‹ Une nièce de MazarinChapitre 6 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mit à développer avec une excessive chaleur les avantages d'une pareille alliance, sans que le prince songeât ni à l'arrêter, ni même à le blâmer. De ce jour, Sarrasin, convaincu de la possibilité de faire réussir ce plan, certain que son succès ferait sa fortune, « en devint tellement amoureux » qu'il ne cessa plus d'en parler à son maître, sans paraître jamais l'importuner, ce qui redoublait son zèle.

Armand de Bourbon Gondé, prince de Conti, était un homme d'un caractère faible, irrésolu, et envieux de l'illustration qu'avait conquise son frère. Agé de vingtquatre ans au moment où il paraît dans ce récit, il avait dû à la faiblesse de sa constitution, à son imperfection physique, d'être destiné à l'Eglise, et il fut de bonne heure pourvu à ce titre des plus riches bénéfices. Mais un beau jour, émerveillé d'une revue à laquelle il avait assisté, ému par la gloire militaire qui entourait déjà le nom du prince de Condé, il réclama une épée, entraîné d'ailleurs dans cette voie par sa sœur, la duchesse de Longueville , qu'il aimait passionnément et qui exerça toujours sur lui une influence décisive. Elle le décida ainsi, comme premier usage de sa liberté, à la suivre dans le parti de la Fronde, après avoir paru attaché à la cour pendant quelques semaines. Arrêté et incarcéré à Vincennes avec son frère en 4650, il reprit ensuite sa place dans l'état-major des rebelles, toujours sous la main de sa sœur. Demeuré d'abord auprès de la princesse de Condé en Berry (septembre 1651), il reçut le titre de lieutenant général de son frère avec le gouvernement de Bordeaux, que, de fait, la duchesse de Longueville partageait avec lui (1652). Il venait de montrer des qualités sérieuses dans son commandement d'Agen et une éclatante bravoure au siège do Miradoux, mais il n'avait ni les habitudes laborieuses , ni la fermeté, ni la suite

4 LA PRINCESSE DE CONTl.

d'idées d'un administrateur et d'un général : il avait besoin d'être conduit, et la tâche était rendue très-difficile par l'excessive susceptibilité de son caractère ombrageux, jaloux et dominant. A ce moment, il commençait à s'émanciper : un sentiment assez vif qu'il avait éprouvé l'année précédente pour M"* de Chevreuse qu'on lui avait même destinée, le besoin qu'on avait de lui, le plaisir d'être son maître et de trôner dans une espèce de capitale, les adulations de serviteurs empressés, tout se réunissait pour le porter à secouer le joug et à trouver sa sœur iniiniment moins aimable : il résultait de cette situation des tiraillements sans cesse accrus qui nuisaient considérablement à la marche des affaires et donnaient au prince un extrême désir de s'en retirer. Le prince s'était fait une petite cour où ses qualités étaient continuellement exaltées et où l'on ne négligeait rien pour lui faire oublier les chastes ardeurs de sa première jeunesse. Là brillaient Sarrasin, secrétaire de ses commandements, « talent délicat, âme servile * » ; Marigny, « aussi spirituel et plus méchant^ »; Guilleragues dont Despréaux vantera plus tard les talents de courtisan, Chémeraut, Barbezières, officier de bravoure, mais pas assez scrupuleux. Marigny fut promptement disgracié. Deux lettrés ne pouvaient demeurer au même rang sur un aussi petit théâtre, et il s'en vengea en entretenant de Paris une correspondance par laquelle il sema habilement des ferments de discorde ; Chémeraut s'unit alors à Sarrasin pour capter absolument leur jeune maître, auquel ils n'eurent pas de peine à monter la tête eu lui persuadant qu'on le tenait dans un effacement indigne de son nom et de son intelligence : on lui persuada que sa sœur avait des écarts de conduite à se reprocher depuis le siège de Stenay. Chémeraut même alla si loin que le prince dut cé-

1 Cousin. — - Ibid.

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