PREMIEREMENT
De faire en sorte que tous mes domestiques vivent chrétiennement: de n'en recevoir aucun dans ma maison, qui mène une vie scandaleuse, et de faire sortir ceux qui esteront l'espérance qu'on les puisse corrig-er.
II. — Gardez une g-rande justice à l'ég-ard de mes domestiques, les faisant payer rég'ulièrement de ce qui leur est dû et les récompensant selon leurs services.
III. — Avoir soin de leur faire faire des catéchismes par mes aumôniers une fois la semaine et les faire instruire exactement en la loi de Dieu, prenant soin qu'on instruise , même en particulier, ceux qui ont l'esprit trop g-rossier pour profiter des instructions publiques.
IV. — Leur faire entendre la messe tous les jours, mais inclispensablement les fêtes et dimanches : et, s'il se peut, les envoyer par bandes à la paroisse, commettant chaque dimanche un des plus pieux pour y mener ceux qui y doivent aller ; comme aussi leur faire observer exactement tous jeûnes et abstinences de l'Égalise, à la réserve de ceux qu'on reconnoîtra n'y être pas oblig-és par leurs infirmités.
V. — Procurer qu'outre l'instruction des choses g-énérales qu'ils doivent savoir, on les instruise particulièrement sur les oblig'ations de leur état.
VI. — Les faire assister tous les jours à la prière et à l'examen de conscience, même pendant les voyag^es, et, s'ils sont log*és fort loin les ans des autres, faire faire la prière au log*is principal, où ceux qui seront logées le plus près assisteront, et la faire faire aussi au log*is marqué pour l'écurie, afin que les g-ens de livrée y puissent assister.
VIL — Lorsqu'ils sont malades, les faire assister temporellement et spirituellement avec 1<^ plus de soin qu'il se pourra.
VIII. — Empêcher toutes les inimitiés et querelles entre eux et les pacifier avec g'rand soin. Pour faire que la jalousie ne mette pas de la haine entre eux, les considérer et les avancer, non par faveur, mais à proportion de leur vertu et de leurs services.
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IX. — Faire coucher les pag'cs et les valets de pied dans des lits séparés, et avoir, s'il se peut, quelque personne sag'e pour coucher dans la chambre des pagres.
X. — Prendre g*arde , autant que l'on pourra, lorsqu'on mettra des valets de pied en métier, que ce soit chez des g-ens de bien.
XL — Ne se contenter pas de donner de bons ordres, mais veiller à leur exécution ou inexécution, entrer dans ce détail avec soin et se faire rendre compte souvent par ceux qui sont préposés sur les domestiques, dans les mœurs de leurs subalternes.
XII. — Devant que de prendre des domestiques, il faut g^arder cet ordre :
1) Les demander à Dieu pendant quelque temps, plus ou moins, selon l'importance de leurs emplois.
2) S'informer de leurs mœurs , non pas en passant, mais à fond.
3) Leur faire savoir, auparavant que d'entrer, les règ-lements de la maison , leurs oblig-ations particulières, et leur donner le loisir d'y entrer.
XIIL — Ne g^arder jamais chez moi un homme qui se sera battu en duel , qui sera convaincu d'impureté , de blasphème, de concussion ou de volerie, ny même adonné à l'yvroguierie.
XIV. — Song-er à employer les domestiques la plus g-rande partie du jour, pour leur faire éviter l'oisiveté, qui est la mère de tous les vices.
302 LA PRliNCESSE DE CONTl.
XV. — Les faire confesser et communier à Pâques , et les exhorter à se rendre dig-nes, par une vie vraiment chrétienne, de s'approcher plus souvent des saci-ements.
XVI. — Payer exactement mes dettes et surtout les marchands et artisans, qui servent journellement et qui sont ruinés quand ils attendent long*temps. Pour cela il faut tenir les affaires de ma
maison en si bon état par le retranchement, non- i
seulement de ce qui sert au luxe et à la vanité , I
mais même de tout le superflu, qu'on puisse les 1
payer tous les mois : se souvenant de ces paroles de saint Bernard : « Les pauvres et nos créanciers crient après nous. » Ce que l'on dépense nous appartient, on nous arrache avec cruauté tout ce que l'on employé vainement en des choses superflues.
XVIL — Voir mes affaires avec mon intendant, au moins une fois la semaine.
XVIII. — Assister à mon conseil le plus que je pourrai, de peur que ceux qui le composent par trop de chaleur pour mes intérêts ne fassent injustice à quelqu'un.
