‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 24 sur 27 · L'ARMÉE VENDÉENNE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE VENDÉENNE

St-Malo le 26 bramaire, Tan 2* de la République française, une et indivisible.

Détails du séjour des brigands à Dol, donnés par le receveur du

district du dit lieu,

L*armée infernale a séjourné comme vous le savés, pendant six jours à Doi. Ce trop long espace pour les malheureux habitants de Dol a été consacré, d'un côté à la célébration de quelques prétendues messes que la raison proscrit, et de l'autre au pillage le plus inoui. Après avoir assouvi sur le peu de subsistance qui restait à Dol, et sur le bétail des environs, leur longue faim, ces scélérats de brigands ont cassé et brisé tous les effets qu'ils n'ont pas trouvés portatifs et envahis tous les comestibles du district en général qui sont devenus le butin de leur pouilleuse cohorte. Il n'y a pas jusqu'au moindre des effets de mon bureau qui ne soit en plus de mille morceaux. Gomme les meilleures mes plus mauvaises bardes sont devenues leurs proies, et en dédommagement ils m'ont laissé leurs haillons et leurs poux ; vous n'avés pas été excepté. Ils ont été chés vous demander le petit enragé patriote : vous sentes le bonheur de n'y avoir pas été.

D'après les renseignements que je me suis empressé de recueillir, cette armée renferme tout au plus 25 000 hommes, dont il y a plus des trois quarts en prêtres, vieillards, blessés, en fan s et femmes absolument hors d'état de se deffendre. Reste donc 6000 hommes capables de combattre. Les uns ont porté leur arlillerie de 50 à 60 pièces, les autres de 35 à 40; on peut prendre ce dernier ternie. Vous voyés qu'ils ne sont pas bien formidables. Il règne la plus grande méfiance entre les chefs et les soldats. Ceux-ci ne cessent de dire hautement : quels foutus chefs; quelle foutue ai*mée^ nous mourons de faim, nous n'y serons pas longtems; on veut nous sacrifier idy nous sommes entre deux feux. Les chefs disent qu'ils désireraient trouver une embarcation pour se detfaire de leurs gens inutiles, et les soldats répètent que leurs chefs veulent

les abandonner et s'embarquer. Ceux-ci gardent un silence morne, ils sont tristes et soucieux.

J'ai été dans une maison où, dans le nombre des ioO qui y étaient logés, se trouvait un membre du conseil d'administration de l'armée, lequel parlait assés hautement. Il dit qu'ils comptaient beaucoup sur les secours de l'Anglais, mais qu'il ne les secondait pas. Il dit également qu'ils avaient un Courier à Rennes, un à Saint-Malo, enfin un en chaque ville environnante qui leur apprenait tout ce qui s'y passait, et qu'ils étaient instruits que des forces considérables les menaçaient, pourquoi ils allaient s'empresser de mettre de la distance entr'eux et les bleus. Ainsi, mon cher ami, la plus stricte surveillance. Quant à Guillot (ci-devant curé à Dol), voici les traits sous lesquels vous le reconnaitrés facilement. Il est évêque d'Agra, c'est-à-dire in partibus. Il a célébré la messe à la ci-devant cathédrale, ainsi que les autres compagnons de son brigandage. Il a fait enfoncé les portes de la sacristie, volé les vases d'argent et tous les ornements qui ont flatté son œil rapace. Son pillage ne s'est pas borné là. Il s'est fait accompagner chés Plainfossé, où il a volé un cheval. Enfin, mon cher ami, cette armée n'a aucun uniforme. La plus part des soldats sont en sabots. Elle n'est composée que d'affamés.

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