IL — LA TRIBU DES RATI.N
Nous devons à la iribu des Raten, qui nous a donné la moitié de nos malades, une description plus détaillée.
Elle occupe le prolongement de notre chaînon, depuis les Menguelat jusqu'en face du confluent de TOued-Aïssi avec rOued-Sébaou. L'Oued-Âïssi la sépare de la tribu de ce nom. L'Oued Djemâ, branche importante de TOued-Aïssi, sépare les Raten des Yenni : un petit aiDuent de l'Oued Djemâ les sépare des Menguelat. A TEst, TOued-Toulour'lourt coule entre les Rqlen et les Frâoucen.
Le territoire de la tribu compte de seize à vingt ivilomc-^ ires de longueur, sur douze à quinze de largeur, une soixan-' taine de villages et une population de seize mille babitanjls.
La chaîne des Raten court du Sud-Est au Nord-Ouest. Ses pentes Sud sont moins découpées et moins importantes que celles du Nord ; la crête est plus rapprochée de rOued-Aïssi que de rOued-Toulour'lourt. Les populations se partagent en cinq fractions : les Aguâeha, à cheval sur la chafoe, les Ousamer et les Irdjen^ sur les versants méridionaux, les Oumalou et les Akerma sur les versants septentrionaux.
La tribu des Raten a la forme d'un losange tronqué aux sommets. Les Aguâcha tiennent le sommet tronqué qui re«> garde le Sud-Est ; c'est la plus faible et la plus pauvre des cinq fractions. D'Aguemmoûn Izem, la crête s'abaisse pour remonter au village de CherrHa, que les bulletins ont fait connaître sous la forme vicieuse d'hheriden. Il fallait au
moins dire leherrUen, les gens de Gberrica, si toutefois on ne devait pas conseryer là, comme ailleurs, le nom de la localité de préférence à celui de ses habitanls. Perché sur un relèvement étroit de la crête, Gherrita n'est pas plus facile k aborder d'un côic que de l'autre. On sait ce qu'il nous en coâia pour enlever celte position. Cherrîta possède quelques oliviers et des chéncs-liéges du côté des Yenni. Un nouveau relèvement de la crête sur ses flancs Nord porte le village d7r'j7 Tigmoûniriy d'où s'échappe, du côté des Frâoûcen un contre-fort couronné par le village de Taceft-g-ezra et les ruines du vieux Misser. Jadis, le village de Misser, et ses ruines l'attestent encore, occupait le sommet do contrefort. Pour raison de sûreté, les habitanls descendirent à micôte et se fractionnèrent en deux villages. D'Iril Tigmoûnin la crête s'abaisse de nouveau pour se relever à quelques kilomètres delà par le mamelon A*Aboudid , point culminant des Raten. Aboudid a, suivant les cartes, i,050 mètres d'altitude. Ici. la roche n'affleure pas, comme partout ailleurs où ses ressauts sont les fondements des villages : le petit plateau d'Aboudid est tapissé de dis.
Du sommet d'Aboudid se détache un chaînon qui court au Nord, jusqu'en face du Sébaou, suivant un trajet de deux à trois lieues, descendant d'une part à TO. Toulour'lourt et de l'autre à un torrent, connu sous le nom d'Ir^zer bou Aîmenr. Ses pentes occidentales sont plus courtes et plus rocheuses que les pentes orientales ; elles sont habitées par les gens de Vombre ou du Nord, c'est-à-dire les Oumalou.
A un kilomètre d'Aboudid est le village é'AU Moussa ou ÂîSSOt partagé en deux fractions, Taddert ou Fella, le village d^en haut, et Taddert bou Adda, le village d*en bas, Taddert ou Fella possède deux ouvriers en fer.
A deux kilomètres est Tablabnlty perché sur la roche et entouré d'émergements rocheux du côté du couchant, où les pentes 6«nt abruptes» Les pentes opposées sont plus douces et portent le village ée.Fenaya. •
Près de Tablaball, au milieu d'uae foule de lombes, ou en fait remarquer une déjà bien dégradée, que Ton dit être celle de Sidi Sliman, ancêtre des Oumalou et des Ousameur.
La crête, déjà déprimée, à Tablabalt, subit une dépression plus notable encore et aboutit au village d'^l^oum Boufafl, De là elle continue à se déprimer de village eu village, et celle portion de son irajei, occupée par quatre ou cinq centres d'habitations esi connue sous le nom commun à tous, A'ihahbùûden, Aux abords des Fraoucen et du côlé de TO. Sebaou,. les pentes, plus douces, sont meilleures. Les oliviers et les arbres fruitiers, pariiculièrement les poiriers, y deviennent abondants. Eufiu les derniers coteaux se couvrent de céréales.