XIX. — Tenir la main à ce que mes intendants, mes maîtres d'hôtel, mes fermiers et les g^ens préposés à la perception de mon bien, ne vexent et ne violentent leurs subalternes , surtout les pauvres et mes débiteurs, en leur tenant la dernière rig-ueur;
RÈGLEMENT DE LA MAlSOiN DU PRhNCE. 303
mais leur ordonner d'exig^er les droits avec charité et justice, et qu'on ne se serve point du droit de Committimus pour de petites sommes et contre les pauvres.
XX. — Il faut de temps en temps l'aire visiter mes terres et me faire rapporter exactement, par des personnes affîdées, l'état spirituel et temporel de ceux qui y sont ; la capacité des curés et de leurs vicaires; leur piété et le soin qu'ils prennent en l'instruction de leurs paroissiens, afin que, s'il y a quelque désordre en leurs mœurs ou qu'ils soient incapables ou nég-lig-ents , on puisse en donner advis à l'évêque ou à son g'rand vicaire.
XXI. — L'état et la ruine des ég-lises, s'il y a des ornements , ciboires, calices et de quoi entretenir honnêtement les prêtres, afin qu'on advertisse ceux qui sont oblig-és d'y contribuer, et même qu'on les poursuive pour les y faire condamner, ou que le seig"neur le fasse lui-même dans les lieux où il possède les dixmes inféodées.
XXII. — S'il y a des hug-uenots, des entreprises qu'ils pourront avoir faites, comme construction de temples contre les Edits, prières publiques et autres choses de pareille nature, qu'il faut empêcher et prendre en main les procès qui seront commencés à cet efTet.
XXIII. — Avoir soin qu'il y ait de bons jug*es dans mes terres, les faire soiguieusement examiner,
afin qu'on soit assuré de leur capacité, choisir toujours les plus g*ens de bien et en être moralement asssuré, après une exacte et non superficiel^ perquisition de leurs mœurs sans avoir aucun ég"ard aux recommandations.
XXIV. — Ne vendre jamais les charg-es, parce qu'outre que l'exercice de la justice ne peut être estimé à prix d'arg-ent, dès qu'on introduit la vénalité des offices ou bannit la considération du mérite et de la capacité.
XXV. — Les châtier quand ils font des injustices ou qu'ils manquent à leur devoir, et les déposséder quand on prévoit qu'ils ne s'amenderont pas.
XXVI. — Prendre g^arde que les fermiers n'exig^ent pas des droits non lég-itimes, et que les capitaines, concierges et autres officiers ne vexent et n'oppriment les vassaux, et qu'ils ne se fassent soulager aux tailles pour les faire rejeter sur les pauvres.
XVII. — Prendre g"arde que les tailles soient ég'alées et en écrire aux intendants et autres qu'il appartiendra, afin que les paroisses ne soient point trop charg-ées, non plus que les particuliers.
XXVIII. — Envoyer dans toutes mes terres les édils du roi contre les blasphèmes et jurements, et les faire observer ponctuellement, en faisant châtier les infracteurs.
XXIX. — Poursuivre à mes dépens les crimes où il n'y a point de partie civile. Cette oblig*ation est très- étroite, et il ne s'en faut relâcher pour quelque sujet que ce soit.
XXX. — Faire observer les fêtes et dimanches, empêcher les œuvres servîtes; faire fermer les cabarets, au moins pendant l'office ; faire transférer les foires et marchés à d'autres jours qu'aux susdits.
XXXI. — Faire chasser et châtier les femmes débauchées et empêcher les brelans publics et les saltimbanques.
XXXII. — Procurer des missions de temps en temps aux lieux qui en ont besoin.
XXXIII. — Avoir soin de mettre aux lieux où la nomination des cures m'appartient, toujours le plus dig-ne, sans avoir acception de personnes, ni considération d'aucune prière ; me reg-ardant dans ce droit, comme chargée du sakit de toutes les âmes de cette paroisse, desquelles je dois répondre à Dieu sur la bonne ou mauvaise collation de la cure. Que si elle ne dépend pas de moi, il faut écrire à l'évêque ou au coUateur, pour lui demander en g'énéral qu'il la pourvoie d'un dig-ne pasteur.
XXXIV. — Tâcher de porter doucement les curés avant ou après leur installation à passer quelque temps dans les séminaires.
306 LA PHIiN CESSE DE CONTI.
XXXV. — Ne se contenter pas de donner de bons ordres, mais avoir soin de leur exécution et s'y appliquer solidement.
XXXVI. — Faire dresser des instructions des oblig^ations des officiers des terres, leur en donner une copie à chacun et envoyer de temps en temps des personnes pour savoir leurs déportements.
XXXVII. — S'informer exactement s'il n'y a point de biens ecclésiastiques usurpés par mes prédécesseurs, desquels je jouisse, et, en cas que cela soit, restituer le fonds et les arréragées, dont on a joui induement.