‹ Une nièce de MazarinChapitre 38 sur 113 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Armand de Bourbon aux Etats de Pézcnas l'année précédente'. Il paraît que cette mission parut singulièrement lourde au révérend père, et nous trouvons à cet égard les plus curieux détails dans un volume de la Bibliothèque nationale contenant diverses notes manuscrites relatives au père de Ciron'\ Lui-même se charge de nous apprendre ses inquiétudes par une lettre adressée le 1:2 avril 1655 à l'un de ses amis :

« Je n'ai pas été à la campagne, et j'en ai été empêché par une fâcheuse rencontre que je ne saurois vous cacher. M. le prince de Conti, voulant se donner à Dieu et mener une vie vraiment chrétienne, a traité de ce dessein avec M. d'Aleth avant son retour des États et l'a obligé de me nommer sur la demande qu'il lui fit d'une personne en qui il put prendre une entière confiance. M. d'Aleth, en cette occasion, a dépouillé tous ses sentiments d'amitié et a tendu ce piège à mon salut en un temps auquel je suis si surchargé de moi-même que je ne puis me supporter. En vérité voilà ce qui me manquoit pour me crucifier entièrement. J'aurois bien mieux aimé être condamné à avoir le fouet de la main du bourreau que d'accepter cet emploi, si je ne croyois que Dieu l'a ordonné. Selon le sentiment présent, j'aimerois mieux la mort. » Il ajoutait : « Si cela vient à se découvrir dans Paris, comme il est à craindre,

' Gabriel de Cirou, député du second ordre à l'Assemblée du clergé de 1656, provoqua la publication des instructions de saint Charles Borromée aux confesseurs pour arrêter les désordres causés par le relâchement des mœurs. Godeau mentionne ce fait dans une de ses lettres pastorales oîi il traite le R. P. de Ciron de « personnage de savoir et de piété ». Après avoir fondé la congrégation des Filles de l'Enfance à Toulouse, il continua sans cesse de s'occuper de bounes œuvres; il se signala par un rare coui-agc dans la peste qui désola Toulouse et mourut dans un âge avancé.

^ Fonds français, n° 19347.

et que l'on écrivît à Toulouse que je prends la qualité de directeur de M. le prince de Conti , soyez assuré en avance qu'il n'en est rien. Voilà une occasion de damnation pour moi ! » Ces angoisses n'étaient nullement exagérées : le R. P. Pinette, dans une lettre écrite à l'occasion de la mort du R. P. de Ciron \ disait : « Ce que j'ai le plus admiré en lui, ce fut de le voir comme je l'ai vu dans des agonies indicibles lorsque M. d'Aleth lui manda qu'il ne pouvoit en conscience refuser la conduite de M. le prince de Conti. » Au même moment l'évêque de Châlons-sur-Marne s'exprimait bien plus fortement : «Ce qu'il fit de plus considérable est la conduite qu'il garda avec M. le prince de Conti qui mit sa conscience entre ses mains. Et, comme il avoit beaucoup de confiance et d'amitié pour moi, il me découvrit la peine terrible qu'il avoit à se charger de l'âme de ce grand prince. Il ne s'y résolut qu'avec une étrange contradiction. «

Un des Pères de l'Oratoire se charge ensuite de nous tracer ce tableau : « Après que M. de Ciron, notre ^trèshonoré Père, eut été prié par M. d'Aleth, qui lui en écrivit, de se charger de la conduite de M. le prince de Conti, il se prosterna contre terre dans sa chambre , où il versa une grande abondance de larmes, et le père Bain, entrant dans sa chambre, le trouva en cet état, et, lui ayant demandé quel malheur lui étoit arrivé, il lui dit qu'il lui en étoit arrivé un fort grand, puisque M. d'Aleth, pour qui il avoit une grande déférence, l'obligeoit de se charger de la conduite de M. le prince de Conti ^. » Mais il prit enfin bravement son parti : cependant, avant de s'embarquer à vouloir confesser le prince, il exigea une conférence qui eut lieu le vendredi saint. Le prince de Conti se rendit à l'Oratoire dans la cellule

' En 1676. — 2 Lettre du 18 avril 1636, /oc. cit.

Page 1