‹ Une mission médicale en KabylieChapitre 3 sur 44 · I. — ESQUISSE T0P06RÀPHIQUE DE LA KAVTLIE · texte numérisé non relu

I. — ESQUISSE T0P06RÀPHIQUE DE LA KAVTLIE

Chacun sait aujourd'hui que les Kabilesou Berbères soQl les représentants directs de Tancienne race autochthORe du Nord de l'Afrique ; qu*as8âillie de siècle en siècle par les invasions, cette race a depuis longtemps déserté les plaines du Tell, pour se fixer dans les montagnes qui pouvaient seules garantir son indépendance. Mais ce grand mouvement de retraite ne s'est point opéré simultanément^ ni sur un seul point.

Autant le sol algérien compte de grands reliefs, autant la race berbère a de tronçons.

Deux groupes , les plus importants , pourraient être en quelque sorte considérés comme les pieds et la télé de ce grand corps berbère, dont le tronc a été disloqué ; ce sont les Kabiles et les Ckaouia,

Les premiers occupent, au centre de TÂlgérie, un réseau montagneux coniigu à la Méditerranée : les secoi^ds , te gros massif do TAurès, contigu au Sahara ; nous n'avons pas à nous occuper de ces derniers.

Aux Berbères du Nord est donc spécialement affecté le nom de Kabiles et à leur pays celui de Kabilie, Ce qu'on appelle Grande Kabilie n'en est que la partie centrale, et à

proprement parler elle se réaume dans les bassins de deux grands cours d'ean, TOued Sébaou et TOued Sahel (i) .

L'O. Sahel court d'Âumale à Bougie, en ligne droite, dans le sens du Sud-Ouest au Nord-Est. Du côté du Levant, ce bassin s'étend au loin. De Tautre côté, l'Oued-Sahel est serré de près par la chaîne du Jurjura, qui s*éiend parallèlement à ce fleuve dans ses deux tiers inférieurs.

Entre le Jurjura et la mer, est une portion de Kabilie qui doit à son presque isolement, à ses conditions topograpbiques, d'avoir conservé plus pure la race Kabile ou Berbère. C'est de cette Kabilie, que Ton peut appeler Kabilie du Jtirjura^ que nous devons nous occuper spécialement.

La Kabilie du Jurjura, bassin de TO. Sébaou est un espace triangulaire compris entre Dellys et Drà el Mîzan pour base, et Bougie pour sommet.

La base de ce triangle se confond à peu près avec le cours inférieur de TOued-Sébaou et celui de TOued el Kossob, un de ses principaux affluents. Des deux côtés, Tun est la mer ; l'autre le Jurjura.

Parallèlement au littoral court une petite chaîne qui se relève et s'infléchit au Sud pour atteindre le Jurjura à quelques lieues en avant de Bougie. Entre celte petite chaîne et la grande chaîne du Jurjura, coule l'Oued Sébaou, dont il est utile de décrire le cours pour bien saisir la physionomie du pays.

Contrairement à l'Oued Saheb, l'O. Sébaou coule du Sod-Est au Nord-Ouest. Cette direcLion, vraie dans un sens générai, se décompose ainsi. Dans son tiers supérieur et dans son tiers inférieur, TO. Sébaou marche du Sud au Nord dans le sens des méridiens; dans sa partie moyenne , de l'Est à l'Ouest, dans le sens des parallèles.

Les affluents delà rive droite ont peu d'importance, leSé-

(1) Mous Doas eonformoBS à Tusage en eonservant rexpression arabt •u$d : il est dant la dèatinée des expressions berbères aaif et tVxfr do n^ékro affeetéof qu'aux cours d*oaii tooondatrf s.

baou moyen longeant de près les pentes douces de la petite cbatne du littoral.

La riye gauche reçoit deux principaux affluents, TOuedÂîssi etrO. el Kossob, tous deux parallèlesà TO. Sébaou supérieur, qui porte aussi le nom d'O. Bou-Héhir.

L'Oued .Vi>si rencontre rO. Sébaouvers le milieu desa partie moyenne ou parallèle à la mer, L'O. el Kossob conflue vers le point où TO. Sébaou se retourne vers le Nord pour se jeter dans la Méditerranée.

