CHAPITRE PREMIER
La Grange, 21 juin 1055.
J'ai reçu ce matin une de vos lettres qui m'a donné une furieuse joie, par laquelle vous m'assurez que dans cinq ou six jours j'aurai celle de vous rev^oir. Si vous en avez impatience, croyez, mon cher amour, que la mienne n'est pas moindre que la vôtre, et qu'en attendant ce bonheur les moments me dureront des siècles. J'envoie Arnaud pour savoir le jour que vous arriverez ; mon cher enfant, je crois que je mourrai de joie en vous embrassant. Ayez aussi un peu d'impatience de voir la personne du monde qui vous aime le plus et qui a pour son cher mari toute la tendresse et l'amour dont son cœur est capable, duquel il est absolument le maître. Soyez, je vous en conjure, bien persuadé de cette vérité, et, si voulez que je vive, mon adorable enfant, aimez-moi aussi tendrement que vous me l'avez promis.
Mon cousin est arrivé aujourd'hui*. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de l'envoyer auprès de vous, puisque vous m'assurez que vous reviendrez bientôt. Je serai fort aise que vous le trouviez à votre gré et qu'il fût assez heureux pour vous plaire. Adieu, mon ang-e, je meurs d'amour pour vous et ai une impatience extrême de vous embrasser un
* Philippe-Julien Mancini, duc de Nivernais, apiès son oncle Mazarin. Né en 1639, il épousa M"*^ de Damas-Thianges et fut un des beaux espiits du temps.
million de fois. Aimez -moi autant que je vous aime. Adieu, mon cher amour et mon unique bien.
La Grange, 1" juillet 1655.
Mon très-cher et très-aimable enfant, l'impatience que j'ai de vous voir augmente à tout moment. J'espère que j'aurai bientôt la nouvelle de la prise de Gastilion, et qu'après cela j'aurai la joie de voir mon cher amour. J'en meurs d'envie et de l'embrasser un million de fois; mon cher enfant, je vous aime bien tendrement et votre amitié fait tout mon bonheur. Je retiens ici votre valet de pied pour avoir encore une fois le plaisir de vous écrire que je vous aime mille fois plus que moi-même. Je vous conjure, mon cher mari, de revenir le plus tôt qu'il vous sera possible et de donner cette joie à votre pauvre femme qui ne peut plus vivre séparée de son adorable enfant , qu'elle aime de tout son cœur. Oui , je vous aime, mon cher, avec une tendresse que rien ne peut jamais ég'aler, et je vous aimerai jusqu'à la mort mille fois plus que ma propre vie. Adieu, mon ang-e, adieu, mon adorable enfant, je suis toute à vous : aimez-moi, mon tout. Je ne puis vivre sans votre amitié. Je vous embrasse de tout mon cœur, et je vous supplie^ par l'amitié que vous avez pour moi, de venir bientôt voir la personne du monde qui a pour vous les sentiments les plus tendres et les plus passionnés