CHAPITRE PREMIER
et qui ne compte pour rien les jours de sa vie qu'elle passe étant séparée de son cher amour.
La Grange, 24 août (1655)
Je prends mon temps pour vous écrire un moment avant que d'être saig'née, qu'on avance de quelques jours, parce que je me trouvai un peu mal hier après que vous fûtes parti, mon cher enfant; il ne faut pas que cela vous mette en peine, car ce n'est rien : on vous écrira après que j'aurai été saig-née et vous mandera si je m'en trouve bien. Si vous m'aimez, ne vous inquiétez point, car je vous assure que ce n'est rien : j'espère que vous aurez eu la bonté de m'écrire de Narbonne et que je recevrai votre lettre ce soir. Je l'attends avec une impatience extrême, et, puisque c'est la seule consolation que je puis avoir séparée de mon cher mari que j'aime avec une tendresse que rien ne peut ég*aler, je vous conjure de me la donner souvent : mon cher amour, aimez-moi autant que je vous aime, et soyez assuré que je vous aimerai jusqu'à la mort avec tout l'amour et toute la tendresse dont je suis capable. Adieu, mon tout, je suis plus à vous qu'à moi-même. Je vous embrasse un million de fois. Je vous demande pardon d'avoir mal écrit: je crois que vous ne pourrez pas lire; mais, pour Dieu ! que vous y voyez que je vous aime de tout mon cœur, et je serai contentCi
68 LA PRINCESSE DE CONTl.
La Grange, 27 août (165o?).
Vous avez bien de la bonté pour moi, mon cher enfant, d'être si fort en peine du peu de mal que j'ai eu. Je vous écris cette lettre pour vous en ôter, en vous assurant que je me porte bien, et que je n'ai point d'autre mal que le chag-rin que j'ai de me voir privée de mon cher mari, que j'aime avec une furieuse tendresse. Je vous conjure, mon cher amour, d'avoir bien soin de votre santé et d'aimer votre chère enfant, qui se meurt d'amour pour vous, et qui vous aimera toute sa vie avec une passion la plus g*rande et la plus véritable qui ait jamais été. Adieu, mon ang-e, je suis toute à vous. Il vient d'arriver un g-entilhomme de M. de Vendôme qui m'a donné la lettre que vous trouverez ci-jointe. Adieu, mon cher mari, je vous embrasse du meilleur de mon cœur et je vous aime bien, mon tout.
Au mois de juillet Gosnac revint à la Grange ; il y trouva la princesse alitée et Esprit plus accrédité que jamais auprès d'elle. Nous avons vu que M""* de Conti n'ignorait pas les accusations que l'évêque formulait alors contre elle, et nous avons aussi vu comme elle les réfutait en parlant d'une lettre peu convenable que l'irascible prélat lui avait adressée et dont il a bien soin do ne dire mot dans ses Mémoires. Il se rendit en Catalogne pour rendre compte au prince de ses affaires ; il le trouva occupé au siège de Palamos (août-septembre), (pie la mauvaise volonté du duc de Vendôme fil man-