Le grand quadrilatère compris entre TOued Bou-Béhir, le Sébaou moyen, V%. el Kossob et le Jurjura , comprend les cantons habités par ces tribus auxquelles on donne plus particulièrement le nom collectif de Z6uaoûa.

L'Oued Âïssi le partage en deux moitiés à peu près égales en étendue, mais d'aspect différent.

Des sourcesde TOued el Kossob a celles de TO. Bou-Béhir, le Jurjura se maintient à une haut car moyenne et presque constante de 1,500 à 2,000 mètres. Cette portion de la chaîne du Jurjura est la plus rocheuse, la plus tourmentée, particulièrement sur les versants septentrionaux. Vu du côté de TO. Sahel, c'est-à-dire du côté du Sud, le Jurjura se présente avec des traits moins heurtés. En se continuant vers Bougie, la crête s'abaisse un peu et par fois revêt des formés larges et arrondies .

Nous avons dit que l'Oued Âïssi partage eu deux parties à peu près égales le quadrilatère compris entre l'O. Bou-Béhir, le Sébaou, rO. el Kossob et le Jurjura. La chaîne du Jurjura peut être également divisée en deux portions correspondantes, dans son trajet des Guechtoûla aux IlilUn,

Tels sont les caractères des versants septentrionaux du Jurjura dans la première moitié de ce trajet , c'est-à-dire des Guechtoûla au Sedka. Ses pentes sont, en somme, plus raides, plus dénudées, plus accidentées et descendent immédiatement plus bas. Des pics nombreux les hérissent, et, sous certains aspects, on dirait les mille clochetons d'une gigan-

tes^ue calltédrale gothique. Il esl beau de contempler cette forêt de pitons^ sous un soleil levant ou couchani. le long des pentes règne une bande de terrains que, relativement, on peut appeler une plaine et qui se continue de celle deBo*rni. A la hauteur de Sedka, de gros contreforts se détachent de la chaîne, abruptes et rocheux ; de profonds ravins , des vallées étroites se creusent comme entre deux immenses murailles.

Au Nord de cette petite plaine jusqu'à TOued Sébaou, de rOued elKossob à TOued el Aïssi, s'élève un massif montagneux, beaucoup plus compact, beaucoup moins morcelé, se présentant de toutes parts sous des traits moins anguleux et moins heurtés que celui que nous observons entre TOued Aïssi et rOued Bou-Béhir. Le Soûk el-Arbâ des Aissi^ Tun de ses points culminants, atteint 900 mètres.

Des sources deTOued Aissi à celles de TO. Bou-Bébir, ou mieux des Sedka aux llilten, les pentes du Jurjura et les reliefs qui les continuent ont un caractère différent. Ce n'est plus une plaine qui longe les pieds du Jurjura, mais de ses flancs se détachent de nombreux et longs chaînons, tantôt simples, tantôt ramifiés, portant une ou plusieurs tribus. Leur direttion est perpendiculaire ou oblique à celle de la chaîne. Dans leur trajet, ils atteignent fréquemment une hauteur supérieure à celle qu'ils avaient près de leur naissance, Leurs pentes sont raides et leurs crêtes fréquemment relevées en masses rocheuses couronnées de villages.

Entre ces divers chaînons, il en est un qui mérite, sous tous les rapports, une description particulière. A lui seul, il remplit tout l'espace compris entre l'Oued Bou-Béhir et l'Oued Djemâ, la principale branche de l'Oued Aïssi. Détaché du Jurjura entre les sources de ces deux cours d'eau, d'une hauteur a sa naissance d'environ 1,dOO mètres, il court obliquement du Sud-Est au Nord-Ouest jusqu'à la rencontre des deux ilvières : les Bou Youcef l'occupent à son origine, entre les Akbil et les Ilourar dont il domine les profondes vallées.

Un gros contrefort s'en détache à TEst pour les Itourar : ^ rOuest, îl fournit le long chaînon des Uenguelât. A l'Est encore s'en détache le massif des Yahia, des Bouchaïb et des Frâoûcen, Alors îl se déprime pour se relever et constituer le long chaînon des Ralen qui se ramifie à Tinstar d'une feuille.

