OBSERVATION XIII
(Triboulet et Bougault, Société médicale des hôpitaux 20 juin 1912.)
L'enfant, Denise, âgée de huit mois, a été nourrie au sein par la mère pendant les cinq premiers mois et, depuis cette époque, l'allaitement mixte est complété par deux ou trois biberons de lait de vache. Il s'agit d’une enfant normale, à la moyenne de son âge, à fonctions digestives correctes, à appétit et sommeil réguliers. La mère, d'aspect un peu chétif est cependant bien portante et a élevé antérieurement, sans incidents aucuns, un petit garçon actuellement âgé de trois ans,
La fillette ne souffre d'aucune affection particulière à la
première enfance et la mère ne l'irnène qu'en raison d'un
4. NET ANT Ne WEAR LR DS UE de MSN A = Ne L'ÈMe « R > nt Len è
LEE LC
très léger détail, récemment observé; un peu de rougeur du siège. Comme il n'existe pas de troubles intestinaux, la mère a été conduite à soupçonner le contact de l’urine qui pourrait bien être irritante, étant donné que, sous l'influence de ce liquide, les couches prennent une teinte marron clair ou même foncé et qu'incontestablement, d'après la mère, la rougeur du siège est plus vive, quand la couleur. marron est elle-même plus accentuée, Les couches se colorent en une
heure environ.
En présence de cette coloration anormale, la recherche du sang et de ses dérivés fut faite au moyen de la phénolphtaleine, recherche négative d’ailleurs.
Ni la mère, ni l'enfant, n'avaient fait usage de médica-
ments : rhubarbe, séné, composés phéniqués. Il n'était fait,
non plus, aucun usage de topiques colorés pour les rougeurs du siège.
À huit jours de distance, l'enfant fut ramenée: en la
‘démaillotant, la mère fit constater la couleur brune accentuée
ou plutôt chocolat clair des couches. Il s'agissait de linges de toile et de tissu éponge, non colorés, et on ne pouvait invoquer la détente de ces tissus. La mère donna ce renseignement qui a son importance, c'est qu'il lui semblait bien que la couleur brune s’accentuait quand les langes de l'enfant venait d'en être fraîchementsavonnés au savon de Marseille. La mère avait apporté un petit flacon d’urine de teinte foncée et avertissait que l'urine, franchement jaune à l'émission, brunissait ainsi peu à peu.
Cette urine fut examinée par M. Bougault, pharmacien chef de l'hôpital Trousseau. « Il s’agit évidemment, dit ce
dernier, d'un composé aromatique d’un corps phénolique
Se 78 se dont la couleur brune est due à une oxydation qui accentue la présence d’une base, ammoniaque, soude ou potasse, provenant du savon qui imprègne Les couches. Bien que n’en ayant jamais vu personnellement, je suis porté à croire qu'il s’agit là d’un de ces faits rares concernant cet acide homogentisique ou alcaptone, qui constitue le trouble fonctionne d’alcaptonurie.
Pour s'en rendre compte, on fit les deux réactions typiques, caractéristiques de cette anomalie : la réduction rapide de la liqueur de Fehling à chaud et surtout la rédue lion si nette du nitrate d'argent ammoniacal. Ces deux réactions furent nettement positives et la présence d’alcaptone dans ces urines péremptoirement prouvée.
Comme complément clinique,nous dirons que l'examen des urines de la mère n'a rien révélé d’anormal. On ne put faire l'analyse de son laït au point de vue de sa teneur en albumine, ce qui pourrait avoir quelque valeur pathogénique, si l'on admet que l'élimination de l'acide homogentisique est en rapport direct avec la quantité d'albumine ingérée.
L'analyse des matières fécales ne révèle rien d’anormal.
La trop petite quantité d'urine et la faible proportion du principe alcaptonique qu'elle contenait, empêcha M. Bougault de s'assurer si, dans le cas présent, ou avait réellement affaire à l'acide homogentisique.Cependant, M.Bougault réussit à, isoler 1 ou 2 centigrammes environ d’un acide cristallisé, encore impur, possédant les réactions réductrices de l'acide homogentisique. Îleut fallu, de plus, pouvoir déterminer quelques constantes chimiques, et pour cela, obtenir un produit chimiquement pur, ce qui fut rendu impossible avec la faible quantité d'urine dont on disposait,