‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 3 sur 27 · VI NOTE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

VI NOTE PRÉLIMINAIRE

se pénètrent point. La philosophie révolutionnaire trouve à la vérité, dans les grands centres, un terrain bien préparé ; mais les paysans sont encore ce qu'ils étaient au moyen âge : entre eux et les citadins, il y a un abîme de quatre ou cinq siècles. Ces hommes qui vivent à la même époque ne sont pas du même temps, et leur antagonisme éclate. La distinction qu'on cherche à établir entre le fanatisme et Tesprit rehgieux est trop subtile pour les masses. Les Conventionnels se heurtent à une foi irraisonnée et intransigeante, qu'exaspère encore] la brutalité systématique des agents royalistes au service de Carrier.

Ce n'est d'ailleurs qu'assez longtemps après le commencement de la guerre que la question religieuse est soulevée; Au début, les Vendéens ne se battent ni pour leur Dieu ni pour leur Roi. Ils se révoltent seulement contre la Patrie : ils ne veulent pas de la conscription. C'est pour n'être pas soldats qu'ils font la guerre. Pitre-Chevallier, M™* de la Bouère, M™* de La Rochejacquelein en conviennent. L'idée de défendre la royauté et la religion n'apparaît que plus tard , quand les nobles et les prêtres insermentés ont, plutôt de force que de gré, pris la tête du mouvement. L'émeute grâce à eux change de caractère : elle devient la contre-Révolution.

La question financière n'est pas moins délicate que la question religieuse. Manquant d'argent, ne pouvant faire accepter les assignats, les commissaires de la Convention lèvent des contributions en nature. On verra plus loin le curieux arrêté par lequel on ordonne à tout citoyen propriétaire de deux paires de souliers d'en offrir une aux armées républicaines. Ces sortes de réquisitions ne sont pas toujours obéies. Beaucoup de communes, comme beaucoup de citoyens, dissimulent leurs approvisionnements. Elles refusent de livrer leurs grains, leurs farines, leurs cartouches, leur bétail, etc., même en cas de besoin pressant. D faut user de menaces et parfois recourir à la force pour les contraindre. Sans l'énergie des représentants du pouvoir central, elles laisseraient les armées ou les' villes voisines mourir de faim.

NOTE PRÉLIMINAIRE. vu

La difficulté la plus grande est peut-être de présenter au public les idées nouvelles, de lui expliquer la situation de la France en Europe; de lui montrer la nécessité d'une solidarité nationale; de lui faire, pour ainsi dire, toucher du doigt les changements survenus depuis 1789; les progrès accomplis; le Bien qui résultera de Técroulement de la monarchie. Mais comment parler à la foule de choses qu'elle ne comprend pas encore, dans une langue qu'elle n'a jamais comprise? Aussi, cherche-t-on, par tous les moyens possibles, à l'éclairer et à l'instruire. C'est dans ce but qu'on institue des fêtes et des cérémonies publiques. Ces longs cortèges, où dans un pêle-mêle égalitaire se coudoient des hommes de tout rang et de tout âge, des femmes, des jeunes filles et des enfants ; ces plantations d'arbres de la liberté ; ces bûchers où Ton brûle les insignes de la royauté, des titres de noblesse, des parchemins, des croix de Saint-Louis; ces figures symboliques de la patrie et de la Fraternité dominant la tribune ; la tribune elle-même, plantée au milieu des fleurs sur la grande place des villages ; les serments qu'on fait prêter aux vierges de n'épouser que des soldats de la République, tous ces spectacles inaccoutumés, tous ces épisodes si nouveaux et si inattendus rendent visibles et palpables, pour des esprits simples, l'œuvre de la Révolution. Ils la résument en la glorifiant. Et il n'est pas de meilleure leçon ni de plus utile propagande.

Dans les villes, là où le français est parlé et compris, on prononce quotidiennement, soit dans les sociétés populaires, soit dans la rue, de longs discours apologétiques où l'on retrace le rôle de la Montagne; où l'on rappelle, dans ses grandes lignes, l'histoire des dernières années. On montre l'idée républicaine faisant le tour de l'Europe à la suite de nos troupes ; on prédit la chute de Pitt, et la conversion de l'Angleterre aux principes révolutionnaires. Les convictions étaient alors si ardentes, que même les plus instruits et les plus sages ne pouvaient imaginer que les peuples refuseraient la liberté. On rappelle aussi nos victoires; la prise de Toulon, les faits d'armes de nos généraux et de nos soldats. On

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