‹ Une nièce de MazarinChapitre 11 sur 113 · CHAPITRE PREMIEU · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEU

poiidanoe commence dès le lendemain du départ du prince.

Reims, 7 juin 1654 ^

Puisque mon malheur m'a voulu séparer de vous, il me semble que je ne puis mieux ni plus ag*réablement employer le temps qu'à vous écrire. Je le fais aussi le plus souvent qu'il me sera possible pour vous assurer que j'aurai toute ma vie pour vous l'amitié et la tendresse que je dois^ et serai toujours très-reconnoissante de toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Nous partons demain d'ici pour aller à Rethel et de là à Sedan : Ton veut assiég-er Stenay, M. Fabert commandera les troupes qui feront le siég-e. On croit qu'on le fera maréchal de France après la prise de Stenay ; l'on m'a dit que M°' de Long'ueville a écrit à un de ses amis une lettre où elle ne parle que de moi et l'on m'a promis de me la montrer. On dit qu'elle a dit qu'à cette heure elle n'est pas si mal avec vous que l'on croit et que vous commencez à vous radoucir. Je sais bien ce que j'en dois croire là-dessus. Vous savez que l'abbé de Gosnac est évêque de Valence; je le servis en tout ce que je pus, sachant que vous le souhaitiez. Je n'ai plus de nouvelles à vous mander ; mais bien que je vous aime

* M. Lalanne a lu 17 juin [lour lu date; c'est le 1, puisque la princesse annonce le départ de la cour poui- Sedan le lendemain.

de tout mon cœur. Je vous supplie d'en faire de même et de croire que je suis toute à vous. Adieu.

De Rethel, ce 14 juin 1654.

J'ai reçu la lettre que vous avez la bonté de m'écrire. Je vous laisse à penser si elle m'a donné de la joie et si les assurances que vous me faites de votre amitié me sont chères, étant assuré comme vous êtes, que je vous aime beaucoup plus que moi-même. Je ne puis assez vous témoig-ner la tendresse que j'ai pour vous, mais vous disant qu'elle est selon ce que je vous dois, vous connoîtrez qu'elle est extrême.

Nous sommes à Rethel d'où nous partirons aprèsdemain pour nous en aller à Sedan. On a de fort bonnes nouvelles du siég^e de St^nay. La circonvallation sera faite dimanche, et l'on croit qu'après quinze jours de tranchée ouverte ce sera une affaire faite. On a pris des lettres que le g^ouvernement de Stenay écrivait à M. le prince, qui est à Bruxelles, fort amoureux de M"' de Gantecroix '. M. le cardinal me demande fort souvent de vos nouvelles, et la reine aussi. Ils me font tous deux fort la g-uerre sur le chag-rin que j'ai d'être séparée de vous. Je vous assure qu'il est bien g-rand et que rien ne me peut divertir; je crois que je mourrai de joie quand je vous reverrai. J'attendrai ce bonheur

' L'une des nombreuses femmes du changeant duc de LoiTaine.

Page 1