‹ Une nièce de MazarinChapitre 5 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance de M"'= Martinozzi. — Le prince de Couti. — Négociation de leur mariage. — L'abbé de Cosnac. — Le duc de Candale. — Mariage. — Vardes. — Ses tentatives galantes. — Colère du prince. — Le prince en Catalogne. — Lettres de la princesse. — Séjour à Sedan. — Le roi en devient amoureux. — Éclat à Péronne. — Jalousie du prince. — Il la fait partir de la cour. — Un accident retarde le départ. — Séjour à Montpellier. — Mort de Sarrasin. — Cosnac négocie à la cour pour le prince. — Esprit. — Le prince retourne à l'armée. — La princesse à la Grange. — Reprise de la correspondance. — Cosnac à la Grange. — Retour du prince (janvier 1654 — octobre 1635).

Anne-Marie Martinozzi était fille de Jérôme Martinozzi que les généalogistes officiels qualifient de noble et de comte romain, et de Marie Mazarini, sœur aînée du cardinal. Devenue veuve de bonne heure, et restée peu riche, paraît-il, avec deux filles, M'"'' Martinozzi dut éprouver un grand soulagement quand, en 1648, son frère la pria de lui envoyer sa fille aînée avec deux de ses nièces Mancini. M""" de Noailles vint chercher en grand équipage ces jeunes filles à Rome et elles furent traitées, en France, sur un pied véritablement princier : leur gouvernante ne fut autre que la marquise de Sénecé qui avait rendu les mêmes services au roi. M™" de Motteville raconte l'arrivée de ces jeunes Italiennes, toutes

très- diversement jolies et appelées à une si brillante existence loin de leur patrie : « M"" de Martinozzi, ditelle, étoit blonde ; elle avoit les traits du visage beaux et de la douceur dans les yeux. » La reine reçut ces enfants avec une faveur exceptionnelle, envoyant une de ses dames au-devant d'eux jusqu'à Fontainebleau, tandis que le cardinal affectait une extrême indifférence. Marie- Anne avait alors, d'après M"^ de Motteville, neuf ou dix ans ; elle fut installée avec ses cousines chez le cardinal, d'où la reine les lit bientôt sortir pour les loger au Palais- Royal. Nous n'en entendons plus parler ensuite pendant plusieurs années : au mois de mars 1653, Laure Martinozzi fut mandée à son tour à Paris. A ce moment, le cardinal pensait sérieusement à marier Marie- Anne, et il avait agréé les hommages du duc de Caudale, jeune et brillant général, héritier unique de la puissante maison de Nogaret de Foix, duc d'Épernon et de Caudale, et, de plus, possesseur d'une fortune considérable. C'était aussi un élégant cavalier, âgé de vingt-six ans environ, comptant de nombreux succès dans le monde et qui trouvait dans cette alliance de quoi satisfaire son ambition. Il venait d'être désigné pour commander Tarmée de Guyenne , poste grandement envié par le prince de Conti au lendemain des dernières hostilités de la Fronde dans le Bordelais. Comme ce prince s'en exprimait amèrement devant son secrétaire Sarrasin, celui-ci lui dit un peu brusquement qu'il ne tiendrait qu'à lui d'exercer ce commandement ; le prince le pria de s'expliquer : c( Faites ce qui va faire M. de Candale général d'armée ' ! » Cette allusion soudaine et directe au mariage du duc avec l'une des nièces de Mazarin, frappa le prince de Conti, qui ne parut nullement s'en formaliser. Sarrasin ne laissa pas les choses se refroidir, et il se ' Cosuac.

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