‹ Une Modification Rare Des UrinesChapitre 3 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le nom d’alcaptone a été donné en 1859 par Bœdeker à une substance de couleur jaunâtre,extraite de l’urine d’un diabétique. Cette substance était caractérisée par un pouvoir réducteur considérable, ainsi que par la propriété d’absorber l'oxygène et de se colorer en noir en présence d’alcalis.

Une substance présentant des propriétésanalogues fut retrouvée d’abord par Fürbringer en 1895 dans l'urine d’un phtisique, puis la même année par Ebstein et Müller d’une part, et. par Fleischer d’auire part dans les urines de plusieurs enfants. Mais ces derniers établirent que la substance en question n’était autre que la pyrocatéchine, de sorte que l'existence de l’alcaptone, en tant qu’espèce chimique particulière, fut mise hors de doute.

La pyrocatéchine de Fleischer était-elle bien la même substance que l’alcaptone de Bœdeker ? Un travail de Kirk, publié en 1886, est venu montrer que plusieurs composés chimiques possédant les propriétés qui avaient servi à Bœdeker pour définir l’alcaptonurie, pouvaient se rencontrer dans l’urine. Kirk avait réussi à isoler, en effet, de certaines

urines, un acide cristallisé présentant des propriétés très analogues à celles de l’alcaptone et de la pyrocatéchine. Il lui donna le nom d'acide urrhodinique.

En 1889, le même Kirk reconnut que cette matière cristallisée était elle-même un mélange de deux corps qu'il sépara: l’un, l'acide uroleucinique ; l’autre, l'acide uroxanthinique.

En raison de certaines analogies de propriétés avec l'acide gallique, Huppert à émis, depuis, l'opinion que l’acide uroleucinique devait être considéré comme un acide trioxyphénylpropionique. Quant au second acide, Kirk admettait que c'était la substance qui, par ses propriétés, répondait le mieux à l’alcaptone de Bœdeker.

Tel était l’état de la question au moment où Wolkow el Baumann (1891), ayant eu à leur disposition une urine alcaptonique, en ont repris l'étude. De ces urines, ces chimistes ont retiré un acide nouveau auquel ils donnèrent le nom d'acide homogentisique, de formule bien déterminée, qui, dans la Suite fut normalement extrait de l'urine. De plus, ces auteurs dosèrent la quantité d’acide homogenti- Sique contenue dans l'urine et Pour cela, utilisèrent SOn aclion réductrice sur l’azotate d'argent ammoniacal, action qui s'exerce à froid en quelques minutes. Cette méthode est encore employée de nos jours pour le dosage et l'extraction de l'acide homogentisique.

L'année suivante Embden (1892) reprit et con-

» tinua les travaux de ses prédécesseurs : le résultat de ses expériences se trouva conforme à celui précé- . demment trouvéen ce qui concerne la présence, la quantité et les caractères de la substance trouvée dans l'urine alcaptonique. Mais, tandis que Baumann et Wolkow attribuaient à cet acide une origine bactérienne et intestinale, Embden pense ne pas pouvoir se rattacher à cette dernière opinion.

En 1892, Ogden, suivant les conseils de Baumann, analysa les urines journalières d’un alcaplonurique et nota l'influence d’un régime riche en viandes sur la production d’alcaptone.

Slosse (Bruxelles), en 1895, étudia un cas d’alcaptonurié, mais ne rechercha pas l'acide homogentisique.

En Angleterre, Garrod réunissant tous les cas connus d’alcaptonurie constata que ceite affection était le plus souvent congénitale, qu’elle frappait des membres de la même famille et se rencontrait parfois chez des enfants issus de parents consanguins (1907). |

Koiaczek (1910) et Poulsen (1912) nous ont relaté les rapports de l’ochronose et de lalcaptonurie. Ces auteurs, réunissant une trentaine d'observations, constatèrent que ces deux affections se rencontraient souvent chez le même sujet (principalement chez les arthritiques) et leurs statistiques mirent hors de doute l’existence de l’ochronose alcaptonurique,

En France, Schmidt, de Lille,en 1882, avait trouvé

dans l'urine d’une personne atteinte de cataracte

une substance réduisant la liqueur cupro-potassique et sans action sur la lumière polarisée: il pensa se

trouver en présence d’un cas d’alcaptonurie, mais. n'isola pas la substance active de cette urine,

En 1892, Voirin et Garnier retirèrent d’une urine alcaptonique & une substance analogue à l'acide . homogentisique ». vs

A Bordeaux, en 1896, Denigès eut l’occasion : d'étudier un cas extrêmement net de cette curieuse anomalie, dans lequel le pouvoir réducteur de l’urine correspondait à une proportion de glucose variant de 4o grammes à 90 grammes par litre; il isola la substance réductrice qu'il reconnut pour être de l'acide homogentisique. Il fat même le créateur d’une nouvelle méthode pour l'extraction de l’alcaptone :la méthode cyanimétrique que nous décrirons plus loin.

Toujours à Bordeaux en 1909, Rocher et Basset

relatent l'observation d’une jeune alcaptonurique âgée de trois ans; mais ne donneni aucun renseignement sur l'acide homogentisique, qu'ils n’essayèrent point d'isoler.

Enfin, en 1912, MM. Triboulet et Bougauit, observèrentun cas d'alcaptonurie chez une enfant de huit mois. M. Bougault a pu isoler 1 ou 2 centigrammes d’un acide cristallisé, encore impur, possédant les réactions réductrices de l’acide homogenüsique: la faible quantité d’urines qu'il put se procurer et la faible proportion du principe alcaptonique ne lui permirent pas d'obtenir un produit chimiquement pur. |

L'ALCAPTONURIE

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