' Pour compléter la topographie de la Kabilie, nous dirons encore que, dans sa partie moyenne, TO. Sebàou coule au milieu d'une plaine fertile, car on peut nommer plaine ces légères ondulations qui s'étendent sur chacune de ses deux rives.

En résumé, tels sont les traits généraux et l'aspect du pays. Au Sud, le Jurjura l'enceint d*une barrière rocheuse de S$,0(K) mètres de hauteur. Au Nord, il a pour limites la Méditerranée. Parallèlement au littoral, s'étend une petite chaîne qui va rejoindre le Jurjura. De l'angle de réunion naît une vallée qui forme la plaine du Sébaou, le long de la petite chaîne. Entre la plaine et le Jurjura s*élève un pâté montagneux qui présente des caractères différents; suivant qu'on le censidère à l'Est on à l'Ouest. A l'Est, le massif se détache de plus haut et plus visiblement de la grande chaîne du Jurjura. Les chaînons sont allongés, à crêtes étroites, à pentes excessivement raides, ils se ramifient à la façon d'une feuille. A l'Ouest, les pentes du Jurjura descendent plus bas, et c'est seulement de l'autre coté d'une étroite plaine qui longe ses pieds que le massif se relève, plus compact et détachant, ï la façon d*un crabe, ses ramifications multipliées.

Maintenant que nous connaissons le cadre nous allons, sinon le remplir, au moins y marquer la place des plus importantes tribus.

A partir de Bordj Bor'ni, c'est-à-dire de la plaine de Dràel-Mizan, toutes les tribus qui habitent au pied du Jurjura, portent le nom collectif de Zouaoua, Qette dénomination du reste n'a rien de rigoureusement précis, ou plutôt elle ne s'applique dans le pays qu'aux tribus comprises entre TOued

êl Kossob et rOued Bon^Bëliir, à rcxceptioa de celltt rapprochées du Sébaou comme les Raten et les Frâoucea.

Après Bor'ni donc, nous rencontrons d'abord les GuechtoulOy tribu puissante et fanatique. C'est là qu'est le tombeau de Mohammed bou Kobreîn, qui en possède également un autre à Alger. C'est là que Bou Bar'la prit femme et agita le pays contre nous. En face des Guechtoula, sont les fortes et riches tribus des Mâtka et des Atssi renommées pour leurs poteries.

Après les Guechioula viennent les Zouaoua proprement dits. Leur soi est généralement pauvre, mais ils sont industrieux et commerçants et trouvent dans l'émigration une autre source de richesse.

Ce sont d'abord les Bou Âddou, les Bouferdân^ les Ckennâeha, les Sed^a, jouissant d*un sol moins accidenté, les Ouâcifj les ÂJckach, les Bou Drâr, gens de la montagne, lesM^tâf ei les AkbîL Les Bou Youcef occupent la naissance du long chaînon qui s'épanouit chez les Raten après avoir détaché le chaînon des Menguelât.

Parmi toutes ces tribus, il faut accorder une mention spéciale aux Yenni, La montagne qu'ils habitent est un des chaînons issus du Jurjura qui ne se relèvent que loin de leur naissance. Ils sont enclavés entre les AtssU les Scdkùy les Ratent les Ouâcif et les Menguelât, La tribu des Yenni est la plus industrieuse. Les Yenni sont les bijoutiers de la Kabilie. Outre les bijoux, ils fabriquent des armes blanches et à feu, se procurent les canons des fusils seulement, et confectionnent ceux des pistolets. Un de leurs villages, ÀitelArbâ, fabriquait de la fausse monnaie. La cime de leur montagne, de 8 à 900 mètres d'élévation, se couronne, dans un espace d'une lieue, de quatre gros villages,^!/ Lahsent Ait Mimoûn, AU el Arbâ et Taourirt el Hadjâdj. AU Lahsen pourrait contenir de 4 à 5,000 habitants. Les pentes occidentales des Yenni sont couvertes d'une forêt de beaux oliviers.

De grands massifs d'oliviers se rencontrent aussi sur les

p«i>tê8 mërîdiooales du long ehatnon des Jf^nfu^Ml. Leur marché da vendredi eit le plus conàidéralile de toute la Kabylic.