Du sommet d'Âboudid, la crête se soutient deux kilomètres à une hauteur à peu près égale et descend à i,000 mètres au village de Taguemmount-Haddaden, la colline des forgerons. Ce village, qui ne mérite plus aujourd'hui son nom, appartient encore aux Oumalou. Des colporteurs épiciers remplacent les forgerons.
Les Ousameur. occupent les penies qui descendent d'Âboudid à rOued-Djemâ. immédiatement au-dessous d'Âboudidj un petit chaînon porte sur sa crête et sur ses pentes orientales, quatre petits villages, connus sous le nom colleclif &Ikhelidjen, Les Ikhelidjen sont pauvres.
Les Ousameur comptent encore trois centres d'habi talions et ce sont les plus forts villages de la tribu. Chacun d'eux loge un millier d'habitants.
C'est d'abord Tâourirt Tamocrant, la grande colline, plus rapprochée de l'Oued-Djeniâ que de l'aréie centrale, à une hauteur d'environ sept cents mètres, position relativement basse, et dominée de tous côtés par les sommets des Ralen et des Yenni. Les conditions lopographiques nous paraissent e)ipiiquer la fréquence des fièvres intermilienles à Tâourirt, Quoiqu'il en soit, Tâouriri Tamocrant couronne pittores-
quemeat sa longue coUioet au sommdi de laquelle e'élèTe la mosquée avec son minaret.
Lee pentes afférentes à rO-Djemà donnent beauconp d'eli^ ves ; mais la principale ressource de Taourirt est la fabriea*lion des achouaoUi au pluriel ichauaouen^ coiffure des femmes. L'achouaou n'est autre chose qu'une pièce, de grosse toile brodée avec du gros fil. Ce qu'il y a de partienlier, c'est que ce trayail est eelni des hommes exclusivement.
Deux autres villages, AU AteUi et AU-frah, reposent sur un contrefort issu du Fort Napoléon. Tous deux sont riches en oliviers, particulièrement Âït-frah dont l'huile a de la réputation. Les gens d'Atelli emploient leur huile à la fabrication du savon.
A quelques centaines de mètres de Taguemmount Haddaden, au centre de la tribu, s'élevait avant notre occupation le village d'Ichérdouya. Ce village a disparu ; Fort Napoléon Ta remplacé.
Le fort s'élève à 961 . mètres au-dessus de la mer. S'il n'était masqué au Levant par Aboudid on Fapercevrait de tous les points de la Kabilie du Jurjura. Chacun sait avec quelle merveilleuse rapidité s'éleva le Fort Napoléon, malgré toutes les difficultés du terrain. Quelques mois suffirent, en pleine Kabilie, pour édifier une enceinte de deux kilomètres et des logements pour trois bataillons avec tous les accessoires que comporte un établissement complet. Sur l'empla^ cément actuel de la place Randon se tenait autrefois le mar-^ ché ()u mercredi, Soûk el Arba, nom sous lequel on désigna longtemps le fort. Ce marché se tient maintenant du côté de Taguemmount Haddaden ; son importance est médiocre.
Du col du Fort Napoléon la crête s'élève d'une cinquantaine de mètres jusqu'au village en ruines d*Im<nseren, posi'tion presque aussi élevée qu' Aboudid. Desbanteurs d'Imaïseren la chaîne se partage en deux branches. L'une se dirige à l'Ouest et n'est pas autre chose que le prolongement de l'arête centrale : ses deux tiers inférieurs appartiennent aux
Irdjen. L'aulre se dirige au Nord et appartient aui Akerma. VO.Jbahledcmle entre les deux; TO. bou Aîmenr sépare les Akerma des Oumalou.
A deux kilomètres d'Imaïseren se dresse le petit village é^AfemoUy d'une altitude à peu près égaie : sur ses pentes Nûrd se partage la ehaîne des Akerma. Le chaînon Ouest court parallèlement à celui des Irdjen^ couronné par trois villages: Tir'iltelhadé Ali, Taguemmount Gadefel, IrHl-Guefii. Ce dernier village est le plus considérable des trois et le plus pittoresquement situé, sur le dernier sommet du cbaînon, qui tombe à pentes raides dans la plaine. Ces pentes sont couvertes de nombreux oliviers, en face des Irdjen. Après être tombé brusquement dans la plaine, le chaînon de Ir'il-Guefri semble se continuer par le petit relèvement de Tala AmarUi sol de figuiers et de céréales. La branche orientale du chaînon d'Afensou ne tarde pas elle-même à se ramifier. D'abord fortement déprimée, elle se relève par la crête éUgoûfâfy village aujourd'hui abandonné depuis qu'une boura^sque renversa une partie de ses maisons. D'une part, un petit contrefort porte à son sommet Baliâs et sur ses pentes orientales Jgounân. D'autre part, la chaîne se partage encore, sa pente orientale la plus considérable porte plusieurs villages connus sous le nom collectif de Tizi Rached, En bas de Tizi Rached se tient le marché du mardi ou du iléta, l'un des plus considérables de la Kabylie. En se dirigeant vers Tala Amara, on rencontre Tacherahît, où l'on a confiné les habitants d'Icbéraouïa, et où résidait le marabout Sidi Seddik.
