‹ Une nièce de MazarinChapitre 37 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Conversion du prince. — Le P. de Ciron. — Ses hésitations, ses angoisses. — Le prince accepte toutes ses conditions. — Il devient austère janséniste. — Résistance de la princesse. — Sa conversion. — Elle se brouille avec l'évêque de Valence. — Scène de jeu. — Lettres de la princesse. — Son amour semble augmenter pour son mari. — Lettres du prince. — Il rentre en France. — Nouvelles hésitations de la princesse. — Naissance d'un fils. — Travaux religieux du prince. — M^" de Longueville. — Sa liaison avec sa belle-sœur. — Leur ardeur janséniste. — L'abbé de la Vergne. — M™" de Mondonville. — Austérité du prince (octobre 165.T — octobre 1657).

C'est à ce moment que remonte le changement si profond opéré dans les caractères du prince et de la princesse de Conti. L'idée religieuse s'était réveillée soudainement chez l'un comme chez l'autre sans qu'ils se fussent concertés. Souvent malade par suite de ses anciennes débauches, fréquemment exposé par le hasard des batailles , car il se comportait toujours bravement au feu, le prince de Conti paraît avoir fait de sérieuses réflexions pendant sa dernière campagne et être rentré à la Grange avec des idées très-fermement dirigées vers la religion ; l'influence de sa sœur revenue complètement à Dieu à cette époque dut avoir également une grande action sur lui à cet égard. Toujours est-il que, pris assez gravement à son retour de Pézenas, il crut, pendant qu'il recevait le docte Pavillon, évêquc d'Aleth, entendre une voix qui lui disait : « Voilà l'homme auquel il faut que tu t'abandonnes pour te convertir à Dieu tout de bon. » Cet avertissement triompha de ses dernières hésitations, et le soir même il s'ouvrait au

pieux évêque en se déclarant prêt à lui obéir sans aucune réserve. Cette conversion déplaisait extrêmement à Cosnac, tout évêque qu'il fût, parce qu'il sentait que son influence, due à l'intrigue, allait nécessairement s'amoindrir et que la princesse ne pouvait tarder à entrer dans la même voie.

Anne-Marie Martinozzi ne savait presque rien de sa religion, à ce que nous apprend le père Rapin. « Comme elle n'aymoit que son mari , ajoute-t-il , et qu'elle en faisoit son idole, ne voyant, ne connoissant alors rien au monde de si grand , elle se faisoit une espèce de religion de n'estimer et de n'admirer rien que lui. Aussi elle n'eut pas de peine à entrer aveuglément dans tous ses sentiments sans les examiner. » Le père Rapin insiste sur ce point pour expliquer le zèle avec lequel elle adopta les erreurs du jansénisme. Cosnac , lui, ne manque pas d'exprimer nettement son mécontentement contre Esprit, l'accusant d'avoir résolu, faute d'autres moyens pour nuire à l'évêque de Valence, « de mettre de la dévotion dans le cœur de la princesse » . Le reproche est au moins piquant dans la bouche d'un prélat.

Le prince et la princesse revinrent passer l'hiver à la cour. Conti avait opéré sa conversion sans aucune arrière-pensée ; il allait chaque jour à la messe, restant tout le temps à genoux par l'ordre de l'évêque d'Aleth, observant rigoureusement les jeûnes, se privant absolument du théâtre — contre lequel bientôt il allait écrire un rigoureux Traité, —portant le cilice et employant la discipline. M^"" Pavillon , ne voulant pas laisser son œuvre inachevée, avait confié le prince à un homme qui ne pouvait que le faire marcher vivement et nettement dans la voie du salut ; le soin fut donc remis au père de Ciron , chancelier de l'Université de Toulouse, alors député à l'Assemblée générale du clergé, qui avait connu

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