Des Menguelàt il fait beau jeter un coup d'œîl sur les pentes du Jurjura : Tœil embrasse le bassin de TO. Djema, fu^habitent les Bou Youcef ex les Akbil. Les villages étages sur ces p#ntes, avec leiirs blanches mosquées et leurs hauts minarets, donnent à ce canton sauvage une physionomie toute particulière.

Comme nous l'avons dit, les Bôu Youcef occupent la naissance du grand chaînon qui va s'épanouir chez les Raten . A l'Est, se creuse une profonde vallée qu'arrose le Bou-Béhir et qui appartient aux Ilillen Sur les bords du Bou-Béhir est le village de Soûmeur des Itourar\ et la patrie de Fathma^ dont la dernière expédition a terminé le rôle de femme inspirée et vénérée comme telle. Après les Ililten viennent les ïlloula ou malouj Hloula septentrionaux, car il en est de méridionaux sur les pentes du Jurjura qui descendent à rO. Sahel . Chez ces derniers est la fameuse zaouia de ChelMia, possédée depuis des siècles par la famille d'Ali Chérif, et à laquelle on arrive par le col du même nom .

Le massif des Ftourar' s'élève à une hauteur de 1,300 mètres et domine la vallée des Ililten .

De l'autre côté de l'O. Bou Béhir, sont les tribus des Hidjer et des Roubri, qui descendent par des pentes toisées à l'O. Sébaou. Après les Bou- Youcef, à la hauteur des Menguelàt, notre chaînon détache à l'Est les montagnes des Yahia, A ce point de décussaiion, s'élève, à 1,200 mètres, un massif qui abrite le marché du Sebt, appartenant au territoire des Yahia, et l'un des plus importants de la Kabylle. Parmi les localités de la tribu des Yahia, nous devons en' citer deux : Tâka et K<hikou. Taka est une petite ville de 3,000 âmes, bien bâtie, possédant quelques boutiques de bijoutiers et une mosquée bien Installée. Koukou fut, il y a trois siècles, la résidence d'un chef indigène qui dominait

sur l«s tribus voisines et dont le nom se trouve mêlé aux guerres des fondateurs de la régence d'Alger. Les Romains aussi Foccupèrent, sans doute pour protéger la plaine. Koukou se trouve perché sur un mamelon escarpé, prolongement et terminaison d'un contrefort émané du Sebt; il domine la plaine du haut Sébaou. De son antique importance, il ne reste plus que deux canons, une inscription arabe à demifruste et une citerne romaine. Koukou atteint près de i,000 mètres. Au Nord de Koukou se creusent de profondes vallées qu'habitent les BouCkaîb et les Kkélili. Les parties basses et moyennes des pentes, surtout celles qui regardent rOrient, sont couvertes d'une admirable végétation dans laquelle se perdent quelques villages. Les oliviers y viennent bien, plusieurs fois séculaires, cependant toujours vigoureux. Un prolongement du même massif qui se relève en une large croupe d'environ 1,000 mètres, au sommet inculte, appartient aux Fraoucen. Les pentes qui aboutissent à l'oued Sebaou et à Toued Toulour'lourt sont fertiles et peuplées de nombreux villages. Une tradition conservée dans la tribu fait descendre les Fraoucen, non pas des Français, comme on l'a dit, mais bien des Roiimif c'est-à-dire des Romains.

Cette tradition porte également sur les Bou-Cbaïb. Il est donc probable que, lors de l'invasion arabe, qui, comme les. autres, dût opérer des reflux dans la montagne, les habitants de DjemââtËssahridj se réfugièrent chez les indigènes du voisinage. Djemâat Essahridj présente eneore de nombreux vestiges de l'occupation romaine, nous y avons découvert un morceau de sculpture et une médaille de Ptolémée.

Le chaînon se prolonge encore pendant une heure, portant trois villages des Menguelat : £1 Quorn, Taskenfout, surmontant piitoresquement de sa mosquée et de son minaret un mamelon élevée Âzrou (le rocher), qui doit son nom aux émergements rocheux sur lesquels il est construit. Audelà, la croupe subit une dépression considérable et aboutit

aux pieds d'Aguenmoto Izem, la colline du iton; premier village des Raten.

Parmi les tribus de la rive droite du Sebâou, nous citerons seulement les Amraouat les Flissat el Bahar, les Oua^ gnoén, les Djenndd, etc.

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