ils avaient joui de 4 filles. Trois furent fusillées; l'une d'elles fut élargie, et j'ai entendu Grignon lire une lettre, je ne sais de qui, où il était dit : « J'ai élargi ta belle »; et Grignon ajouta en riant qu'elle était plutôt à celui qui écrivait. — Un soldat dit à une jeune fille prête à être fusillée, que si elle voulait l'épouser et ie

suivre, elle aurait sa grâce : Non, dit-e^e, on a égorgé ma mère, je suis déshonorée, je veux mourir. » On la fusilla... Le commandant de la garde nationale de Bonpère et sa municipalité vinrent à la Flocelière consulter Grignon. Il leur dit qu'il irait les voir, qu'il visiterait la garde nationale. Je l'accompagnai comme guide. 400 hommes fureut sous les armes. Il voulut les faire fusiller. Il hésita plusieurs fois : le nombre l'intimida; il n'avait que 25 à 30 hussards et chasseurs. Les soldats se tenaient prêts à exécuter ce qu'ils appelaient le coup de temps, et je lui ai entendu dire dix fois depuis, qu'il avait ouvert plusieurs fois la bouche pour donner l'ordre et qu'il se repentait de ne l'avoir pas fait. Il ordonna le désarmement, et le lendemain on lui remit 200 fusils. Ce désarmement consterna ces braves gens qui avaient rendu des services essentiels.

Tous les hussards sont des désorganisateurs qui ont perdu l'armée. Ils ne savent que piller et massacrer. La colonne de Grignon a brûlé des blés, des fourrages, massacré des bestiaux et abandonné 1 500 charges de blé aux brigands après lés avoir fait emmagasiner à la Flocelière, Cerizay et ailleurs, qu'il laissa sans défense.

On partit de la Flocelière, Grignon m'ordonna de suivre et de ne pas m'éloigner de lui. On incendia, on pilla, depuis la Flouguière jusques aux Herbiers dans l'espace d'une lieue. On suivait la colonne autant à la trace des cadavres qu'elle avait faits qu'à la lueur des feux qu'elle avait allumés. A la Marière, on égorgea deux vieillards, mari et femme, dont le plus jeune avait au moins 80 ans. Le vieillard avait été mal tué; un soldat en entrant dans le lieu où il était s'écria : « Voilà un vieux b... qui se sauve! » et voulut l'achever d'un coup de fusil. Grignon dit : « Non, tu le manquerais; qu'on appelle un tel qui ne le fera pas souffrir. » C'est le seul trait d'humanité de Grignon. »

A Saint-Fulgent, on annonça l'ennemi. On passa la nuit sous les armes. Le lendemain on envoia 600 hommes l'attaquer à Chauché, tandis que 600 autres de la colonne de La Chesnaie devaient l'attaquer à midi d'un autre côté. Ceux de Saint-Fulgent arrivèrent à l'heure déterminée, attaquèrent et furent battus. On perdit 300 hommes sur le champ de bataille et 500 fusils. Grignon pendant la fusillade tint sa colonne en bataille et ce ne fut qu'après avoir appris la défaite

qu'il s'avança avec 1 000 hommes pour recueillir les blessés et les égarés. On s'avançait dans le plus grand désordre. A une demie lieue de Chauché, Grignon ordonna la retraite. Quand elle fut effectuée, le détachement de la Chesnaie attaqua, et eut le même sort que le premier; perdit 200 hommes et 500 fusils. Voilà le résultat terrible d'un plan mal conçu et mal exécuté. Grignon avait à Saint-Fulgent 2500 hommes et La Chesnaie 1 500 aux Essars. Si les deux colonnes eussent marché en entier oit e6i débssfsé Charrette, mais on préféra à en faire écharper 600 le matin et 600 le soir. On passa la nuit au bivouac et le lendemain on partit pour le Puibeliard. Grignon voulait encore tuer et brûler, mais Bard, David et Joba lui démontrèrent l'atrocité et le danger de cette conduite qui renforçait Charette, et son injustice dans un pays qui se comportait bien ; alors il devint rêveur, ne fit plus guère fusiller que ceux que la municipalité dénonçait, mais il désarma la garde, et quand je partis, il me dit : « Fontenay et Luçon me dénoncent; vous avez été avec moi; j'espère que vous me rendrez un témoignage favorable au besoin. » Et voilà celui que je rends à la vérité.

Signé : Chapelain,

Député de la Société populaire de la Châtaigneraie, près des représentants du peuple à Rochefort, et à eux remis le 19 ventôse.

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