Toutes les collines qui succèdent aux pentes de la montagne jusqu'à rOued Sébaou, à partir du Tleta jusqu'à Tala Araara, sont couvertes d'une forêt d'oliviers et surtout de ii> guiers. Des traees d'occupation romaine se rencontrent à Tala Amara. Deux villages situés sur le prolongement de la cliaîne centrale des Raten, appartiennent encore à la fraction des Akerma, ce sont: ii^^mmoun ci Azzoïiza, ce dernier considérable et riche en oliviers.
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Le resle delà chaioe, avons-uous dit, appartient aux Irdjen. A mesure que celle-ci s'abaisse, elle devient meilleure et plus boisée ; les oliviers toutefois dominent sur les versants du sud-ouest. Sur la crête, on rencontre Ait SaidêuZêggun Tamazirtj Tar^animt. Sur les versants qui aboutissent à i'O. Aissi, netons trois centres de population d*une certaine importance, Ait Hag, Ait Yakoub ei Ait Haïti, des Irdjen.
Au confluent de l'Aissi et du Sébaou, sur un sol plat^ est construit eu gourbis, le village de Asikh ou Meddoûr, des Amrâoua.
lu. — MATURE BT BTÀT DU SOL.
Les grands soulèvements du sol, en Kabilie, se présentent géncralèuient sous la forni'^ d*arétes allongées, étroites, à crête saillante et roicheuse. Rarement on rencontre des sommets ballonnés, si ce n'est au point de décussation des cliaînons, ainsi Aboudîd, le pieu, et le Sebt des Yahya.
Lés pentes sont très raides. La crête du chaînon des R^ten qui compte 1,000 mètres à sa partie moyenne, est éloignée de six kilomètres seulement du Sébaou, qui coule à une altitude de 140 à 120 mètres. Pour les vallées secondaires et les ravins, les pentes sont beaucoup plus raides, mais nous manquons de chiffres pour les traduire.
Une inclinaison pareille et la violence du régime des eaux ne comportent pj^s une couche épaisse de terre végétale. Dans toute la Kabilie du Jurjura, abstraction faite de la. vallée de Bdr*ni à Drâ-el-Mizâu, on ne rencontre Thumus en couches d'une certaine puissance que sur les rives du Sébaou moyen*, bordées de collines d'une grande fertilité. Un fait curieux à signaler et qui prouve la haute antiquité des centres de por: pulation, c'est que ces villages kabiles, presque tous bâtis, sur la roche, sont immédiatement entourés d'une zone épa[sr.i se de terre végétale, grasse et no^re, comme de la terre dç,
brii]^«re; €'esi,le produis. de$.imiiiQ9flii:e8 et de^ déjealona de toui.e .$orte .acçMmu|ce& depuis à^ siècles.
Tp^s lc$ caier^^iiieni3 rQcimux sur ie$(|uels sont cpo^iruitô hs villages apparlicnuent aux formations primitives.
Chç2( j^a Raten, oo rencontre particulièrenie&t d^is micacUistos doon^tnty aux alM)rds dn Fort -Napoléon» des amas considérables de lamelles qui atteignent parfais la largeur de la main.
Toutprès du.fori, sur les pentes du mamelon de Rena soin des roches calcaires d*une grande puissance pouvant être travaillées pour les constructions sous forme d'un marbre blanc à grains assez gros, dont las fragments sont employés pour la fabrication de la chaux.
Le. plâtre enoployé pour la construction du Fort, était ap« porté des environs de Soômetir, le pays d^ Lada-Faihma.
Surles Piçnies.du Taskenfout nous avons trouvé une roche 1res pes^atc» qui p<)Uri:ait contenir de la baryte.
La fabrreatîon des tuiles, générale dans toutes les tribus, ft celle de la poterie qui ne. Test guère mo|ns^ mais spécisdçaient exploitée, ayçc plus de perfection dans certains eun.t^0$, attestent la présence généralement répandue d« Targile.